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Dernière mise à jour :
mercredi 28 juin 2017
   
Brèves
Index chronologique des notices de parutions
dimanche 15 mars
Enfin ! Mise à jour de notre index chronologiques des notices de parution... histoire de faciliter les recherches dans ce qui est paru ces quelques dernières années !
La Première Guerre mondiale sur le site Smolny
jeudi 20 novembre
Une notice thématique regroupe par ordre chronologique de parution tous les documents sources qui sont publiés sur le site du collectif Smolny en rapport avec la Première Guerre mondiale et le mouvement ouvrier international : « Documents : La Première Guerre mondiale ( Juillet 1914 - Novembre 1918 ) ». Cette notice est mise à jour à chaque nouvel ajout. À consulter régulièrement donc.
Mise à jour de la bibliographie de Nicolas Boukharine
mardi 27 mai
Il manquait à la bibliographie des œuvres de Boukharine en langue française les articles publiés par Smolny dans l’ouvrage La revue Kommunist (Moscou, 1918). Oubli réparé.
Rosa Luxemburg : bibliographie française
mardi 15 avril
Mise à jour et toilettage complet de la notice bibliographique des œuvres de Rosa Luxemburg en langue française.
Capital, valeur, plus-value et exploitation du travail
jeudi 15 novembre
La deuxième séance du cycle de formation « Pourquoi le marxisme au XXIe siècle ? » se tient ce jeudi soir 15 novembre 2012 à 20h30 au local FSU , 52 rue Jacques Babinet, immeuble Peri-ouest, 2° étage (Métro Mirail Université à Toulouse).
Mise à jour de la bibliographie...
dimanche 9 septembre
... de la série Historical Materialism Books, depuis le numéro 26 jusqu’au numéro 40.
Sur le Web
Parti communiste international (Le Prolétaire)
Publie en France Le Prolétaire et Programme communiste. Description extraite de ce site flambant neuf - CE QUI NOUS DISTINGUE : La ligne qui va de Marx-Engels à Lénine, à la fondation de l’Internationale Communiste et du Parti Communiste d’Italie ; la lutte de classe de la Gauche Communiste contre la dégénérescence de l’Internationale, contre la théorie du « socialisme dans un seul pays » et la contre-révolution stalinienne ; le refus des Fronts populaires et des fronts nationaux de la résistance ; la lutte contre le principe et la praxis démocratiques, contre l’interclassisme et le collaborationnisme politique et syndical, contre toute forme d’opportunisme et de nationalisme ; la tâche difficile de restauration de la doctrine marxiste et de l’organe révolutionnaire par excellence - le parti de classe -, en liaison avec la classe ouvrière et sa lutte quotidienne de résistance au capitalisme et à l’oppression bourgeoise ; la lutte contre la politique personnelle et électoraliste, contre toute forme d’indifférentisme, de suivisme, de mouvementisme ou de pratique aventuriste de « lutte armée » ; le soutien à toute lutte prolétarienne qui rompt avec la paix sociale et la discipline du collaborationnisme interclassiste ; le soutien de tous les efforts de réorganisation classiste du prolétariat sur le terrain de l’associationnisme économique, dans la perspective de la reprise à grande échelle de la lutte de classe, de l’internationalisme prolétarien et de la lutte révolutionnaire anticapitaliste.
canutdelacroixrousse
L’histoire de la colline de la Croix-Rousse et des canuts. Ce Blog est une mine d’informations sur les canuts allant de pair avec une connaissance très fine de Lyon / Croix-Rousse. Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant !
Les Amis de Daumier
Créée en 1994, l’Association des Amis d’Honoré Daumier se propose par ses statuts de promouvoir, en France et à travers le monde, l’œuvre multiforme - dessins, peintures et sculptures - de cet immense artiste.
Parti Communiste International (Il Programma Communista)
Publie en France les Cahiers internationalistes, consultables en ligne sur le site depuis le numéro 6. Présentation : Ce qui nous distingue : la ligne qui va de Marx à Lénine, à la fondation de l’Internationale Communiste et du Parti Communiste d’Italie (Livourne, 1921), à la lutte de la Gauche Communiste contre la dégénerescence de l’Internationale, contre la théorie du "socialisme dans un seul pays" et la contre-révolution stalinienne, et au refus des fronts populaire et des blocs partisans et nationaux. La dure œuvre de restauration de la doctrine et de l’organe révolutionnaires au contact de la classe ouvrière, dehors de la politique personelle et électoraliste.
Démocratie Communiste
Site luxemburgiste, dont voici le manifeste minimal : Démocratie communiste s’inscrit dans la lignée du mouvement ouvrier démocratique, et lutte : pour l’abolition du capitalisme, du travail salarié, et de la division des êtres humains en classes sociales ; pour mettre fin à la dictature de la classe capitaliste, et mettre en place la démocratie directe ; pour une société socialiste-communiste ; pour en finir avec le sexisme et le patriarcat ; contre toutes les formes de racisme, de nationalisme et de patriotisme ; pour l’abolition de toutes les frontières. Textes d’actualité et thématiques (peu nombreux).
Les Amis de Spartacus
Edition fondée par René Lefeuvre en 1934. A publié Rosa Luxemburg, Anton Pannekoek, Boris Souvarine... Un fond exceptionnel et incontournable.
Étincelles de la Gauche marxiste russe : 1881 - 1923 (3)
Troisième partie - Des bricoleurs à l’assaut des nuages : 1917-1919
1er septembre 2009 par jo

En un titre, tenter vainement de cristalliser l’infinie complexité, la richesse de la réalité. Rendre hommage en tous cas à ceux qui l’ont révolutionné. Qui, avec détermination, ont essayé de résoudre deux problèmes fondamentaux : mettre fin à la guerre et bâtir une autre société. Avec des outils souvent forgés dans l’urgence.

D’un pas impertinent, ouvert mais déterminé, relevons à nouveau ce défi car "Soyez durs après nous, vous autres ! Et passez la consigne jusqu’à la fin des temps !" (Victor Serge)

1917

8-12 mars : Révolution de « février » (du 23 au 27) à Petrograd : « Le trait le plus incontestable de la Révolution, c’est l’intervention directe des masses dans les évènements historiques. D’ordinaire, l’Etat, monarchique ou démocratique, domine la nation ; l’histoire est faite par des spécialistes de métier : monarques, ministres, bureaucrates, parlementaires, journalistes. Mais, aux tournants décisifs, quand un vieux régime devient intolérable pour les masses, celles-ci brisent les palissades qui les séparent de l’arène politique, renversent leurs représentants traditionnels, et, en intervenant ainsi, créent une position de départ pour un nouveau régime. [...] La dynamique des évènements révolutionnaires est directement déterminée par de rapides, intensives et passionnées conversions psychologiques des classes constituées avant la révolution. C’est qu’en effet une société ne modifie pas ses institutions au fur et à mesure du besoin, comme un artisan renouvelle son outillage. Au contraire : pratiquement, la société considère les institutions qui la surplombent comme une chose à jamais établie. Durant des dizaines d’années, la critique d’opposition ne sert que de soupape au mécontentement des masses et elle est la condition de la stabilité du régime social [...] Les rapides changements d’opinion et d’humeur des masses, en temps de révolution, proviennent, par conséquent, non de la souplesse et de la mobilité du psychisme humain, mais bien de son profond conservatisme. Les idées et les rapports sociaux restant chroniquement en retard sur les nouvelles circonstances objectives [...] Les masses se mettent en révolution non point avec un plan tout fait de transformation sociale, mais dans l’âpre sentiment de ne pouvoir tolérer plus longtemps l’ancien régime. » [1] -

Avril : Thèses de Lénine, boussole qui va permettre le redressement des bolcheviks gagnés par l’opportunisme ; « Expliquer aux masses que les Soviets des députés ouvriers sont la seule forme possible de gouvernement révolutionnaire, et que, par conséquent, notre tâche, tant que ce gouvernement se laisse influencer par la bourgeoisie, ne peut être que d’expliquer patiemment, systématiquement, opiniâtrement aux masses les erreurs de leur tactique, en partant essentiellement de leur besoin pratique. [...] Prendre l’initiative de la création d’une Internationale révolutionnaire, d’une Internationale contre les social-chauvins et contre le « centre »." [2] - « Ne pas craindre de rester en minorité, même seul, comme Liebknecht contre cent dix ! Tel est le leitmotiv du discours. [...] Contre les vieux bolcheviks, Lénine trouva un appui dans une autre couche du parti, déjà trempée, mais plus fraîche et plus liée aux masses. Dans l’insurrection de Février, les ouvriers bolcheviks, comme nous le savons, jouèrent un rôle décisif. Ils estimèrent qu’il allait de soi que le pouvoir fût pris par la classe qui avait remporté la victoire. Ces mêmes ouvriers protestaient véhémentement contre l’orientation Kaménev-Staline, et le rayon de Vyborg menaça même d’exclusion des « leaders » du parti. On observait la même chose en province. Il y avait presque partout des bolcheviks de gauche que l’on accusait de maximalisme, voire d’anarchisme. Ce qui manquait aux ouvriers révolutionnaires, c’était seulement des ressources théoriques pour défendre leurs positions. Mais ils étaient prêts à répondre au premier appel intelligible. [3]

« Ce qu’il faut, c’est non seulement une représentation démocratique, mais aussi que toute l’administration de l’Etat soit organisée d’en bas, par les masses elles-mêmes, que celles-ci participent effectivement à chaque pas en avant que fait la vie, qu’elles jouent un rôle actif dans l’administration. Remplacer les vieux organismes d’oppression, la police, le corps des fonctionnaires, l’armée permanente, par l’armement général du peuple, par une milice réellement générale, tel est le moyen [...] Par leur rôle, par le type d’Etat qu’ils inaugurent, les soviets des députés ouvriers sont précisément les institutions de [cette] démocratie. » [4] - Entrée en guerre des Etats-Unis. -

7-12 septembre : soulèvement du général Kornilov ; il a pour conséquence la collaboration des organisations ouvrières locales (comités d’usine, comités de quartier, milices ouvrières) et du Soviet des députés de Petrograd, dont le bureau passe aux bolcheviks. -

6-7 novembre : Révolution « d’Octobre » ; comment la classe ouvrière, vidée de son sang par la guerre, asphyxiée par des centaines d’années d’esclavage et d’obscurantisme, flouée par les réformistes et les conciliateurs ... a t-elle pu redresser la tête ? La force de Lénine, c’est sa clarté politique et son travail inlassable, patient “d’explication”, d’abord en avril, puis en octobre 1917. Pour, de minoritaire, parvenir à convaincre la majorité des bolcheviks puis de la classe [5]. Car si on laisse de côté son rôle fondamental et celui joué par de remarquables organisateurs comme Sverdlov, de brillants orateurs comme Volodarsky, Loutnatcharski et Trotsky, des théoriciens comme Préobrajenski ou Boukharine, assassinés pendant la guerre civile ou par Staline, ils ne pouvaient rien sans une minorité combative qui menait un intense travail d’agitation.

Ainsi « Les délégués officiels des organisations n’étaient que des gouttes dans l’océan de la paysannerie. Un travail infiniment plus important était accompli par les centaines de soldats qui désertaient le front, gardant dans leurs oreilles les consistants mots d’ordre des meetings. Les muets du front devenaient chez eux, au village, des parleurs. Et les gens avides d’entendre ne manquaient pas ... Pour que l’on n’en passe point par les épreuves qu’a connu la Commune de Paris, lorsque la paysannerie ne compris pas la capitale, le journal Bednota (journal des pauvres) commença bientôt à paraître. Mais la force du parti bolchevique n’ était point dans les moyens techniques, ni dans l’ appareil, elle était dans une politique juste ... Mais, incomparablement plus efficace dans cette dernière période avant l’ insurrection était l’ agitation moléculaire que menaient des anonymes, ouvriers, matelots, soldats, conquérant l’un après l’autre des sympathisants, détruisant les derniers doutes ... Comment donc avec un si faible appareil et un tirage de presse si insignifiant, les idées et les mots d’ ordre du bolchevisme purent t-ils s’emparer du peuple ? Le secret de l’énigme est très simple : les mots d’ordre qui répondent au besoin aigu d’une classe et d’une époque se créent des milliers de canaux. Le milieu révolutionnaire porté à l’incandescence se distingue par une haute conductibilité des idées. Les journaux bolchevistes étaient lus à haute voix, relus jusqu’à être en lambeaux, les articles les plus importants s’apprenaient par coeur, étaient racontés, recopiés et, là où c’ était possible, réimprimés ... La masse ne tolérait déjà plus dans son milieu les hésitants, ceux qui doutent, les neutres. Elle s’efforçait de s’emparer de tous, de les attirer, de les convaincre, de les conquérir ... Les classes bourgeoises s’attendaient à des barricades, aux lueurs des incendies, à des pillages, à des flots de sang. En réalité, il régnait un calme plus effrayant que tous les grondements du monde. Sans bruit se mouvait le terrain social, comme une scène tournante, amenant les masses populaires au premier plan et emportant les maîtres de la veille dans un autre monde ... » [6] En cette fin d’année 1917, la fusion se réalisait enfin entre la majorité et la minorité ...

Rosa Luxemburg alors en prison commence à écrire, malgré le manque d’information [7] sur la révolution russe. Ce texte inachevé ne sera publié qu’en 1922. Elle défend la politique audacieuse des bolcheviks, mais porte la critique approfondie d’une véritable amie de la révolution mondiale : « En réalité, ce qu’ont démontré la guerre et la révolution russe, ce n’est pas le manque de maturité de la Russie, mais l’incapacité du prolétariat allemand à remplir sa mission historique ; et faire ressortir ce fait avec toute la netteté désirable est le premier devoir d’une étude critique de la révolution russe. [...] Il est clair que seule une critique approfondie, et non pas une apologie superficielle, peut tirer de tous ces évènements les trésors d’enseignement qu’ils comportent. Ce serait en effet une folie de croire qu’au premier essai d’importance mondiale de dictature prolétarienne, et cela dans les conditions les plus difficiles qu’on puisse imaginer, au milieu du désordre et du chaos d’une conflagration mondiale, sous la menace constante d’une intervention militaire de la part de la puissance réactionnaire d’Europe, et en face de la carence complète du prolétariat international, ce serait la folie, dis-je de croire que, dans cette première expérience de dictature prolétarienne réalisée dans des conditions aussi anormales, tout ce qui a été fait ou n’a pas été fait en Russie ait été le comble de la perfection. [...] La première vague du flot révolutionnaire emporta tout : la quatrième Douma [8], le produit le plus réactionnaire du plus réactionnaire des systèmes électoraux, celui des quatre classes, issu du coup d’Etat, se transforma du jour au lendemain en un organe de la révolution. [...] En somme, la révolution reprenait en mars 1917 au point exact où la précédente avait interrompu son œuvre, dix ans auparavant. [...] Alors commença la seconde étape, la plus difficile. Dès le début, la force motrice de la révolution fut le prolétariat des villes. [...] En même temps, la révolution se précipita sur la masse de l’armée, qui éleva la même revendication d’une paix immédiate, et sur la masse de la paysannerie, qui mit au premier plan la question agraire, ce pivot de la révolution depuis 1905. La paix immédiate et la terre : avec ces deux mots d’ordre, la scission intérieure du bloc révolutionnaire était faite. Le premier était en contradiction absolue avec les tendances impérialistes de la bourgeoisie libérale, dont le porte-parole était Milioukov [9]. Le second, véritable spectre pour l’aile droite de la bourgeoisie, la noblesse terrienne, était en même temps, en tant qu’attentat à la sacro-sainte propriété individuelle, un point douloureux pour l’ensemble des classes possédantes. [...] La révolution russe n’a fait que confirmer par là l’enseignement fondamental de toute grande révolution, dont la loi est la suivante : ou aller de l’avant rapidement et résolument, abattre d’une main de fer tous les obstacles, et reculer ses buts de plus en plus loin, ou être rejetée en arrière de son point de départ et écrasée par la contre-révolution. [...] Le parti de Lénine a été le seul qui ait compris le devoir d’un parti vraiment révolutionnaire, et qui, par son mot d’ordre : « Tout le pouvoir aux ouvriers et paysans ! », a fait presque du jour au lendemain, de ce parti minoritaire, persécuté, calomnié, « clandestin », dont les chefs étaient comme Marat, obligés de se cacher dans des caves, le maître absolu de la situation. [...] Assurément, le mot d’ordre de la prise et du partage des terres par les paysans était la formule la plus brève, la plus simple et la plus lapidaire pour atteindre un double but : détruire la grande propriété foncière ; lier les paysans au gouvernement révolutionnaire. [...] Malheureusement, elle a deux faces, et son revers, c’est que la prise directe des terres et leur partage entre les paysans n’a absolument rien de commun avec le socialisme. [...] Ce serait une mauvaise plaisanterie d’exiger ou d’attendre de Lénine et de ses amis que, dans le court intervalle de leur domination, dans le tourbillon vertigineux des luttes intérieures et extérieures, pressés de tous côtés par des ennemis sans nombre et des résistances insurmontables, ils résolvent l’un des problèmes les plus difficiles, nous pouvons même dire le plus difficile, de la transformation socialiste, ou seulement s’y attaquent. Quand nous serons au pouvoir, même en Occident et dans les conditions les plus favorables, nous nous casserons plus d’une dent sur cette noix avant d’avoir résolu même les plus simples parmi les mille difficultés complexes de cette tâche gigantesque. Mais il y a une chose, en tous cas, qu’un gouvernement socialiste au pouvoir doit faire : c’est prendre des mesures qui aillent dans le sens de ces conditions fondamentales d’une transformation socialiste de l’agriculture. Il doit éviter tout ce qui barrerait la route conduisant à cette transformation. [...] Maintenant, après la prise de possession de la terre par les paysans, l’ennemi se dresse devant toute socialisation de l’agriculture, c’est une masse énorme et considérablement grossie de paysans propriétaires qui défendront de toutes leurs forces leur propriété nouvellement acquise contre toutes les atteintes du pouvoir socialiste. [...] Si, malgré tout, des hommes politiques aussi réfléchis que Lénine, Trotsky et leurs amis, qui n’ont que haussements d’épaules ironiques pour des mots d’ordre utopiques tels que « désarmement », « société des nations », etc., ont fait cette fois leur cheval de bataille d’une phrase creuse [Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.] du même genre, cela est dû, nous semble-t-il, à une sorte de politique d’opportunité. Lénine et ses amis comptaient manifestement sur le fait qu’il n’y avait pas de plus sûr moyen de gagner à la cause de la révolution les nombreuses nationalités allogènes que comptait l’empire russe que de leur accorder, au nom de la révolution et du socialisme, le droit absolu de disposer de leur propre sort. [...] En Finlande, le prolétariat socialiste, aussi longtemps qu’il luttait en tant que partie intégrante de la phalange révolutionnaire de Russie, avait déjà conquis une position dominante. Il possédait la majorité à la Diète, dans l’armée, il avait réduit la bourgeoisie à une impuissance complète, et était maître de la situation dans le pays. L’Ukraine russe avait été, au début du siècle, alors que les folies du « nationalisme ukrainien », avec les « Karbovantse » [10] et les « Universals » [11] de même que le « dada » de Lénine d’une « Ukraine indépendante » n’avaient pas encore été inventés, la forteresse du mouvement révolutionnaire russe. C’est de là, de Rostov, d’Odessa, de la région du Don, qu’avaient jailli les premiers torrents de lave de la révolution (dès les années 1902-1904), qui embrasèrent rapidement toute la Russie du Sud, préparant ainsi l’explosion de 1905. [...] La Pologne et les Etats baltes étaient, depuis 1905, les foyers les plus ardents et les plus sûrs de la révolution, où le prolétariat socialiste joue un rôle prépondérant. Comment se fait-il que, dans ces pays, la contre-révolution ait brusquement triomphé ? C’est que, précisément, le mouvement nationaliste a, en le détachant de la Russie, paralysé le prolétariat, et l’a livré à la bourgeoisie nationale. [...] Certes, sans l’aide de l’impérialisme allemand, sans « les crosses allemandes dans les poings allemands », écrivait la Neue Zeit de Kautsky, jamais les Lubinsky et autres canailles de l’Ukraine, jamais les Erich, les Mannerheim en Finlande, et les barons baltes, ne seraient venus à bout des masses prolétariennes socialistes de leur pays. Mais le séparatisme national fut le cheval de Troie, grâce auquel les « camarades » allemands ont été introduits, fusil au poing, dans tous ces pays. [...] Lénine dit : l’Etat bourgeois est un instrument d’oppression de la classe ouvrière, l’Etat socialiste un instrument d’oppression de la bourgeoisie. C’est en quelque sorte l’Etat capitaliste renversé sur la tête. Cette conception simpliste oublie l’essentiel : c’est que si la domination de classe de la bourgeoisie n’avait pas besoin d’une éducation politique des masses populaires, tout au moins au-delà de certaines limités assez étroites, pour la dictature prolétarienne, au contraire, elle est l’élément vital, l’air sans lequel elle ne peut vivre. [...] Bien loin d’être une somme de prescriptions toutes faites qu’on n’aurait plus qu’à appliquer, la réalisation pratique du socialisme en tant que système économique, juridique et social, est une chose qui reste complètement enveloppée dans les brouillards de l’avenir. Ce que nous possédons dans notre programme, ce ne sont que quelques grands poteaux indicateurs, qui montrent la direction générale dans laquelle il faut s’engager, indications d’ailleurs d’un caractère surtout négatif. Nous savons à peu près ce que nous aurons à supprimer tout d’abord pour rendre la voie libre à l’économie socialiste. Par contre, de quelle sorte seront les milles grandes et petites mesures concrètes en vue d’introduire les principes socialistes dans l’économie, dans le droit, dans tous les rapports sociaux, là, aucun programme de parti, aucun manuel de socialisme ne peut fournir de renseignement. [...] Ce qui est négatif, la destruction, on peut le décréter, ce qui est positif, la construction, on ne le peut pas. Terres vierges. Problèmes par milliers. Seule l’expérience est capable d’apporter les correctifs nécessaires et d’ouvrir des voies nouvelles. Seule une vie bouillonnante, absolument libre, s’engage dans mille formes et improvisations nouvelles, reçoit une force créatrice, corrige elle-même ses propres fautes. [...] La pratique du socialisme exige toute une transformation intellectuelle dans les masses dégradées par des siècles de domination bourgeoise. Instincts sociaux à la place des instincts égoïstes, initiative des masses à la place de l’inertie, idéalisme qui fait passer par-dessus toutes les souffrances, etc. Personne ne le sait mieux, ne le montre avec plus de force, ne le répète avec plus d’obstination que Lénine. Seulement il se trompe complètement sur les moyens : décrets, puissance dictatoriale des directeurs d’usines, punitions draconiennes, règne de la terreur, autant de moyens qui empêchent cette renaissance. [...] C’est justement la terreur qui démoralise. [...] La vie publique rentre peu à peu en sommeil. Quelques douzaines de chefs d’une énergie inlassable et d’un idéalisme sans borne dirigent le gouvernement, et parmi eux, ceux qui gouvernent en réalité, ce sont une douzaine de têtes éminentes, tandis qu’une élite de la classe ouvrière est convoquée de temps à autre à des réunions, pour applaudir au discours des chefs, voter à l’unanimité les résolutions qu’on lui présente, au fond par conséquent un gouvernement de coterie - une dictature, il est vrai, non celle du prolétariat, mais celle d’une poignée de politiciens, c’est-à-dire une dictature au sens bourgeois, au sens de la domination jacobine (le recul des congrès des soviets de trois à six mois !). Et il y a plus : un tel état de choses doit provoquer nécessairement un ensauvagement de la vie publique : attentats, fusillades d’otages, etc. [...] Nous n’avons jamais été idolâtres de la démocratie formelle, cela ne veut dire qu’une chose : nous avons toujours distingué le noyau social de la forme politique de la démocratie bourgeoise, nous avons toujours démasqué le dur noyau d’inégalité et de servitude sociales qui se cache sous l’enveloppe de l’égalité et de la liberté formelles, non pour la rejeter, mais pour inciter la classe ouvrière à ne pas se contenter de l’enveloppe, tout au contraire à conquérir le pouvoir politique pour le remplir d’un contenu social nouveau. [...] La démocratie socialiste commence avec la destruction de la domination de classe et la prise de pouvoir par le parti socialiste. Elle n’est pas autre chose que la dictature du prolétariat. [...] Mais cette dictature doit être l’œuvre de la classe et non d’une petite minorité dirigeante, au nom de la classe, autrement dit, elle doit sortir pas à pas de la participation active des masses, être sous leur influence directe, soumise au contrôle de l’opinion publique, produit de l’éducation politique croissante des masses populaires. [...] Nous vivons tous sous la loi de l’histoire, et l’ordre socialiste ne peut précisément s’établir qu’internationalement. Les bolcheviks ont montré qu’ils peuvent faire tout ce qu’un parti vraiment révolutionnaire peut faire dans les limites des possibilités historiques. [...] En ce sens, il leur reste le mérite impérissable d’avoir, en conquérant le pouvoir et en posant pratiquement le problème de la réalisation du socialisme, montré l’exemple au prolétariat international, et fait faire un pas énorme dans la voie du règlement de comptes final entre le Capital et le Travail dans le monde entier. En Russie, le problème ne pouvait être que posé ... » [12] - 15 décembre : signature de l’armistice à Brest-Litovsk. - 20 décembre : création de la Tchéka pour combattre la contre-révolution. - 22 décembre : début des négociations de paix à Brest-Litovsk.

1919

Janvier-mai : écrasement des Conseils allemands et de Bavière. La faiblesse du jeune KPD, le manque de perspectives politiques claires, de coordination entre les différents foyers de lutte vont constituer, avec la force et la lucidité de la bourgeoisie, les éléments clés de la défaite du prolétariat allemand. Elle est illustrée par le mouvement de janvier à Berlin, où le Comité d’action révolutionnaire fait preuve d’un radicalisme spectaculaire mais désastreusement vide [13] :

« Ce que l’on vit (ce jour là) à Berlin était peut-être la plus grande action prolétarienne de masse jamais vue dans l’Histoire. Nous ne croyons pas qu’il y ait eu en Russie des manifestations de masse de cette envergure. De Roland à Victoria se tenaient des prolétaires, tête contre tête. Il y en avait jusque très loin dans le Tiergarten. Ils avaient amené leurs armes, faisaient flotter leurs bannières rouges. Ils étaient prêts à tout faire et à tout donner, même leur vie. Une armée de deux cent mille hommes, comme aucun Ludendorff n’en avait vue. [...] C’est alors que se produisit l’incroyable. Les masses étaient là très tôt, depuis 9h, dans le froid et le brouillard. Et les chefs siégeaient quelque part et délibéraient. Le brouillard augmentait et les ouvriers attendaient toujours. Mais les chefs délibéraient. Midi arriva et en plus du froid, la faim. Et les chefs délibéraient. Les ouvriers déliraient d’excitation : ils voulaient un acte, un mot qui apaisât leur délire. Personne ne savait quoi. [14] Le brouillard augmentait encore et avec lui le crépuscule. Tristement les ouvriers rentraient chez eux : ils avaient voulu quelque chose de grand et ils n’avaient rien fait. [...] Ils siégèrent toute la soirée, et ils siégèrent toute la nuit, et ils délibéraient. Et ils siégeaient le lendemain matin quand le jour devenait gris, et ceci et cela, et ils délibéraient encore. Et les groupes revenaient de nouveau sur le Siegsallee et les chefs siégeaient encore et délibéraient. Ils délibéraient, délibéraient, délibéraient. » [15] -

2/7 mars : congrès de fondation de l’Internationale communiste. La III° Internationale est à la fois symbole du sommet et du recul de la vague révolutionnaire mondiale, écrasée en Allemagne et en Hongrie. Ses résolutions sont explicites : « Si la Ier Internationale a prévu le développement à venir et a préparé les voies, si la IIe Internationale a rassemblé et organisé des millions de prolétaires, la IIIe Internationale est [...] l’Internationale de la réalisation révolutionnaire [...] La IIIe Internationale Communiste s’est constituée à la fin du carnage impérialiste de 1914-1918, au cours duquel la bourgeoisie des différents pays a sacrifié 20 millions de vies. Souviens-toi de la guerre impérialiste ! Voilà la première parole que l’Internationale Communiste adresse à chaque travailleur [...] Souviens-toi que, du fait de l’existence du régime capitaliste, une poignée d’impérialistes a eu, pendant quatre longues années, la possibilité de contraindre les travailleurs de partout à s’entr’égorger ! Souviens-toi que la guerre bourgeoise a plongé l’Europe et le monde entier dans la famine et le dénuement ! Souviens-toi que sans le renversement du capitalisme, la répétition de ces guerres criminelles est non seulement possible mais inévitable ! [...] La guerre impérialiste a confirmé une fois de plus la véracité de ce qu’on pouvait lire dans les statuts de la 1° Internationale : l’émancipation des travailleurs n’est pas une tâche locale, ni nationale, mais bien une tâche sociale et internationale. [...] ... pendant la guerre, les Syndicats se présentèrent le plus souvent en qualité d’éléments de l’appareil militaire de la bourgeoisie ; ils aidèrent cette dernière à exploiter la classe ouvrière avec la plus grande intensité et à faire mener la guerre de la manière la plus énergique, au nom des intérêts du capitalisme [...] la bureaucratie syndicale substitue de faibles ruisseaux au puissant courant du mouvement ouvrier, substitue des revendications partielles réformistes aux buts révolutionnaires généraux [...] 1. La période actuelle est celle de la décomposition et de l’effondrement de tout le système capitaliste mondial [...] 7. La méthode fondamentale de la lutte est l’action de masse du prolétariat, y compris la lutte ouverte à main armée contre le pouvoir d’Etat du capital [...] Une nouvelle époque est née. Epoque de désagrégation du capitalisme [16], de son effondrement intérieur. Epoque de la révolution communiste du prolétariat [...] Le résultat final des procédés capitalistes de production est le chaos - et ce chaos ne peut être vaincu que par la plus grande classe productrice, la classe ouvrière [...] Elle doit briser la domination du capital, rendre les guerres impossibles, effacer les frontières entre les Etats, transformer le monde en une vaste communauté travaillant pour elle-même [...] ... les institutions de la démocratie politique ne sont plus qu’un amas de débris ensanglantés, le prolétariat est obligé de créer un appareil à lui, qui serve avant tout à conserver la cohésion interne de la classe ouvrière elle-même et qui lui donne la faculté d’intervenir révolutionnairement dans le développement ultérieur de l’humanité. Cet appareil, ce sont les Soviets [...] nouveau type d’organisation large, englobant les masses ouvrières indépendamment de la profession et du degré de développement politique [...] Fortifier les Soviets, élever leur autorité, les opposer à l’appareil gouvernemental de la bourgeoisie, voilà quel est maintenant le but essentiel des ouvriers conscients et loyaux de tous les pays. » [17]]

Août : liquidation de la république des Conseils de Hongrie [18].


Sur le site :

-  Première partie - L’envol : 1881 - 1913
-  Deuxième partie - L’épreuve : 1914-1915
-  Troisième partie - Des bricoleurs à l’assaut des nuages : 1917-1919
-  Troisième partie (bis) - L’hôtesse allemande : 1918
-  Quatrième partie - Y a-t’il une cuisinière dans l’aéronef ? : 1920-1921
-  Cinquième partie - Le crash énigmatique : 1921-1923

[1] Préface de Trotsky, p. 33-34, in Histoire de la Révolution russe, t. 1, Seuil 1995

[2] LENINE, Les Tâches du prolétariat dans la présente révolution, parues le 7 avril 1917 dans la Pravda, p. 36-38 des Œuvres choisies, sinon T. 24

[3] TROTSKY, Histoire de la Révolution russe, tome I, Seuil 1995, pages 356 et 370.

[4] Cité par Anweiler, p. 198, LENINE, Œuvres, tome 24, pp. 177-178.

[5] « Le marxisme enseigne que les intérêts du prolétariat sont déterminés par les conditions objectives de son existence. Ces intérêts sont si puissants qu’ils contraignent finalement le prolétariat à faire de la réalisation de ses intérêts objectifs son intérêt subjectif. Entre ces deux facteurs - le fait objectif de son intérêt de classe et sa conscience subjective - s’étend le domaine inhérent à la vie, celui des coups, des erreurs et des déceptions, des vicissitudes et des défaites. La perspicacité tactique du parti du prolétariat se situe tout entière entre ces deux facteurs et consiste à raccourcir et à faciliter le chemin de l’un à l’ autre ... » (Trotsky, Nos tâches politiques, 1904)

[6] Voir les pages (trop ?) lumineuses 324, 446-449, 608 dans Trotsky., HRR Tome 2, Points Seuil.

[7] « Dans l’incertitude et la confusion des nouvelles qui, jusqu’à présent, sont parvenues de l’étranger, parler de la révolution russe est assez difficile ... [...] Cependant, il est certains aspects que l’on peut constater aujourd’hui sans craindre que, dès demain, ils ne paraissent futiles, des aspects qui sont déterminants pour le sens historique de cette révolution. » [p. 17, « Sur la révolution russe », écrit dans Der Kampf le 24/3/1917, in R. Luxemburg, Œuvres II, Maspéro 1978.)

[8] Sous Nicolas II, quatre doumas impériales (1906 ; 1907 ; 1907-1912 ; 1912-1917) exercèrent quelques fonctions législatives. Cette « assemblée-croupion » survécut de six mois à la révolution et disparut en septembre 1917. Ce parlement, dont la presse reproduisait longuement les débats, était, sous le tsarisme, l’unique tribune où la liberté d’expression avait une certaine réalité : « Les noms des orateurs de l’opposition à la Douma étaient largement connus de par l’empire. Cela seul explique pourquoi les dirigeants de l’opposition furent automatiquement promus, au déclenchement de la révolution, leaders d’un mouvement populaire dans lequel la Douma ne pouvait, en tant que telle, prétendre à jouer le moindre rôle. » (p. 7, Milioukov, Russlands Zusammenbruch, Leipzig-Berlin 1925-1927, in COQUIN François-Xavier, La Révolution russe, Les bons caractères 2005.)

[9] MILIOUKOV Pavel (1859-1943) : historien et principal leader du parti constitutionnel-démocrate, dit « Cadet » ou KD. Ministre des Affaires étrangères de mars à mai 1917 du Gouvernement provisoire, il adresse le 18 avril une note aux Alliés réaffirmant que la Russie combattra avec eux « jusqu’à la victoire finale ». L’opinion, le soviet qui penchent pour une paix « sans annexions ni contributions » sont scandalisés. Pétitions et manifestations se succèdent, qui le forcent à démissionner. Après Octobre, il émigre.

[10] Monnaie frappée en Ukraine.

[11] L’Universal était l’Assemblée nationale panukrainienne.

[12] LUXEMBURG Rosa, La Révolution russe, Editions de l’Aube 2007, pp. 10-11, 16-17, 21, 24, 27, 29-30, 32, 36-37, 40-43, 60, 62-72 ; il est intéressant de confronter cette édition récente avec celle bien plus complète de Maspéro, ne serait-ce que pour vérifier les traductions et l’appareil critique, inexistant chez l’Aube. En complément, on lira bien entendu les apéritifs COQUIN François-Xavier, La Révolution russe, Les bons caractères 2005 et SALOMANI Antonella, La Révolution russe, Casterman 1993 ; la fresque en mouvement de TROTSKY Léon, Histoire de la révolution russe, Seuil 1995, et l’enthousiasme de REED John, Dix jours qui ébranlèrent le monde, Seuil 1996.

[13] Voir à ce propos l’incontournable Broué, la réédition de BADIA Gilbert, Les spartakistes, Aden 2008 ; mais aussi AUTHIER Denis et BARROT Jean, La Gauche communiste en Allemagne, Payot 1976 ; HAFFNER Sebastian, Allemagne 1918, une révolution trahie, Ed° Complexe 2001 ; la Revue Internationale du Courant Communiste International, numéros 55-56, 81-98, 133-137 ; et deux protagonistes qu’il faudrait traduire : le Délégué révolutionnaire Richard MÜLLER, Vom Kaiserreich zur Republik, et son pendant réactionnaire, le chien sanglant du SPD Gustav NOSKE, Von Kiel bis Kapp, Berlin 1920.

[14] Rosa Luxemburg critique cette désorganisation, mais n’a pas forcément de solution : « Quand on appelle les masses à descendre dans la rue, quand on les met en état d’alerte, il faut leur dire clairement et nettement, ce qu’elles ont à faire, ou au minimum, ce que font et projettent les amis et les ennemis. [...] L’Allemagne était jusqu’ici la terre classique de l’organisation, on y avait le fanatisme de l’organisation, disons-le, on en faisait parade. Tout devait être sacrifié à « l’organisation », l’esprit, les buts, la capacité d’action du mouvement. Et aujourd’hui, que voyons-nous ? Aux moments décisifs de la révolution, ce « talent d’organisation » tant vanté fait fiasco de la plus piteuse façon qui soit. C’est qu’organiser des actions révolutionnaires, c’est tout à fait autre chose que d’organiser des élections au Reichstag ou aux Conseils des Prud’hommes conformément au schéma F. Cette organisation-là, on ne saurait l’apprendre que pendant la révolution, tout comme on ne peut apprendre à nager que dans l’eau. » (Rote Fahne, n° 8 du 8 janvier 1919, in BADIA Gilbert, Les spartakistes, pp. 230-231.)

[15] Die Rote Fahne, 5 septembre 1920, citée par BROUE Pierre, Révolution en Allemagne, Editions de Minuit 1977.

[16] Boukharine, dans son rapport sur « La Plate-forme » annonce pourtant que la « guerre a joué un grand rôle d’organisation. Sous sa pression, la forme du capitalisme financier s’est transformée en une forme supérieure, la forme du capitalisme d’Etat. » (p. 125, in BROUE Pierre, premier congrès de l’Internationale communiste, EDI 1974)

[17] Page 3 de la « Lettre d’invitation au Parti Communiste allemand » ; p. 19 et 33-34 de la « Plate-forme et du Manifeste de l’IC » ; p. 37 des Statuts de l’IC ; p. 54 de « Le mouvement syndical, les comités de fabrique et d’usines », in Les quatre premiers congrès mondiaux de l’IC, La Brèche 1984. Couronnant le pugnace travail des gauches marxistes depuis la trahison de la II° Internationale, ce Parti mondial devait coordonner les luttes à l’échelle de la planète. Fondé trop tard (plus d’un an après Octobre 17, deux mois après la première et sans doute la plus importante défaite à Berlin), il va épouser le recul du prolétariat international et l’isolement croissant russe. Cet isolement est, d’ailleurs, une (LA) des raisons majeures de la monstrueuse mutation stalinienne. Alors que le I° congrès rompait avec “les demi-mesures, les mensonges et la paresse des partis socialistes officiels...” (Manifeste, p. 34), le III°, en juin 1921, propose à la social-démocratie (qui a du sang sur les mains) une alliance de “Front unique”. C’est le début de la dégénérescence qui va aboutir à la mise en place d’un organisme au service de l’Etat russe. Cet appareil va broyer la fine fleur du mouvement révolutionnaire international. L’adoption au VIème congrès (1928) de la thèse de l’édification du socialisme « dans quelques pays capitalistes, voir même dans un seul isolément », signe son arrêt de mort en tant qu’Internationale ouvrière. Mais, au sein même de l’IC, des Gauches se dégagent qui vont essayer d’abord de combattre la “bolchévisation” (ou mise au pas) des PC, la dérive opportuniste puis de tirer un bilan de la vague révolutionnaire. Ces fractions de Gauche communiste (russe, italienne, germano-hollandaise ...), exclues dans les années 20, ont assuré la continuité historique et permis l’existence des révolutionnaires d’aujourd’hui ... et de demain ! Il est précieux de consulter deux ouvrages qui ciblent cette époque. Tout d’abord celui de l’historien trotskiste BROUE Pierre, Histoire de l’Internationale communiste, Fayard 1997 ; et en contrepoint le livre du Courant Communiste International, La Gauche hollandaise ou la version de l’auteur Philippe Bourrinet, La Gauche Communiste Germano-Hollandaise des origines à 1968, ouvrage de 540 pages disponible sur le site de l’auteur : www.left-dis.nl

[18] Voir les photos pages 163-199 de l’ouvrage collectif dirigé par LÖWY Michael, Révolutions, Hazan 2000 ; lire aussi les pages 39-40 et 104-110 du livre copieux de BROUE Pierre, Histoire de l’Internationale communiste, Fayard 1997.