
Traduit du russe par Madeleine et Wladimir Berelowitch
Préface de Franco Venturi
Présentation de l’éditeur :
À l’approche de l’été 1790, à Saint-Pétersbourg, parut un petit ouvrage imprimé à compte d’auteur et tiré à de rares exemplaires qui fit, proprement, l’effet d’une bombe. L’impératrice - Catherine II la Grande, naguère amie et protectrice de Voltaire, de d’Alembert, de Diderot - fut une des premières à lire le Voyage de Pétersbourg à Moscou, et elle n’en crut pas ses yeux : sous le masque d’un innocent récit de voyage, dans la manière de Sterne (alors fort en vogue en Russie) ou de Montaigne, se cachait une véritable incitation à l’émeute - à la Révolution, Majesté.
On découvrait en effet, peinte dans les tonalités les plus crues, la réalité de la Russie de ce XVIIIe siècle mourant : faisant taire les parades martiales, les ors massifs et le triste manège de la Cour, le moujik, le laboureur, le serf, se dressait, prenait vie - prenait la parole.
Il en résultait une sorte d’Encyclopédie de la Russie - au sens que les encyclopédistes, pas si lointains, auraient pu donner à l’expression. Rien n’était laissé dans l’ombre, mais à chaque détour de phrase, de chapitre, d’étape, s’affirmait un auteur ne recourant aux artifices du pittoresque que pour mieux aiguiser la violence de son propos. Catherine ne s’y trompa pas, qui vit dans ce « livre empli des plus pernicieuses ratiocinations », l’œuvre d’une « émeutier pire que Pougatchev ».
Rien ne prédestinait, apparemment, Alexandre Nicolaiévitch Radichtchev à remplir ce rôle.
Né en 1749 dans une famille de la petite noblesse provinciale (gouvernement de Saratov), il aurait pu, comme tant d’autres, se satisfaire d’une honnête carrière de haut fonctionnaire, vivre sans lustre excessif mais dans une très honorable aisance : ne fut-il pas, d’ailleurs, fonctionnaire au Sénat de l’Empire, vice-directeur - poste fort envié - des douanes de Saint-Pétersbourg ?
Mais - et ici se révèle l’ironie du destin - la faveur de Catherine lui avait valu d’effectuer, tout jeune encore (nous sommes en 1768), un séjour à l’université de Leipzig, lieu de rencontre de l’Aufklärung allemande, des Lumières françaises, des idées les plus avancées diffusées par les économistes, penseurs et juristes anglais ou italiens. Là, Radichtchev put se prénétrer de la valeur de l’idée de droit - une idée si constamment et si délibérément refusée, bafouée par l’autocratie russe. Et cette idée l’accompagna sa vie durant.
Condamné à mort en l’été 1790, puis gracié mais frappé d’une « peine incompressible » de dix ans de travaux forcés en Sibérie, Alexandre Nicolaiévitch Radichtchev dut à la mort de Catherine II et à l’avènement de Paul Ier - en 1796 - de retrouver, libre, la Russie d’europe. Libre de quoi ? On ne sait. Radichtchev se suicida le 11 septembre 1802.
Table des matières :
Préface de Franco Venturi
Note des traducteurs
À mon très cher A.M.K.
Le départ
Sophia
Tosna
Lioubani
Tchoudovo
Spasskaïa Polest
Podberiozié
Novgorod
Bronnitsy
Saïtsovo
Kresttsy
Iajelbitsy
Valdaï
Edrovo
Khotilov
Vychni Volotchok
Vydropusk
Torjok
Mednoïe
Tver
Gorodnia
Zavidovo
Klin
Pechki
Tchornaïa Griaz
Apologie de Lomonossov
Bibliographie
Éditions Ivrea, parution le 19/06/2009
ISBN : 978-2-85184-211-4
382 pages / 22 x 13 cm / 25 euros