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Dernière mise à jour :
dimanche 23 avril 2017
   
Brèves
Index chronologique des notices de parutions
dimanche 15 mars
Enfin ! Mise à jour de notre index chronologiques des notices de parution... histoire de faciliter les recherches dans ce qui est paru ces quelques dernières années !
La Première Guerre mondiale sur le site Smolny
jeudi 20 novembre
Une notice thématique regroupe par ordre chronologique de parution tous les documents sources qui sont publiés sur le site du collectif Smolny en rapport avec la Première Guerre mondiale et le mouvement ouvrier international : « Documents : La Première Guerre mondiale ( Juillet 1914 - Novembre 1918 ) ». Cette notice est mise à jour à chaque nouvel ajout. À consulter régulièrement donc.
Mise à jour de la bibliographie de Nicolas Boukharine
mardi 27 mai
Il manquait à la bibliographie des œuvres de Boukharine en langue française les articles publiés par Smolny dans l’ouvrage La revue Kommunist (Moscou, 1918). Oubli réparé.
Rosa Luxemburg : bibliographie française
mardi 15 avril
Mise à jour et toilettage complet de la notice bibliographique des œuvres de Rosa Luxemburg en langue française.
Capital, valeur, plus-value et exploitation du travail
jeudi 15 novembre
La deuxième séance du cycle de formation « Pourquoi le marxisme au XXIe siècle ? » se tient ce jeudi soir 15 novembre 2012 à 20h30 au local FSU , 52 rue Jacques Babinet, immeuble Peri-ouest, 2° étage (Métro Mirail Université à Toulouse).
Mise à jour de la bibliographie...
dimanche 9 septembre
... de la série Historical Materialism Books, depuis le numéro 26 jusqu’au numéro 40.
Sur le Web
Parti communiste international (Le Prolétaire)
Publie en France Le Prolétaire et Programme communiste. Description extraite de ce site flambant neuf - CE QUI NOUS DISTINGUE : La ligne qui va de Marx-Engels à Lénine, à la fondation de l’Internationale Communiste et du Parti Communiste d’Italie ; la lutte de classe de la Gauche Communiste contre la dégénérescence de l’Internationale, contre la théorie du « socialisme dans un seul pays » et la contre-révolution stalinienne ; le refus des Fronts populaires et des fronts nationaux de la résistance ; la lutte contre le principe et la praxis démocratiques, contre l’interclassisme et le collaborationnisme politique et syndical, contre toute forme d’opportunisme et de nationalisme ; la tâche difficile de restauration de la doctrine marxiste et de l’organe révolutionnaire par excellence - le parti de classe -, en liaison avec la classe ouvrière et sa lutte quotidienne de résistance au capitalisme et à l’oppression bourgeoise ; la lutte contre la politique personnelle et électoraliste, contre toute forme d’indifférentisme, de suivisme, de mouvementisme ou de pratique aventuriste de « lutte armée » ; le soutien à toute lutte prolétarienne qui rompt avec la paix sociale et la discipline du collaborationnisme interclassiste ; le soutien de tous les efforts de réorganisation classiste du prolétariat sur le terrain de l’associationnisme économique, dans la perspective de la reprise à grande échelle de la lutte de classe, de l’internationalisme prolétarien et de la lutte révolutionnaire anticapitaliste.
canutdelacroixrousse
L’histoire de la colline de la Croix-Rousse et des canuts. Ce Blog est une mine d’informations sur les canuts allant de pair avec une connaissance très fine de Lyon / Croix-Rousse. Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant !
Les Amis de Daumier
Créée en 1994, l’Association des Amis d’Honoré Daumier se propose par ses statuts de promouvoir, en France et à travers le monde, l’œuvre multiforme - dessins, peintures et sculptures - de cet immense artiste.
Parti Communiste International (Il Programma Communista)
Publie en France les Cahiers internationalistes, consultables en ligne sur le site depuis le numéro 6. Présentation : Ce qui nous distingue : la ligne qui va de Marx à Lénine, à la fondation de l’Internationale Communiste et du Parti Communiste d’Italie (Livourne, 1921), à la lutte de la Gauche Communiste contre la dégénerescence de l’Internationale, contre la théorie du "socialisme dans un seul pays" et la contre-révolution stalinienne, et au refus des fronts populaire et des blocs partisans et nationaux. La dure œuvre de restauration de la doctrine et de l’organe révolutionnaires au contact de la classe ouvrière, dehors de la politique personelle et électoraliste.
Démocratie Communiste
Site luxemburgiste, dont voici le manifeste minimal : Démocratie communiste s’inscrit dans la lignée du mouvement ouvrier démocratique, et lutte : pour l’abolition du capitalisme, du travail salarié, et de la division des êtres humains en classes sociales ; pour mettre fin à la dictature de la classe capitaliste, et mettre en place la démocratie directe ; pour une société socialiste-communiste ; pour en finir avec le sexisme et le patriarcat ; contre toutes les formes de racisme, de nationalisme et de patriotisme ; pour l’abolition de toutes les frontières. Textes d’actualité et thématiques (peu nombreux).
Les Amis de Spartacus
Edition fondée par René Lefeuvre en 1934. A publié Rosa Luxemburg, Anton Pannekoek, Boris Souvarine... Un fond exceptionnel et incontournable.
Quel État... gère ?
Améliorer ou détruire l’État ? Oui, mais comment ? Et après ?
11 mars 2010 par jo

Ces quelques livres posent presque tous la même question : comment se passer de l’État ? Car, ce dernier est devenu au fil des siècles le « pouvoir » qui évitait que la société ne se disloque sous le poids de ses contradictions. Depuis que la bourgeoisie est à sa tête, et surtout depuis le milieu du XXe siècle, il est à la fois la béquille du Capital et son cornac ! Trésorier central, en mobilisant la société, en canalisant les finances et les commandes publiques (contrats d’armements, nationalisations et grands travaux, captation des sciences), il va faire bouillir la marmite capitaliste. Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, le Warfare State sera le siamois du Wellfare State, un État providence pour le capitalisme sénile !

Avec l’accélération, depuis 2007, de la crise économique, il effectue dans les pays centraux une mutation - de Wellfare en Warfare - en vue de combattre les menaces extérieures et de liquider les « radicaux intérieurs » ! Certains, face à la montée de pouvoirs transnationaux (multinationales, Europe, FMI) ou au démantèlement de structures étatiques prophétisent la disparition de l’État-nation. C’est une question importante pour les marxistes. Il est certain que dans les violentes turbulences économiques actuelles, il ne peut qu’y avoir des adaptations, des recompositions. Mais qu’il soit gouverné par des religieux, des tchekistes, des maffieux, des scientifiques ou des démocrates verts, il reste le dernier bastion capitaliste à abattre !

Nous n’avons recensé ci-dessous que des ouvrages, ou des articles, essentiellement de la Gauche communiste. Avec un peu plus de temps, nous aurions pu collationner ceux qui évoquaient la naissance de l’État, sa solidification ou sa décadence au cours des âges (Empire romain, siècle de Louis XIV, Révolution française...), sa mutation dans les années 1930. Il faudrait envisager avec soin ce passage du XXe siècle dans lequel ce monstre froid a siphonné certains instruments ouvriers (mutuelles d’entraides par exemple). Et bien entendu voir ce qui s’est passé en Russie...

Nous nous sommes permis de rajouter quelques citations, toujours actuelles.

JO.


Bibliographie en chantier :

— ANWEILER Oskar, Les Soviets en Russie (1905-1921), Paris, Gallimard NRF, 1972 ;

— BUTLER Judith, L’État global, Payot, 2009 ;

— CAMAU Michel et MASSARDIER Gilles, Démocraties et autoritarismes - Fragmentation et hybridation des régimes, Karthala, 2009 ;

— CHEVALLIER Jean-Jacques, Les grandes œuvres politiques de Machiavel à nos jours, Armand Colin, 2001 ;

— Courant Communiste International, La période de transition du capitalisme au socialisme. 1 : Le dépérissement de l’État dans la théorie marxiste, mai 1981 ; [cette brochure peut-être commandée sur le site « internationalism.org »] ;

— CORNETTE Joël, L’affirmation de l’État absolu (1492-1652) - 6e édition revue et augmentée -, Hachette Supérieur, Carré Histoire, 2009 ;

— ENGELS Friedrich, Anti-Dühring, M. Dühring bouleverse la science, Éditions sociales, 1963 ; L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat, Éditions sociales, 1983 [voir, en outre, l’ouvrage unique paru sous la direction de Georges Labica et Mireille Delbracio, Friedrich Engels, savant et révolutionnaire, Puf, 1997 ; notamment les pages 175-191 « Engels et l’émancipation des femmes » ; 193-203 « La conception de l’État chez Engels » ...] ;

— FALIGOT Roger et GUISNEL Jean (collectif), Histoire secrète de la V° République, La Découverte, 2007 ;

— FERRO Marc, Des Soviets au communisme bureaucratique, Gallimard « Archives », 1980 : un petit livre intéressant fondé sur des textes « oubliés ou ensevelis » qui questionne sur les mécanismes du pouvoir, l’organisation des révoltés et la « bureaucratisation » par le haut comme par le bas... ;

— LENINE Vladimir, L’État et la révolution, Editions Science Marxiste, 2006 ; [ne pas hésiter à consulter aussi « Le cahier bleu », paru aux Éditions Complexe en 1977, qui rassemble les notes préparatoires de Lénine à l’opus ci-dessus] ;

— LUXEMBURG Rosa, La Révolution russe (Œuvres II - écrits politiques 1917-1918), Éditions Maspero, 1978 ; « Que veut Spartacus ? », in PRUDHOMMEAUX André et Dori, Spartacus et la Commune de Berlin, Spartacus, 1977 ;

Comme Engels qui avait prévu la gravité de la Première Guerre mondiale, Rosa Luxemburg anticipe les crises (1929-1939 ; 1969...) et les horreurs du XXe siècle (deux Guerres mondiales et combien de génocides). Elle avait mis aussi le doigt sur la nouveauté du capitalisme d’État - et sur l’expansion du militarisme - qui prendra toute son importance dans les années 1930 : « Surtout l’État peut mobiliser, grâce au mécanisme des impôts, des sommes prélevées sur le pouvoir d’achat des consommateurs non capitalistes plus considérables que celles que ceux-ci auraient dépensées pour leur propre consommation. [...] De plus, le pouvoir d’achat des énormes masses de consommateurs, concentré sous la forme de commandes de matériel de guerre faites par l’Etat, sera soustrait à l’arbitraire, aux oscillations subjectives de la consommation individuelle ; l’industrie des armements sera douée d’une régularité presque automatique et rythmique de la production pour le militarisme, grâce à l’appareil de la législation parlementaire et à la presse, qui a pour tâche de faire l’opinion publique. C’est pourquoi ce champ spécifique de l’accumulation capitaliste semble au premier abord être doué d’une capacité d’expansion illimitée. (pp. 128-129 de « Le militarisme, champ d’action du capital », in R. Luxemburg, L’accumulation du capital, tome II, Maspero, 1972).

— MARX Karl, Le Dix-Huit brumaire de Louis Bonaparte, Gallimard, Paris, 2002 ou Flammarion, 2007 ; La Guerre civile en France, Mille et une Nuits, 2007 ou Science Marxiste, 2008 (disponible sur le site de la Bataille socialiste : http://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/karl-marx-la-guerre-civile-en-france-1871) ;

— MICHELS Robert, Les partis politiques ; essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, Université de Bruxelles, 2009 ;

— PERRONE Ottorino, Parti - Internationale - État, recueil d’articles parus dans la revue « BILAN » (mars 1934-janvier 1936) ; [une version papier est disponible sur simple demande à l’adresse du collectif-smolny] ;

— ROCHE Jean-Louis, Dans quel « État » est la Révolution ? (réponse au citoyen Berthier), Les Editions du Pavé, 2008 ; [voir le site de l’auteur : http://proletariatuniversel.blogspot.com] ;

— SERGE Victor, L’an I de la révolution russe, La Découverte Poche, 1997 ; Mémoires d’un révolutionnaire et autres écrits politiques, Robert Laffont, Bouquins, 2001 ;


Quelques extraits de « classiques du marxisme » toujours incisifs :

« Il conviendrait d’abandonner tout ce bavardage sur l’Etat, surtout après la Commune, qui n’était plus un Etat, au sens propre. [...] L’Etat n’étant qu’une institution temporaire dont on est obligé de se servir dans la lutte, dans la révolution, pour organiser la répression par la force contre ses adversaires, il est parfaitement absurde de parler d’un Etat populaire libre ; tant que le prolétariat a encore besoin de l’Etat, ce n’est point dans l’intérêt de la liberté, mais pour réprimer ses adversaires. Et le jour où il devient possible de parler de liberté, l’Etat cesse d’exister comme tel. » (page 84, lettre d’Engels à Bebel datée de mars 1875, in L’Etat et la révolution) ;

« La Commune dut reconnaître d’emblée que la classe ouvrière, une fois au pouvoir, ne pouvait continuer à administrer avec la vieille machine d’Etat ; pour ne pas perdre à nouveau la domination qu’elle venait à peine de conquérir, cette classe ouvrière devait, d’une part, éliminer la vieille machine d’oppression jusqu’alors employée contre elle-même, mais d’autre part, prendre des assurances contre ses propres mandataires et fonctionnaires en les proclamant, en tous temps et sans exception, révocables.

En quoi consistaient, jusqu’ici, les propriétés caractéristiques de l’Etat ? La société avait créé, par simple division du travail à l’origine, ses organes propres pour veiller à ses intérêts communs. Mais, avec le temps, ces organismes, dont le sommet était le pouvoir de l’Etat, s’étaient transformés, en servant leurs propres intérêts particuliers, de serviteurs de la société en maîtres de celle-ci. On peut le voir, par exemple, non seulement dans la monarchie héréditaire, mais également dans la République démocratique. Nulle part les « politiciens » ne forment dans la nation un clan plus isolé et plus puissant qu’en Amérique du Nord, précisément. [...] Là n’existe ni dynastie, ni noblesse, ni armée permanente (à part la poignée de soldats commis à la surveillance des Indiens), ni bureaucratie avec postes fixes et droit à la retraite. Et pourtant, nous avons là deux grandes bandes de politiciens spéculateurs, qui se relaient pour prendre possession du pouvoir de l’Etat et l’exploitent avec les moyens les plus corrompus et pour les fins les plus éhontées ; [...]

Pour éviter cette transformation, inévitable dans tous les régimes antérieurs, de l’Etat et des organes de l’Etat, à l’origine serviteurs de la société, en maîtres de celle-ci, la Commune employa deux moyens infaillibles. Premièrement, elle soumit toutes les places, de l’administration, de la justice et de l’enseignement, au choix des intéressés par élection au suffrage universel, et bien entendu, à la révocation à tout moment par ces mêmes intéressés. Et, deuxièmement, elle ne rétribua tous les services, des plus bas aux plus élevés, que par le salaire que recevaient les autres ouvriers. [...] Mais il était nécessaire de revenir ici brièvement sur quelques-uns de ses traits, parce que, en Allemagne précisément, la superstition de l’Etat est passée de la philosophie dans la conscience commune de la bourgeoisie et même dans celle de beaucoup d’ouvriers. [...] De là cette vénération superstitieuse de l’Etat et de tout ce qui y touche, vénération qui s’installe d’autant plus facilement qu’on est, depuis le berceau, habitué à s’imaginer que toutes les affaires et tous les intérêts communs de la société entière ne sauraient être réglés que comme ils ont été réglés jusqu’ici, c’est-à-dire par l’Etat et ses autorités dûment établies. [...] Mais en réalité, l’Etat n’est rien d’autre qu’une machine pour opprimer une classe par une autre, et cela, tout autant dans la République démocratique que dans la monarchie ; le moins qu’on puisse en dire, c’est qu’il est un mal dont hérite le prolétariat vainqueur dans la lutte pour la domination de classe et dont, tout comme la Commune, il ne pourra s’empêcher de rogner au maximum les côtés les plus nuisibles, jusqu’à ce qu’une génération grandie dans des conditions sociales nouvelles et libres soit en état de se défaire de tout ce bric-à-brac de l’Etat. Le philistin social-démocrate a été récemment saisi d’une terreur salutaire en entendant prononcer le mot de dictature du prolétariat. Eh bien, Messieurs, voulez-vous savoir de quoi cette dictature a l’air ? Regardez la Commune de Paris. C’était la dictature du prolétariat. » (pp. 15/ 18, introduction d’Engels du 18 mars 1891, publiée dans la revue Die Neue Zeit n° 28, et dans le livre de Marx, La guerre civile en France, Editions de Pékin 1980) ;

« Et la société nouvelle elle-même, pendant les deux mille cinq cents ans de son existence, n’a jamais été autre chose que le développement de la petite minorité aux frais de la grande majorité des exploités et des opprimés, et c’est ce qu’elle est de nos jours, plus que jamais. [...] L’Etat n’est donc pas un pouvoir imposé du dehors à la société ; il n’est pas davantage « la réalité de l’idée morale », « l’image et la réalité de la raison », comme le prétend Hegel. Il est bien plutôt un produit de la société à un stade déterminé de son développement ; il est l’aveu que cette société s’empêtre dans une insoluble contradiction avec elle-même, s’étant scindée en oppositions inconciliables qu’elle est impuissante à conjurer. Pour que les antagonistes - les classes aux intérêts économiques opposés - ne se consument pas, elles et la société, en une lutte stérile, le besoin s’impose d’un pouvoir qui, placé en apparence au-dessus de la société, doit estomper le conflit, le maintenir dans les limites de l’« ordre » ; et ce pouvoir, né de la société, mais qui se place au-dessus d’elle et lui devient de plus en plus étranger, c’est l’Etat. [...] En second lieu vient l’institution d’une force publique qui ne coïncide plus directement avec la population s’organisant elle-même en force armée. Cette force publique particulière est nécessaire parce qu’une organisation armée autonome de la population est devenue impossible depuis la scission en classes. [...] Pour maintenir cette force publique, il faut les contributions des citoyens de l’Etat - les impôts. Ceux-ci étaient absolument inconnus à la société gentilice [organisation des sociétés primitives en groupes, clans, tribus ...]. [...] Avec les progrès de la civilisation, les impôts eux-mêmes ne suffisent plus : l’Etat tire des traites sur l’avenir, fait des emprunts, des dettes d’Etat. [...] Comme l’Etat est né du besoin de réfréner des oppositions de classes, mais comme il est né en même temps au milieu du conflit de ces classes, il est, dans la règle, l’Etat de la classe la plus puissante, de celle qui domine au point de vue économique et qui, grâce à lui, devient aussi classe politiquement dominante et acquiert ainsi de nouveaux moyens pour mater et exploiter la classe opprimée. C’est ainsi que l’Etat antique était avant tout l’Etat des propriétaires d’esclaves pour mater les esclaves, comme l’Etat féodal fut l’organe de la noblesse pour mater les paysans serfs et corvéables, et comme l’Etat représentatif moderne est l’instrument de l’exploitation du travail salarié par le capital. Exceptionnellement, il se présente pourtant des périodes où les classes en lutte sont si près de s’équilibrer que le pouvoir de l’Etat, comme pseudo-médiateur, garde pour un temps une certaine indépendance vis-à-vis de l’une ou l’autre. [...] La nouvelle performance en la matière, où dominateurs et dominés font une figure également comique, c’est le nouvel Empire allemand de nation bismarckienne : ici, capaitalistes et travailleurs sont mis en balance les uns contre les autres, et sont également grugés pour le plus grand profit des hobereaux prussiens dépravés. [...] L’Etat n’existe donc pas de toute éternité. Il y a eu des sociétés qui se sont tirées d’affaire sans lui, qui n’avaient aucune idée de l’Etat et du pouvoir d’Etat. [...] La société, qui réorganisera la production sur la base d’une association libre et égalitaire des producteurs, reléguera toute la machine de l’Etat là où sera dorénavant sa place : au musée des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze. (in L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat, 1884, disponible sur le site québécois : http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_friedrich/Origine_famille/Origine_famille.html) ;

« Pour faire face à toutes ses obligations sociales immenses, l’Etat fera appel à une masse toujours plus grande de personnes, les enlevant à toute activité, à toute participation à la production, en créant ainsi un corps social à part, aux intérêts propres, ayant pour spécialité et pour charge d’assurer le fonctionnement de la machine étatique et gouvernementale.

Une fraction importante (10% et peut-être plus) de la société constitue ainsi une couche sociale indépendante (les politiciens, les hauts fonctionnaires, la bureaucratie, le corps juridique, la police et le militarisme) ayant des intérêts économiques propres, vivant en parasites de la société, ayant pour patrimoine et champ d’exploitation, réservé à eux, l’appareil étatique.

De serviteur de la société, au service de la classe dominante, ce corps social, de par sa masse et surtout de par sa place dans la société, à la direction du gouvernail étatique, tend à s’affranchir de plus en plus pour se poser en maître de la société, et en associé de la classe dominante ... » (point 3, des Thèses sur la nature de l’Etat et la Révolution prolétarienne adoptées par la Gauche Communiste de France, en mars 1946, pages 12/ 13 de la brochure du CCI, La période de transition du capitalisme au socialisme.) ;


Sur le site :

— Étincelles de la Gauche marxiste russe : 1881 - 1923 (3-Bis), avec la Revue des communistes de gauche « Kommunist » qui commence à critiquer l’appropriation des moyens de production par l’« État ouvrier » ;

— La série d’articles de Mitchell sur la période de transition, dans la revue Bilan ;