AccueilPublicationsOctobre (1938-1939)
Dernière mise à jour :
mardi 6 juin 2017
   
Brèves
« Lutte de Classe » (GLAT) - Série complète !
samedi 27 octobre
La couverture chronologique de la revue du GLAT, Lutte de Classe, a été considérablement étendue (premier numéro de mars 1964) et comprend maintenant un renvoi sur une version numérisée des 128 numéros !
Cahiers du Communisme de Conseils - Série complète !
vendredi 26 octobre
Les trois numéros manquant (1, 2 & 5) sont maintenant disponibles dans les sommaires de la revue des Cahiers du Communisme de Conseils. Que les volontaires pour les transcriptions n’hésitent pas à se signaler... En attendant, bonne lecture !
Premiers scans des Cahiers du Communisme de Conseil
dimanche 5 août
Neuf des douze numéros de la revue des Cahiers du Communisme de Conseil (1968-1972) sont maintenant accessible en version numérique au travers du sommaire général.
Derniers numéros de la revue Communisme
dimanche 5 août
Les numéros 6, 8, 9 et 15 qui manquaient jusque là ont été ajoutés au sommaire général de la revue « Communisme » (1937-1939). Bonnes lectures !
Mise à jour sommaires GLAT
samedi 11 février
Le sommaire général de la revue du GLAT, Lutte de Classe vient d’être encore étendu. Merci de signaler manques ou corrections.
Sur le Web
Controverses
Revue publiée par le Forum de la Gauche Communiste Internationaliste : C’est pour contribuer à déblayer la voie vers la clarification et le regroupement sur des bases théoriques, politiques et organisationnelles saines que Controverses a vu le jour. En d’autres termes, tout en tenant compte du changement de période qui n’est plus au reflux mais à la reprise historique des combats de classes, notre objectif essentiel est de reprendre ce qui était le souci de Bilan mais qu’il n’a pu mener complètement à bien compte-tenu des conditions d’alors : « ...une critique intense qui visait à rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance, de l’économie, de la tactique, de l’organisation », et ce sans « aucun dogme », sans « aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme », et « par le souci de déterminer une saine polémique politique ». Ceci est plus que jamais indispensable afin de réussir un nouvel « Octobre 17 » sous peine de se retrouver comme ces « vieux bolcheviks ... qui répètent stupidement une formule apprise par cœur, au lieu d’étudier ce qu’il y avait d’original dans la réalité nouvelle. (extrait de l’éditorial du n°1)
Gavroche - La revue
Le premier numéro de la revue trimestrielle Gavroche est sorti en décembre 1981. Il prenait la suite du Peuple français, belle aventure éditoriale des années soixante-dix. Depuis plus de 20 ans, la revue s’attache à la retranscription des fêtes, des travaux, des luttes et des joies du principal acteur de l’histoire : le peuple. Gavroche fait aussi resurgir des événements jusque-là ignorés ou passés volontairement sous silence.
L’Echo de la Fabrique
Le journal des chefs d’ateliers et ouvriers de la soie à Lyon, hebdomadaire phare de la presse ouvrière, paraît d’octobre 1831 à mai 1834. Ce site en donne à lire l’intégrale des articles, suite à un remarquable travail empreint d’une grande rigueur scientifique. Indispensable pour l’étude des insurrections des canuts de 1831 et 1834.
La Révolution prolétarienne
Revue fondée par Pierre Monatte en 1925. Le site publie un grand nombre d’articles de la période "historique". La publication se poursuit...
La Bataille socialiste
Site de ressources documentaires sur le patrimoine socialiste. Suit l’actualité des parutions, publie certains articles en ligne et propose des documents concernant le mouvement ouvrier de la première moitié du XXe siècle principalement.
OCTOBRE 01a : Manifeste du Bureau International des Fractions de la Gauche Communiste
Février 1938 / pp. 1 - 3
30 avril 2010 par eric

PROLÉTAIRES !

La révolte des forces de production contre les rapports capitalistes de production, qui avait engendré la révolte des producteurs contre leurs exploiteurs, n’a pas encore abouti à la victoire prolétarienne. Mais l’inéluctabilité du triomphe du prolétariat luttant pour la société communiste est cruellement confirmée par la situation actuelle. Les cataclysmes sociaux qui déferlent sur le monde sont l’antithèse des succès que le capitalisme a pu obtenir en piétinant toutes les résistances du prolétariat et en résorbant la crise économique de 1929 par l’organisation de l’économie de guerre dans tous les pays et des carnages d’Espagne et de Chine. Ces gigantesques convulsions sont les prodromes de la victoire certaine de demain.

Toutes les déformations et révisions de la doctrine marxiste du prolétariat ont été balayées par la violence des événements et lorsque les situations, faisant à nouveau éclater les antagonismes sociaux, permettront aux masses de reprendre conscience de leurs intérêts, c’est en conservant cette conscience que le prolétariat international pourra conquérir le monde à l’humanité.

« Le profit ! Voilà le stimulant, l’aiguillon en dehors duquel aucune production de capital n’est possible », clamaient les économistes bourgeois. Aujourd’hui, la vie économique est subordonnée à l’hégémonie de la production de guerre. Non seulement il n’existe pas de perspective d’accumulation de capitaux, mais les produits meurtriers servent à la destruction d’immenses richesses et de centaines de milliers d’exploités. Au terme de son évolution, le capitalisme dévoile brutalement la loi qui préside à son fonctionnement : la loi du profit qui ne peut plus désormais s’assigne l’objectif de sa transformation en capital. C’est en parvenant à faire pénétrer cette loi du profit dans l’économie soviétique que le capitalisme mondial a pu gagner à sa cause le régime créé par Octobre 1917.

Marx l’avait déjà dit : toutes les formations intermédiaires péricliteront et seront mises à rançon par le grand capitalisme ; la situation verra le duel entre les deux classes fondamentales : la bourgeoisie et le prolétariat. Aujourd’hui, dans le monde entier, il n’y a pas une boutique, pas un village, pas une profession, pas une seule veine de la vie économique qui soit soustraite à l’emprise du grand capitalisme s’incarnant dans l’État qui pourra bien revêtir les formes les plus apparemment opposées, sans cesser d’être l’expression la plus achevée de l’ennemi, la machine, qu’il faudra détruire JUSQUE DANS SES FONDEMENTS. Et demain, lorsque de l’insurrection ouvrière aura surgi la dictature du prolétariat, c’est en considérant l’État prolétarien comme un FLÉAU bien que nécessaire (Engels) que le prolétariat vainqueur, en union avec la classe ouvrière de tous les pays, pourra amputer son État des tentacules qui peuvent le relier aux États capitalistes encore à détruire.

Le monde bourgeois est le monde des contrastes, car les rapports de production basés sur l’intérêt individuel s’opposent radicalement à toute organisation d’une production en vue de la consommation. Cependant, la tension qui pousse l’individualité capitaliste, le trust, l’État, la constellation d’États contre leurs concurrents n’atteint pas les bases du régime capitaliste, n’en ébranle pas la cohésion. Au delà de l’objectif apparent de la conquête des marchés, la guerre elle-même trouve maintenant son objectif réel dans le duel entre les deux classes fondamentales de la société : la bourgeoisie et le prolétariat. Lorsque dans le domaine économique, l’antagonisme entre le capital (capacité de production) et le salaire (capacité d’achat), arrive à un point où la production utile devient impossible, une situation historique s’ouvre où, à défaut de la seule solution possible pour sauver l’humanité : la révolution prolétarienne, apparaît celle du triomphe de la barbarie, qui représente aussi la sauvegarde du régime capitaliste.

La raison profonde des luttes et des guerres interimpérialistes réside donc dans la maturation d’un antagonisme économique qui, n’ayant pu se manifester dans l’éclosion de l’antagonisme social (au travers de l’insurrection prolétarienne), se résout par le massacre des ouvriers dont les protagonistes sont les traîtres réalisant l’Union Sacrée au moment où la révolution est devenue une nécessité historique.

Les prolétaires que Marx a armés d’une théorie de fer ne doivent pas être déroutés par la situation actuelle qui voit se dérouler les guerres d’Espagne et de Chine, sans qu’une conflagration éclate entre les États capitalistes ayant des intérêts contrastants sur ces territoires. En face du prolétariat mondial qui est Un, se dresse le capitalisme mondial qui est Un. Après Versailles, les États victorieux ont apporté leur aide entière à la reconstruction des appareils capitalistes des États vaincus. Ainsi ils faisaient face au danger de la révolution prolétarienne. Aujourd’hui, c’est une chaîne scélérate et meurtrière qui unit tous les États capitalistes et la Russie Soviétique pour le massacre physique de centaines de milliers d’exploités en Espagne et en Chine et pour l’assassinat politique du prolétariat de tous les pays.

Autrefois, c’était au travers des luttes inter-capitalistes que les contrastes fondamentaux de l’économie capitaliste trouvaient une issue et que la conquête de nouveaux marchés coloniaux faisait rebondir le cycle de la production. Aujourd’hui, dans la phase extrême de décadence capitaliste, il n’y a plus de territoires à conquérir pour le mode bourgeois de production, car celui-ci est arrivé au point ultime de sa saturation et les pays arriérés ne peuvent être industrialisés que par le prolétariat luttant pour la société communiste.

Les prolétaires communistes, loin de désespérer lorsque la situation mettra en relief, d’une façon foudroyante, que seul l’antagonisme entre le prolétariat et la bourgeoisie actionne l’évolution des situations, élèveront leur connaissance, aguerriront leur passion révolutionnaire et s’apprêteront au travail gigantesque qui est devant eux. Ils resteront persuadés que la réalité a désormais mûri les conditions objectives pour le triomphe de l’insurrection prolétarienne dans tous les pays du monde.

PROLÉTAIRES !

La théorie marxiste n’est pas une doctrine de « messianisme économique ». Elle n’a jamais enseigné que la conscience prolétarienne dérive spontanément de la révolte des forces de production contre les cadres du régime capitaliste, ou de l’éclosion des crises économiques. La théorie marxiste nous apprend que la formation de cette conscience est inévitable, car le prolétariat représente la seule force sociale pouvant opposer à la société capitaliste - dont les bases se heurtent aux nécessités économiques et, par conséquent, politiques et spirituelles de l’humanité toute entière -, la société communiste enfin capable d’assujettir les forces économiques à l’homme. C’est la loi de la vie fécondant, la lutte entre les classes qui préside à la formation de la conscience politique du prolétariat.

En apparence, la disproportion est gigantesque entre l’événement historique et la codification de ce dernier dans l’arsenal programmatique du prolétariat. Le Manifeste de 1848 donne la signification des révolutions bourgeoises, consacre l’inéluctabilité des révolutions prolétariennes ; les Thèses fondamentales de la Troisième Internationale reflètent la portée historique d’Octobre 1917 et des batailles révolutionnaires d’après-guerre. Ce sont pourtant ces cataclysmes sociaux qui ont produit les armes idéologiques aussi indispensables au prolétariat pour repérer le chemin sinueux de sa victoire que l’œil pour repérer la lumière.

Les bouleversements économiques et politiques que nous vivons prouvent que le capitalisme est irrémédiablement condamné. L’incapacité prolétarienne d’aujourd’hui révèle que le moment n’est pas arrivé où, sous l’effet de la famine, de la misère, les ouvriers survivants au massacre sentiront exploser dans leurs cerveaux, d’une part, le contraste entre le bourrage de crânes des traîtres les appelant à se faire tuer dans la guerre, à assassiner leurs frères de classe de l’autre côté de la barricade pour conquérir le « socialisme », et, d’autre part, leurs propres intérêts de classe. Quand ce jour viendra, l’œuvre intellectuelle du prolétariat sortira du creuset sanglant de l’histoire ; les armes serviront, non plus à défendre - au travers du massacre du prolétariat le régime capitaliste, mais à détruire celui-ci et l’heure aura sonné pour l’insurrection prolétarienne.

Mais les explosions de conscience prolétarienne restent sans lendemain si les expériences précédentes n’ont pas permis de construire la prémisse indispensable à la continuité du développement idéologique de la classe ouvrière. La guerre de 1914-18 put se conclure dans la victoire en Russie parce que les bolcheviks avaient, durant des années, frayé le chemin d’Octobre 1917, au travers d’un TRAVAIL DE FRACTION qui leur permit de sélectionner le programme de l’insurrection prolétarienne. Dans les autres pays, les situations déterminèrent d’inévitables convulsions sociales et économiques, mais l’impossibilité où les prolétariats allemand, italien, hongrois, autrichien, français et autres se trouvèrent de construire - au travers du travail de fraction - le FONDEMENT du parti à venir, mit ces prolétariats dans l’impossibilité d’arracher la victoire.

L’expérience d’un siècle de luttes ouvrières prou·ve que la continuité de la vie du prolétariat est assurée, dans les phases du triomphe de la réaction, par des organismes exprimant la FRACTION, du programme précédent du prolétariat qui résista à l’épreuve des événements. Ces organismes sont en même temps des fractions du parti de demain, car ils travaillent à construire les bases idéologiques requises par l’évolution ultérieure de la lutte des classes. Ces organismes sont les fractions de la gauche communiste qui viennent de fonder un Bureau International en raison d’une tension internationale qui se répercute dans tous les pays, car dans tous l’Union Sacrée des classes se nourrit de la production pour la guerre. Le Bureau se doit d’indiquer aux réactions prolétariennes qui s’affirment dans chaque pays contre l’Union Sacrée la voie qui permit à Lénine et aux bolcheviks d’atteindre Octobre 1917 : la construction des fractions de la gauche communiste internationale.

PROLÉTAIRES !

L’avortement des révolutions italienne et allemande préluda à l’avènement de la réaction brutale du fascisme. Les forces démocratiques et social-démocratiques qui tinrent un rôle de premier plan pour dévoyer les mouvements révolutionnaires dans l’immédiat après-guerre et qui préparèrent ensuite le lit du fascisme, furent à l’avant-plan dans la lutte contre la Russie Soviétique lorsque celle-ci luttait encore pour la révolution mondiale. Aujourd’hui, ces forces s’orientent désormais vers un accord avec le courant politique issu de la dégénérescence de l’État prolétarien, avec le centrisme. Là où la tension de classe se manifeste particulièrement dangereuse pour le capitalisme, où la nécessité s’impose de la précipiter violemment dans le giron de la participation ou de l’approbation de la guerre impérialiste, le Front Populaire est une nécessité. Ailleurs, même si le Front Populaire n’existe pas en tant que formation organique, la substance politique du Front Populaire existe quand même et conditionne toute l’évolution du mouvement ouvrier actuel. Et, dans ce cas, même divisés entre eux, les Parti Socialiste et Communiste travaillent en activant le développement de l’industrie des armements, à souder le prolétariat à l’État démocratique pour, aujourd’hui, faire face aux menaces de guerre des États fascistes, et, demain, entrer dans la guerre impérialiste si nécessité s’impose.

D’autres courants issus du mouvement oppositionnel de la Troisième Internationale, tout en étant opposés au Front Populaire, sont partie intégrante du capitalisme mondial puisqu’en Chine ou en Espagne, ils soutiennent que la révolution ne résulte pas de la négation de la guerre et du défaitisme révolutionnaire, mais de la participation à cette guerre, pour concilier les succès militaires avec l’œuvre d’édification des conquêtes prolétariennes ( ?) à l’intérieur. Les trotskistes et les « communistes de gauche » ont renié le programme du prolétariat et ont désormais rejoint le marais de tous les renégats.

La révolution prolétarienne apparaît désormais comme la seule force capable de résoudre les problèmes gigantesques que la situation pose dans tous les pays. Elle représente la condition préjudicielle à l’assainissement de la vie de l’économie mondiale. Le capitalisme, pour éviter l’irruption des progrès de la technique de production, doit recourir aux manipulations monétaires, hérisser des murailles protectionnistes, se livrer au nationalisme autarcique ; mais tous ces expédients ne font qu’élever lcs contrastes capitalistes et leur imprimer un rythme plus violent. L’intervention croissante et hégémonique de l’État et l’industrie de guerre ne peuvent que culbuter dans la conflagration armée : les guerres de Chine et d’Espagne ne sont, en définitive, que les expressions spasmodiques d’un cours économique et politique qui tend à embraser le monde entier.

Des bouleversements sociaux décisifs s’accomplissent actuellement. Les prolétaires qui déclenchent leurs mouvements revendicatifs ne pourront les faire coïncider avec leurs intérêts de classe qu’en les dirigeant vers le DEFAITISME RÉVOLUTIONNAIRE qui signifie : défaite du capitalisme dans les pays en guerre ; lutte contre les forces de l’Union Sacrée qui infectent les organisations prolétariennes dans les autres pays. Faire de chaque grève un moment de la lutte contre la guerre, cela est possible à la seule condition de déterminer la défaite des forces de l’Union Sacrée. C’est ainsi seulement que peut éclore la victoire du mouvement ouvrier international.

PROLÉTAIRES !

La violence des événements actuels doit armer vos espérances. Toutes les victoires du capitalisme obtenues avec l’aide des traîtres sont les prémisses des catastrophes de demain. Vous serez d’autant plus vite la force qui, par la destruction de l’appareil ennemi, pourra réaliser la révolution, que vous aurez repris vos armes de classe.

Contre toutes les entreprises de guerre !

Pour les grèves et leur généralisation et contre toutes les abdications devant une bourgeoisie arbitre de sa domination !

Pour le défaitisme révolutionnaire dans le monde entier !

Pour la fin du carnage impérialiste en Espagne et en Chine !

Pour les fractions de la gauche communiste internationale !

Pour la révolution communiste mondiale !

LE BUREAU INTERNATIONAL DES FRACTIONS DE LA GAUCHE COMMUNISTE.

Le 1er février 1938.