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« Lutte de Classe » (GLAT) - Série complète !
samedi 27 octobre
La couverture chronologique de la revue du GLAT, Lutte de Classe, a été considérablement étendue (premier numéro de mars 1964) et comprend maintenant un renvoi sur une version numérisée des 128 numéros !
Cahiers du Communisme de Conseils - Série complète !
vendredi 26 octobre
Les trois numéros manquant (1, 2 & 5) sont maintenant disponibles dans les sommaires de la revue des Cahiers du Communisme de Conseils. Que les volontaires pour les transcriptions n’hésitent pas à se signaler... En attendant, bonne lecture !
Premiers scans des Cahiers du Communisme de Conseil
dimanche 5 août
Neuf des douze numéros de la revue des Cahiers du Communisme de Conseil (1968-1972) sont maintenant accessible en version numérique au travers du sommaire général.
Derniers numéros de la revue Communisme
dimanche 5 août
Les numéros 6, 8, 9 et 15 qui manquaient jusque là ont été ajoutés au sommaire général de la revue « Communisme » (1937-1939). Bonnes lectures !
Mise à jour sommaires GLAT
samedi 11 février
Le sommaire général de la revue du GLAT, Lutte de Classe vient d’être encore étendu. Merci de signaler manques ou corrections.
Sur le Web
Controverses
Revue publiée par le Forum de la Gauche Communiste Internationaliste : C’est pour contribuer à déblayer la voie vers la clarification et le regroupement sur des bases théoriques, politiques et organisationnelles saines que Controverses a vu le jour. En d’autres termes, tout en tenant compte du changement de période qui n’est plus au reflux mais à la reprise historique des combats de classes, notre objectif essentiel est de reprendre ce qui était le souci de Bilan mais qu’il n’a pu mener complètement à bien compte-tenu des conditions d’alors : « ...une critique intense qui visait à rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance, de l’économie, de la tactique, de l’organisation », et ce sans « aucun dogme », sans « aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme », et « par le souci de déterminer une saine polémique politique ». Ceci est plus que jamais indispensable afin de réussir un nouvel « Octobre 17 » sous peine de se retrouver comme ces « vieux bolcheviks ... qui répètent stupidement une formule apprise par cœur, au lieu d’étudier ce qu’il y avait d’original dans la réalité nouvelle. (extrait de l’éditorial du n°1)
Gavroche - La revue
Le premier numéro de la revue trimestrielle Gavroche est sorti en décembre 1981. Il prenait la suite du Peuple français, belle aventure éditoriale des années soixante-dix. Depuis plus de 20 ans, la revue s’attache à la retranscription des fêtes, des travaux, des luttes et des joies du principal acteur de l’histoire : le peuple. Gavroche fait aussi resurgir des événements jusque-là ignorés ou passés volontairement sous silence.
L’Echo de la Fabrique
Le journal des chefs d’ateliers et ouvriers de la soie à Lyon, hebdomadaire phare de la presse ouvrière, paraît d’octobre 1831 à mai 1834. Ce site en donne à lire l’intégrale des articles, suite à un remarquable travail empreint d’une grande rigueur scientifique. Indispensable pour l’étude des insurrections des canuts de 1831 et 1834.
La Révolution prolétarienne
Revue fondée par Pierre Monatte en 1925. Le site publie un grand nombre d’articles de la période "historique". La publication se poursuit...
La Bataille socialiste
Site de ressources documentaires sur le patrimoine socialiste. Suit l’actualité des parutions, publie certains articles en ligne et propose des documents concernant le mouvement ouvrier de la première moitié du XXe siècle principalement.
LCS 01a : Perspectives de travail
Boris SOUVARINE - N°1 Mars 1931 / pp. 1 - 4
18 janvier 2011 par eric

Dans le progrès sensible et constant des sciences à notre époque, les sciences sociales font exception. On pourrait dire : la science sociale s’il était admis que les matières impliquées dans cette expression sont nécessairement les parties indivisibles d’un tout. Mais le marxisme seul embrasse dans son ampleur synthétique et sonde par sa méthode analytique les phénomènes essentiels qui déterminent le destin des sociétés humaines. Par sa conception matérialiste de l’histoire, sa critique de l’économie politique, sa philosophie de la nature, son système dialectique d’investigation - mise à part la notion plutôt intuitive de la mission historique du mouvement prolétarien -, il réalise une somme qui permettrait de l’identifier à la science sociale elle-même, n’était le doute scientifique prescrivant de ne rien accepter qu’au conditionnel, d’éviter toute confusion entre un postulat et une déduction relative. Il est superflu d’insister sur les raisons déjà connues qui laissent les sciences sociales loin derrière les sciences exactes. Le fait seul de leur stagnation importe ici.

Parmi les tenants de l’ordre social séculaire appelé communément civilisation moderne et qu’on voudrait faire passer pour immuable avec le correctif d’adaptations graduelles, rien n’a été ajouté depuis longtemps aux thèses de l’économie classique et de la sociologie évolutionniste aux versions multiples. Les prétendues confirmations prématurément saisies dans l’expérience contemporaine et hâtivement érigées en preuves ont plutôt affaibli les théories qu’elles devaient illustrer, par la rapidité de leur disparition et le vide qu’elles ont laissé. Et les compromis conclus sans cesse avec les conceptions diamétralement adverses pourraient difficilement passer pour autant de signes de solidité.

Du côté des partisans d’une transformation radicale des rapports humains atteignant la base même de la structure sociale, c’est-à-dire le régime de la propriété, rien n’a été ajouté de fondamental aux idées de Marx et d’Engels. Le marxisme, considéré comme instrument de recherche et comme héritage culturel, a certainement été enrichi d’appréciables travaux par ses premiers disciples. Mais le fonds théorique s’est peu accru tandis que tarissait l’apport nouveau. Rosa Luxembourg, un des plus sûrs continuateurs de la pensée marxiste, le constatait déjà en 1903, l’expliquant par l’avance intellectuelle considérable prise d’emblée par Marx relativement aux besoins de l’époque, le dépassement préalable énorme de sa création idéologique sur les possibilités ou la capacité d’action du prolétariat.

Si cette explication se vérifiait à l’épreuve des faits ultérieurs, le progrès scientifique du marxisme ne subirait qu’un temps d’arrêt. Quant à sa vitalité présente, elle serait irrémédiablement compromise à en juger par les théories et la pratique de ceux qui s’en réclament au nom du socialisme et du communisme vulgaires d’aujourd’hui et contre lesquelles l’œuvre et la vie de Marx sont une protestation permanente. Mais il y a, pour l’attester, à défaut de la fidélité des uns, l’animadversion des autres. Jamais le marxisme ne fut plus actualisé par l’hommage de ses détracteurs : il ne se passe véritablement pas de jour où le feu n’en soit attisé dans toutes les parties du monde par ceux qui s’assignent de l’éteindre. Instituts et académies, universités et sorbonnes, parlements et tribunaux, prêtres de toutes religions et militaires de toutes armes, hommes d’État et hommes de plume, économistes, sociologues, essayistes, esthètes, affirment avec force, pour ceux qui seraient enclins à douter, la pérennité du marxisme. Sans parler de ceux qui, même dans la contradiction, font du marxisme sans le savoir : cela seul vaudrait une étude spéciale.

Cependant, cette sorte de démonstration négative ne saurait suffire aux adeptes sérieux de ladite théorie : le marxisme doit par définition se réviser lui-même et subir avec succès la confrontation des faits. Dans ce sens, les réformistes qui ont tenté de réfuter certaines de ses données en recourant à sa méthode ont été de plus fidèles élèves de Marx que les prétendus orthodoxes qui se satisfont de formules cultuelles. Leurs velléités se sont avérées finalement impuissantes, mais c’est une autre affaire. Et du moins ont-elles rendu de bons services en excitant la réplique, en suscitant d’utiles controverses là où l’esprit critique tombait en sommeil. La vérification du marxisme, donc, à la lumière de l’expérience quotidienne et des acquisitions nouvelles de la culture, est une nécessité irrévocable du progrès des sciences sociales.

Quant aux autres doctrines en émulation depuis un siècle pour l’emprise spirituelle sur la partie la plus consciente des forces de révolution, leur extinction naturelle a montré combien peu elles répondaient à la réalité sociale comme au processus historique. Les utopismes consécutifs à la Révolution française, le positivisme partiellement dérivé du saint-simonisme, les formes diverses de socialismes et de communismes idéalistes ou religieux, l’anarchisme enfin ont fait leur temps. Tout ce qu’ils contenaient de valable dans la critique et de viable dans le raisonnement se retrouve assimilé dans la pensée marxiste. Il subsiste en France quelques commentateurs érudits de Saint-Simon parmi les démocrates pacifistes, des admirateurs d’Auguste Comte chez les monarchistes, des « amis » de Proudhon dans les deux camps, mais il ne reste rien de leurs écoles dans le mouvement ouvrier. Le syndicalisme, que personne n’a jamais pu définir avec autorité et que tant de coquetteries intellectuelles bourgeoises ont compliqué de phraséologie prétentieuse et obscurci d’interprétations arbitraires, n’a été au total qu’une pratique sans théorie dont l’empirisme peut aller de l’insurrection en paroles au trade-unionisme effectif selon les circonstances. En dehors des nuances diverses d’un seul et même conservatisme, parées parfois d’étiquettes progressistes ou réformatrices, il ne reste en présence, pour se disputer la conscience des classes intéressées à une transformation sociale, que le socialisme et le communisme vulgaires, l’un et l’autre invoquant Marx et Engels qui ont par avance décliné toute responsabilité.

En dépit de leur bruyant antagonisme politique, ces deux courants actuels, influencés l’un par l’État capitaliste, l’autre par l’État soviétique, offrent de profondes caractéristiques communes en leur respective dégénérescence. Pour rester dans le sujet ici circonscrit, il faut y constater un même recul intellectuel, une identique stérilité culturelle, la disparition de l’esprit de recherche et de l’effort théorique. Les exceptions confirment la règle.

Dans le mouvement communiste présent apparaissent au premier regard deux périodes distinctes, d’un frappant contraste, dont la mort de Lénine marque l’intersection. La première a laissé un certain bagage intellectuel et culturel, malgré sa brièveté bien remplie par le chaos d’après-guerre et les guerres civiles ; la seconde, déjà deux fois plus longue, relativement paisible, réparatrice, plus favorable au travail cérébral, présente à cet égard un véritable néant. Et pour cause : l’État soviétique, ni bourgeois, ni prolétarien mais bureaucratique dans sa phase transitoire, matérialisant la puissance de ce mouvement même au delà de l’époque où le mouvement a été puissant, fait peser sur les consciences une censure incompatible avec la science ; hors des frontières russes, l’organisation communiste est devenue simple ramification extérieure de cet État ; la raison d’État finit par avoir raison de la raison révolutionnaire, momentanément. Il est impossible de citer un livre, de signaler une tête comme produit de cette période. Sont seules lisibles les rééditions, seuls estimables de rares survivants des périodes antérieures. Les publications communistes de tous les pays, pleines d’une prose unique et très spécifique élaborée dans un seul creuset, échappent à la discussion. À part le monde officiel de ce néo-communisme post-léninien, il subsiste des individualités dispersées, isolées, bannies, mais représentant la dernière chance contemporaine d’amorcer une renaissance de l’idée qu’elles revendiquent.

Dans le mouvement socialiste de nos jours, l’activité principale est orientée vers le travail gouvernemental, parlementaire et municipal de perfectionnement des institutions capitalistes. Peu d’esprits sont encore préoccupés de leur destruction et de leur remplacement. On ne les tolère, d’ailleurs, qu’en raison de leur caractère platonique, à titre de divertissement intellectuel ou par respect traditionnel envers des reliques du passé. Là aussi, la réédition d’œuvres antérieures et les ultimes paroles d’anciens militants affaiblis par l’âge, désemparés par la guerre ou déconcertés par les révolutions, mais dont l’érudition et l’expérience ne sont pas sans comporter d’enseignements, présentent encore de l’intérêt pour la science et la culture sociales. Les publications socialistes dites « théoriques » par habitude sont pleines d’une matière de presse quotidienne, vite périssable, qui ne peut retenir l’attention que dans l’actualité d’un moment. Il n’y a jamais à s’y reporter au lendemain, alors que les vieilles collections débordent d’idées générales toujours actuelles. Le phénomène s’observe dans les grandes lignes partout, sauf en partie dans l’Europe centrale où les recherches sociologiques et économiques des social-démocrates se poursuivent pour ainsi dire par force d’inertie, comme la conservation des bibliothèques ou la mise au jour des archives.

La France, dans cet ordre de choses, présente le plus sombre tableau. La crise de l’intelligence révolutionnaire, socialiste ou communiste, y est à son plus haut point, correspondant au niveau idéologique le plus bas. La presse des deux partis charrie inlassablement de mornes lieux-communs. Aucun des grands faits de l’époque, ni le bolchévisme ni le fascisme, ni les visées de l’Amérique ni les inconnues de l’Orient, ni même les réserves de la vieille civilisation européenne, n’ont été sérieusement sondés, étudiés, supputés. Aucune des inquiétudes de la génération montante, celle qui doit façonner le plus proche avenir, n’y trouve son expression. Sur le bolchévisme et le fascisme, ce sont toujours les mêmes récriminations amères invoquant une démocratie abstraite qui n’existe nulle part ou la soumission docile au pouvoir soviétique, dans toutes ses contradictions les moins conformes aux principes impliqués dans les termes ; sur l’Amérique, les voies qu’elle ouvre, les solutions qu’elle apporte, c’est l’intolérable dilemme de l’approbation béate ou du dénigrement total ; sur l’Orient, indifférentisme ignare des uns, stratégie pédantesque des autres, Charybde et Scylla ; quant à l’Europe, son destin semble se jouer pour ceux-là dans des circonscriptions électorales, pour ceux-ci dans les bureaux de Moscou de la dictature du secrétariat.

Le parti socialiste, fort de ses effectifs, de ses cotisations, de sa représentation parlementaire et édilitaire n’est pas capable de faire paraître sa revue dite doctrinale où les traductions sont le seul aliment du lecteur. Des revues du parti communiste, il vaut mieux ne pas parler. En librairie, la production des deux partis est inexistante. Signe très symptomatique, la tradition socialiste tombe en désuétude, le lien qui rattache le mouvement d’aujourd’hui à l’œuvre d’hier est rompu : au cours des dernières années, le centenaire de Saint-Simon, celui de Lassalle, le cinquantenaire de la mort de Bakounine n’ont suscité aucune contribution à l’histoire de leurs idées et à l’appréciation de ce qu’il en subsiste, de la part des héritiers ; sans les travaux de Maxime Leroy, de C. Bouglé, d’A. Pereire et d’autres, l’anniversaire saint-simonien eût passé inaperçu pour notre grand détriment ; les matériaux nouveaux sur Lassalle et sur Bakounine, publiés en Allemagne et en Russie, restent inconnus en France. Nous ne mentionnons que les exemples imposés par les dates. Il n’en manque pas d’autres, plus importants encore : sans l’initiative d’un éditeur étranger au mouvement ouvrier, les œuvres complètes de Marx et d’Engels ne seraient pas en cours de publication ; l’édition critique des œuvres de Proudhon, également d’initiative privée, encore non terminée, n’est ni encouragée, ni soutenue ; plus de quinze ans après la mort de Jaurès, le recueil de ses œuvres est toujours à l’état de promesse. Les œuvres de Lénine, il est vrai, fruit de la période précédente, paraissent par tomes largement espacés mais en exécution d’une décision prise à Moscou sous l’empire d’un élan religieux ; elles n’en seront d’ailleurs pas moins précieuses sous bien des rapports et serviront d’une façon que les commanditaires n’ont pas prévue.

L’incuriosité des milieux qui prétendent se faire les artisans d’une société supérieure et représenter une élite s’avère chaque jour dans des exemples probants. Les ouvrages qui devraient nourrir l’opinion de ces devanciers de temps meilleurs tombent dans un silence de sépulcre. L’Accumulation du Capital de Rosa Luxembourg, jamais traduite en français mais maintenant publiée sous forme d’un excellent résumé et complétée d’un exposé sommaire de l’état de la question, n’a été ni analysée, ni commentée dans la presse socialiste et communiste où personne n’en est capable ou ne s’y intéresse. La même observation s’impose à propos des œuvres de valeur sorties des presses depuis quelque dix ans. Les controverses entre Bernstein et Kautsky, Jaurès et Lafargue, Lénine et Bogdanov, avec l’effervescence intellectuelle qu’elles entretenaient, paraissent aujourd’hui d’un autre âge : il n’y a rien du même ordre à présent, non pas faute de personnalités de même envergure, mais par suite d’une déchéance collective dont la guerre et l’avortement de plusieurs révolutions sont certainement parmi les causes déterminantes.

Au déclin de la pensée socialiste ou communiste correspond indubitablement un abaissement du niveau intellectuel du prolétariat, ou plus exactement de sa fraction considérée comme la plus avancée. Dans quelle mesure les deux phénomènes se reflètent l’un dans l’autre, ou réagissent l’un sur l’autre, la question reste à traiter. Toujours est-il que la constatation optimiste d’Engels, attribuant à la classe ouvrière le rôle de conserver le sens et l’intérêt de la théorie ne se confirme pas de nos jours. À ce propos, des explications diverses se présentent à l’esprit, mais ce n’est pas ici le sujet. Il suffit, par exemple de compulser les journaux ouvriers français d’avant 1848, comme la Ruche populaire, la Fraternité, le Travail, l’Artisan, l’Union, l’Atelier, où toutes les matières de la sociologie sont débattues avec une tenue très élevée, pour évaluer d’un coup le recul accompli en moins d’un siècle. C’est un des plus graves problèmes posés, par la vie même, à ceux qui attribuent au prolétariat une certaine « mission historique ».

Dans cette situation sommairement esquissée à grands traits, des hommes qui ne désespèrent pas de l’avenir veulent s’employer à le préparer. Les mauvais jours des lendemains de guerre et de défaite ne sont pas éternels. Les générations frappées d’impuissance par la plus grande tuerie de tous les temps et par ses conséquences immédiates feront place à d’autres. Les besoins d’une époque nouvelle doivent engendrer les forces qui fraieront de nouvelles issues. Et à la jeune génération demain en scène, il y a un héritage à transmettre qui peut épargner bien des tâtonnements, faire l’économie de bien des erreurs. Du moins est-ce la conviction des rédacteurs de la Critique sociale qui se mettent au travail.

Assez de revues ont formulé d’ambitieux programmes jamais réalisés. Notre rédaction juge préférable de se fixer comme point de départ une tâche modeste et nécessaire à la fois plutôt qu’un but prometteur peut-être inaccessible. Cette tâche a son intérêt en soi tout en ménageant et en favorisant un développement futur vers des étapes supérieures : il s’agit surtout de commencer par recenser brièvement la production intellectuelle dans le domaine social, d’en tenir à jour une bibliographie critique, de rendre compte des idées qui cherchent à percer, de faire régulièrement l’inventaire des éléments nouveaux susceptibles de s’incorporer aux conceptions déjà connues, de dégager enfin le sens des courants qui s’élaborent à travers de multiples publications.

En l’absence de toute revue bibliographique spécialisée, la Critique sociale se trouvera combler une lacune. Elle sera un instrument de travail utile à tous ceux qui étudient les questions politiques et sociales, les sciences économiques et historiques, la philosophie et le droit, et cherchent à s’informer, à se documenter pour se faire eux-mêmes une opinion. Elle suscitera chez d’aucuns, stimulera chez d’autres le goût de ces études. Ses rédacteurs ne sont sans doute pas seuls dans leurs préoccupations et avec leur tendance : ils s’augmenteront de ceux qui voudront bien leur faire écho et s’associer à la besogne commune. Cet accroissement sera la condition préalable à l’élargissement du cadre volontairement restreint tracé pour le début. Les rubriques se proportionneront au fur et à mesure du déroulement des échanges de vues entre collaborateurs et lecteurs ; celle de la correspondance sera amplement ouverte et pourrait devenir la plus vivante si notre tentative se révélait opportune.

Telles sont nos proches perspectives de travail. Elles nous semblent justifiées par divers signes révélateurs d’une reviviscence de la critique sociale, d’un regain d’initiative sur le plan des recherches de la sociologie. Car l’effort temporairement délaissé dans le monde ouvrier se dessine à côté, tant il est vrai, selon la formule connue, que l’histoire comme la nature a horreur du vide. Ces symptômes annoncent une jeunesse disposée à renouer les liens distendus avec un passé dont rien ne justifierait le reniement. L’espoir dans les jeunes est une de nos raisons d’être.

BORIS SOUVARINE.

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