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Capitalisme & Crises Économiques
Jacques Gouverneur et Marcel Roelandts proposent de découvrir les résultats de leurs recherches respectives. Elles portent sur l’analyse critique de l’évolution du capitalisme, en respectant un souci de rigueur scientifique. Elles débouchent sur des analyses et des conclusions souvent novatrices.
Pour Maximilien Rubel
Louis Janover ( Mars 1996 )
23 février 2011 par eric

Note Smolny :

Le texte qui suit reproduit la fin de l’allocution de Louis Janover, à la mémoire de Maximilien Rubel, lors des funérailles de ce dernier le 8 mars 1996. Grand merci à l’auteur de nous permettre ainsi de publier ces quelques mots, qui gardent aujourd’hui encore tout leur sens - le combat pour Marx se fait toujours au présent -, et les paroles de conclusion se vérifient avec une pertinence qu’il n’est guère besoin de souligner. Tout au moins pour ceux qui gardent la volonté de comprendre le monde pour le transformer.

E.S.


Pour Maximilien Rubel

[...] Comme j’ai travaillé avec Maximilien Rubel pendant plus de trente ans et que j’ai été à ses côtés jusqu’au dernier moment, je veux dire quelques mots sur ce qu’il représente sur le plan politique pour moi et pour beaucoup d’autres. Je sais que c’est ce qui lui importait par-dessus tout. Tous ceux qui l’ont connu d’une manière ou d’une autre savent que sa culture et sa curiosité s’étendaient bien au-delà de Marx. Il n’était certainement pas un militant au sens traditionnel du terme. Pourtant, il a apporté quelque chose d’indispensable dans ce qui a été la lutte de toute notre génération. Il a arraché Marx à l’emprise des États qui se disaient marxistes et il a continué à faire une critique sans concession de la société dans laquelle nous vivons. Évidemment, c’est sa critique des régimes de l’Est et des partis communistes qui a été retenue en priorité. Pour tous les militants ou les simples lecteurs qui refusaient de laisser les PC se servir de Marx comme s’il s’agissait de leur propriété, ses travaux ont souvent été une véritable libération. Ils se situaient en dehors de tout esprit de chapelle ou de parti et refusaient toute lecture dogmatique des textes de Marx. Maximilien Rubel a montré que l’on pouvait trouver dans Marx les éléments pour une analyse et une critique sans appel des régimes totalitaires. Il suffit de lire la nécrologie vraiment malveillante que L’Humanité vient de lui consacrer pour se rendre compte que son œuvre continue à gêner ceux qui ont tout fait pour impliquer Marx dans ce qui s’est passé en URSS. Dans un sens, je crois que cette attaque, c’est le meilleur hommage que ses détracteurs pouvaient rendre à Rubel. Ils ont parfaitement compris l’importance de sa critique. Mais il ne faut pas oublier que son œuvre a une autre portée.

Maximilien Rubel a toujours refusé de se laisser enrôler dans le camp des anticommunistes de la guerre froide. C’est ce qui explique qu’on ait préféré le tenir à distance dans les médias quand l’URSS s’est effondrée. Personne n’est venu l’interroger sur le sens de cet événement, alors que comme spécialiste de Marx il était concerné au premier chef. Il était tout à fait conscient de cet enjeu. Dans l’interview qu’il avait donnée au Monde en septembre 1995, il a été parfaitement clair sur ce que représentait le message d’émancipation de Marx dont il s’était fait le porte-parole. Il dit mot pour mot que Marx croyait avoir déchiffré le destin de l’humanité tout entière et que ce qui était en jeu chez lui, c’est la survie de l’espèce livrée à l’économie capitaliste et au mode étatique de gouvernement. Maximilien Rubel a toujours insisté sur le fait que, dans la lutte de Marx contre l’absolutisme d’État de son temps, il y avait en germe la critique du totalitarisme moderne. Et il ne parlait pas seulement du totalitarisme qu’ont connu l’URSS et les pays de l’Est, mais de ce qui se passe aujourd’hui même dans nos sociétés. La fin de son interview est tout à fait claire : « Ce qui s’est produit et s’est achevé avec l’URSS nous permet de prendre conscience des deux menaces qui, selon Marx, pèsent toujours sur le destin de l’humanité, par l’intermédiaire des armes de destruction massive : l’État et le système capitaliste en cours de mondialisation. » Je crois que cette phrase résume parfaitement le sens de son œuvre, de son combat pour Marx comme de ses engagements personnels. Il estimait que Marx est un penseur du vingtième siècle et non du dix-neuvième siècle et que son message est encore plus actuel aujourd’hui qu’hier. Il était même convaincu que Marx serait le penseur du vingt et unième siècle et il a tout fait pour qu’on en prenne conscience. De ce point de vue, je pense que l’œuvre de Maximilien Rubel nous accompagnera encore longtemps.

Louis Janover.

Père-Lachaise, 8 mars 1996.


Sur le site :

— JANOVER Louis : « Maximilien Rubel, une œuvre à découvrir », note critique de « L’Homme et la Société », n° 199, janvier-mars 1996 ;

— Sommaire des Études de Marxologie ;

— Notices bibliographiques : Œuvres de Marx dans la Bibliothèque de la Pléiade / Les « Appendices » des Œuvres de Marx dans la Bibliothèque de la Pléiade ;

— Tous les articles de Maximilien Rubel publiés sur ce site ;