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dimanche 14 septembre 2014
   
Brèves
Mardi 21 mai - La Revue Z à Terra Nova
lundi 20 mai
Mardi 21 mai 2013 à 19h, rencontre à la Librairie Terra Nova de Toulouse avec l’équipe de la revue Z à l’occasion de la parution du dernier numéro Thessalonique & Grèce, aux éditions Agone. Après une enquête collective au nord de la Grèce, la revue Z viendra présenter son dernier numéro : Thessalonique dans la dépression européenne. Bricolages quotidiens et résistances insolvables.
Groupe de Liaison pour l’Action des Travailleurs
lundi 6 février
Le sommaire des articles de la revue Lutte de classe, publiée par le GLAT, a été largement augmenté, notamment sur la période 1971-1975. Pour tous les numéros listé, une version PDF est maintenant accessible en ligne. Bonnes lectures !
Mise à jour du catalogue du fonds documentaire
jeudi 1er septembre
Une nouvelle version mise à jour du Catalogue du Fonds Documentaire Smolny, très largement étendue (une vingtaine d’entrées supplémentaires) est en ligne ce jeudi 1er septembre 2011. Merci aux contributeurs. D’autres titres à suivre...
Ouverture des archives numériques du CERMTRI
lundi 15 août
Le CERMTRI a décidé de créer une bibliothèque numérique avec l’objectif de numériser le maximum de ses archives et de ses collections. Pour démarrer : La revue « Bulletin Communiste » (1920-1933) ; le journal « La Vérité » (1957-1958) ; la revue des « Cahiers du mouvement ouvrier » (2002-2011). Soit déjà 428 documents ce qui représente 6395 pages. Bravo pour cette excellente initiative !
Sur le Web
[infokiosques.net]
Nous nous auto-organisons et nous montons un infokiosque, une sorte de librairie alternative, indépendante. Nous discutons des publications, brochures, zines et autres textes épars qui nous semblent intéressants ou carrément nécessaires de diffuser autour de nous. Nous les rassemblons dans cet infokiosque, constituons ainsi nos ressources d’informations, et les ouvrons au maximum de gens. Nous ne sommes pas les troupes d’un parti politique, ni les citoyen-ne-s réformateurices de nos pseudo-démocraties, nous sommes des individus solidaires, qui construisons des réseaux autonomes, qui mettons nos forces et nos finesses en commun pour changer la vie et le monde.
Montreuil (93) : concert de soutien au Rémouleur, samedi 11 octobre 2014 qcq Tout mais pas l'indifférence Crise, totalitarisme, luttes sociales et de classe en Grèce Bruxelles : programme de septembre 2014 au local Acrata Septembre 2014 au Rémouleur (Bagnolet)
Bibliolib
Catalogue de textes d’origine libertaire ou anarchiste, sans habillage particulier (pas de commentaire, d’édition critique, de note). Les textes bruts donc avec une liste d’auteurs qui commence à être significative. Un bon point d’entrée donc pour ceux qui savent à l’avance ce qu’ils cherchent. Attention : ce site s’est fait subtilisé sa précédente adresse par un site pornographique. Notre propre lien a donc été incorrect quelque temps. Nous en sommes désolé.
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Sur l’histoire du syndicalisme révolutionnaire et de l’anarcho-syndicalisme, avec des études, documents et synthèses intéressantes sur Pelloutier, Monatte, La Vie Ouvrière (1909-1914) et sur les mouvements syndicalistes en France, Europe, USA...
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Cahiers d’histoire du mouvement ouvrier international et de la Guerre d’Espagne. Nombreux articles en espagnol. Textes de Bordiga, entre autres.
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Une bibliothèque numérique entièrement réalisée par des bénévoles, fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay, sociologue. Comprend de très nombreuses oeuvres du domaine public. La section des "auteurs classiques", en particulier, est une véritable mine, où l’on trouve Bebel, Bordiga, Boukharine, Engels, Fourier, Gramsci, Kautsky, Labriola, Lafargue, Lukacs, Luxemburg, Marx, Trotsky et bien d’autres.
SOREL Georges (1899) : L’éthique du socialisme
Conférence prononcée le 20 février 1898 au collège libre des sciences sociales de Paris
27 avril 2011 par eric

I

L’éthique du socialisme présente les plus grands difficultés ; d’ordinaire les auteurs qui s’en occupent cherchent à montrer comment il faudrait résoudre la question sociale, au lieu d’interpréter le mouvement socialiste ; cependant ce mouvement a acquis, aujourd’hui, une si grande étendue et des caractères si nets qu’on peut l’étudier comme un phénomène naturel. Il ne faut pas se borner à discuter les opinions émises par des écrivains socialistes notables ; car l’expérience nous montre que le peuple échappe souvent à la direction de ceux qui croient le conduire ; et enfin, comme le dit M. Merlino, il y a un socialisme des choses bien plus intéressant que le socialisme des socialistes [1].

Toutes les personnes qui ont fait des études historiques savent qu’il est impossible de ramener a un principe unique aucun grand mouvement social ; on échoue toujours lorsqu’on veut définir une époque par une formule abstraite ; cette formule ne s’applique jamais exactement aux faits qu’elle prétend expliquer. Partout l’on trouve un mélange de deux principes qui se mêlent, se heurtent et se combinent, sans que les acteurs du drame aient conscience du rôle complexe qu’ils jouent et de l’hétérogénéité de leurs motifs d’action.

Il est très facile de reconnaître dans le socialisme contemporain deux conceptions éthiques opposées : l’une est celle du droit naturel, l’autre celle du droit historique ; - la première, inspirée des traditions de la bourgeoisie libérale, se rattache à la Révolution française ; la seconde, développée principalement sous l’influence de Marx, puise ses principes dans l’étude des conditions sociales produites par la grande industrie. Il ne faut pas croire, cependant, qu’il y ait aucune école parfaitement pure ; aucun socialiste n’est resté toujours fidèle à une doctrine unique.

Le droit naturel a fourni des armes excellentes aux hommes qui attaquaient les pouvoirs établis ; il a été utilisé par les groupes les plus divers, parce qu’il ne fournit que des résultats négatifs et que son action est purement destructive : quand le jour de la révolution arrive, le groupe social le mieux placé pour recueillir la succession du pouvoir restaure l’autorité à son profit.

Les premiers socialistes ont employé contre la bourgeoisie les armes que celle-ci avait employées contre les anciens corps privilégiés ; ils ont invoqué les principes du XVIIIe siècle et soutenu qu’il fallait faire sa part au Quatrième État.

La paresse de notre esprit est telle que la logique abstraite, la tradition, l’analogie ont toujours beaucoup d’autorité sur nous ; enfin la langue politique a été faite par les théoriciens du droit naturel. À ces raisons d’ordre intellectuel, il faut en ajouter une autre d’ordre sentimental, pour expliquer la permanence des thèses du droit naturel : dans une société pénétrée d’esprit hiérarchique, très nombreux sont les hommes qui veulent imiter les classes supérieures ; il est tout naturel qu’on imagine les transformations démocratiques futures d’après le type de la transformation qui a donné le pouvoir au Tiers État.

Le vrai mouvement socialiste - celui qui correspond au deuxième système de tendances et celui que je veux étudier seul en ce moment - peut se définit ainsi qu’il suit :

C’est à la fois une révolte et une organisation ; c’est l’œuvre propre du prolétariat créé par la grande industrie ; ce prolétariat s’insurge contre la hiérarchie et contre la propriété ; il organise des groupements en vue de l’aide mutuelle, de la résistance en commun, de la coopération des travailleurs ; il prétend imposer à la société de l’avenir les principes qu’il élabore dans son sein pour sa vie sociale propre ; il espère faire entrer la raison dans l’ordre social en supprimant la direction de la société par les capitalistes.

L’Adresse inaugurale de l’Internationale proclament que le grand but à atteindre est l’émancipation économique des travailleurs ; elle explique que cette émancipation consiste dans la suppression de l’opposition des classes et dans l’organisation du travail coopératif ; l’expérience, dit Marx, a montré qu’on peut se passer de patrons et que le travail salarié doit disparaître devant la forme supérieure du travail associé.

Avant d’aller plus loin, observons qu’on a souvent reproché à Marx d’avoir réduit la question sociale à un problème trop strictement économique, à la recherche d’améliorations matérielles. Dans un article publié cette année sur les livres de M. Merlino, le Pr. S. Talamo écrivait [2] : « Pour les socialistes en général, la question ouvrière est une question entièrement économique, et même, plus exactement, une question d’alimentation. » Il est certain que l’erreur (si erreur il y a) ne provient pas de Marx : celui-ci se souvenait de ce que Hegel a écrit sur l’opposition du maître et du serviteur, et sur le processus par lequel apparaît la raison, au moment où cette opposition s’efface. Le disciple n’a pas reproduit purement et simplement la pensée de son prédécesseur ; mais il s’en est inspiré et peut-être même a-t-il exagéré l’influence que la raison devrait avoir dans la société future [3].

Dans ce qui va suivre, je prendrai pour base les études faites par Marx, parce que personne n’a encore essayé, en dehors de lui, de donner une interprétation philosophique du mouvement socialiste.

II

Il faut, tout d’abord, nous arrêter à dire quelques mots des idées générales de Marx et d’Engels sur le droit et la morale, parce que les marxistes ont fort embrouillé ces questions ; ils ont oublié, trop souvent, qu’il est essentiel, pour bien comprendre Marx, de remonter toujours à Hegel. Celui-ci avait considéré le système des besoins comme le premier moment de la société civile ; il est donc naturel que Marx ait dit que la société repose sur une infrastructure économique. Quand on réfléchit aux liens intimes qui existent entre les manières de penser de Marx et de Hegel, on s’étonne qu’on ait pu tant chercher à définir les rapports abstraits de dépendance qui existeraient entre le droit et l’économie : la notion de système ne correspond pas du tout aux relations de produits, de conséquences, des reflets qu’on a proposés pour interpréter la doctrine marxiste.

M. Stammler a dit que la matière économique ne peut être étudiée sans la forme juridique ; que le phénomène économique consiste dans une répétition de faits compris sous une même définition juridique ; que l’économie isolée se résoudrait en une technologie ; - il a soutenu, en conséquence, que l’économie ne peut expliquer le droit.

Si l’on se reporte à la théorie de la plus-value, qui occupe une si grande place dans le Capital, on voit que Marx ne raisonne pas d’une manière qui soit très éloignée de celle de M. Stammler. Il définit avec précision, à chaque moment du processus de la production, les règles juridiques qui s’y appliquent ; il considère le système juridique comme ossature sur laquelle s’étend le mouvement économique. Le problème est, d’ailleurs, posé bien plutôt sous une forme éthique que sous une forme économique ; nous voyons paraître des personnages typiques, comme ceux que considère le droit, dépouillés de qualités individuelles, n’offrant point de différences quantitatives dans leurs moyens d’action ; tous les capitalistes sont réunis dans la classe capitaliste qui opère comme un seul personnage ; tous les ouvriers sont ramenés à un type uniforme. Ce que fait Marx est une recherche métaphysique ; il chevauche, en quelque sorte, sur le droit et l’économie, pour déterminer l’allure générale et les principes essentiels de la société capitaliste [4].

On a souvent soutenu qu’il n’y a dans Marx aucune préoccupation d’établir un système moral. Je crois que l’on n’a pas, jusqu’ici, posé la question comme elle doit l’être.

Nous savons par Engels que, dans les dernières années de sa vie, Marx était vivement frappé de la nécessité de compléter ses études par une théorie de la famille ; après la mort de son ami, Engels a publié un opuscule dont la véritable valeur n’a pas été reconnue ; on n’y a vu qu’une vulgarisation des hypothèses de L. Morgan. Ce qui est vraiment intéressant, c’est le principe posé par Engels : il dit qu’il ne faut pas se borner à considérer le mode de reproduction de l’espèce. On a affirmé qu’il y avait là un rapprochement de mots [5].

Ce qu’il y a d’essentiel dans la thèse d’Engels est très important : à côté des rapports affectifs, qui se manifestent dans la famille. Il me semble pas que, jusqu’ici, les marxistes aient tiré parti de cette doctrine ; je crois utile de m’y arrêter quelques instants.

La famille peut être considérée, dans l’histoire des institutions, à un triple point de vue :

1° C’est un groupe gouverné par un chef ; M. Flach a souvent fait observer que la législation sur la famille est en étroite corrélation avec les principes de la législation politique ; - les socialistes prétendent, généralement, faire disparaître, d’une manière complète, l’autorité dans la famille ; et c’est pour cela qu’ils demandent que les enfants soient élevés par l’État.

2° C’est un groupement d’intérêts économiques ; les socialistes veulent faire disparaître ce caractère de la famille ; et c’est pour cela qu’ils insistent sur l’indépendance économique de la femme.

3° C’est un groupement affectif ; - Engels conçoit que la famille se réduira à cela dans l’avenir ; cette simplification peut paraître excessive, parce que les phénomènes sociaux tendent plutôt à se compliquer qu’à se réduire ; mais ce qui nous intéresse ici, c’est la grande importance que le socialisme attache aux rapports affectifs ; et cette importance est mise en évidence par l’exclusion des deux autres genres de rapports dans la famille.

Engels insiste, à plusieurs reprises, sur ce que devrait être l’union sexuelle ; il signale comme caractères essentiels le dévouement, la réciprocité et le respect. C’est pour que les conjoints ne soient pas souillés par les disputes des procès en divorce qu’il rejette la coaction légale. Il pense qu’une morale nouvelle naîtra quand de nouvelles formes de l’union sexuelle se seront acclimatées ; il repousse avec horreur l’idée que le mariage se transformerait en simple union accidentelle ; il voit très bien que la vie de famille est étroitement liée à l’éthique.

Il ne serait pas difficile de présenter les diverses parties de la vie morale sous forme d’un système [6] ; on y reconnaîtrait trois moments : 1° la famille considérée dans ce qu’elle a d’essentiel au point de vue affectif ; - 2° la bienveillance, qui s’oppose à la famille, car elle applique à des étrangers des sentiments que l’on avait, tout d’abord, observés à l’intérieur du groupe familial ; - 3° la justice humanitaire, qui forme l’unité des deux premiers moments et qui donne une allure si particulière à la famille dès qu’elle a été reconnue comme souveraine [7].

Ces rapprochements éclairent d’un jour très vif les principes de la morale ; je me bornerai à deux observations. L’amour nous apprend avec quelle énergie l’homme exécute des actes dépourvus de toute obligation légale ; tandis que l’histoire de la jurisprudence est l’histoire des ruses imaginées pour se soustraire aux règles juridiques, l’histoire de la morale nous montre que la notion de vertu s’identifie avec la soumission absolue aux engagements libres. - D’autre part, l’amour nous révèle la séparation profonde qui existe entre le droit et la morale ; l’amour ne tient pas compte des masses juridiques ; le personnage créé par l’histoire et qui exprime certains rapports sociaux s’évanouit ; il ne reste que l’homme, l’individu sensible, dont parlent les écrivains du XVIIIe siècle [8].

III

Tout le monde sait combien il est difficile de se rendre compte de la formation du droit historique ; la difficulté est telle qu’on a cru souvent nécessaire d’imaginer une ossature fictive destinée à unir les diverses phases du développement ; on a cherché, par exemple, à ramener tout processus historique à une évolution de la logique ; ou bien l’on a comparé l’humanité à un être vivant ; d’autres ont emprunté des images à la physique et à la thermodynamique. Ce sont des moyens artificiels qui n’éclairent pas vraiment la question.

Deux principes essentiels sont à considérer dans l’étude du socialisme contemporain : ce sont ceux de la lutte des classes et de la mission historique du prolétariat. Les disciples de Marx, ayant à lutter contre des adversaires qui invoquaient le droit naturel, ont souvent cru de bonne guerre de tourner en ridicule toutes les préoccupations éthiques et d’insister uniquement sur le côté matériel de la lutte. Il leur est même arrivé de considérer les institutions juridiques comme des procédés machiavéliques, employés par les classes dirigeantes en vue d’assurer le maintien de l’ordre à leur profit. Les bases morales de la mission ont été laissées dans l’ombre et on a parlé d’une victoire du prolétariat, sans se préoccuper des qualités éthiques du conflit. Cette doctrine, qui mérite bien le titre de matérialiste dans le plus mauvais sens du mot, a trouvé son expression la plus complète dans l’œuvre de M. Loria. Celui-ci considère le droit et la morale comme des institutions connectives destinées à assurer la domination des plus forts. Loin de protester contre ces paradoxes, les marxistes ont accusé M. Loria d’avoir pillé Marx !

Pour bien comprendre ce que Marx entendait par la lutte des classes, il est utile de se reporter au tableau dramatique, donné dans le Capital, de la grande bataille engagée en Angleterre pour la limitation du travail des femmes et des enfants [9]. « La création de la journée de travail normale, dit-il est le résultat d’une guerre civile, longue et opiniâtre, entre la classe capitaliste et la classe ouvrière. » Dans l’Adresse inaugurale de l’Internationale il avait dit que le bill des dix heures ne fut pas seulement un succès pratique, que ce fut le triomphe d’un principe qu’une nouvelle conception de l’économie avait été introduite dans la société anglaise. On peut préciser sa pensée en comparant ce grand conflit social à la guerre de Trente Ans et le bill des dix heures au traité de Westphalie : le droit, dans les deux cas, reçut de nouveaux principes fondamentaux ; et bientôt des conséquences importantes se produisirent, non seulement en Angleterre, mais dans tous les pays civilisés.

Il existe encore dans le Capital un autre passage bien caractéristique, qui permet de saisir peut-être mieux le caractère éthique de la lutte des classes. Marx, après avoir exposé les raisons que donnaient patrons et ouvriers pour combattre et défendre le principe des journées normales, ajoute [10] : « Il y a ici antinomie ; droit contre droit ; tous deux portent le sceau de la loi qui règle les échanges des marchandises. Entre deux droits qui décide ? La force ». Ainsi, pendant le conflit les deux classes ébauchent des systèmes juridiques pour défendre leurs prétentions ; chacune des classes conçoit d’une manière particulière la police que l’État doit exercer pour le soin des intérêts particuliers en tant qu’intérêts communs (comme dit Hegel). Pour les patrons, la prospérité du pays est liée au jeu aveugle de la loi de l’offre et de la demande ; tout ce qui serait tenté contre cette loi naturelle troublerait l’ordre, serait contraire à la science et constituerait un abus de la police. Pour les ouvriers, la production doit être contrôlée par la prévoyance sociale ; le surmenage détruit la substance de la classe ouvrière et constitue un abus que la police doit réprimer, afin de sauvegarder l’avenir du pays.

La lutte des classes porte donc sur des systèmes juridiques ; on peut dire que c’est une lutte entre deux principes, une lutte sur le droit ; chacun des systèmes est caractérisé par l’idée politique que chaque classe se fait du rôle de la loi et par l’allure générale qui résulte de cette idée pour l’économie du pays. Marx peut dire que l’économie du capital est tout entière dans le libre jeu de l’offre et de la demande, que l’économie du travail est tout entière dans la prévoyance sociale.

Il est clair que toute lutte de classes ne présente pas des caractères aussi bien définis que celles-ci ; j’ai pris des exemples en Angleterre et à une époque où les classes avaient atteint un haut degré d’organisation ; il faut une longue évolution pour que les classes arrivent à des formes aussi avancées et soient ainsi pénétrées d’idées éthiques ; mais il est manifeste que c’est seulement dans l’état le plus développé qu’on peut reconnaître les véritables lois sociales ; les agrégats encore mal définis ne nous montrent que des accidents sans loi.

Dans ces dernières années, on a cru qu’il était nécessaire de compléter la théorie de la lutte des classes par celle de l’aide mutuelle ; que c’était une manière de moraliser le conflit social. On est allé chercher, assez mal à propos, des exemples d’aide mutuelle parmi les animaux. L’observation de l’histoire du socialisme nous montre que cette doctrine est incluse dans celle de Marx. L’Internationale proclamait, il y a une trentaine d’années, la nécessité d’opposer aux forces capitalistes la solidarité des travailleurs d’un même pays et l’union fraternelle entre les ouvriers des divers pays ; - le socialisme contemporain est partout occupé à grouper les travailleurs sous les formes les plus diverses et s’efforce de faire naître chez eux des manières de penser communes ; - si Marx parle si souvent de la victoire du prolétariat, c’est qu’il voyait partout la solidarité s’accroître entre les travailleurs, tandis que les capitalistes restaient divisés entre eux ; - enfin nous savons, par de nombreux passages de ses écrits, que l’union des intelligences et des cœurs est, à ses yeux, le caractère du plein développement d’une classe.

IV

Beaucoup de personnes, trompées par les associations d’idées qui dérivent des mots, ont dit que le socialisme, en parlant constamment de lutte de classes, fait appel aux sentiments de haine et aux instincts violents ; la civilisation moderne serait menacée par un débordement de passions sauvages.

a) La haine est un sentiment d’une importance considérable dans l’histoire des religions et dans le développement de l’idée de patrie ; mais elle est devenue étrangère au socialisme contemporain.

La haine peut provoquer des bouleversements, ruiner une organisation sociale, jeter un pays dans l’ère des révolutions sanglantes ; mais elle ne produit rien. Nos pères ont pu croire qu’il suffit de renverser le pouvoir pour permettre aux choses de prendre leur cours naturel, pour que le règne de la raison commence. Nous avons acquis trop d’expérience pour accepter ce naïf optimisme ; la succession de l’autorité ne reste jamais longtemps vacante ; la tyrannie succède vite à la tyrannie. Les socialistes ne veulent plus se jeter dans l’inconnu.

La haine trouve bien moins d’aliments dans le droit historique que dans le droit naturel. Quand on dit aux pauvres que les détenteurs de la puissance (soit politique, soit économique) sont des voleurs, qui, depuis des siècles, usurpent ce qui ne leur appartient pas ; quand on leur crie de se lever pour reprendre ce qui leur est dû ; quand on leur dépeint l’existence des classes supérieures comme le seul obstacle qui empêche le bonheur du peuple ; - les pauvres en arrivent bientôt à croire que les dernières violences sont permises contre les ennemis de l’humanité. Les excès de la Révolution nous ont montré à quelles extrémités peuvent arriver des hommes d’un naturel assez doux, quand ils ont acquis une haine violente de ce genre, fondée sur une conception passionnée du droit naturel. Le socialisme actuel est si loin de cette manière de penser qu’on a souvent reproché à l’école marxiste d’enseigner une sorte d’indifférence fataliste et d’ainsi engourdir les énergies populaires.

b) beaucoup de difficultés proviennent de l’idée imparfaite que se font encore les socialistes de l’évolution de la révolution, dont on a beaucoup parlé dans ces dernières années. On peut distinguer trois moments :

1° La révolution est un ensemble d’accidents réunis sur un court espace, d’actes de violence se succédant au hasard, qui finissent par amener des conséquences importantes, surtout si les circonstances se trouvent être favorables à l’éclosion d’idées nouvelles et si des réformes pratiques sont opérées [11] ; - c’est ainsi que l’année 1848, avec ses événements imprévus, les incohérences des gouvernements, les émeutes et les répressions, a fini par amener une transformation profonde dans les manières de comprendre les questions sociales.

2° Un changement capital apparaît dans la notion de révolution, lorsque les novateurs ne mettent plus leurs principales espérances dans les actes de violence, mais arrivent à croire qu’ils peuvent utiliser les forces de l’État existant et les employer dans un but tout autre que celui en vue duquel la société actuelle les a organisées. On arrive ainsi à la révolution légalitaire, dont Engels a longuement parlé dans la préface à La lutte des classes en France. L’opposition entre ce moment et le précédent est tellement sensible que beaucoup de socialistes croient que la révolution légalitaire constitue l’abandon de tous les anciens principes : les chefs des syndicats ouvriers ont quelque peine à croire que le mouvement prolétarien doive aboutir à des procédures parlementaires ; ils sentent, d’une manière plus ou moins confuse, que l’on ne saurait se contenter d’une solution de ce genre, tandis que les chefs du socialisme parlementaire semblent vouloir s’arrêter à ce stade.

3° La notion atteint son entier développement quand l’esprit éthique pénètre complètement la révolution ; la violence reste toujours ; mais elle n’est plus que l’effort nécessaire pour faire tomber de vieilles branches, pour donner de l’air à des créations jeunes et pleines de vie, pour assurer la victoire à des institutions ayant fait leurs preuves ; - elle n’est que l’anticipation sur l’unanimité qui va se former incessamment et qui rendra les réformes intangibles.

Dans la vie réelle, ces divisions n’existent pas avec la netteté qu’on peut leur donner dans une analyse philosophique ; si le développement ne cesse d’ajouter, il ne supprime point les moments antérieurs, qui subsistent sous des formes subordonnées et souvent fortement altérées. On trouve la violence immédiate à l’origine de l’histoire du droit ; on la retrouve tout le long de l’histoire ; mais son rôle est plus ou moins considérable et ses effets plus ou moins redoutables. Au fur et à mesure que l’on avance, elle perd ses caractères de contingence aveugle et irrésistible ; elle devient, en même temps, moins sanglante. Tout d’abord il ne s’agit que de renverser ; peu à peu on se propose de créer ou de donner à des créations ébauchées une extension qu’elles ne pourraient prendre si on ne triomphait de la compression exercée par l’État traditionnel. Cette évolution commence par un moment où l’on conserve la forme juridique ancienne, sans avoir encore construit un contenu éthique capable de s’affirmer avec indépendance : c’est le moment légalitaire, qui est encore tout plein de violence et dans lequel on se figure avoir triomphé de la révolution brutale, parce qu’on respecte certaines formes de gouvernement. C’est un moment nécessaire, comme nous l’apprend l’histoire des institutions ; il faut passer par ce formalisme pour arriver à un nouveau droit. La troisième période est celle dans laquelle entre le socialisme contemporain avec ses organisations ouvrières : nous y trouvons le droit en action, c’est le moment de l’éthique vivante.

C’est à la phase légalitaire que se rattache le préjugé scientifique si longtemps prépondérant dans les écoles socialistes ; on croyait que l’action du pouvoir serait des plus simples, parce qu’il n’aurait qu’à appliquer des formules scientifiques. Je n’insiste pas sur ce point, car la superstition scientifique est fort en baisse aujourd’hui.

V

Le moteur de tout le mouvement socialiste est l’opposition qui se produit entre la morale et le droit, dès que la conscience arrive à un certain degré d’affinement, que l’homme ose regarder et réfléchir, qu’il raisonne sur les applications contestables des règles juridiques. Alors entrent en conflit le titre historique, base de toute l’organisation sociale, et le titre humain, que la morale nous apprend à considérer. Cette opposition peut rester longtemps sans effet [12] ; mais il arrive toujours des cas où les plaintes de l’individu opprimé nous semblent plus sacrées que les traditions, les nécessités de l’ordre et les principes sur lesquels repose la société ; à cet instant le droit historique est ébranlé et considéré comme indigne de l’homme. La morale ne nous fournit aucun moyen pour construire un système juridique nouveau ; elle n’apporte que des négations ; suivant nos habitudes d’esprit, notre éducation et nos tendances générales, nous ébauchons de nouvelles formes de droit.

Renan a souvent mis en évidence cette opposition, dont l’importance est si grande dans l’histoire : Rome et la Grèce fondèrent, dit-il, l’État, le droit, la philosophie, la science ; mais leurs civilisations étaient trop dures [13] ; « Israël y apportera une addition, une correction capitale, le souci du faible, la réclamation obstinée pour la justice individuelle ». Et ailleurs il écrit [14] : « Israël a le premier donné une forme au cri du peuple, à la plainte du pauvre, à la réclamation obstinée de ceux qui ont soif de justice ». On a contesté que l’origine de cette œuvre de protestation morale fût vraiment israélite ; cela ne nous importe guère, car aujourd’hui nous sommes pénétrés de cet esprit moral, d’ailleurs il n’est pas probable que l’influence juive disparaisse du monde désormais.

Dans cette élaboration morale, qui alimente la lutte des classes, on peut distinguer trois éléments d’une haute importance :

1° Le désir d’assurer au plus grand nombre : un respect plus grand de la dignité humaine, par des lois plus justes, - et un contrôle plus efficace de l’application des lois par une conscience morale plus affinée ;

2° La protestation de l’opprimé, invoquant son titre d’homme contre les supériorités historiques ; - c’est vraiment ici que l’on pose l’individu contre l’État ;

3° L’espérance de rendre la génération qui grandit au milieu de nous plus heureuse, plus éclairée et plus délicate au point de vue moral ; - c’est alors qu’on a complètement le sentiment du progrès éthique.

On oublie trop souvent que ces éléments ne dérivent point de la nature humaine, qu’ils dérivent de certaines conditions historiques. Il est donc très essentiel de savoir pour quelles raisons la société actuelle présente des conditions favorables à ce mouvement moral, sans lequel le socialisme n’existerait pas. Nous vivons sur des ressources accumulées par nos pères ; il faut savoir si nous entretenons suffisamment la moralité dans le monde moderne. Je crois que beaucoup de socialistes regardent aujourd’hui l’avenir avec une certaine méfiance ; car presque tous les marxistes regrettent vivement l’exagération avec laquelle on a longtemps vanté les beautés du matérialisme [15].

Il est très vraisemblable que l’homme n’a pas une tendance bien marquée vers les progrès, et que nos pères se sont bercés d’illusions sur ce point, comme sur beaucoup d’autres. D’autre part il ne faut pas supposer que l’homme puisse agir sous l’influence d’une idée abstraite, qu’il s’enthousiasme pour le bonheur de l’humanité future. Dès les premiers essais du socialisme contemporain, la notion du progrès indéfini a été abandonnée et on a poursuivi la réalisation prochaine d’un état meilleur ; Hegel a parfaitement interprété l’idée nouvelle quand il a dit que le but de notre action ne doit pas être un but qui fuie indéfiniment devant nous. Le socialisme a donc transformé la notion de progrès ; mais il a eu tort souvent de nous montrer un paradis terrestre tout près de nous ; aujourd’hui on commence à croire que le grand jour est encore bien éloigné. - Que va devenir le progrès ?

Le sentiment du progrès, tel que je l’ai défini, se rapporte à des êtres qui sont très voisins de nous, aux enfants que nous voulons rendre meilleurs et pour lesquels nous n’hésitons pas à sacrifier nos plaisirs. Les théoriciens du socialisme ont, je crois, beaucoup trop négligé l’étude de la famille [16] à ce point de vue : mais fort heureusement la pratique a été supérieure à la théorie ; dans les pays de la grande industrie les ouvriers sont très préoccupés de leurs enfants, cherchent à les faire instruire et veulent leur assurer un sort meilleur que le sort qu’ils ont connu. Nous sommes ainsi amenés à attacher une très grande importance au rôle de la femme dans le développement du socialisme ; car ce sentiment du progrès est bien plus puissant chez la femme que chez l’homme ; aussi peut-on dire que si le socialisme venait à périr, ce serait probablement du fait de la femme [17].

On a cherché à atténuer l’effet des sentiments que je viens de décrire, en accordant aux ouvriers des satisfactions honorifiques, des améliorations d’ordre matériel. Pour que le socialisme résiste aux efforts des patrons, il faut que le prolétariat ait acquis une idée claire de sa mission historique. Les théoriciens n’ont pas beaucoup écrit sur ce sujet ; mais le peuple a, presque toujours, bien compris quel rôle il avait à remplir ; Marx a, d’ailleurs, donné sur cette question des indications générales excellentes, qui permettent d’exposer le développement de la mission historique.

1° Dans le premier moment les classes ouvrières des pays les plus avancés industriellement sont les champions du prolétariat tout entier ; non seulement elles font pour lui des expériences souvent douloureuses, mais encore leurs victoires se répercutent sur les pays voisins ; la législation anglaise a servi de modèle ; et les ouvriers du continent ont obtenu des réformes que leurs forces ne leur auraient pas permis d’imposer. C’est ainsi que l’Internationale dit que le concours théorique et pratique des régions fortement industrialisées est nécessaire pour l’émancipation du travail ; l’internationalisme des travailleurs se forme au moment où cette nécessité est comprise.

2° Le prolétariat donne son appui à la fraction de la bourgeoisie qui défend les institutions démocratiques ; la lutte prend ici un caractère paradoxal et semble contraire au principe même de la lutte des classes ; quelques écrivains socialistes ont dit que c’était duperie de soutenir des exploiteurs du peuple ; et les conservateurs ont, plus d’une fois, cherché à profiter des conflits d’intérêts pour combattre les libéraux. Dès que le peuple a été touché par l’esprit socialiste, il n’hésite pas ; il n’écoute point les théoriciens ; il marche à côté des bourgeois sans faire de marchandage. Le caractère désintéressé de la lutte apparaît ici.

3° Lorsque les efforts du prolétariat ont été vains, lorsque les forces gouvernementales sont assez puissantes pour que les desseins criminels du pouvoir ne puissent être arrêtés, alors l’Internationale recommande de protester et de revendiquer les droits de la Justice et de la Morale. Plus d’un théoricien socialiste ne manquerait pas de crier à l’idéologie et à l’utopie, si nous n’étions en présence d’une règle donnée par Marx lui-même.

Dans le troisième moment, l’esprit est complètement dégagé des préoccupations propres à la vie de classe ; les intérêts, les systèmes juridiques capables de protéger les travailleurs, les réformes politiques destinées à augmenter leur influence dans l’avenir, tout cela s’est évanoui ; - nous sommes en présence de purs sentiments de révolte provoqués par la violation des règles normales de la conduite. L’esprit est complètement affranchi ; le terme extrême de l’éthique est atteint [18].

VI

Les plus belles théories ne valent que par leur application ; le but de l’éthique est de fixer des règles pour la conduite normale ; les trait éthiques d’Aristote sont des études sur la conduite que doit tenir un Athénien respectable. La morale ainsi entendue est en rapport très intime avec les institutions du pays et ce n’est pas sans raison que les anciens ont considéré la morale comme une partie de la politique. Cette manière de comprendre les choses nous semble aujourd’hui insuffisante, parce que nous ne considérons plus la Cité comme une unité et que nous nous reportons toujours à sa division en classes.

Le principe de la conduite n’est pas un principe que l’on puisse déduire de théories philosophiques ; il faut le chercher dans la pratique et voir comment, en fait, on apprécie la conduite des hommes. Il est facile d’observer que la conduite est surtout jugée d’après la corrélation qui existe entre elle et certaines institutions considérées comme essentielles pour une classe. Il y aurait lieu, certainement, de faire ici des distinctions ; mais on peut dire que, dans les pays où le socialisme a atteint une certaine maturité, la conduite socialiste normale est celle qui est favorable au progrès des institutions socialistes. Cette formule approximative me paraît suffisante pour les développements que j’ai à donner ici.

Une remarque s’impose tout d’abord : il ne faut pas croire que le progrès des institutions consiste dans tout avantage matériel réalisé au profit d’une organisation ouvrière ; un avantage matériel pourrait, dans certains cas, résulter du mensonge et de la duplicité ; ce serait un régrès de l’institution. Quand je parle d’institutions, j’entends parler d’organisations pénétrées par l’esprit socialiste ; il ne faut jamais séparer l’âme et le corps.

Pendant longtemps les théoriciens du socialisme ont été peu favorables aux institutions ; ils soutenaient, notamment, que les coopératives ne sont pas de véritables organes socialistes. Cette manière de voir est à peu près abandonnée par tout le monde ; il ne faut pas, en effet, s’arrêter aux formes extérieures ; celles-ci peuvent se ressembler beaucoup, alors que le fonctionnement diffère totalement ; en Belgique, il existe des sociétés catholiques et des sociétés socialistes, ayant des statuts très analogues, fondées pour satisfaire des besoins matériels à peu près identiques ; et cependant les résultats obtenus ne se ressemblent guère ! Les institutions doivent être surtout comparées d’après leur contenu psychologique, c’est-à-dire d’après les sentiments qu’elles développent chez leurs adhérents [19].

Les institutions exercent une action éducative puissante ; et à ce point de vue on ne saurait exagérer leur importance, car il est nécessaire, comme je l’ai déjà dit, d’agrandir l’héritage d’idées morales que nous avons reçu de nos pères. Quand on étudie une coopérative, il est bien moins important de savoir quelle remise a été faite aux associés que de connaître ce que ceux-ci ont gagné en moralité ; on doit chercher s’ils sont devenus plus capables de comprendre leurs intérêts, de faire leurs affaires par eux-mêmes, d’apprécier à sa juste valeur la solidarité prolétarienne.

Lorsque les institutions étaient encore peu développées, les socialistes attachaient une grande importance à la description des Cités de l’avenir. On peut poser en règle générale, confirmée par beaucoup de faits, que l’espérance de la vie parfaite se dissipe d’autant plus complètement que les institutions occupent davantage l’esprit des hommes ; c’est ainsi que les prophéties millénaires finirent par ne plus intéresser que quelques chrétiens exaltés lorsque l’Église se fut organisée. Le même phénomène se produit aujourd’hui dans les milieux socialistes et doit être examiné de près.

Ce passage de l’espérance de la vie parfaite à la pratique d’une vie tolérable et animée de l’esprit nouveau constitue ce qu’on doit appeler le passage de l’utopie à la science ; la science, en effet, ne se propose jamais que des fins accessibles par nos forces actuelles, que des problèmes dont les éléments de solution existent ; - Marx dit qu’un problème est posé seulement à l’époque où la solution est ainsi devenue possible. Aujourd’hui le prolétariat est partout préoccupé de pratique et s’intéresse peu aux dogmatismes ; il s’efforce de tirer parti de tous les éléments qu’il trouve dans la société capitaliste pour créer des institutions qui lui soient propres, pour obtenir de meilleures conditions de vie, pour faire changer la législation. Il fait ainsi vraiment œuvre de science ; c’est là ce qu’on a appelé le mouvement.

On s’est demandé si les vieilles espérances doivent disparaître complètement, se dissiper au fur et à mesure que le mouvement acquiert de l’importance ; quelques-uns l’ont cru et ont écrit : « Le mouvement est tout et la fin n’est rien. » Cette formule de M. Bernstein a soulevé un grand scandale en Allemagne ; une discussion fort confuse s’est engagée à ce sujet entre les socialistes ; il s’agit d’une question éthique de la plus haute importance.

La conduite doit être considérée à deux points de vue distincts : on doit examiner le côté extérieur, chercher quels sont ses effets dans la société, la définir par ses corrélations avec les institutions ; - mais il faut aussi examiner le côté intérieur, la traiter comme une conduite d’hommes libres et chercher à comprendre l’état psychologique correspondant à une décision droite. Le but de l’éducation n’est-il pas de fixer dans notre esprit une intention si ferme et si dominante que nous arrivions a nous décider sans hésitation, que nous accomplissions (comme le dit Hegel) nos devoirs comme une chose qui nous soit propre, sans le concours de la réflexion qui choisit ? Ce côté intérieur, cet ensemble de sentiments, cette intention fixe et dominante, doivent être examinés par le philosophe, en même temps que le côté extérieur : les deux points de vue ne peuvent jamais être séparés.

Au premier abord, il semble impossible de définir un état psychologique de ce genre ; plus l’intention a acquis de fixité et de force, plus elle échappe à l’examen de notre conscience ; mais l’expérience nous a appris à définir des causes de cette nature au moyen des effets qui se réalisent dans des cas très simples, alors que les causes atteignent leur pleine perfection. L’éducation chrétienne a pris pour base bien plus les légendes des hagiographes que les récits des historiens critiques ; ces légendes fournissent l’illustration des vertus chrétiennes poussées jusqu’à l’état héroïque ; les habitudes que l’on veut développer sont ainsi clairement présentées à notre conscience sous la forme d’exemples où la droite intention a produit ses effets les plus caractéristiques.

Il nous est possible, de même, de juger nos intentions socialistes en pensant à un régime où n’existeraient plus les traditions bourgeoises, où la hiérarchie et la propriété auraient disparu : ce régime a été qualifié d’état final. Il est inutile de discuter longuement sur cet état final ; il suffit de nous en représenter seulement l’allure générale pour que nous puissions apprécier l’identité des états psychologiques correspondant à ce régime avec nos états psychologiques actuels.

Il ne faut pas établir de comparaisons formelles entre le présent et cette fin imaginée, chercher dans quelle proportion une institution présente ressemble ou diffère du vrai socialisme ; on a commis souvent des erreurs de ce genre, qui montrent qu’on n’a pas toujours compris l’opposition des points de vue extérieur et intérieur. On a ainsi discuté, fort inutilement, sur la question de savoir si les socialistes, en réalisant certaines réformes, abandonnent ou n’abandonnent pas leur idéal. Toutes les questions de quantité sont ici oiseuses ; l’intention ne se mesure pas ; elle conserve sa qualité, si minimes que soient les effets ; c’est un principe que l’enseignement chrétien a popularisé depuis fort longtemps [20]. L’intention socialiste peut être parfaite dans la création d’une petite société ouvrière.

Renan a dit [21] : « Nous avons à expliquer la vie, à lui donner un but... Il faut que nous donnions aux hommes un motif de vivre, et de bien vivre, sans rien alléguer de ce qu’ils pourraient traiter de leurre et de promesse déloyale ». Nous ne trompons point les hommes en leur recommandant d’engager leur vie dans un réseau d’institutions socialistes et de donner une signification socialiste à leur action. Peu importe dès lors que le communisme vienne tôt ou tard, qu’il doive être précédé d’étapes plus ou moins nombreuses : l’essentiel est que nous sachions nous rendre compte de notre propre conduite. Ce qu’on appelle le but final n’existe que pour notre vie intérieure. M. Faguet écrivait récemment : « Le régime socialiste n’est pas seulement de l’utopie, comme on le dit ordinairement ; il est de l’achronie. Il ne se place pas dans le temps. » L’éminent écrivain se trompe : le régime final imaginé par les socialistes n’est pas susceptible d’être fixé à une date déterminée, par une prévision sociologique ; il est dans le présent ; - il n’est pas en dehors de nous ; il est dans notre propre cœur. Le socialisme se réalise tous les jours [22], sous nos yeux, dans la mesure où nous parvenons à concevoir ce qu’est une conduite socialiste, dans la mesure où nous savons diriger les institutions, et dans la mesure, par suite, où l’éthique socialiste se forme, dans notre conscience et dans la vie.

Quand ces principes seront bien compris, on cessera d’être illusionné par la perspective d’une catastrophe qui s’éloigne toujours et d’un communisme qui semble s’éloigner indéfiniment ; alors on transformera les doctrines anciennes, qui de sociologiques deviendront éthiques.

VII

Le socialisme a-t-il quelquefois essayé de formuler des règles de conduite ? Il est assez curieux que dans le Manifeste du Parti communiste, rédigé en 1847 par Marx et Engels, on ne trouve presque rien à ce sujet ; les deux auteurs se bornent à constater la décomposition de l’éthique bourgeoise ; les conseils pratiques renfermés dans ce document célèbre se rapportent à peu près exclusivement à la politique que devraient suivre les représentants des classes ouvrières en cas de révolution victorieuse. Dix-sept ans plus tard Marx écrivait l’Adresse inaugurale de l’Internationale, qui ne le cède point en importance au Manifeste de 1847 et qui en diffère totalement au point de vue éthique. Dans l’intervalle Marx avait vécu en Angleterre ; il avait assisté au grand développement des trade-unions du nouveau modèle et vu ce qu’avaient produit les sociétés coopératives ; en 1847 il n’avait pu connaître que des associations peu nombreuses et peu solides ; ses idées sur l’éthique se précisaient donc au fur et à mesure que les institutions ouvrières grandissaient et manifestaient leurs caractères propres.

La première règle de l’Internationale est d’une importance capitale, car elle permet de séparer immédiatement le socialisme prolétarien des réformes tentées par l’État, par l’Église, par les philanthropes.

« L’émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » On fait appel ici aux sentiments de l’énergie et de la responsabilité : les ouvriers ne doivent pas revendiquer une amélioration de leur sort, plaider leur cause au tribunal des classes dirigeantes et espérer qu’on leur accordera quelque chose en vertu d’un droit naturel, - ils doivent s’organiser eux-mêmes, et ne s’en prendre qu’à eux-mêmes si leur courage, leur solidarité et leur abnégation ne les rendent pas capables d’atteindre un état meilleur.

Le principe de l’abolition de toute distinction de classes, déjà posé dans le Manifeste de 1847, fait l’objet de la seconde règle ; le socialisme ne poursuit pas une émancipation partielle du prolétariat ; il ne représente pas les intérêts d’un Quatrième État, derrière lequel resterait un Cinquième État, comme on l’a dit souvent et comme on commence à le répéter aujourd’hui. Nous sommes ici en présence d’une notion purement éthique, niant toute différenciation juridique, s’opposant au maintien d’aucun titre traditionnel. Aujourd’hui beaucoup d’auteurs reculent devant la difficulté de réaliser un pareil précepte et, dans un livre récent, M. Van Kol, a émis l’avis [23] que la disparition des classes n’était que probable, que peut-être on verrait renaître un prolétariat inférieur, qu’au lendemain d’une révolution victorieuse le Quatrième État pourrait peut-être s’octroyer des privilèges. Que nous sommes loin de l’Internationale qui avait dit : « La lutte pour l’émancipation de la classe ouvrière n’est pas une lutte pour des privilèges ou des monopoles de classe, mais pour l’établissement de droits et de devoirs égaux et pour l’abolition de tout régime de classe ! »

Sans doute ce but final peut être difficile à réaliser ; cette émancipation totale et simultanée peut paraître chimérique à nos contemporains habitués à l’idée d’évolution ; nous sommes ici en dehors de la science ; nous posons un principe éthique d’une valeur considérable, qui doit rester inébranlable pour diriger toute notre pensée et pour orienter notre action dans les sens socialiste.

J’ai déjà parlé de la troisième règle relative à l’émancipation économique et j’ai dit quel sens on doit lui attribuer. je ne m’arrête pas non plus à la solidarité des travailleurs, parce que j’en ai parlé plus haut. Mais il est nécessaire de bien peser la valeur des deux déclarations qui précèdent les statuts. Dans le texte primitif de 1864 on lisait : « Ils considèrent comme un devoir de réclamer, pour tous, les droits d’homme et de citoyen. Point de devoirs sans droits. » Dans la rédaction définitive, cette formule a été simplifiée : « Pas de devoirs sans droits, pas de droits sans devoirs. » Au fond la pensée est la même et l’Internationale veut protester contre les doctrines souvent émises sur la prédominance des devoirs sur les droits, en même temps qu’elle veut réaliser l’exercice du pouvoir politique pour tous les hommes.

Enfin « toutes les sociétés et les individus qui adhèrent [à l’Internationale] reconnaîtront comme base de leur conduite envers tous les hommes, sans distinction de couleur, de croyance et de nationalité, la Vérité, la justice et la Morale ». Il ne s’agit pas ici d’une déclaration purement théorique, d’un appel à des principes abstraits de droit naturel, comme on l’a dit quelquefois ; Marx pose une règle pratique ; il demande que les hommes et les nations respectent les coutumes que l’on considère comme nécessaires à la vie honorable entre gens d’une même race, d’une même religion, d’un même pays.

Les socialistes sont-il restés fidèles aux principes de l’Internationale ? Il faut ici faire une distinction ; il faut distinguer parmi les socialistes des gens plus ou moins bourgeois ; cette séparation ne doit pas être basée sur les origines, car il y a, parmi les bourgeois, des idéologues dont l’esprit est devenu purement prolétarien, comme Marx l’avait signalé dans le Manifeste de 1847. En général les écrivains socialistes oscillent entre des tendances bourgeoises et les tendances prolétariennes ; mais les ouvriers et les hommes qui participent effectivement au mouvement ouvrier sont demeurés fidèles aux principes de l’Internationale. On se rendra compte facilement de cette vérité en suivant l’action du groupe qu’on nomme allemaniste, qui a été presque complètement exempt d’influences bourgeoises. En tête de son journal, Le Parti ouvrier, on retrouve la première règle de l’Internationale ; il suffit de lire cet organe pour voir qu’un esprit vraiment ouvrier l’anime tout entier.

Dans une affaire récente les camarades d’Allemane ont, presque tous, marché avec une ardeur admirable pour la défense de la Vérité, de la justice et de la Morale : c’est la preuve que dans les groupes prolétariens l’idée éthique n’a point perdu de son importance, - alors que les socialistes, qui se réclament de la science, se demandaient si le Droit et la Morale n’étaient pas des mots vides des sens ! Avec les prolétaires socialistes on a vu marcher le grand orateur, qui a montré que dans les classes bourgeoises il y a toujours des hommes capables de comprendre le mouvement socialiste et de le représenter aux heures des crises décisives : la conduite admirable de Jaurès est la plus belle preuve qu’il y a une éthique socialiste


Source :

— Édition électronique réalisée à partir du texte de Georges Sorel (1899), « L’éthique du socialisme ». Conférence prononcée le 20 février 1898 au collège libre des sciences sociales de Paris. Texte publié dans la Revue de métaphysique et de morale, mai 1899, 7ème année, n° 3. On peut aussi retrouver ce texte reproduit dans Georges Sorel, La décomposition du marxisme et autres essais, texte 5 (pp. 118 à 140), Paris, Les Presses universitaires de France, 1ère édition, 1982, 262 pages.

— Première transcription numérique : Mme Diane Brunet, collaboratrice bénévole, dans le cadre de la collection « Les classiques des sciences sociales » dirigée et fondée par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.

— Relecture, corrections, mise en page HTML : Smolny, 2011.

[1] Formes et essence du socialisme, Paris, Giard & Brière, 1885, p. 4.

[2] Rivista internazionale di scienze sociali e dircipline ausdiarie, janvier 1899.

[3] Revue de Métaphysique et de Morale, mars 1899, p. 171.

[4] Si on voulait déduire le droit de l’économie, on commettrait une erreur analogue à celles que commettent si souvent les savants qui prétendent déduire des sciences naturelles des théorèmes sur la force, sur la matière, sur l’évolution ; ils ne voient pas qu’ils ont introduit au cours de leurs études des hypothèses cosmologiques qu’ils retrouvent. Ces hypothèses se sont précisées ; mais elles n’ont pas changé de nature, par suite de leur passage à travers les applications.

[5] Cette opinion a été émise notamment par MM. B. Croce et H. Cunow.

[6] Je crois avoir été le premier à proposer cette interprétation, pleine de l’esprit marxiste, dans les Sozialistische Monatshefte (sept. 1898) ; dans cet article j’indiquais aussi la nécessité de compléter ce qu’on appelle, ordinairement, le matérialisme historique par des systèmes où se placeraient les développements de la religion et de la vie publique.

[7] C’est cette justice que Proudhon voulait considérer comme l’élément essentiel du droit.

[8] Le théâtre et le roman ont beaucoup utilisé cette différence.

[9] Capital, trad. franç., p. 129, col. 1.

[10] Capital, trad. franç., p. 101, col. 1.

[11] Souvent les réformes pratiques et désirées par la majorité font passer avec elles des réformes d’un autre caractère, qui agiront comme un ferment révolutionnaire plus tard.

[12] La bienveillance peut intervenir pour rendre l’opposition moins sensible dans les circonstances qui n’offrent pas des conditions trop tragiques. La nécessité de corriger la raideur des lois par la bienveillance avait été reconnue par les anciens.

[13] Histoire d’Israël, t. III, p. 251.

[14] Op. cit., t. V, p. 421.

[15] On parle beaucoup en Allemagne de revenir à Kant ; c’est un bon signe.

[16] Ce sera l’honneur de Le Play d’avoir reconnu l’importance capitale des sentiments familiaux sur l’allure générale des sociétés : suivant le régime établi dans la famille on peut avoir des sociétés misonéistes ou des sociétés inquiètes, agitées, n’ayant aucune préoccupation de l’avenir. Les sociétés progressives se placent dans une portion intermédiaire ; Le Play avait prétendu définir exactement, ce juste milieu.

[17] La femme est la grande éducatrice du genre humain, moins encore peut-être des enfants que l’homme ; l’amour transforme l’homme et discipline ses instincts ; c’est la femme qui nous moralise ; aussi le respect de la femme est-il un élément très essentiel de la marche vers le socialisme. - C’est ici le lieu de rappeler un courageux discours de M. E. Vandervelde à des socialistes belges : « Combien de vous s’indigneraient justement s’ils étaient grossièrement apostrophés, rudoyés, brutalisés par un contremaitre, et combien de ceux-là font supporter à leurs femmes et à leurs enfants le rude traitement qu’ils ne subiraient pas de la part de leur maître ! » (DESTRÉE et VANDERVELDE, Le socialisme en Belgique, Giard & Brière, édit., 1898. p. 252).

[18] Pour être tout à fait complet, il aurait fallu examiner le moment moyen, qui s’intercale entre le système des désirs, protestations et espérances, dont j’ai parlé, et la mission du prolétariat. Ce moment moyen a été presque exclusivement considéré par les anarchistes et négligé par les socialistes. Au point de vue de l’éducation, il faut bien considérer l’homme en présence de lui-même et étudier son autoformation morale ; les socialistes ont trop souvent cru que le milieu agit d’une manière automatique, et, comme je l’ai dit plus haut, ne se sont guère occupés des conditions nécessaires pour perfectionner les sentiments moraux. Il y a une lacune grave dans l’éthique socialiste.

[19] Parmi les causes de l’opposition que les théoriciens ont faite, si longtemps, aux institutions, il faut noter l’exagération de l’esprit logique ; aucune institution n’est simple ; toujours on y trouve des imperfections et des contradictions : - il ne peut en être autrement puisque dans une institution le droit et la morale doivent coexister et manifester, par suite, leurs contrariétés.

[20] Le royaume des cieux accordé à celui qui donne un verre d’eau au nom de Jésus.

[21] Histoire d’Israël, t. III, p. 252.

[22] C’est une des pensées maîtresses du livre cité de M. Merlino.

[23] Socialisme et liberté, Paris, Giard et Brière, éditeurs, 1898, p. 193.

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  77. LIEBKNECHT Karl (1919) : Kamaraden ! Arbeiter !
  78. LIEBKNECHT Karl (1919) : Malgré tout !
  79. LIEBKNECHT Karl, USPD & SPD (1918) : Bedingungen zum Eintritt in die Regierung
  80. LUXEMBURG Rosa & SPARTAKUSBUND (1918) : Was will der Spartakusbund ?
  81. LUXEMBURG Rosa (1893) : L’année 1793 !
  82. LUXEMBURG Rosa (1898) : À quoi sert la politique coloniale ?
  83. LUXEMBURG Rosa (1902) : Martinique
  84. LUXEMBURG Rosa (1904) : Social-démocratie et parlementarisme
  85. LUXEMBURG Rosa (1906) : Blanquisme et social-démocratie
  86. LUXEMBURG Rosa (1908) : Tolstoï, comme penseur social
  87. LUXEMBURG Rosa (1912) : Dans l’asile de nuit
  88. LUXEMBURG Rosa (1912) : Im Asyl
  89. LUXEMBURG Rosa (1914) : Discours devant le Tribunal de Francfort
  90. LUXEMBURG Rosa (1914) : Le revers de la médaille
  91. LUXEMBURG Rosa (1918) : Assemblée nationale ou gouvernement des Conseils ?
  92. LUXEMBURG Rosa (1918) : Das alte Spiel
  93. LUXEMBURG Rosa (1918) : Der Anfang
  94. LUXEMBURG Rosa (1918) : Die kleinen Lafayette
  95. LUXEMBURG Rosa (1918) : Die Nationalversammlung
  96. LUXEMBURG Rosa (1918) : Eine Ehrenpflicht
  97. LUXEMBURG Rosa (1918) : L’Achéron s’est mis en mouvement
  98. LUXEMBURG Rosa (1918) : L’Assemblée nationale
  99. LUXEMBURG Rosa (1918) : Les petits Lafayette
  100. LUXEMBURG Rosa (1918) : Nationalversammlung oder Räteregierung ?
  101. LUXEMBURG Rosa (1918) : Parteitag der Unabhängigen SP
  102. LUXEMBURG Rosa (1918) : Protestresolution gegen das Vorgehen der deutschen Regierung im Osten
  103. LUXEMBURG Rosa (1918) : Schlussrede
  104. LUXEMBURG Rosa (1918) : Un devoir d’honneur
  105. LUXEMBURG Rosa (1918) : Unser Programm und die politische Situation
  106. LUXEMBURG Rosa (1918) : Korreferat zur Politik der USPD
  107. LUXEMBURG Rosa (1918) : Les masses « immatures »
  108. LUXEMBURG Rosa (1919) : Der erste Parteitag
  109. LUXEMBURG Rosa (1919) : Das Versagen der Führer
  110. LUXEMBURG Rosa (1919) : Die Ordnung herrscht in Berlin
  111. LUXEMBURG Rosa (1919) : Kartenhäuser
  112. LUXEMBURG Rosa (1919) : L’ordre règne à Berlin
  113. LUXEMBURG Rosa (1919) : Versäumte Pflichten
  114. LUXEMBURG Rosa (1919) : Was machen die Führer ?
  115. LÖWY Michael (1969) : Le marxisme révolutionnaire de Rosa Luxemburg
  116. MANDEL Ernest (1969) : Préface à l’Introduction à l’économie politique
  117. MARAT Jean-Paul (1791) : Sur la loi Le Chapelier
  118. MARTOV Julius (1907) : La leçon des événements russes
  119. MARTOV Julius (1908) : Le Marxisme en Russie
  120. MARTOV Julius (1918) : À bas la peine de mort !
  121. MARTOV Julius : La Troisième Douma et les socialistes
  122. MARX Karl & ENGELS Friedrich (1848) : Le Manifeste du Parti Communiste
  123. MARX Karl (1852) : Pauperism and Free Trade. - The approaching commercial crisis
  124. MARX Karl (1856) : Appel au prolétariat anglais
  125. MARX Karl (1865) : Salaire, Prix et Plus-value
  126. MATTICK Paul (1960) : Anton Pannekoek, une biographie politique
  127. MATTICK Paul (1977) : Interview à Lotta Continua
  128. MÜHSAM Erich (1918) : Revolutionäre, internationalistisch gesinnte kommunistische Arbeiter und Soldaten !
  129. O’CASEY Sean : The Story of the Irish Citizen Army
  130. PANNEKOEK Anton (1933) : L’acte personnel
  131. PANNEKOEK Anton (1933) : La destruction comme moyen de lutte
  132. PÉRET Benjamin (1945) : Le déshonneur des poètes
  133. PIATAKOV, BOSCH, BOUKHARINE (1915) : Thèses sur le droit des nations à l’autodétermination
  134. PIECK Wilhelm ( 1918) : Arbeiter, Soldaten, Genossen !
  135. POSPOLOV Pavel (1938) : Aperçu historique - La lutte de Boukharine contre Lénine et le Parti
  136. PROUVOST Léon (1921) : Le code bolchevik du mariage
  137. PYATAKOV, BOSCH, BUKHARIN (1915) : Theses on the right of nations to self-determination
  138. RADEK Karl (1919) : Nachruf auf Karl Liebknecht
  139. RUBEL Maximilien (1947) : Karl Marx et le socialisme populiste russe
  140. RUBEL Maximilien (1980) : Le socialisme réellement inexistant
  141. SCHEIDEMANN Philipp (1924) : Bericht über den 9. November 1918
  142. SCHMIDT Véra (1923) : Éducation psychanalytique en Russie soviétique
  143. SOREL Georges (1899) : L’éthique du socialisme
  144. SOREL Georges (1906) : Le caractère religieux du Socialisme
  145. SOVNARKOM (1918) : La patrie socialiste est en danger !
  146. TROTSKI Léon (1910) : Les intellectuels et le socialisme
  147. TROTSKI Léon (1916) : Salut à Franz Mehring et Rosa Luxemburg
  148. TROTSKI Léon (1919) : Karl Liebknecht, Rosa Luxemburg
  149. TROTSKI Léon (1939) : Un nouveau grand écrivain, Jean Malaquais
  150. TROTSKI Léon et al. (1915) : Manifeste de Zimmerwald
  151. TROTZKI Leo et al. (1915) : Das Zimmerwalder Manifest
  152. VOLINE (1939) : La naissance des « Soviets » ( janvier - février 1905 )
  153. VOLINE (1939) : Souvenirs sur Gapone et Janvier 1905
  154. WEIL Simone (1933) : Déclaration à la conférence d’unification des groupes de la gauche communiste
  155. WOLFSTEIN-FRÖLICH Rose (1920) : Rosa Luxemburg, enseignante
  156. ZETKIN Clara (1919) : Préface à la « Brochure de Junius »