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Capitalisme & Crises Économiques
Jacques Gouverneur et Marcel Roelandts proposent de découvrir les résultats de leurs recherches respectives. Elles portent sur l’analyse critique de l’évolution du capitalisme, en respectant un souci de rigueur scientifique. Elles débouchent sur des analyses et des conclusions souvent novatrices.
La disparition de René Lefeuvre
Louis Janover, article du journal « Le Monde », 22 juillet 1988
8 mai 2011 par eric

René Lefeuvre, fondateur et animateur des Amis de Spartacus, une maison d’édition militante « pas comme les autres », vient de mourir à l’âge de 85 ans (Le Monde du jeudi 7 juillet). Il est l’un des quelques « illustres inconnus et inconnus illustres » que le Débat a sélectionnés comme témoins de « Notre histoire », dans son dernier numéro (mais-août 988) (voir la chronique de Bertrand Poirot-Delpech dans « Le Monde des livre » du vendredi 8 juillet). Rappel opportun s’il en fut, car bien peu de personnes se souviennent aujourd’hui qu’ils doivent une partie de leur mémoire historique à l’œuvre pédagogique de René Lefeuvre qui a, sa vie durant, « témoigné pour l’expérience révolutionnaire venus d’horizons divers » (interview, juin 1984). C’est lors de son service militaire, en 1922, et grâces notamment à la lecture du Bulletin communiste de Boris Souvarine, que René Lefeuvre, maçon de profession (il sera ensuite correcteur), découvre la révolution russe et l’engagement politique.

En 1930, il devient secrétaire des Amis du monde, l’hebdomadaire d’Henri Barbusse, et crée divers cercles d’études : histoire du mouvement ouvrier, histoire sociale, économie politique, art. De ces groupes sont nés en 1933, l’année même où triomphe le nazisme, la revue Masses, puis les Cahiers de Spartacus [1].

Les éditions Spartacus remettront « dans la circulation quelques indispensables de la dénonciation du stalinisme » (le Débat, p. 248), mais aussi des textes fondamentaux pour la compréhension de la société actuelle et la dénonciation du « soutien idéologique du statu quo », comme l’écrit Paul Mattick, un des auteurs que René Lefeuvre a contribué à faire connaître. La volonté obstinée de mener de front cette double critique fut au cœur des prises de position du fondateur de Spartacus. Loin de desservir son travail d’édition, elle a été garante de sa fécondité, car elle lui a permis de respecter un véritable pluralisme des opinions.

En témoigne la richesse d’un catalogue où Marx, Bakounine, Max Stirner, Rosa Luxemburg, Jaurès, Korsch, Mattick, Rühle, Victor Serge, Anton Ciliga, Souvarine, Guérin, pour ne citer que quelques « célébrités », côtoient d’autres penseurs animés d’un même idéal dans un débat contradictoire toujours centré sur des problèmes d’une brûlante actualité. René Lefeuvre a réussi à animer pendant plusieurs décennies un dialogue quasi unique dans l’histoire des idées.

Louis JANOVER.

[1] Vient de paraître aux éditions Spartacus (cinq, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, 75 004 Paris), pour le 70e anniversaire de la révolution allemande, l’autobiographie de Max Hölz, personnage qui occupa une place importante dans les événements (Un rebelle dans la révolution. Allemagne 1918-1921, traductions et présentations de Serge Cosseron).