
Présentation Smolny :
Rentrée scolaire ces jours-ci. Occasion pour lire (si ce n’est déjà fait) ou relire cet inaltérable pamphlet de Michéa. De la plasticité de l’éducation aux besoins du Capital, théorisée par ses idéologues, de gôche principalement. Une réforme à l’horizon 2012 ?
E.S.
Présentation de l’éditeur :
En dépit des efforts de la propagande officielle, il est devenu difficile, aujourd’hui, de continuer à dissimuler le déclin continu de l’intelligence critique et du sens de la langue auquel ont conduit les réformes scolaires imposées, depuis trente ans, par la classe dominante et ses experts en « sciences de l’éducation ». Le grand public est cependant tenté de voir dans ce déclin un simple échec des réformes mises en œuvre. L’idée lui vient encore assez peu que la production de ces effets est devenue progressivement la fonction première des réformes et que celles-ci sont donc en passe d’atteindre leur objectif véritable : la formation des individus qui, à un titre ou à un autre, devront être engagés dans la grande guerre économique mondiale du XXIe siècle.
Cette hypothèse, que certains trouveront invraisemblable, conduit à poser deux questions. Quelle étrange logique pousse les sociétés modernes, à partir d’un certain seuil de leur développement, à détruire les acquis les plus émancipateurs de la modernité elle-même ? Quel mystérieux hasard à répétition fait que ce sont toujours les révolutions culturelles accomplies par la Gauche qui permettent au capitalisme moderne d’opérer ses plus grands bonds en avant ?
L’auteur :
Agrégé de philosophie, Jean-Claude Michéa enseigne à Montpellier. Il est l’auteur de plusieurs essais : Orwell, anarchiste tory (1995), Les intellectuels, le peuple et le ballon rond (1998), Impasse Adam Smith (2002, Champs- Flammarion, 2006), Orwell éducateur (2003).
Table des matières :
L’enseignement de l’ignorance
Notes
Extrait :
Chap. IX
La présente « crise de l’École » dont le grand public prend progressivement conscience, doit ainsi être comprise, avant tout, comme l’effet qui se prolonge d’une situation devenue contradictoire. D’un côté, l’École, parce qu’elle était la pièce centrale du dispositif « républicain » - c’est-à-dire d’une époque et d’un système où le marché auto-régulé n’était pas encore en mesure de plier à ses lois la totalité des choses - se trouve être un des derniers lieux officiels où subsistent - à côté d’habitudes et de structures parfaitement absurdes - de véritables fragments d’esprit non-capitaliste et quelques possibilités réelles de transmettre du savoir ainsi qu’une partie des vertus sans lesquelles il ne peut y avoir de société décente. Mais de l’autre, sous la vague déferlante des réformes libérales-libertaires [1], l’institution tend mécaniquement à devenir l’ensemble intégré des différents obstacles matériels et moraux qu’un enseignant est obligé d’affronter s’il a le malheur de s’obstiner, par une étrange perversion, à vouloir transmettre encore un peu de lumières et de civilité [2] ; une telle contradiction, on l’imagine, ne peut définir qu’un très mauvais climat : et de fait, il devient chaque jour un plus plus irrespirable.
p. 57-58
Éditions Climat, parution le 03/03/2006
ISBN : 2-08-213123-8
128 pages / 13,5cm x 21cm / 12 euros
[1] Sous ce rapport, le point de non retour a évidemment été atteint en 1990, avec la mise en place par Lionel Jospin, selon le modèle inventé par le capitalisme américains, des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres. Comme l’écrit L. Lurçat, ces I.U.F.M. sont une « entreprise redoutablement efficace. Ils permettent de détruire la formation universitaire des futurs professeurs des différentes disciplines ». Ils sont aussi, cela va de soi, le quartier général de la police de la pensée pédagogique et de ses tout puissants missi dominici.
[2] Cette obstination ne se traduit pas seulement par la nécessité avérée d’un travail toujours plus long et toujours plus épuisant. Dans un monde où le Spectacle est l’autorité symbolique la plus haute, un enseignant ne peut espérer obtenir la bienveillance et l’attention des élèves-téléspectateurs que s’il accroît la part de théâtralité inhérente à l’acte d’enseigner, au risque de devenir lui-même purement spectaculaire.