
Ce livre est le premier ouvrage traduit en français de Piergiorgio Bellocchio, essayiste italien né en 1931. Il contient deux séries d’articles, notes et fragments dont la rédaction s’étend des années soixante aux années quatre-vingt-dix. Tous ces textes tournent autour d’une même question : comment les espoirs d’hier ont-ils pu devenir, presque du jour au lendemain, si "vertigineusement vides" que la seule attitude digne au sein de ce désastre, pour ceux qui ne se résignent pas à la capitulation, est d’essayer de "limiter le déshonneur" ?
Un critique a défini Bellocchio comme "un moraliste capable de voir la réalité avec les mêmes yeux (et la même richesse d’imagination) que les grands romanciers d’autrefois" ; un moraliste intempestif, dont le discours se situe "à mille lieues des idées dominantes, y compris à gauche". Les textes de Bellocchio ont toujours pour point de départ une expérience vécue ou une observation personnelle : la visite d’un monument aux morts de la guerre de 14 entièrement désert en plein milieu des Alpes, un film en noir et blanc aperçu à la télévision entre deux "sales gueules" d’hommes politiques. Précédé de : Limiter le déshonneur.
(présentation reprise du site de la librairie Quilombo)
Extrait :
On assimile presque toujours le sens commun au conformisme, au préjugé, et le mot est devenu synonyme d’aplatissement des valeurs. Ce n’est pas faux. Le sens commun mérite pourtant d’être réévalué dans sa dimension de pensée concrète, de réalisme, d’exigence d’un rapport clair et cohérent entre le discours et les actes, contre les idéologismes et les abstractions indues. Cela pourrait sembler évident. Ne vivons-nous pas dans un monde désormais complètement sécularisé, désenchanté, laïcisé ? Admettons. Je vois néanmoins que des millions et des millions de gens, des plus ignorants au plus cultivés, persistent à feindre qu’il existe un lien étroit, une continuité, entre les Évangiles et le christianisme réel, entre la pensée de Marx le centralisme bureaucratique policier, entre le culte de la liberté et la rapine. Un tel, à Rome, prétend être le « vicaire du Christ ». Tel autre, à Washington, invoque la protection divine pour affamer, terrorisée et tuée. Les mêmes opérations, à Moscou, sont appelés « être fraternel ». Dans les salles d’audience, on continue d’afficher la maxime « la loi est la même pour tous », tandis qu’au milieu des buffets campagnards et des bouteilles de vin on chante Bandiera rossa [1] et l’Internationale. Pour ne rien dire du vertigineux commerce au détail de mots comme « amour », « générosité », « solidarité », « morale », « révolution », « courage », « compassion », « poésie », « Art »...
(p. 47)
Table des matières :
Présentation
Limiter le déshonneur
Nous sommes des zéros satisfaits
Index
Encyclopédie des Nuisances, parution le 20 mai 2011
ISBN : 978-2-910386-39-9
160 pages / 12cm x 19cm / 12 euros
[1] « Drapeau rouge », hymne du parti communiste italien.