
Présentation de l’éditeur :
L’homme moderne s’est déjà dépersonnalisé si profondément qu’il n’est plus assez homme pour tenir tête à ses machines. L’homme primitif, faisant fond sur la puissance de la magie, avait confiance en sa capacité de diriger les forces naturelles et de les maîtriser. L’homme posthistorique, disposant des immenses ressources de la science, a si peu confiance en lui qu’il est prêt à accepter son propre remplacement, sa propre extinction, plutôt que d’avoir à arrêter les machines ou même simplement à les faire tourner à moindre régime. En érigeant en absolus les connaissances scientifiques et les inventions techniques, il a transformé la puissance matérielle en impuissance humaine : il préfèrera commettre un suicide universel en accélérant le cours de l’investigation scientifique plutôt que de sauver l’espèce humaine en le ralentissant, ne serait-ce que temporairement.
Jamais auparavant l’homme n’a été aussi affranchi des contraintes imposées par la nature, mais jamais non plus il n’a été davantage victime de sa propre incapacité à développer dans leur plénitude ses traits spécifiquement humains ; dans une certaine mesure, comme je l’ai déjà suggéré, il a perdu le secret de son humanisation. Le stade extrême du rationalisme posthistorique, nous pouvons le prédire avec certitude, poussera plus loin un paradoxe déjà visible : non seulement la vie elle-même échappe d’autant plus à la maîtrise de l’homme que les moyens de vivre deviennent automatiques, mais encore le produit ultime - l’homme lui-même - deviendra d’autant plus irrationnel que les méthodes de production se rationaliseront.
En bref, le pouvoir et l’ordre, poussés à leur comble, se renversent en leur contraire : désorganisation, violence, aberration mentale, chaos subjectif.
« L’homme posthistorique »
L’auteur :
Lewis Mumford (1895-1990) est surtout connu en France, ou du moins l’a été, pour son ouvrage La Cité à travers l’histoire (1961). Cependant, à côté de ce maître livre et de tous ses autres textes consacrés, pendant plus de cinquante ans, à l’architecture et l’urbanisme, il existe dans son œuvre très abondante une veine que l’on peut dire anthropologique, marquée par Technique et Civilisation (1934) et par la somme qu’il consacra à la fin de sa vie au Mythe de la machine (t. I : 1967, t. II : 1970).
Table des matières :
Note de l’éditeur
Préface à la nouvelle édition
I. De l’animal à l’homme
II. L’homme archaïque
III. L’homme civilisé
IV. L’homme axial
V. L’homme du Vieux Monde
VI. L’homme du Nouveau Monde
VII. L’homme posthistorique
VIII. La culture mondiale
IX. Perspectives humaines
Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, parution le 7 janvier 2008
ISBN : 978-2-910386-27-6
248 pages / 14cm x 22cm / 20 euros