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GLAT 1974-05b : Notes sur les luttes de quartier
Lutte de Classe - Mai 1974 / p. 7 - 13
5 août 2012 par eric

Le texte ci-dessous a été rédigé par un militant démissionnaire - après cinq ans d’activité - d’un groupe qui anime des luttes dans un quartier populaire de Milan. Il nous a été transmis à titre de contribution à la discussion par le groupe « Proletari Autonomi » (cf. les numéros de janvier et février 1974 de Lutte de Classe).

Nos commentaires paraîtront dans le prochain numéro.

*

Au cours des dernières années, aux traditionnelles luttes d’usine menées par le prolétariat pour maintenir son niveau de vie, que le système capitaliste tend continuellement à abaisser au-dessous du minimum de subsistance, et pour améliorer ses conditions de travail, qui néanmoins empirent journellement (cadences et nocivité), se sont ajoutées les luttes conduites en dehors des lieux de production, principalement dans les habitations et les écoles. Il s’agit ici d’analyser la lutte menée dans les quartiers, sa validité et le type d’organisation le plus adéquat.

Les luttes pour le logement ne sont pas nouvelles ; dès le 19ème siècle, il y avait eu, surtout en France, des luttes de ce genre, menées par des groupes anarchistes ou socialistes-révolutionnaires (blanquistes) ; en Italie également, surtout à Milan, les luttes contre la hausse du coût de la vie (prix du pain) s’étaient combinées à des luttes pour des conditions décentes de logement, mais ce fut pour déboucher sur la création de l’Institut Autonome des Habitations Populaires (IACP), œuvre de la social-démocratie milanaise humanitaire de l’époque (par la suite, on trouve d’autres exemples de luttes pour le logement ; l’historien français Oudeville soutient que l’histoire de la civilisation n’est autre que l’histoire de la ville, et donc des luttes populaires pour le logement).

Les théoriciens marxistes, notamment Engels dans son ouvrage La question du logement, ont dit qu’il n’était pas possible de mener une lutte révolutionnairement victorieuse dans les quartiers, car le prolétariat n’y vit pas sa contradiction fondamentale, à savoir l’appropriation de la plus-value ; c’est donc essentiellement sur les lieux de production que la classe travailleuse était exploitée, et c’est sur la lutte dans les usines que devait porter l’essentiel des efforts.

Hors de l’usine, et s’agissant de l’achat de biens et de services, le prolétariat se trouvait au même niveau que la petite bourgeoisie ; comme elle, il s’adressait au marché libre, où justement il contractait et achetait, sans subir par rapport aux autres classes aucune appropriation supplémentaire à son détriment. Certes, le prolétariat avait de mauvaises conditions de vie et de logement là où on le forçait à habiter, mais les problèmes de quartier - comme tous les autres non directement liés à la production - ne pourraient trouver de solution qu’après la prise du pouvoir par le prolétariat, à travers la conquête des moyens de production.

Cette théorie a longtemps conditionné l’action des groupes de gauche, en Italie comme ailleurs : des environs de 1880 aux années 1960. C’est à cette époque que certains groupes de la gauche non-parlementaire ont redécouvert la lutte de quartier, que le prolétariat avait continué de mener « spontanément », malgré les conseils contraires de l’idéologie officielle. Je vais donc tenter d’analyser sommairement les motivations de cette lutte.

La théorie d’Engels n’est valable que dans la mesure où les biens de consommation nécessaires à la survie du prolétariat peuvent être achetés sur un marché libre où toutes les classes sociales se trouvent sur le même plan en tant qu’acheteurs, et sans que cette acquisition, de la part de certaines classes, comporte une contradiction du même ordre que l’appropriation de la plus-value par le capital sur les lieux de la production. C’est là le cas classique, décrit par les économistes marxistes.

Mais il existe d’autres cas, certains même assez anciens, où certaines marchandises nécessaires au prolétariat, telles que le logement, ne font pas l’objet d’échanges sur un marché libre, mais sont offertes (ou imposées) au prolétariat en tant que partie du salaire payée en nature.

On peut en donner quelques exemples : dès la fin du 19ème siècle, à Mulhouse, la SACM (grande entreprise analogue à la Breda, mais plus importante) avait construit pour ses ouvriers des villages à loyers modérés, mais en contrepartie de salaires plus bas. On a en Italie un exemple du même genre à Valdagno, où tout le village appartient aux Marzotto, dans l’entreprise desquels travaillent presque tous les habitants de la région ; là ce n’est pas seulement le logement, mais aussi les produits alimentaires, les vêtements, les distractions, les vacances, qui sont produits et fournis par l’organisme qui gère l’entreprise textile, et qui offre à ses salariés des marchandises à bas prix, en échange d’un salaire inférieur (c’est ainsi que se présentait la situation il y a encore quelques années ; heureusement les luttes ouvrières à la Marzotto sont en train d’y mettre fin).

Lorsque les marchandises nécessaires aux classes travailleuses leur sont offertes directement par leurs propres employeurs, ces derniers ont la possibilité, de ce fait, d’orienter et d’imposer la consommation. Les travailleurs ne jouissent donc plus du libre choix sur le marché, mais subissent, lors de l’acquisition des marchandises nécessaires à leur survie, un autre vol de plus-value, puisqu’une partie de leur salaire leur est versée en nature.

Dans ce cas, la lutte menée dans le quartier pour la baisse du loyer, du prix des produits alimentaires, des transports, etc., est menée directement contre l’employeur qui est physiquement le même sur le lieu de production comme sur le lieu de consommation.

Les deux exemples cités ci-dessus ne sont pas les seuls. Mais jusqu’à une date récente ils n’étaient qu’une exception à la règle générale qui déterminait l’achat des marchandises nécessaires au prolétariat, et qui était celle du marché libre. Mais cette situation n’est plus celle d’aujourd’hui, car nous sommes passés de la phase du capitalisme libéral à celle du capitalisme totalitaire, où l’intervention des grands monopoles et de l’État règle toute l’existence du prolétariat, en conditionnant l’acquisition d’un grand nombre de marchandises, notamment celle du logement.

Sur le marché des logements populaires l’importance des organismes publics ne fait qu’augmenter, et continuera de le faire à l’avenir. À Milan, aujourd’hui, l’IACP gère quelque 106 000 logements, soit 11 % de constructions résidentielles du Grand Milan (y compris les communes limitrophes), son objectif étant d’en contrôler 25 %, ce qui représente le double pour les seuls logements populaires. L’IACP occupe donc une position d’oligopole et conditionne tout le marché milanais du logement populaire.

La construction des logements populaires est (ou devrait être) financée à l’aide des retenues sur le salaire des travailleurs ; ce vaste secteur se trouve donc sous le contrô1e de l’État. D’autre part c’est encore l’État, directement ou par les organismes publics, qui non seulement contrôle de plus en plus la production et y intervient directement, mais encore contrôle l’accumulation du prolétariat en vue de la maladie, de la vieillesse, etc., au moyen d’autres retenues sur les salaires. On s’achemine donc vers un régime dirigiste où le prolétariat n’a pas d’autre contrôle sur sa propre vie que la lutte (le seul autre moyen, les élections, n’étant qu’une farce).

Dans ces conditions, la lutte dans les quartiers en arrive à être une lutte qui peut être révolutionnairement victorieuse, étant donné que le patron principal est l’État qui contrôle aussi bien la production que la distribution et la consommation.

Examinons maintenant l’évolution et les perspectives des luttes de quartier. Celles-ci ont commencé en 1968, au cours de la période même où ont démarré les premières luttes autonomes dans les usines et les écoles. Ces dernières se sont considérablement amplifiées, aussi bien quant à leur extension que quant à leur organisation ; dans les usines, on est passé du spontanéisme des premiers Comités Unitaires de Base à l’intervention des groupes de gauche « de classe », pour en arriver ensuite aux organisations ouvrières autonomes (les assemblées autonomes) qui sont aujourd’hui l’expression la plus avancée de ces luttes ; à travers cette filière se sont constitués des groupes d’ouvriers révolutionnaires conscients, capables de s’opposer à l’hégémonie exercée sur la masse ouvrière par les organisations officielles réformistes. Dans les écoles, le chemin parcouru a été à peu près le même, avec cette différence que les étudiants devenus conscients représentent un pourcentage du total encore supérieur.

Dans les quartiers, cela ne s’est pas produit ; pourtant les conditions y existent pour une lutte généralisée et la formation d’une large base consciente de l’exploitation qu’elle subit ; sans compter que le prolétariat qui lutte dans l’usine est celui qui vit dans le nouveau quartier populaire des grands ensembles.

On ne peut pas dire que les locataires ne luttent pas, mais ils le font de façon privée ; en fait, l’IACP signale que sur vingt milliards de recettes prévues annuellement au titre des loyers, cinq ne sont pas encaissés, par défaut de paiement ; ce qui signifie que, sur 106 000 locataires, le quart, soit quelque 25 000, font de manière continue la grève du loyer, ou encore, et cela me paraît plus correct (il n’y a pas de données précises à ce sujet) que 50 000 locataires font une grève occasionnelle (en pratique, une auto-réduction du loyer).

Cette large base de prolétaires qui peuvent et doivent être réunis, non seulement pour que leurs conditions de vie matérielles s’améliorent, mais avant tout pour qu’à travers cette lutte la conscience de classe se forme et se consolide aussi dans le quartier, ne l’ont jamais été. Les diverses organisations qui sont intervenues dans les quartiers n’ont réussi à y former que de petites avant-gardes, sans qu’il existe une base aussi large que dans les usines et les écoles ; des 50 000 locataires dont on présume qu’ils ne paient pas leur loyer, seule une infime minorité suit les directives des groupes d’intervention, qu’il s’agisse de réformistes tels que les UNIA, APICEP et autres, ou de groupes « de classe » tels que l’Union des Locataires et autres groupes non parlementaires.

Il convient donc de se demander pourquoi on en est arrivé là et quelles peuvent être les méthodes et les formes d’organisation les meilleures pour établir le contact avec les locataires. Essayons donc d’analyser le travail politique de quartier et ses conditions objectives et subjectives. En premier lieu, il faut établir pourquoi les locataires ne paient pas leur loyer, et ensuite se demander pourquoi ils mènent leur lutte de manière privatisée, sans la socialiser. Les locataires prolétaires ne paient pas leur loyer du fait que, de manière plus ou moins occasionnelle, ils n’ont pas d’argent pour le faire. Ce manque d’argent peut avoir divers motifs.

Il convient d’écarter l’hypothèse selon laquelle la rétribution normale d’un ouvrier ne serait pas suffisante pour entretenir une famille normale à la limite de la subsistance, ce qui comprend également la marchandise-logement ; ceci parce que le capital ne peut pas faire baisser la rétribution des prolétaires en dessous des limites qui permettent la reproduction de la force de travail. De ce fait, le salaire comprend aussi une partie destinée à acquérir (non pas une fois pour toutes, mais au moyen du loyer) la marchandise-logement, où le prolétaire puisse vivre et élever ses enfants, futurs prestataires de main-d’œuvre. Il est vrai que le capital tend continuellement à réduire ce minimum vital, et c’est pourquoi les travailleurs sont contraints à entrer en lutte pour le reconquérir, et donc pouvoir payer toutes les marchandises dont ils ont besoin, y compris le loyer.

Par conséquent, si le prolétaire moyen est incapable de payer le loyer, c’est soit à cause de sa situation personnelle (chômage, maladie, dépenses exceptionnelles, etc.), soit pour des raisons collectives ; les grèves de masse, qui sont comme on l’a dit nécessaires pour maintenir le minimum vital, et qui se poursuivent durant de longues périodes, réduisent le salaire au point de ne pas permettre le paiement des biens nécessaires qu’il est possible de ne pas payer tout de suite, ou du tout, sans graves dommages. Normalement, cela n’est pas possible pour l’alimentation, les vêtements, le transport, etc., mais c’est possible pour le loyer.

Le propriétaire public du logement peut et doit se permettre de perdre une partie de ses recettes, lorsque ses locataires, pour des raisons sociales, ne sont pas en état de le payer. C’est la pratique normale des organismes qui gèrent les services publics, et il est normal que dans une société dirigiste les entreprises de transport, les caisses d’assurances sociales, etc., soient en déficit. C’est probablement là la raison - sociale - qui empêche l’IACP d’utiliser normalement des moyens draconiens contre le défaut de paiement si répandu.

Quant à expliquer pourquoi les prolétaires luttent de façon privatisée et non pas socialisée lorsqu’ils agissent en tant qu’acquéreurs de la marchandise-logement et de tout ce qui s’y rapporte (transports, services divers, achat de produits alimentaires, écoles, asiles, etc.) on peut faire les observations suivantes.

En premier lieu, le nouveau quartier populaire, formé de grands ensembles, qui rassemble et rassemblera de plus en plus une grande partie du prolétariat, est conçu et réalisé de manière à rendre les rapports humains normaux entre les familles beaucoup plus difficiles que dans les vieilles habitations, et ceci non seulement du fait de l’absence de lieux sociaux de réunion - que l’on a soin d’omettre dans la planification des nouveaux quartiers - mais du fait de la structure même de ces derniers.

Les immeubles sont isolés et éloignés les uns des autres, presque tous identiques, chaque palier ne donne accès qu’à deux appartements, et les familles qui les occupent sont choisies de telle sorte que jamais deux familles d’ouvriers ne se trouvent en contact, mais sont toujours séparées par des familles petites bourgeoises d’employés ou de membres des forces de maintien de l’ordre (familles de carabiniers, de policiers, de vigiles urbains). Dans cette ambiance, la famille tend à se replier sur elle-même, livrée aux instruments d’information et de formation du consensus, tels que la radio et la télé, qui bien souvent représentent son seul contact avec le monde extérieur.

En outre, le chef de famille rentre tard, fatigué déjà par les problèmes rencontrés au travail et au cours du trajet, toujours très long, entre l’usine et le domicile, et se trouve donc peu disposé à entamer une nouvelle lutte, préférant jouir du peu de paix et de tranquillité que le système lui consent dans son quartier.

Restent les femmes, dont beaucoup travaillent pour contribuer à l’économie familiale, toujours à la limite de la subsistance, et dont beaucoup sont en outre trop assujetties encore à l’autorité culturelle du mari pour se permettre des initiatives de lutte autonomes (le problème des femmes et des jeunes qui vivent dans les nouveaux quartiers populaires formés de grands ensembles requiert une analyse beaucoup plus détaillée qu’il est urgent d’entreprendre, mais qui ne sera pas abordée par l’auteur, par manque de temps et de connaissances).

Ainsi, les exigences économiques, les problèmes de structure et de superstructure liés au quartier restent internes à chaque famille, sans qu’existe aucune communication avec les autres familles qui toutes souffrent des mêmes contradictions. En outre, le conformisme bourgeois domine encore le prolétaire dans ses rapports avec le système, lorsqu’il agit en tant qu’acheteur ; alors que sur les lieux de production il mène désormais des luttes de forme illégale, dans le quartier il se trouve encore lié par la morale bourgeoise qui lui impose de ne pas s’endetter et de payer comptant les marchandises qu’il est contraint d’acquérir. Une famille qui n’arrive pas à payer son loyer se garde bien de laisser la nouvelle se répandre parmi ses voisins, afin d’éviter de perdre leur estime.

Comme l’auront remarqué tous les camarades ayant fait du travail de quartier, il est très difficile d’établir des contacts réels et directs avec les locataires ; à Milan, malgré cinq ans d’efforts, l’Union des Locataires n’a pas encore réussi à généraliser la lutte publique ; bien plus, la situation n’a fait que se dégrader, le contact politique avec la masse des locataires n’existe plus, si tant est qu’il ait jamais existé, l’organisation glisse dans le bureaucratisme et ne se maintient qu’en se donnant de faux objectifs (vente du journal de l’union et lutte contre son déficit financier).

Dans ces conditions, et dans la mesure où subsiste la possibilité théorique de la lutte et donc la nécessité de la pousser à fond, dans les quartiers comme ailleurs, il est nécessaire de commencer un nouveau type de lutte qui donne de plus grandes possibilités de victoire.

Si l’usine reste le lieu où le prolétariat a les plus grandes possibilités de lutte, aussi bien du fait que c’est là que se produit le plus grand vol de plus-value, que parce que c’est là que se rencontrent les meilleures conditions de socialisation et donc les plus grandes possibilités de victoire immédiate et stratégique, c’est donc de l’usine que doivent repartir les luttes de quartier.

Les organisations de lutte autonomes qui se sont constituées dans les usines doivent également pouvoir s’intéresser aux luttes à mener dans les lieux d’habitation ; jusqu’ici l’usine s’est peu intéressée aux luttes de quartier, les rares fois où ce fut le cas il s’agissait de luttes qui avaient atteint leur point culminant (expulsions) et les résultats ont donc été maigres. Il convient au contraire de prévoir des interventions de ce genre longtemps à l’avance, de manière qu’au cours des grandes luttes pour le renouvellement des conventions collectives le mot d’ordre d’extension de la lutte aux quartiers puisse être appliqué de façon massive au moyen de la grève des loyers ou d’autres méthodes suggérées par la capacité d’invention du prolétariat.

Il convient en outre de tenir compte que les difficultés rencontrées par les organisations autonomes dans l’établissement de liaisons inter-usines, si elles veulent éviter la médiation de groupes extérieurs, peuvent être surmontées par des organisations de quartier regroupant des ouvriers de diverses usines. En fait, on trouve à Milan de nombreuses usines petites et moyennes, souvent fort éloignées les unes des autres ; il n’y existe pas d’usine-pilote, comme à Turin, capable de diriger toutes les luttes. Les diverses initiatives autonomes doivent donc passer par l’intermédiaire des groupes, qui souvent les dévient.

Dans les grands ensembles on trouve des ouvriers de toutes les usines ; la moitié ou plus des 106 000 familles qui à Milan « jouissent » des bienfaits de l’IAPC sont certainement formées de prolétaires : on peut donc organiser dans les quartiers des assemblées autonomes regroupant des ouvriers de toutes les usines de Milan.

L’action de ces groupes ouvriers, déjà habitués à mener des luttes dures sur leurs lieux de travail, peut relancer les luttes de quartier et les porter au niveau voulu, car tous les obstacles sociaux qui jusqu’ici se sont opposés au développement de la conscience prolétarienne dans les quartiers seraient surmontés. Les prolétaires pourraient gérer eux-mêmes ces luttes qui, comme on l’a vu, sont essentielles, car à mesure que l’exploitation capitaliste devient totale, il doit en être de même de la riposte.

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