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Revue publiée par le Forum de la Gauche Communiste Internationaliste : C’est pour contribuer à déblayer la voie vers la clarification et le regroupement sur des bases théoriques, politiques et organisationnelles saines que Controverses a vu le jour. En d’autres termes, tout en tenant compte du changement de période qui n’est plus au reflux mais à la reprise historique des combats de classes, notre objectif essentiel est de reprendre ce qui était le souci de Bilan mais qu’il n’a pu mener complètement à bien compte-tenu des conditions d’alors : « ...une critique intense qui visait à rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance, de l’économie, de la tactique, de l’organisation », et ce sans « aucun dogme », sans « aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme », et « par le souci de déterminer une saine polémique politique ». Ceci est plus que jamais indispensable afin de réussir un nouvel « Octobre 17 » sous peine de se retrouver comme ces « vieux bolcheviks ... qui répètent stupidement une formule apprise par cœur, au lieu d’étudier ce qu’il y avait d’original dans la réalité nouvelle. (extrait de l’éditorial du n°1)
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GLAT 1974-07b : Enseignement : économies, licenciements... et luttes
Lutte de Classe - Juillet 1974 / p. 5 - 13
9 octobre 2012 par eric

Au mois de mars, dans l’enseignement de la région parisienne une certaine effervescence s’est manifestée. C’est essentiellement dans le secondaire (CES et lycées) et le technique (surtout les CET) des Académies nouvelles de Versailles et Créteil (qui englobent les départements dits de la Couronne, tout autour de Paris) que le mouvement a démarré et a pris de l’ampleur, entraînant avec lui des établissements parisiens. Cette lutte a largement échappé au contrôle des organismes syndicaux et les enseignants ont tenté d’établir des embryons d’organisation à la base. Ces aspects, inhabituels dans le milieu enseignant, méritent que l’on s’y arrête.

LA SITUATION DANS L’ENSEIGNEMENT SECONDAIRE

Depuis des années et surtout depuis 1968, le capitalisme tente de mettre un peu d’ordre dans l’entreprise Éducation Nationale. Les nouvelles exigences de la production qui amènent la masse des enfants à suivre des études secondaires [1], la nécessité d’économiser la plus-value dans les secteurs improductifs, obligent les capitalistes à tenter de réorganiser ce secteur qui ne répond plus à sa fonction dans la société capitaliste moderne. C’est l’objectif du projet Fontanet, compromis entre les diverses tendances du capital, qui essaie, par une organisation différente de l’enseignement secondaire, d’obtenir un meilleur rendement de ce service, tout en maintenant l’essentiel, un enseignement de classe pour une société de classe.

Les réactions à ce projet vont venir surtout des organisations syndicales, émues essentiellement par la perspective d’un seul corps d’enseignants du secondaire. En effet, à l’heure actuelle, chaque catégorie d’enseignants est représentée par une ou plusieurs boutiques syndicales rivales. En gros, les instituteurs par le SNI (Syndicat National des Instituteurs), les PEGC par le SNC et le SNI , les certifiés par le SNES et le SGEN. Cette unification, si souvent prônée et enfin proposée par le capital lui-même, offre à bon nombre de bonzes syndicaux la perspective peu réjouissante de s’inscrire au chômage ou, pire encore, de réintégrer une classe. On comprend mieux leur indignation, toute verbale d’ailleurs.

Pour les enseignants à la base, ce projet, venant après tant d’autres, ne suscite qu’indifférence. Même les lycéens si prompts l’année précédente à se mobiliser contre le projet Debré, ne s’échauffent que lentement et leur mobilisation, malgré l’intense matraquage des organisations politiques, n’atteindra jamais l’ampleur des mouvements de 1973.

Cette indifférence s’explique par le ras-le-bol général qui règne à tous les échelons dans le secondaire, au moins autant chez les professeurs que parmi les élèves, qu’ils soient collégiens ou lycéens. L’ennui suinte à longueur de cours et chacun, professeur et élève, n’a qu’une hâte, un espoir, la fin du cours, les vacances. Les causes de cette situation qui s’aggrave d’année en année sont connues, Dans les villes d’aujourd’hui, surtout dans les banlieues et leurs cités-dortoirs les jeunes baignent dans un monde qui n’a plus qu’un lointain rapport avec celui de leurs parents. Abreuvés de télé, de plus en plus livrés à eux-mêmes depuis que la mère travaille aussi, sollicités par une société où le sexe et la violence dominent, ils démarrent dans la vie avec un handicap d’autant plus grand que le milieu social est lui-même déjà appauvri. Le nombre d’élèves que l’on peut considérer comme psychiquement détruits, véritables inadaptés sociaux, s’accroît sans cesse et l’enseignement aussi bien primaire que secondaire, ne fait qu’accélérer ce processus.

Face à cette décomposition de la vie sociale, qui se manifeste par une instabilité caractérielle des élèves, que tout travail intellectuel rebute, l’enseignant se voit impuissant. Les difficultés croissantes qu’il rencontre, accompagnées d’une détérioration de sa propre situation sociale épuisent sa résistance et sa santé. Conséquences les maladies nerveuses font des ravages et l’absentéisme atteint des proportions qui n’ont plus rien à envier à celles de l’industrie. Isolé dans sa classe, il se réfugie alors dans la passivité et l’indifférence. Dans ces conditions, toute aggravation nouvelle des conditions de travail peut apparaître insupportable et provoquer un mouvement de lutte comme celui du mois de mars.

L’ÉVOLUTION DU MOUVEMENT

Fin février, des chefs d’établissements sont avertis par le rectorat que leurs plannings de répartition des postes et des effectifs scolaires doivent être revus sur la base impérative de 35 élèves par classe. Malgré la discrétion remarquable de l’Administration centrale, les rumeurs sont confirmées par des informations de plus en plus nombreuses et précises.

De quoi s’agit-il exactement ?

Dans les deux Académies de Versailles et Créteil, qui englobent toute la banlieue parisienne, banlieue en expansion continue avec ses cités d’HLM, les effectifs scolaires sont en perpétuelle évolution. L’augmentation des effectifs, leur mobilité, les difficultés rencontrées avec cette population scolaire hétérogène et instable, peu et mal scolarisée, tout cela a permis, avec parfois la complicité des chefs d’établissements soucieux d’avoir la paix dans leur bahut, d’avoir des effectifs de classe plus bas que la moyenne nationale fixée à 35.

Jusqu’ici l’Administration a fermé les yeux, bien que cette situation ait entraîné nécessairement la création d’un nombre important de postes pourvus essentiellement par du personnel auxiliaire.

Fontanet qui est là pour remettre de l’ordre et faire des économies doit donc faire cesser cet état de fait. L’opération commence par un nettoyage de l’Administration soupçonnée de mollesse ou de complicité. Les deux recteurs sont virés et remplacés par deux nouveaux, connus pour leurs attaches avec le Pouvoir et leur fermeté. Ce sont eux qui vont préparer les mesures nécessaires qui sont essentiellement les suivantes : à la rentrée 1974/1975 toutes les classes doivent être prévues sur la base de 35 élèves par classe. Les heures supplémentaires - jusqu’ici deux heures peuvent être imposées à chaque enseignant pour les besoins du service - deviennent quasiment obligatoires. (sans compter qu’elles sont payées à un taux ridicule, inférieur au taux horaire normal, sauf pour les enseignants en début de carrière).

Les conséquences pour le personnel auxiliaire sont évidentes : grâce aux postes ainsi récupérés, l’Administration liquide les auxiliaires.

Ces informations, l’Administration se garde bien de les annoncer. Elle va au contraire retarder au maximum le moment où il faut bien avertir les établissements : discrétion et prudence sont la règle. Les établissements sont avertis séparément et progressivement, en fin de trimestre, mais certains chefs d’établissements vont vendre la mèche devant l’ampleur des bouleversements que ces mesures vont causer dans leur boite. Par exemple à La Courneuve, un CES perd 12 postes sur 70, un autre 9 sur 65 et 24 postes en tout pour les trois CES. Au total, dans l’Académie de Versailles, plus de 700 postes sont supprimés dans les CES et lycées, et 500 postes de maître-auxiliaire dans les CET. Dans l’Académie de Créteil, les chiffres varient mais ce sont au moins 400 postes qui disparaissent. Aux dernières estimations (depuis que les élections sont terminées) ces chiffres sont tous à réviser en hausse.

Lorsque ces chiffres sont connus de ceux qui ont été informés, c’est d’abord l’incrédulité, la stupeur. Renseignements pris, les mauvaises nouvelles confirmées, les premières réactions apparaissent. Des assemblées du personnel sont convoquées et suivant les établissements la lutte démarre - grève immédiate pour les plus touchés et les plus décidés, délégations au Rectorat ou à l’Académie pour les autres. Ces réactions spontanées sont isolées mais des tentatives de coordination sont mises sur pied et parfois réussies. L’atmosphère sociale en ce début de mars est d’ailleurs favorable, de nombreuses grèves sont en cours (grève des banques, des Houillères de Lorraine, Rateau, etc. [2]) et presque chaque jour de nouveaux conflits éclatent un peu partout. Les lycéens, de leur côté, commencent à manifester contre le projet Fontanet [3].

Ce climat propice favorise la combativité des enseignants qui veulent lutter. Déjà, les syndicats, alertés, conseillent de s’en tenir aux sempiternelles pétitions et délégations. Malgré ces prudentes et habituelles recommandations, le mouvement s’étend. Si des établissements cessent de lutter, d’autres les remplacent. Des syndicats - minoritaire comme le SGEN - ou même le Syndicat du Technique se sentent même obligés de lancer des mots d’ordre de grève, de 24 h bien entendu, et même 18 h, couvrant les initiatives locales. La section académique du SNES, pressée par ses militants, lance elle aussi un préavis de grève.

Tout ceci traduit l’effervescence qui bouillonne à la base.

Le 14 mars, 40 CES, CET et lycées sont en grève, ce qui montre à la fois l’importance et les limites du mouvement. Malgré une sympathie évidente pour les revendications avancées (pas de classe de plus de 25 élèves - garantie de l’emploi et titularisation des auxiliaires) l’ensemble des enseignants ne suit pas. Pourtant les tentatives d’élargir la lutte continuent. Deux tendances syndicales, Rénovation Syndicale et l’École Emancipée [4] diffusent un tract appelant à une coordination centrale à la Faculté de Sciences de Jussieu le mardi 19 mars. À cette réunion, plus de 100 établissements en grève totale ou partiellement en grève, sont représentés. Certains délégués sont même mandatés par des coordinations locales. Mais on est à la veille des vacances de fin de trimestre et ce sera le sommet du mouvement. Chacun espère reprendre la lutte dès là rentrée et un appel est lancé dans ce sens, proposant une nouvelle réunion pour le mercredi 10 avril (voir texte II en annexe).

Mais début avril Pompidou disparaît et les élections deviennent la préoccupation dominante. Cela est sensible dès le jour de la rentrée et apparaît clairement à la coordination prévue à Jussieu. Une poignée de militants est au rendez-vous et chacun exprime la même constatation. Exception faite pour quelques établissements isolés, réagissant à contre temps, la combativité a disparu. Des camarades (dont on parlera plus loin), activistes du Comité de Lutte des maîtres-auxiliaires, veulent en dépit de l’évidence, relancer la lutte à tout prix et la réunion s’achève dans la confusion la plus grande sans avoir pu prendre aucune décision pour l’avenir. Quelques tentatives localisées pour relancer l’action sont encore effectuées par quelques établissements où une certaine combativité subsiste, mais sans résultat. Chacun espère que des élections va sortir la solution à ses problèmes. Aujourd’hui, les élections passées, les problèmes demeurent, mais à l’approche des vacances d’été la lutte est remise à plus tard.

CARACTÈRES DU MOUVEMENT

Deux caractéristiques importantes se dégagent de cette lutte : sa spontanéité et les tentatives de coordination directe.

Le mouvement est lancé à l’initiative complète de la base. Des assemblées, qui regroupent unanimement tous les enseignants indépendamment de toute étiquette syndicale, vont elles-mêmes, démocratiquement, décider de ce qu’elles veulent faire. La grève rituelle de 24 h est unanimement rejetée, une lutte dure semble nécessaire à une fraction plus ou moins importante, selon les établissements, des enseignants. Parfois c’est une majorité du personnel, le plus souvent une importante minorité.

Ces enseignants les plus combatifs engagent immédiatement l’action, ou s’y préparent, grève reconductible en général. Ces arrêts de travail sont mis à profit pour essayer d’élargir le mouvement en prenant des contacts directs avec les établissements voisins qui, parfois, ignorent les mesures qui les menacent, pour informer les parents et les élèves. Ces contacts directs permettent de se mieux connaître, de faire passer l’information et d’envisager ensemble les actions à mener. Ce début de coordination à la base est un fait nouveau et encourageant pour les luttes à venir. Des enseignants se rendent compte que c’est à eux-mêmes d’assurer ces tâches et que l’efficacité de la lutte passe nécessairement par une coordination de plus en plus étendue du mouvement.

Ainsi l’isolement des établissements disparaît, il est possible de lutter ensemble sur des revendications communes, balayant les rivalités syndicales habituelles. Certaines coordinations locales ont regroupé tous les établissements combatifs de leur secteur. À La Courneuve par exemple, le lycée qui avait fait grève seul, se remet en grève deux jours plus tard après une assemblée commune avec les autres CES qui avaient déjà prévus leur action ensemble. Ces coordinations ont publié des textes en commun (voir les deux textes en annexe), se sont réparties les tâches pour élargir le mouvement aux localités voisines et ont pu ainsi envoyer des délégués mandatés sur des propositions de plate-forme commune à la coordination régionale de Jussieu. Les contacts pris à cette occasion ne seront pas oubliés, les camarades à joindre dans chaque établissement se connaissent et savent comment se contacter. À la coordination régionale du 19 mars, cette nécessité vitale - des contacts directs d’établissement à établissement, des délégués mandatés par ces établissements ou par des coordinations locales (et non par de militants ne représentant qu’eux-mêmes) - est apparue la préoccupation dominante des grévistes. C’est dans cette capacité de mener et de diriger eux-mêmes leur lutte, d’assurer les liaisons, que les enseignants les plus combatifs pourront entraîner la masse de leurs collègues et ainsi agir efficacement. C’est dans ces tentatives de nouveaux rapports sociaux, brisant les rapports habituels de soumission et de passivité que réside l’aspect le plus positif du mouvement.

LIMITES DU MOUVEMENT

Or force est de constater que cette nécessité d’assurer eux-mêmes la direction de leur lutte est encore le fait d’une minorité d’enseignants. L’Assemblée du personnel est loin d’être un organe reconnu comme essentiel. Les réunions par syndicat sont souvent préférées, on s’y retrouve en petit comité, entre habitués, c’est là que se prennent les décisions dont on informe, ou dont on n’informe même pas, le reste du personnel qui a pris l’habitude de cette soumission et de cette obéissance. La reconnaissance du fait que chacun peut convoquer par voie d’affiche une AG du personnel, que celle-ci peut décider de tout ce qui la concerne, objectifs et moyens de lutte, que toutes ces tâches doivent être accomplies par la base elle-même, tout cela n’est pas, et il s’en faut de beaucoup, admis par tous les enseignants. Ces derniers font preuve d’une indifférence extrême pour tout ce qui concerne leurs propres problèmes et la discipline syndicale reste forte, de même que les illusions sur le rôle de la gauche et des élections. Tout cela s’explique par la situation de l’enseignement, qui l’apparente plus à un petit bourgeois dont il a les réactions, qu’à un prolétaire. Coupé du monde de la production, enfermé dans un milieu d’où la réalité la plus quotidienne est exclue, conservant malgré tout un statut de privilégié, l’enseignant a un comportement individualiste qui se traduit par une impuissance à lutter collectivement, par une dépossession permanente de ses pouvoirs de décision au profit des syndicats dont l’emprise est très forte dans l’enseignement (80 % de syndiqués environ au lieu de 15 % en moyenne nationale pour l’ensemble des travailleurs).

Ce n’est pas un hasard si les plus dynamiques dans les luttes sont souvent des éléments jeunes, habitués aux luttes étudiantes et n’ayant pas une foi aveugle dans les organisations syndicales. N’ayant pas grand chose à perdre, en général auxiliaires, ils sont plus aptes à se battre hors des sentiers traditionnels. Mais l’influence des organisations qui sévissent dans le milieu étudiant, dont ils sont parfois encore partie prenante, joue aussi en sens contraire. Nous ne parlerons que pour mémoire des inénarrables trotskystes de l’AJS ou de la Ligue qui, imperturbablement, viennent débiter leurs boniments. La dynamique de la lutte les balaie plus sûrement que de longs discours et leurs interventions n’attirent plus que des sourires blasés. Par contre, le rôle du Comité de Lutte des maîtres-auxiliaires est révélateur à cet égard. Conçu à l’origine comme un organisme regroupant sur le problème spécifique des auxiliaires tous ceux qui voulaient lutter, alors même que les syndicats ignoraient le problème, il est devenu un mini-syndicat corporatiste, avec une revendication unique, la titularisation des auxiliaires. Tout naturellement, il adopte les mêmes méthodes qu’une organisation bureaucratique. Alors qu’il regroupe essentiellement des auxiliaires, il décide de la lutte à mener, se substituant ainsi à l’ensemble des enseignants auxquels il lance des mots d’ordre volontaristes, complètement coupés de la réalité. L’impuissance à laquelle le voue cette attitude dirigiste, le pousse à des actions de plus en plus exemplaires, inefficaces et incomprises. Il stérilise ainsi un bon nombre de jeunes enseignants, souvent parmi les plus décidés.

CONCLUSIONS

Aujourd’hui, à la veille des grandes vacances, il serait illusoire d’espérer une reprise de la lutte. Beaucoup pensent maintenant à septembre, à la possibilité pendant les deux jours de la pré-rentrée, d’organiser des Assemblées Générales du personnel pour envisager faction à mener. Mais même si aucune lutte ne démarre, l’aggravation des conditions de travail, l’impossibilité de tous rapports avec les élèves autres qu’autoritaires, la casse transformée en garderie, avec pour résultat une détérioration encore plus grande de la santé de chacun, élèves et enseignants, tout ceci amènera, à plus ou moins brève échéance, les enseignants à réagir. C’est à ce moment que les leçons de la lutte du printemps seront utiles.


ANNEXE 1

À L’ÉDUCATION NATIONALE, AUSSI, ON LICENCIE

1973 : Babcock, 300 licenciements.

1974 : Rateau, 400 licenciements.

Les patrons des industries démantèlent et restructurent pour rentabiliser. Fontanet, patron de l’Éducation Nationale, licencie aussi pour faire des économies :

-  À La Courneuve, 24 postes supprimés pour trois CES ;
-  Dans l’Académie de Créteil, 200 postes supprimés dans le secondaire ;
-  Dans l’Académie de Versailles, 400 postes supprimés dans le secondaire.

Fontanet avait préparé le terrain pour pouvoir licencier sans trop de problèmes. Il avait embauché des milliers de maîtres-auxiliaires sans statut et donc surexploités : ils font le même travail que les titulaires mais sont payés moins et peuvent être mis à la porte du jour au lendemain et sans indemnités.

FONTANET AGGRAVE LES CONDITIONS DE TRAVAIL

Les mouvements lycéens montrent que l’école ne répond pas actuellement aux aspirations des jeunes. Avec des effectifs plus importants ce sera pire : plus d’expression individuelle, plus d’initiatives, apprentissage par la passivité et la répétition. Tous les élèves seront les victimes de ces mesures particulièrement ceux qui sont défavorisés au départ par leurs conditions de vie ou leur personnalité (timides, instables...). Finalement pour Fontanet ce n’est pas l’école qui doit s’adapter aux enfants, mais les enfants qui doivent se plier aux « normes scolaires ». Passivité, obéissance à l’école sont l’apprentissage de la docilité dans la vie. Docilité face au patron, face au pouvoir, attitude non-critique face à la publicité, à la télévision.

Le cynisme du Gouvernement est total : il aggrave la ségrégation à l’école, alors qu’il prône sa démocratisation.

QUE FAIRE FACE A UN POUVOIR CYNIQUE ?

Affecter de croire qu’il est sincère, et protester mollement la main sur le cœur dans un unanime mouvement pétitionnaire ? Nous le ferions sourire.

Organiser le grand baroud d’honneur, la grève prévue de longue main, la sempiternelle grève d’une journée, la grève alibi, la grève bonne conscience et puis rentrer sagement au bercail ?

Et puis nous savons qu’en prenant ces mesures, le ministère a probablement prévu qu’il y aurait dans les Académies de Créteil et de Versailles d’immenses pétitions et journées de grèves. Et cela n’a rien empêché, car les rites n’ont jamais fait peur à personne.

TOUT CELA EST TERMINÉ

Nous ne protestons plus. Nous allons essayer de lutter. DANS TOUTE LA MESURE DE NOS FORCES, AVANT COMME APRÈS LES VACANCES DE PÂQUES. NOUS COMMENCONS AUJOURD’HUI ET DEMAIN (18 et 19 mars). C’est pourquoi les CES Jean Vilar et Politzer sont en grève.

CE QUE NOUS VOULONS POUR LA RENTREE 1974

-  Pas plus de 25 élèves par classe ;
-  Pas de licenciements :

  • renomination à temps complet de tous les auxiliaires en poste ;
  • titularisation des auxiliaires ;
  • pas d’heures supplémentaires ;

Les enseignants en lutte


ANNEXE II

POUR CONTINUER LA LUTTE À LA RENTREE

À l’annonce des mesures concernant des suppressions de postes et l’aggravation de nos conditions de travail, mesures qui s’inscrivent dans le contexte de la loi Royer et du plan Fontanet, de nombreux enseignants de toutes tendances, syndiqués ou non, ont réagi immédiatement.

Des mouvements de grève , spontanés ou à l’appel de certains syndicats, ont surgi un peu partout depuis une quinzaine de jours. De très nombreux établissements (Lycées, CES, CET) dans la région parisienne se sont mis en grève, parfois pour plusieurs jours, prenant des contacts directs, souvent en créant des coordinations locales et même régionales.

C’est à une coordination centrale réunie à Jussieu le mardi 19 mars, qu’une centaine de délégués d’établissements de la région parisienne ont discuté ensemble la plate-forme ci-dessous qui peut servir de base pour notre lutte à la rentrée d’avril :

-  Abrogation de la loi Royer - Pas d’usine à 14 ans - Non au projet Fontanet qui intensifie la rentabilité dans l’Éducation Nationale et aggrave la sélection sociale.

Imposons dès maintenant :

-  La non suppression des postes ;

-  La reconduction nominale des Auxiliaires avant le 1er mai 1974, première mesure pour la titularisation immédiate de tous les Auxiliaires ;

-  Le refus des mutations d’office ;

-  25 élèves par classe, de la Maternelle à la Terminale, avec dédoublement.

Organisons dès aujourd’hui la lutte par des coordinations locales, départementales et régionales ; qui doivent populariser la plate-forme et déterminer les moyens d’action en liaison avec les lycéens, les collégiens, les travailleurs.

Préparons dès la rentrée une coordination régionale de délégués d’établissements ou de coordinations mandatés, Mercredi 10 Avril 1974 à 15 heures à Jussieu .

Dans cette perspective, nous proposons une réunion préalable de coordination locale le LUNDI 8 AVRIL.

DES ENSEIGNANTS EN LUTTE

[1] Voir Lutte de Classe, mars 1972, « L’enseignement en crise ».

[2] Cf. Lutte de Classe, mai 1974, « Combativité ouvrière et tactique syndicale ».

[3] C’est le cheval de bataille des organisations politiques et syndicales. Ces dernières ont choisi le terrain parlementaire pour réagir et leur « action » vise à influencer les députés. Une grève de 24 h est même envisagée fin avril au moment de la discussion du projet.

[4] Rénovation Syndicale regroupe depuis mai 1968 des militants qui soutiennent une pratique de lutte directe par la base, mais continuent à espérer un redressement de l’organisation syndicale. L’École Émancipée, depuis le départ des trotskystes du Front Unique Ouvrier, regroupe sur une plateforme de lutte de classe, type anarcho-syndicaliste, tous les gauchistes existants. Ces deux tendances obtiennent ensemble moins de 20 % des mandats lors des congrès syndicaux.

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