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« Lutte de Classe » (GLAT) - Série complète !
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La couverture chronologique de la revue du GLAT, Lutte de Classe, a été considérablement étendue (premier numéro de mars 1964) et comprend maintenant un renvoi sur une version numérisée des 128 numéros !
Cahiers du Communisme de Conseils - Série complète !
vendredi 26 octobre
Les trois numéros manquant (1, 2 & 5) sont maintenant disponibles dans les sommaires de la revue des Cahiers du Communisme de Conseils. Que les volontaires pour les transcriptions n’hésitent pas à se signaler... En attendant, bonne lecture !
Premiers scans des Cahiers du Communisme de Conseil
dimanche 5 août
Neuf des douze numéros de la revue des Cahiers du Communisme de Conseil (1968-1972) sont maintenant accessible en version numérique au travers du sommaire général.
Derniers numéros de la revue Communisme
dimanche 5 août
Les numéros 6, 8, 9 et 15 qui manquaient jusque là ont été ajoutés au sommaire général de la revue « Communisme » (1937-1939). Bonnes lectures !
Mise à jour sommaires GLAT
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Le sommaire général de la revue du GLAT, Lutte de Classe vient d’être encore étendu. Merci de signaler manques ou corrections.
Sur le Web
Controverses
Revue publiée par le Forum de la Gauche Communiste Internationaliste : C’est pour contribuer à déblayer la voie vers la clarification et le regroupement sur des bases théoriques, politiques et organisationnelles saines que Controverses a vu le jour. En d’autres termes, tout en tenant compte du changement de période qui n’est plus au reflux mais à la reprise historique des combats de classes, notre objectif essentiel est de reprendre ce qui était le souci de Bilan mais qu’il n’a pu mener complètement à bien compte-tenu des conditions d’alors : « ...une critique intense qui visait à rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance, de l’économie, de la tactique, de l’organisation », et ce sans « aucun dogme », sans « aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme », et « par le souci de déterminer une saine polémique politique ». Ceci est plus que jamais indispensable afin de réussir un nouvel « Octobre 17 » sous peine de se retrouver comme ces « vieux bolcheviks ... qui répètent stupidement une formule apprise par cœur, au lieu d’étudier ce qu’il y avait d’original dans la réalité nouvelle. (extrait de l’éditorial du n°1)
Gavroche - La revue
Le premier numéro de la revue trimestrielle Gavroche est sorti en décembre 1981. Il prenait la suite du Peuple français, belle aventure éditoriale des années soixante-dix. Depuis plus de 20 ans, la revue s’attache à la retranscription des fêtes, des travaux, des luttes et des joies du principal acteur de l’histoire : le peuple. Gavroche fait aussi resurgir des événements jusque-là ignorés ou passés volontairement sous silence.
L’Echo de la Fabrique
Le journal des chefs d’ateliers et ouvriers de la soie à Lyon, hebdomadaire phare de la presse ouvrière, paraît d’octobre 1831 à mai 1834. Ce site en donne à lire l’intégrale des articles, suite à un remarquable travail empreint d’une grande rigueur scientifique. Indispensable pour l’étude des insurrections des canuts de 1831 et 1834.
La Révolution prolétarienne
Revue fondée par Pierre Monatte en 1925. Le site publie un grand nombre d’articles de la période "historique". La publication se poursuit...
La Bataille socialiste
Site de ressources documentaires sur le patrimoine socialiste. Suit l’actualité des parutions, publie certains articles en ligne et propose des documents concernant le mouvement ouvrier de la première moitié du XXe siècle principalement.
LCS 03g : Biographie de Lénine
Léon TROTSKI - N° 3 - Octobre 1931 / pp. 140 - 144
17 mai 2013 par eric

Note de la rédaction :

L’Encyclopaedia Britannica vient de publier (1930) sa quatorzième édition, mise à jour dans l’esprit qui a assuré sa réputation au cours de plus d’un-siècle et demi, avec la collaboration des personnalités les plus qualifiées pour traiter des matières de leur spécialité. La largeur d’esprit de la rédaction est assez caractérisée par le fait que l’article sur Lénine est dû a la plumé de Trotsky, Nous avons jugé bon de donner ici une traduction, pour les lecteurs de langue française, de cette biographie considérée en Russie dite « soviétique » comme hétérodoxe et subversive. Dans sa sobriété de notice de dictionnaire, elle dégage bien les grandes lignes de la vie du personnage et les jalons de son œuvre. Malheureusement, il a fallu traduire sur le texte anglais déjà traduit du russe, et la forme s’en ressent.

* * *

LÉNINE, Vladimir Iliitch Oulianov (1870-1924), — fondateur et guide spirituel des Républiques Soviétiques et de l’Internationale Communiste, disciple de Marx, chef du parti bolchevik et organisateur de la Révolution d’Octobre en Russie, naquit le 9/21 avril 1870 à Simbirsk, maintenant Oulianovsk. Son père, Ilia Nicolaevitch, était maître d’école. Sa mère Maria Alexandrovna, était la fille d’un médecin nommé Berg. Son frère aîné (né en 1866) faisait partie du groupe des Narodovollzy (société révolutionnaire terroriste) et prit part à l’attentat manqué contre Alexandre III. Il fut. exécuté. Cet événement fut décisif dans la vie de Lénine.

Jeunesse. — Troisième d’une famille de six enfants, Lénine termina ses études au lycée de Simbirsk en 1887, obtenant la médaille d’or ; il entra à l’Université de Kazan pour faire ses études de droit, mais fut renvoyé en décembre de la même année et banni du pays pour avoir pris part à une réunion d’étudiants. Il n’eut la permission de rentrer à Kazan, qu’en automne 1889. Il commença alors l’étude méthodique de Marx et se lia avec les membres du cercle marxiste local. En 1891, il passa ses examens de droit à l’Université de Saint-Pétersbourg, et débuta en 1892 comme avocat stagiaire au barreau de Samara, plaidant même dans plusieurs procès. Mais sa vie était surtout consacrée à l’étude du marxisme et à son application au développement économique et politique de la Russie et du monde entier.

En 1894, il se rendit à Saint-Pétersbourg et s’adonna à la propagande. De cette période datent ses premières polémiques contre le parti populiste, qui circulaient en manuscrits de main en main. Peu après, Lénine commença dans la presse une lutte théorique Contre les falsificateurs de Marx. En avril 1895 il fit son premier voyage à l’étranger pour rencontrer Plekhanov, Zassoulitch, Axelrod et le groupe marxiste « Osvobojdénié Trouda » (Libération du Travail). À son retour à Saint-Pétersbourg, il organisa le groupe illégal de l’« Union pour la libération de la Classe Ouvrière » qui devint rapidement une organisation importante, menant une active propagande parmi les ouvriers. En décembre 1895, Lénine fut arrêté ainsi que ses plus proches collaborateurs. Il passa l’année 1896 en prison, fut exilé en février 1897 pour trois ans dans la province de l’Iénisséi, en Sibérie Orientale. En 1898, il épousa N. K. Kroupskaïa, une camarade de l’« Union » de Saint-Pétersbourg et sa fidèle compagne pendant les vingt-six dernières années de sa vie. Durant son exil, il termina son ouvrage économique le plus important : Le développement du capitalisme en Russie, basé sur une documentation statistique considérable (1899).

En 1900, Lénine se rendit en Suisse pour organiser avec le groupe Libération du Travail, la publication d’un journal révolutionnaire destiné à la Russie. À la fin de l’année, le premier numéro de l’Iskra (l’Étincelle) parut à Munich, portant la devise : « De l’étincelle jaillira la flamme ». Le but en était de donner, avec une interprétation marxiste des problèmes de la révolution, des mots d’ordre de lutte, et de former un parti révolutionnaire « souterrain » de social-démocrates qui, à la tête du prolétariat, mènerait la lutte contre le tsarisme. L’idée d’un parti organisé, avant-garde dans la lutte du prolétariat sous toutes les formes et manifestations, est une des idées centrales du léninisme, intimement liée à la notion d’hégémonie de la classe ouvrière dans le mouvement démocratique du pays. Cette idée trouvera son expression achevée dans le programme de la dictature du prolétariat quand le développement du mouvement révolutionnaire aura préparé les conditions de la révolution d’Octobre.

Bolcheviks et Mencheviks. — Le second Congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (Bruxelles, Londres) en juillet et août 1903, accepta le programmé élaboré par Plekhanov et Lénine mais se termina par la scission historique du Parti entre bolcheviks et mencheviks. À partir de ce moment, Lénine commença à appliquer ses propres conceptions comme chef du groupe bolchevik qui devint plus tard le Parti bolchevik.

La scission entre les deux fractions se produisit sur la question de la tactique et, finalement, sur le programme du Parti. Les mencheviks tendaient à concilier la politique du prolétariat russe avec celle de la bourgeoisie libérale. Lénine voyait dans la paysannerie la plus sûre alliée du prolétariat. Des accords occasionnels et des relations très proches avec les mencheviks ne purent enrayer la divergence constante des deux lignes : révolutionnaire et opportuniste, prolétarienne et bourgeoise. La lutte contre les mencheviks fut le point de départ de la politique qui conduisit à la rupture avec la deuxième Internationale (1914), à la révolution d’Octobre (1917) et au changement de nom du Parti social-démocrate en celui de Parti communiste (1918).

Les défaites sur terre et sur mer, pendant la guerre russo-japonaise, la fusillade des ouvriers le 9/22 janvier 1905, les émeutes paysannes et les grèves politiques créèrent une situation révolutionnaire. Le programme de Lénine était : préparation d’une insurrection armée des masses et création d’un gouvernement provisoire organisant la dictature démocratique révolutionnaire des ouvriers et des paysans pour délivrer le pays du tsarisme et de la servitude ; le IIIe Congrès du Parti, comprenant seulement les bolcheviks, le compléta par un nouveau programme agraire prescrivant la confiscation de la grande propriété foncière. En octobre 1905 eut lieu une grève générale dans toute la Russie. Le 17 du même mois, le Tsar lança son manifeste « constitutionnel ». Au début de novembre, Lénine arriva de Genève et appela les bolcheviks à faire dans le Parti une large place aux ouvriers, tout en conservant leur organisation illégale en prévision de coups de force contre-révolutionnaires.

Dans les événements de 1905, Lénine distingua trois traits principaux : 1° La conquête temporaire par le peuple d’une certaine liberté politique ; 2° La création virtuelle d’un nouveau pouvoir révolutionnaire sous la forme des Soviets de députés ouvriers, soldats et paysans ; 3° L’emploi par le peuple de la force envers ceux qui l’avaient employée contre lui. Ces conclusions tirées des événements de 1905 devinrent les principes directeurs de la politique de Lénine en 1917 et conduisirent à la dictature du prolétariat personnifiée par l’État soviétique.

La révolte de fin décembre à Moscou, fut vite écrasée, faute d’être soutenue par l’armée et les autres villes. La bourgeoisie libérale se trouva portée au premier plan. L’époque de la première Douma commençait. C’est alors que Lénine formula les principes de l’utilisation des méthodes parlementaires comme nouveau moyen de combat.

En décembre 1907, Lénine quitta la Russie, il ne devait y rentrer qu’en 1917. En 1907 s’ouvrit une période de contre-révolution victorieuse, de persécutions, de déportation, d’exécutions et d’émigration. Lénine combattit les mencheviks qui se faisaient les avocats de la liquidation du parti illégal — de là leur surnom de « liquidateurs » — et demandaient de substituer aux méthodes de combat une action légale dans le cadre du régime existant. De nouveau apparurent les « conciliateurs » qui essayaient de prendre une position intermédiaire entre bolcheviks et mencheviks ; les socialistes-révolutionnaires qui voulaient suppléer à l’inertie des masses par le terrorisme individuel ; enfin ceux qu’on a appelé les « otzovistes » qui réclamaient le rappel immédiat des députés social-démocrates à la Douma, au nom de l’activité révolutionnaire. Tous se dressaient contre les bolcheviks.

À la même époque, Lénine poursuivait une campagne intense contre la tentative de réviser la base théorique du marxisme sur laquelle sa politique était établie. En 1908, il écrivit un important traité dirigé contre la philosophie essentiellement idéaliste de Mach, d’Avenarius et de leurs suiveurs russes qui tentaient de concilier « l’empiriocriticisme » et le marxisme. Lénine prouva que la méthode du matérialisme dialectique formulée par Marx et Engels se trouvait confirmée par le développement de la pensée scientifique en général et de l’histoire naturelle en particulier. Ainsi la lutte révolutionnaire constante que menait Lénine allait de pair avec ses controverses théoriques.

Les années 1912-1914 furent marquées par un regain d’activité dans le mouvement ouvrier russe. Des fissures apparurent dans le régime contre-révolutionnaire. Au début de 1912, Lénine convoqua à Prague une conférence secrète des organisations bolchévistes. Les « liquidateurs » furent exclus du Parti. La rupture avec les mencheviks était complète. Un nouveau comité central fut élu. De l’étranger, Lénine faisait paraître à Saint-Pétersbourg le journal légal Pravda, qui, constamment en conflit avec la censure, exerça une influence prépondérante sur l’avant-garde de la classe, ouvrière. En juillet 1912, il se transporta avec ses plus proches collaborateurs, de Paris à Cracovie pour se rapprocher de la Russie. Le mouvement révolutionnaire grandissait et, par cela même les bolcheviks prenaient de l’ascendant. Sous différents pseudonymes, Lénine collaborait journellement à la presse légale et illégale des bolcheviks. Alors, comme avant et après, N. K. Kroupskaïa était au centre du travail d’organisation. Elle recevait les camarades venant de Russie, donnait des instructions à ceux qui s’y rendaient, établissait des liaisons « souterraines », écrivait, chiffrait et déchiffrait la correspondance.. La déclaration de guerre trouva Lénine au village de Poronine, en Galicie. La police autrichienne le soupçonnant d’être un espion russe, l’arrêta : une quinzaine de jours après, il fut expulsé en Suisse.

L’Internationalisme. — Une nouvelle phase de travail, d’ordre international, s’ouvrait maintenant pour Lénine. Son manifeste, publié au nom du Parti, le 1er novembre 1914, dénonçait le caractère impérialiste de la guerre et le forfait de toutes les grandes puissances qui préparaient depuis longtemps cette lutte sanglante dans le but d’élargir leurs marchés et d’abattre leurs rivaux. Il montra que l’agitation patriotique de la bourgeoisie dans les deux camps, chacun rejetant le blâme sur l’adversaire, n’était qu’une manœuvre destinée à tromper les ouvriers. Le manifeste démontrait que presque tous les chefs social-démocrates étaient du côté de la bourgeoisie de leur propre pays, violant ainsi les résolutions des congrès de l’Internationale socialiste, et que cela devait entraîner la déchéance de la IIe Internationale. La défaite de leur propre gouvernement devait être le mot d’ordre des social-démocrates de tous les pays. Lénine soumit à une critique impitoyable, non seulement le patriotisme socialiste, mais le pacifisme platonique détaché de la lutte révolutionnaire contre l’impérialisme. La lutte contre le pacifisme était une lutte de grande envergure contre les éléments de la classe ouvrière restés à mi-chemin entre les social-démocrates et les communistes et qui soutiennent pratiquement les premiers.

Les politiciens et les théoriciens de la IIe Internationale redoublèrent les accusations d’anarchisme qu’ils avaient déjà portées contre Lénine. En fait, Lénine menait une lutte sur deux fronts : d’une part, contre les réformistes, qui depuis le début de la guerre soutenaient la politique impérialiste des classes possédantes et, d’autre part, contre les anarchistes et toutes les différentes variétés d’aventuriers révolutionnaires.

Le 1er novembre 1914, Lénine fit paraître le projet de création d’une nouvelle Internationale, dont le but était l’organisation du prolétariat pour le combat révolutionnaire contre les gouvernements capitalistes, pour la guerre civile contre la bourgeoisie de tous les pays, pour la conquête du pouvoir politique et la victoire du socialisme.

Du 5 au 8 septembre 1915 se tint la première conférence de Zimmerwald, réunissant les socialistes européens opposés à la guerre. 31 délégués étaient présents. L’aile gauche de Zimmerwald et, plus tard, de Kienthal, adoptèrent la motion de Lénine pour la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile. Cette gauche devint le noyau de la future Internationale Communiste. La seconde conférence établit son programme de tactique et d’organisation sous la direction de Lénine. C’est lui encore qui inspira directement les quatre premiers congrès de l’Internationale Communiste.

Lénine était préparé à la lutte sur une échelle internationale, non seulement par sa profonde connaissance du marxisme et son expérience de l’organisation révolutionnaire du parti russe, mais aussi par sa remarquable connaissance du mouvement ouvrier du monde entier. Il parlait couramment l’anglais, l’allemand et le français et pouvait lire l’italien, le suédois et le polonais. Il était fermement opposé à l’application mécanique des méthodes d’un pays dans un autre. Il étudiait et résolvait les questions du mouvement révolutionnaire, non seulement dans leurs réactions internationales, mais aussi dans leur forme nationale et concrète.

La Révolution de 1917. — La révolution de février 1917 trouva Lénine en Suisse. Ses tentatives pour rentrer en Russie rencontrèrent l’opposition du gouvernement anglais et il décida de passer par l’Allemagne. La réussite de son plan déchaîna parmi ses ennemis une tempête de calomnies, d’ailleurs impuissante à l’empêcher d’assumer la direction de son parti et, peu après, de la révolution.

Dans la nuit du 4 avril, au sortir du train, Lénine prononça à la gare de Finlande, à Petrograd, un grand discours dont les idées directrices furent le thème de sa politique des jours suivants. La chute du tsarisme, disait-il, était seulement le premier stade de la révolution. La révolution bourgeoise ne pouvait pas longtemps satisfaire les masses. Le devoir du prolétariat était de s’armer, de fortifier le pouvoir des Soviets, de réveiller la campagne et de se préparer à la conquête du pouvoir suprême, au nom de la reconstruction de la société sur une base socialiste.

Ce programme à longue portée, fut non seulement très mal accueilli par les socialistes patriotes, mais créa des dissentiments chez les bolcheviks eux-mêmes. Plékhanov trouvait ce programme délirant. Mais Lénine prévoyait que la méfiance envers la bourgeoisie grandirait de jour en jour, que le parti bolchevik obtiendrait la majorité aux « Soviets » et que le pouvoir suprême passerait dans ses mains. Le petit quotidien Pravda devint sous sa direction immédiate une arme puissante pour le renversement de la bourgeoisie.

La politique de coalition avec la bourgeoisie, poursuivie par les socialistes patriotes ainsi que les attaques désespérées que les Alliés exigèrent de l’armée russe, éveillèrent les masses et conduisirent, dans les premiers jours de juillet, à des démonstrations armées à Petrograd. La lutte contre les bolcheviks s’intensifia. Le 5 juillet, le service secret contre-révolutionnaire publia de faux documents soi-disant pour prouver que Lénine agissait sous les ordres de l’état-major allemand. Dans la soirée, des détachements « sûrs » ramenés du front par Kerensky et des junkers des districts environnant Petrograd, occupèrent la ville. Le mouvement populaire fut écrasé. La « chasse » aux bolcheviks atteignit son paroxysme. De nouveau, Lénine dut reprendre sa vie souterraine, se cachant d’abord chez une famille d’ouvriers à Petrograd, puis en Finlande.

Après les journées de juillet et la tentative contre-révolutionnaire du général Kornilov, les distributions d’armes qui suivirent suscitèrent une explosion d’énergie dans les masses. Les bolcheviks obtinrent la majorité dans les soviets de Pétrograd et de Moscou. Lénine préconisait une action décisive pour prendre le pouvoir. « Maintenant ou jamais » répétait-il passionnément, dans ses articles, ses lettres et ses entrevues avec des camarades.

Le Conseil des Commissaires du Peuple. — La révolte contre le gouvernement provisoire coïncida avec l’ouverture du deuxième congrès des Soviets, le 23 octobre. Lénine, après avoir vécu caché pendant trois mois et demi, apparut à l’Institut Smolny et dirigea la lutte. Dans la séance de nuit du 27 octobre, il proposa un décret sur la paix, voté à l’unanimité et un autre sur la terre, voté à l’unanimité, moins une voix et huit abstention... La majorité bolcheviste, soutenue par l’aile gauche des socialistes-révolutionnaires, décida la transmission du pouvoir aux Soviets. Le Conseil des Commissaires du Peuple fut élu, avec à sa tête Lénine.

Ayant obtenu la terre, les paysans soutinrent les bolcheviks. Les Soviets étaient maîtres de la situation. L’Assemblée constituante, élue en novembre et qui se réunit le 5 janvier n’était plus qu’un anachronisme. Le conflit entre les deux stades de la révolution était à terme. Lénine n’hésita pas un instant : sur sa proposition, le Comité exécutif central panrusse décréta la dissolution de l’Assemblée Constituante. La dictature du prolétariat, disait Lénine, signifiait le plus haut degré possible de démocratie pour les majorités travailleuses du peuple, donnant aux travailleurs tous lès biens matériels (salles de réunions, imprimeries, etc.) sans lesquels la liberté n’est qu’une illusion. La dictature du prolétariat est une étape nécessaire conduisant à l’abolition des classes dans la société.

La question de la guerre et de la paix provoqua une nouvelle crise. Une fraction considérable du Parti demandait une guerre « révolutionnaire », contre les Hohenzollern, oubliant et la situation économique de la Russie et la mentalité de la paysannerie. Lénine se rendait compte que, dans un but de propagande, il était nécessaire de faire traîner en longueur les négociations avec les Allemands. Mais il demandait qu’en cas d’ultimatum allemand, la paix soit signée, même au prix de territoires ou d’indemnités. La révolution qui s’éveillait en Occident devait, tôt ou tard, anéantir les dures conditions de la paix. Le réalisme politique de Lénine s’affirma dans toute sa force en cette occasion. La majorité du Comité central, en opposition avec Lénine, tenta une dernière fois d’empêcher la soumission à l’impérialisme, allemand en déclarant la fin de la guerre tout en refusant de signer une paix impérialiste. Il en résulta une nouvelle offensive allemande. Après des débats passionnés au Comité Central le 18 février, Lénine ayant proposé de reprendre immédiatement les négociations et de signer les conditions allemandes, plus défavorables que jamais, rallia la majorité.

Le gouvernement soviétique, sur l’initiative de Lénine se transporta à Moscou. La paix conclue, Lénine posait maintenant, devant le Parti et devant le pays, la question de l’organisation économique et culturelle.

Mais les plus grandes épreuves n’étaient pas encore venues. À la fin de l’été 1918, la Russie centrale se trouva entourée d’un cercle de feu. En accord avec les contre-révolutionnaires russes éclata la révolte des Tchécoslovaques sur la Volga ; au nord et au sud, ce fut l’intervention anglaise (Arkhangel, 2 août, Bakou 14 août). Le ravitaillement n’était plus assuré. Lénine ne cessa pas un instant de diriger son parti et le gouvernement. Il menait de front, la propagande, l’agitation dans les masses, l’organisation des convois de blé, observait les mouvements ennemis, se tenait en communication directe avec l’Armée rouge. Il suivait la situation internationale, les dissensions entre impérialistes lui suggérant la conduite à suivre. Il trouvait le temps d’avoir des entrevues avec les militants étrangers et avec les ingénieurs et économistes soviétiques.

Le 30 août, la socialiste-révolutionnaire Kaplan tira deux coups de revolver sur Lénine, alors qu’il se rendait à un meeting ouvrier. Cet attentat intensifia la guerre civile. La forte constitution de Lénine résista aux blessures. Pendant sa convalescence, il écrivit un pamphlet : La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky, dirigé contre le théoricien le plus éminent de la IIe Internationale. Le 22 octobre il prenait de nouveau la parole en public.

La Nouvelle Politique Économique. — La guerre sur les fronts intérieurs demeurait sa principale préoccupation. Les problèmes économiques et administratifs devaient nécessairement passer au second plan. La guerre civile soutenue par l’étranger était à son apogée. La lutte prit fin au début de 1921 par la défaite complète de la contre-révolution et le gouvernement en fut renforcé. Le fait que la grande guerre n’avait pas amené une révolution prolétarienne en Europe avait considérablement aggravé les difficultés de la construction socialiste, impossible sans un accord entre le prolétariat et la paysannerie. Il fallait remplacer le système des réquisitions chez les paysans par un impôt correctement réparti, rétablir le commerce privé. Ces mesures ouvrirent une nouvelle phase de la révolution d’Octobre. Ce fut la « nouvelle politique économique ».

À l’intérieur de la fédération soviétique, Lénine essayait de toutes les manières de donner aux nationalités opprimées sous le tsarisme les conditions d’un libre développement national. Il fit une guerre implacable à toutes les tendances impérialistes, spécialement à l’intérieur du Parti, dont il défendait très strictement les principes. L’accusation portée contre Lénine et son parti d’opprimer les nationalités, accusation basée sur les événements de Géorgie, etc., était due à l’âpre lutte de classe à l’intérieur du pays.

Lénine insistait pour que le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes fût appliqué dans toute sa rigueur aux peuples coloniaux. Il avait pour doctrine que le prolétariat occidental ne devait pas se contenter de simples déclarations de sympathie vis-à-vis des nationalités opprimées, mais devait lutter avec elles contre l’impérialisme. Au VIIIe Congrès des Soviets (1920), Lénine fit un rapport sur le plan d’électrification du pays dû à son initiative. L’effort progressif vers un haut degré de développement technique indique le succès de la transformation de l’économie paysanne morcelée et peu coordonnée en un large système de production socialiste, basé sur un vaste plan unique. « Le socialisme, c’est le pouvoir des Soviets plus l’électrification ».

Sa mort. — Épuisé par un travail intensif, la santé de Lénine s’altéra en quelques années. La sclérose attaqua ses artères cérébrales. Au début de 1922, les médecins lui défendirent le travail quotidien. De juin à août le mal fit des progrès rapides. Une première fois, Lénine perdit l’usage de la parole, et en décembre, fut paralysé de la jambe et du bras droits. Il mourut le 21 janvier 1921 à 6h30, à Gorky, près de Moscou. Ses funérailles furent l’occasion d’une manifestation sans exemple d’amour et de douleur de la part de millions de personnes.

Dans son apparence extérieure, Lénine se distinguait par la simplicité et la force : taille un peu inférieure à la moyenne, visage aux traits du type populaire slave, éclairé d’yeux perçants, large front et tête puissante lui donnaient une allure remarquable. Infatigable au travail à un degré inconcevable, il mettait la même conscience exemplaire à faire une conférence dans un petit cercle ouvrier de Zurich qu’à organiser le premier État socialiste du monde. Il appréciait et aimait par dessus tout la science, l’art et la culture, sans jamais oublier que ces biens ne sont encore que la propriété d’une infime minorité. Sa façon de vivre au Kremlin différait peu de celle de proscrit. La simplicité de ses habitudes provenait de ce que le travail intellectuel et la lutte, non seulement absorbaient tout son intérêt et ses passions, niais lui procuraient les joies les plus intenses. Toutes ses pensées étaient tendues vers l’œuvre de l’émancipation des travailleurs.

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