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jeudi 12 octobre 2017
   
Brèves
« Lutte de Classe » (GLAT) - Série complète !
samedi 27 octobre
La couverture chronologique de la revue du GLAT, Lutte de Classe, a été considérablement étendue (premier numéro de mars 1964) et comprend maintenant un renvoi sur une version numérisée des 128 numéros !
Cahiers du Communisme de Conseils - Série complète !
vendredi 26 octobre
Les trois numéros manquant (1, 2 & 5) sont maintenant disponibles dans les sommaires de la revue des Cahiers du Communisme de Conseils. Que les volontaires pour les transcriptions n’hésitent pas à se signaler... En attendant, bonne lecture !
Premiers scans des Cahiers du Communisme de Conseil
dimanche 5 août
Neuf des douze numéros de la revue des Cahiers du Communisme de Conseil (1968-1972) sont maintenant accessible en version numérique au travers du sommaire général.
Derniers numéros de la revue Communisme
dimanche 5 août
Les numéros 6, 8, 9 et 15 qui manquaient jusque là ont été ajoutés au sommaire général de la revue « Communisme » (1937-1939). Bonnes lectures !
Mise à jour sommaires GLAT
samedi 11 février
Le sommaire général de la revue du GLAT, Lutte de Classe vient d’être encore étendu. Merci de signaler manques ou corrections.
Sur le Web
Controverses
Revue publiée par le Forum de la Gauche Communiste Internationaliste : C’est pour contribuer à déblayer la voie vers la clarification et le regroupement sur des bases théoriques, politiques et organisationnelles saines que Controverses a vu le jour. En d’autres termes, tout en tenant compte du changement de période qui n’est plus au reflux mais à la reprise historique des combats de classes, notre objectif essentiel est de reprendre ce qui était le souci de Bilan mais qu’il n’a pu mener complètement à bien compte-tenu des conditions d’alors : « ...une critique intense qui visait à rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance, de l’économie, de la tactique, de l’organisation », et ce sans « aucun dogme », sans « aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme », et « par le souci de déterminer une saine polémique politique ». Ceci est plus que jamais indispensable afin de réussir un nouvel « Octobre 17 » sous peine de se retrouver comme ces « vieux bolcheviks ... qui répètent stupidement une formule apprise par cœur, au lieu d’étudier ce qu’il y avait d’original dans la réalité nouvelle. (extrait de l’éditorial du n°1)
Gavroche - La revue
Le premier numéro de la revue trimestrielle Gavroche est sorti en décembre 1981. Il prenait la suite du Peuple français, belle aventure éditoriale des années soixante-dix. Depuis plus de 20 ans, la revue s’attache à la retranscription des fêtes, des travaux, des luttes et des joies du principal acteur de l’histoire : le peuple. Gavroche fait aussi resurgir des événements jusque-là ignorés ou passés volontairement sous silence.
L’Echo de la Fabrique
Le journal des chefs d’ateliers et ouvriers de la soie à Lyon, hebdomadaire phare de la presse ouvrière, paraît d’octobre 1831 à mai 1834. Ce site en donne à lire l’intégrale des articles, suite à un remarquable travail empreint d’une grande rigueur scientifique. Indispensable pour l’étude des insurrections des canuts de 1831 et 1834.
La Révolution prolétarienne
Revue fondée par Pierre Monatte en 1925. Le site publie un grand nombre d’articles de la période "historique". La publication se poursuit...
La Bataille socialiste
Site de ressources documentaires sur le patrimoine socialiste. Suit l’actualité des parutions, publie certains articles en ligne et propose des documents concernant le mouvement ouvrier de la première moitié du XXe siècle principalement.
MARX 11g : L’histoire d’un livre
Otto BAUER - Juin 1967 / pp. 177 - 197
9 juillet 2013 par eric
Introduction et notes d’Yvon Bourdet

Introduction :

Otto Bauer avait 26 ans, en 1907, lorsqu’il écrivit, pour la Neue Zeit, le texte traduit ci-dessous qui était destiné à commémorer le quarantième anniversaire de la parution du premier Livre du Capital. Depuis plusieurs années déjà, Otto Bauer était considéré comme un théoricien marxiste de premier ordre. Viktor Adler, qui était alors le principal dirigeant de la social-démocratie dans l’Empire austro-hongrois, l’avait incité à écrire un ouvrage théorique sur la question brûlante des nationalités [1]. Depuis lors, cet ouvrage, réédité en 1924, fait autorité [2] bien qu’Otto Bauer l’ait écrit comme un pensum pour être utile à son parti [3]. De formation juridique, Otto Bauer s’intéressait surtout, à ce moment-là, à la théorie de la valeur et aux divers problèmes économiques posés par l’évolution du capitalisme. Le premier article qu’il envoya à Kautsky, le 15 mai 1904, concernait la théorie marxiste des crises économiques [4]. Intéressé par ce texte rédigé par un jeune homme de 23 ans, Kautsky demanda à l’auteur quelques renseignements sur ses études antérieures. Otto Bauer répondit qu’il était étudiant en droit de troisième année, que, dès le lycée, il avait étudié Marx et suivi les discussions à propos de Bernstein, qu’après avoir ensuite consacré beaucoup de temps à la philosophie (Kant et Hegel) et, ce faisant, suivi les discussions relatives à la conception matérialiste de l’histoire, il en était venu à s’intéresser à la « littérature » concernant les crises et le concept de la valeur ; en terminant, il proposait à Kautsky de lui envoyer pour la Neue Zeit des comptes rendus sur ces questions [5]. Ce qu’il ne manqua pas de faire par la suite, tout en échangeant avec Kautsky une très intéressante correspondance [6]. À cette époque, Kautsky avait été assez impressionné pour dire de lui : « C’est ainsi que je me représente Marx dans sa jeunesse » [7]. L’année où il écrit l’article sur Le Capital, Otto Bauer a publié son ouvrage sur les nationalités, il est secrétaire de la section parlementaire du parti et vient de fonder, avec Karl Renner et Braun, la revue Der Kampf dans laquelle il écrira près d’une centaine d’articles. La suite de la vie d’Otto Bauer ne peut être qu’esquissée ici car elle est inséparable de l’histoire de l’Autriche, de l’austro-marxisme et du mouvement ouvrier international. Désigné comme rapporteur du Congrès de la Seconde Internationale, prévu à Vienne pour août 1914, Otto Bauer avait rédigé un texte sur la cherté de la vie [8]. Prisonnier des Russes, pendant la première guerre mondiale, il devint, après la chute de l’Empire, ministre des Affaires Étrangères. Il joua un rôle de premier plan à la tête du parti socialiste autrichien, à la Chambre des députés et dans les congrès internationaux ; il fut, en particulier, un des principaux animateurs de l’Union des partis socialistes pour l’action internationale (U.P.S.), dite Internationale deux et demi. Après l’échec de l’insurrection ouvrière de février 1934, il se réfugia à Brunn, puis, en 1938, à Paris, où il mourut peu après, au début de juillet, d’une crise cardiaque. Même chez ceux qui ne partagent plus ou qui n’ont jamais partagé ses idées, Otto Bauer a laissé le souvenir d’une personnalité exceptionnelle et fascinante. On s’accorde à penser que les circonstances ne lui ont pas permis de donner toute sa mesure. Un Institut Otto Bauer vient d’être créé à Vienne dont la première tâche sera de célébrer le trentième anniversaire de sa mort.

Malgré une vie relativement brève (57 ans) et la destruction ou la perte [9] de ses archives personnelles, Otto Bauer laisse une œuvre importante ; elle comprend une trentaine d’ouvrages, des centaines d’articles et de discours relatifs principalement à la politique, à l’économie, à la sociologie, à la philosophie et à l’histoire. Ses livres les plus connus et les brochures traduites en français sont les suivants :

La marche au socialisme, Paris, 1919, 71 p.
Bolschewismus oder Sozialdemokratie, Wien, 1920, 120 p.
Le cours nouveau dans la Russie des soviets, Bruxelles, 1923, 35 p.
Die Österreichische Revolution, Wien, 1923, 294 p. Réédité à Vienne en 1965 avec une préface de E. Winkler.
Der Kampf um Wald und Weide, Wien, 1925 (études sur l’histoire de la politique agraire de l’Autriche).
Le socialisme, la religion et l’Église, Bruxelles, 1928, 188 p.
Kapitalismus und Sozialismus nach dem Weltkrieg. Seul le premier volume a paru : Rationalisierung und Fehlrationalisierung, Berlin, 1931, 231 p.
L’insurrection des travailleurs autrichiens, Bruxelles, 1934, 64 p.
Zwischen zwei Weltkriegen ?, Bratislava, 1936, 355 p. (sur la crise de l’économie mondiale, de la démocratie et du socialisme).

Otto Bauer n’a pas encore été l’objet de beaucoup d’études. Il faut cependant signaler la biographie savante et détaillée d’une centaine de pages que Julius Braunthal a placée en tête de ses morceaux choisis : Otto Bauer. Eine Auswahl aus seinem Lebenswerk, Wien, 1961, 340 p. (C’est dans ce recueil que figure, entre autres, l’article « Histoire d’un livre », publié en 1907 dans la Neue Zeit). L’article de Julius Deutsch dans la Neue österreichische Biographie, 1957, t. X, p. 209-219. L’intéressante étude de Herbert Steiner, Am Beispiel Otto Bauers. Die Oktoberrevolution und der Austromarxismus, dans un numéro spécial de Weg und Ziel, Wien, Juli 1967, 22 p.

* * *

L’article d’Otto Bauer : Die Geschichte eines Buches, est intéressant en ce qu’il constitue un témoignage historique sur la diffusion des idées du Capital ; en tant qu’interprétation théorique du marxisme ; enfin, parce que ses réponses constituent des interrogations concernant le présent.

En 1907, Otto Bauer est frappé par un ensemble de transformations affectant le capitalisme ; parallèlement la lecture du livre de Marx donna lieu à deux sortes de réactions : d’une part, pour les contemporains de Marx, Le Capital constituait avant tout un émouvant livre d’histoire — et il le reste encore souvent lors d’une première lecture ; d’autre part, cette grande fresque des malheurs effroyables et innombrables qu’entraîne le capitalisme provoqua soit une révolte morale contre l’injustice, Marx jouant alors le rôle d’« envoyé du Dieu de l’histoire », soit des critiques contestant le caractère dramatique de la situation des ouvriers, et affirmant que cette situation n’est pas la conséquence d’un système social défectueux, mais qu’elle émane d’une loi naturelle.

Il fallut donc dépasser cette lecture historique et faire comprendre la théorie de Marx. Telle fut, principalement, la tâche accomplie par Engels. Mais toute vulgarisation est un appauvrissement ; on prit donc l’habitude d’admettre les résultats des analyses de Marx sans être capable d’appliquer sa méthode d’une façon originale car pour pouvoir seulement comprendre cette méthode il fallait connaître toute la philosophie allemande classique. Certes, l’accession à cette vulgate fut déjà un progrès pour la classe ouvrière. Mais, chez certains intellectuels, elle provoqua le révisionnisme : le marxisme schématisé ne paraissant plus capable de rendre compte des phénomènes économiques nouveaux, on crut nécessaire de l’abandonner alors qu’il aurait fallu le restituer dans sa forme première. Suffisait-il pour cela de revenir à la méthode de Marx ? Otto Bauer en douta un instant, devant la critique des néo-kantiens de l’école de Bade qui attaquaient précisément cette méthode. Cela le conduisit à tenter de définir, dans la seconde partie de son article, l’essence du marxisme.

Soixante ans avant Althusser, Otto Bauer montre la coupure radicale qui sépare Marx de Hegel. Chez Marx, écrit-il, « les raisonnements hégéliens ont une signification radicalement nouvelle et les termes empruntés à Hegel recouvrent des concepts tout à fait différents ». Otto Bauer ramasse en quelques formules brillantes l’essentiel de la doctrine de Hegel et, certes, on comprend bien que Marx ne puisse adhérer à une conception qui fait de la réalité sensible une simple métaphore inconsistante de l’idée. Mais Marx n’oppose pas à l’idéalisme absolu un matérialisme symétrique ; la différence réside dans la théorie de la connaissance elle-même.

Selon Bauer, bien que Marx n’en ait pas eu conscience pour des raisons historiques, son effort se rapproche de celui de Kant qui avait établi la critique des sciences mathématiques ; comme lui, il veut faire celle de l’économie politique. Toutefois l’entreprise de Marx ne vise aucunement à constituer une philosophie et, de ce point de vue, Otto Bauer se montre moins néo-kantien que nombre de commentateurs structuralistes actuels.

La vision qu’Otto Bauer a de la science de Marx — s’il fallait à tout prix la qualifier philosophiquement — serait plutôt (à l’insu, semble-t-il, de Bauer) cartésienne, par son projet d’une mathématique universelle et infinie. Par les rapports mathématiques nous découvrons, au-delà des apparences concrètes, les lois nécessaires et pourtant (c’est le paradoxe de l’évasion diachronique) la recherche est perpétuellement inachevée. Descartes estimait que, dans mille ans, un mathématicien pourrait découvrir une propriété du cercle dont nous n’avons encore aucune idée ; de même Marx, à peine achevée la première formulation de son « système », avertit, dans la postface à la seconde édition allemande du Capital, que ce serait retomber dans l’idéalisme de Hegel que de considérer un exposé, fût-il parfaitement cohérent, comme une réalité a priori. La recherche n’est jamais achevée, aucun oiseau de Minerve ne peut se reposer définitivement dans une contemplation éternelle. Otto Bauer veut ainsi se distinguer à la fois des révisionnistes qui abandonnent une méthode parce qu’ils ne savent pas l’appliquer et des fétichistes qui ne savent que répéter les résultats acquis par Marx, même si, comme aujourd’hui, certains de ces néo-fétichistes veulent dissimuler leur stérilité en cherchant à voir dans le texte historique de Marx, tenu pour une œuvre géniale et unique, l’invisible présence d’une philosophie qu’ils ont, en fait, apprise chez Bachelard et chez Lacan. Otto Bauer, pour sa part, écrit tranquillement que « chaque époque [...] a son Marx ».

Ce serait évidemment être infidèle à Bauer (comme à Marx) si l’on considérait que les remarques faites dans cet article de 1907 ont la même valeur aujourd’hui, même si elles paraissent parfois « en avance » sur certains écrits « actuels ». En constatant que les positions des marxistes et celles de leurs adversaires ont changé tous les dix ans, Otto Bauer nous incite à nous demander quelle est la situation en 1967, bien que, dans cette notice, nous ne puissions qu’énumérer quelques faits.

La « lecture sentimentale » du Capital comme livre d’histoire ne provoque plus maintenant qu’une indignation rétrospective, car on pense que les choses ont bien changé : en effet, dans les pays à capitalisme développé, la situation de la classe ouvrière s’est considérablement améliorée, alors que, dans les pays qui ont exproprié les capitalistes privés, le niveau de vie et les conditions de travail de la classe ouvrière n’ont pas été radicalement modifiés. Il en résulte une disparition des perspectives révolutionnaires classiques dans les pays industriels avancés, qu’on peut interpréter de deux façons : ou bien, les régimes politiques paraissant secondaires, il faut et il suffit de développer la production et d’améliorer la répartition des biens ; ou bien le système actuel de production et de consommation est une aliénation en un sens pire que celle décrite par Marx, et il faudrait un nouveau « livre » pour que nous puissions en prendre conscience, et une nouvelle révolution radicale pour que nous puissions nous en libérer. Toutefois, à côté de ces divers « révisionnistes », des « dogmatiques » ont pu subsister sur le plan politique et économique. La description de Marx ne semblant plus rendre compte de ce qui se passe dans le capitalisme moderne, on se « réfugie » dans les pays peu développés ou en voie de développement, car ils correspondent mieux aux schémas décrits par Marx et l’on espère réussir à y accomplir ce qui n’a pu l’être en Europe, en Amérique et au Japon. Sur le plan spéculatif, nous l’avons déjà vu, on découvre dans les textes vénérables du Capital les dernières figures des philosophies à la mode.

Ainsi la situation paraît aujourd’hui fort diverse et confuse. Certains de ceux qui se réclament de Marx sont accusés par d’autres de le trahir, et réciproquement, au cours d’interminables discussions scolastiques, véritables dialogues de sourds qui s’enveniment souvent jusqu’à l’invective tant entre États et partis qu’entre « spécialistes » et groupuscules. Mais ne faut-il pas voir au-delà de ces apparences ? L’époque des schismes et des excommunications est aussi celle du jaillissement de la vie. La recherche de l’union des Églises témoigne de leur commun déclin. Malgré ce désordre, les « réfutations » et les « dépassements », nous pouvons constater que beaucoup d’étudiants par exemple sont attirés par le marxisme. Sans doute pressentent-ils qu’il y a là quelque chose qui n’a pas donné toutes ses fleurs ni ses fruits, et les oraisons funèbres qu’on ne manquera pas d’entendre à l’occasion de ce centenaire ne seront probablement pas les dernières.

Y.B.


L’histoire d’un livre.

Quarante années de bouleversements violents, quarante années qui modifièrent la face du globe de fond en comble se sont écoulées depuis que Karl Marx a livré au public allemand le premier volume de son œuvre maîtresse en économie. Le capitalisme, dont les lois furent dévoilées dans ce livre, a créé en ces quatre décennies un nouvel univers, et lui-même a changé. Que représentent les filatures du Lancashire, décrites dans le premier volume du Capital, face aux entreprises géantes de notre industrie sidérurgique, qui combinent en un tout prodigieusement organisé les mines de charbon et les hauts fourneaux, les aciéries et les laminoirs ? Que représentent les capitalistes de Marx, maîtres de quelques centaines d’ouvriers, comparés aux magnats des cartels et des trusts modernes qui dominent des branches entières de l’industrie, avec leurs centaines de milliers d’ouvriers, face aux grandes banques modernes qui achèvent le cycle sur lequel règne le capital [10].

C’est le capitalisme anglais que Karl Marx a décrit ; aujourd’hui, les capitalismes allemand et américain étirent leurs membres si puissamment que l’espace vital du vieux frère anglais commence à devenir trop étroit. En Extrême-Orient s’édifie un nouvel empire capitaliste insulaire, une nouvelle Angleterre. En Russie, le capitalisme transforme les conditions d’existence de l’ancienne société ; sur le moyen et le bas Danube, pousse une industrie capitaliste ; le pays qu’il a d’abord dominé et qui lui est si vite devenu infidèle, l’Italie, cède de nouveau à sa puissance. L’Égypte, l’Algérie, le Congo lui sont soumis, des flots d’or affluent vers lui d’Afrique du Sud, il conquiert le Maroc par le fer et le sang, et se dispose à étendre son règne jusqu’aux cités d’art archaïque d’Asie Mineure. Ses lois régissent le Canada et le Mexique, et il annonce d’un ton menaçant les bouleversements de l’économie séculaire de la Chine et de l’Inde. Il a jeté les paysans polonais dans les aciéries westphaliennes, les Slovaques de Hongrie dans les mines de charbon de Pennsylvanie, les coolies chinois dans les mines d’or d’Afrique du Sud. Il a tiré de leur léthargie des nations innombrables et les a éveillées à une vie nouvelle, insufflant aux masses laborieuses et souffrantes une volonté nouvelle qui conduit partout les classes au combat. Et là où sa domination s’instaure, c’est tout un mode de pensée que la classe ouvrière en lutte acquiert ; le livre inimitable de Marx l’a prédit, pour la première fois, il y a quarante ans. Dans sa marche triomphale, le capitalisme porte l’œuvre de Marx vers les masses, vers toutes les nations.

Le capitalisme, en étendant de plus en plus son domaine, semble se métamorphoser et revêt sans cesse des aspects nouveaux et variés ; de même, l’enseignement offert par Marx, voilà quatre décennies, à l’humanité en train de s’instruire et de combattre, a subi un changement, tout en élargissant constamment sa sphère d’influence. Certes, en tant que tel, cet enseignement se présente toujours devant nous dans sa grandeur et son unité monumentales, tel que son créateur l’a laissé il y a quarante ans ; et des hommes intelligents et avertis l’ont depuis longtemps interprété dans l’esprit actuel ; ce que Schweitzer [11] et Dietzgen [12] ont écrit sur le premier livre du Capital peu de temps après sa publication et, plus tard, Engels et Kautsky sur les « Théories économiques » de Marx, reste pour nous une source d’enrichissement intellectuel. Mais la manière dont le lecteur isolé s’empare d’une doctrine originale ne dépend que de son savoir individuel et de sa maturité personnelle ; en revanche, le public actuel regarde le livre de Marx autrement qu’il y a trente ou vingt et même dix ans. Dans la conscience des journalistes et des vulgarisateurs, des critiques et des apologistes, des hommes politiques et des hommes de science, ce livre mène aujourd’hui une existence nouvelle.

Quant à nous, les plus jeunes, comment avons-nous lu le Capital, la première fois que nous osâmes aborder le grand ouvrage du maître ? Avides de pénétrer sa large vision de l’histoire de l’humanité, nous maîtrisions non sans peine notre impatience, tout au long des difficiles développements théoriques. Mais lorsque Marx, de main de maître, nous révéla le destin de l’humanité misérable, nous en fûmes affectés au plus profond de nous-mêmes. Nous vîmes comment le capitalisme, ruisselant de la sueur et du sang de générations entières, était né de l’écroulement d’un monde et comment sur les cadavres des femmes et des enfants, des affamés et des déchus, il avait fortifié sa puissance, érigé et organisé son empire, dérobé à la nature son secret, et mis ses propres forces au service d’une insatiable cupidité. L’antagonisme des classes nous apparut dans sa vivante clarté ; c’est avec les souffrances et les privations des uns que la propriété privée permet l’accroissement de la richesse et la brillante culture des autres. Découvrant, pour la première fois, l’immensité des souffrances de la classe ouvrière, nous nous joignions à son combat contre le patronat, partageant sa haine d’un ordre social qui transforme chaque conquête de l’homme sur la nature en bastion de l’asservissement de l’homme par l’homme. Mais nous apprenions aussi à entrevoir la libération finale de l’humanité grâce à l’accroissement ininterrompu des forces productives et grâce aux forces unies de la classe ouvrière. Ce n’est pas une science que nous découvrions alors dans Le Capital, mais une fresque historique haute en couleurs, qui nous émouvait et nous saisissait en nous apprenant à aimer et à haïr, à vouloir et à nier [13].

Et ce que chacun d’entre nous ressentait était également ressenti par tous. Ici aussi, l’histoire de l’espèce s’inscrit dans le destin de l’individu. Les contemporains de Marx ont vu dans Le Capital une œuvre historique. Sous leurs yeux, se déployait l’histoire sanglante du capitalisme ; ils percevaient l’effroyable exploitation, la douloureuse réalité de l’antagonisme des classes, la dure nécessité de la lutte des classes. Et cette fresque poignante poussa des milliers d’entre eux à la révolte morale contre le capitalisme et entraîna leur détermination éthique à la lutte pour la libération du prolétariat. Sans doute est-ce à cette vertu du Livre I que pensait Hermann Cohen [14] lorsqu’il appelait son auteur l’« envoyé du Dieu de l’Histoire ».

C’est également cette partie historique et critique de l’œuvre marxienne qui retint l’attention de ses premiers critiques. Ils se demandaient si, dans la réalité, l’exploitation était aussi cruelle et intense que Marx l’avait dépeinte ; le fait que le travailleur ne reçoit qu’une partie du produit de son travail était-il une conséquence de notre ordre social, ou une loi naturelle à laquelle aucun ordre social ne pourrait mettre fin ?

Tout comme la masse de ceux qui étaient sous l’emprise de l’œuvre de Marx, ils en ignoraient ce qu’elle avait de plus original. Dans la littérature critique ou apologétique de cette époque, certains éléments de la pensée marxienne sont encore indissolublement liés aux courants de pensée de l’ancien socialisme rationaliste. Le marxisme ne s’était pas encore libéré du chaos du socialisme vulgaire. Il a fallu qu’une pléiade d’excellents vulgarisateurs convertisse les lingots d’or de la pensée marxienne en monnaie courante, qui maintenant circule de main en main, pour que la pensée profonde de l’œuvre marxienne rejoigne, par des voies multiples, la conscience de couches sociales suffisamment larges.

Cette tâche fut celle de Friedrich Engels. Écrits voilà maintenant trente ans, et rassemblés en un livre, ses articles du Vorwärts de Leipzig contre Dühring constituent la meilleure vulgarisation de l’œuvre de Marx. La clarté des idées, l’humour enjoué de l’auteur rendirent accessibles à un large public les développements ardus de Marx. L’effet de l’ouvrage en fut d’autant plus durable qu’Engels chassait de leurs derniers repaires tous les adversaires que Marx avait poursuivis dans tous les domaines de la connaissance. Assurément, une telle entreprise ne va pas sans défauts ; mais le lecteur d’aujourd’hui ne s’arrêtera pas à ces détails. Malgré ses erreurs et ses lacunes nombreuses, elle fait date dans l’histoire. Pour les meilleurs d’entre nous, cette œuvre a été un guide fidèle dans le vaste édifice intellectuel de Marx. Ceux à qui elle a ouvert l’univers de sa pensée ont continué l’œuvre d’Engels avec ardeur pour devenir les maîtres à penser de la jeune génération marxiste. Cependant, ni les écrits d’Engels, ni ceux des disciples n’ont pu épuiser toute la richesse du Capital et les discours des dilettantes ne doivent pas nous faire oublier qu’aucune science ne peut être vulgarisée sans perdre en même temps une grande partie de ce qu’elle a de meilleur.

Les vulgarisations de la doctrine de Marx gardent entièrement le système de pensée du maître, mais réduit à ses grandes lignes ; qu’allait-il en rester dans la conscience des masses qui commençaient seulement à s’en emparer. Sans initiation, comment auraient-elles pu assimiler la méthode spécifique de Marx, méthode tout juste accessible à celui qui connaît l’important travail intellectuel de la philosophie classique allemande, à partir des précieux éléments fournis par le développement des sciences exactes de la nature ?

C’est ainsi que l’on perdit de vue la méthode. Les masses s’en tenaient aux résultats. Elles ne pouvaient comprendre les thèses où Marx résume les résultats de ses recherches, dans leur dépendance réciproque au sein d’un système et dans leur interrelation avec l’ensemble du mouvement de la vie sociale ; au contraire, elles juxtaposaient arbitrairement les thèses : « Le mode de production de la vie matérielle domine le processus social, politique et intellectuel de la vie. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. » « L’histoire de toute la société jusqu’à nos jours, c’est l’histoire des luttes de classe. » « La valeur de chaque marchandise est déterminée par le travail socialement nécessaire à sa production. » « La richesse des classes possédantes provient de la plus-value produite par les travailleurs, du travail non payé de la classe ouvrière. » « La société capitaliste tend à appauvrir de plus en plus la classe ouvrière. » « La petite entreprise est anéantie, l’emprise sur les moyens de production tombe entre les mains d’un nombre constamment décroissant de grands capitalistes. » « Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en éclats. L’heure de la propriété capitaliste a sonné, les expropriateurs sont à leur tour expropriés. » C’est à partir de ces phrases, et de quelques autres semblables, réunies au hasard, que le grand public se fait une idée du marxisme : voilà le marxisme vulgaire que les masses insuffisamment formées, et éduquées sans méthode, ont tiré des vulgarisations de la doctrine marxienne. C’est de ce marxisme vulgaire qu’il s’agit, toutes les fois qu’on discute du « marxisme » dans les milieux très larges de notre public.

Critiquer la naissance et l’extension de ce marxisme vulgaire ne témoignerait que d’un manque déplorable de sens historique. En effet, l’acquisition d’une science nouvelle par les masses est un processus historique au cours duquel celles-ci transforment à chaque instant les idées dont elles veulent se saisir pour les adapter à leur capacité de compréhension. Nous pourrions citer quantité d’exemples tirés de l’histoire des sciences de la nature et de la philosophie prouvant que la simplification et l’appauvrissement d’une nouvelle doctrine ne constituent pas autre chose qu’une étape de sa marche triomphale, sa progression vers une validité universelle. Et, quelque pauvre qu’il paraisse face à la richesse considérable de l’univers de pensée de Marx, le marxisme vulgaire n’en est pas moins bien supérieur aux conceptions de la vie sociale qu’il a supplantées.

À l’égard des masses ouvrières, il n’est pas seulement un progrès considérable de leur connaissance ; il représente aussi la force motrice de leur volonté. En même temps qu’il leur exposait, quoique à grands traits, les tendances du développement de la société capitaliste, il contribuait à développer l’instinct de classe prolétarien jusqu’à la vraie conscience de classe, jusqu’à la vision claire de la situation et des tâches de la classe ouvrière dans la société bourgeoise. Appauvries et étiolées par leur diffusion dans les masses, les pensées du Livre I du Capital n’en constituent pas moins un enrichissement de leur savoir, et contiennent également l’exigence de l’unité, de la clarté et de la conscience du but poursuivi [15]. Sans doute, le marxisme vulgaire a-t-il facilement prêté le flanc à la critique faite à Marx. Celle-ci ne se souciait pas non plus de la méthode et de son système, mais seulement des thèses isolées et difficilement compréhensibles détachées de leur contexte ; le grand public les tenait pour la quintessence du marxisme et c’est contre elles que s’exerçait son ironie. La théorie révisionniste n’est pas autre chose que la contrepartie du marxisme vulgaire, la conséquence nécessaire du non moins nécessaire abâtardissement de la doctrine de Marx au cours de sa première propagation dans de larges couches sociales encore peu formées.

Mais ce sont, précisément, les attaques du révisionnisme qui devaient nous permettre de nous retrouver, nous, les marxistes. Hors de leur contexte, les thèses isolées et incomprises résistaient mal aux attaques du révisionnisme ; leur validité était mise en question et cela nous obligea à nous rappeler une fois de plus leur enchaînement dans le système. Les résultats étant contestés, nous dûmes de nouveau mettre la méthode à l’épreuve. Dès lors, la vulgarisation ne suffisait plus ; si nous voulions répondre aux questions qui, de tous côtés, nous assaillaient, nous devions achever notre propre prise de conscience à l’aide de toute la richesse de la science nouvelle, exposée pour la première fois, dans l’œuvre même de Marx. Le changement de la situation historique a entraîné le changement du mode de travail de la jeune génération de l’école marxiste, en lui fournissant d’autres tâches qu’à leurs prédécesseurs. Ainsi, nous nous mîmes au travail avec une tout autre disposition d’esprit que nos maîtres, il y a un quart de siècle [16].

En 1885 parut le deuxième Livre du Capital, en 1894 le troisième. Nous les avions sous les yeux lorsque nous entreprîmes l’étude de l’économie de Marx et cette seule raison nous donnait la possibilité et nous imposait le devoir de lire le premier Livre d’une autre manière, sans ajouter aux résultats du Livre I les résultats ultérieurs des Livres II et III, mais en lisant l’œuvre d’une traite du début jusqu’à la fin de nos études. Le problème ne s’est pas posé de savoir si le Livre III contredit le Livre I, si la théorie de la valeur devient lettre morte avec la théorie des prix de production. Nous ne serions jamais devenus marxistes si nous n’avions pas vu se former dès le premier jour tous les chaînons du système dans leur mutuelle dépendance. Comme l’édifice achevé nous était présenté en un seul jour, nous reconnûmes son plan beaucoup plus facilement que nos aînés, qui l’avaient vu se réaliser successivement.

En même temps, nous étions assaillis par la connaissance d’innombrables phénomènes économiques nouveaux. L’école historique les avait décrits et classés pour nous : les mille formes de la dépendance indirecte de l’artisanat, l’immense bouleversement de la structure des entreprises agricoles, la formation de nouvelles classes sociales au sein des nations industrielles hautement développées, les formes de la concentration du capital, changeantes de pays à pays, de décennie en décennie ; nous devions assimiler tout cela intellectuellement ; avant même que nous puissions nous réclamer de l’école marxiste il nous fallait avoir répondu à la question de savoir comment ces innombrables phénomènes nouveaux pouvaient être rangés conformément aux grands principes posés par Marx [17].

De cette façon, nous avons appris à saisir toute la profondeur et toute la richesse de l’enseignement marxien concernant les tendances du développement ; à comprendre, dans leur enchaînement nécessaire, les relations économiques des hommes, rapports infiniment enchevêtrés, à ne pas les laisser se dessécher jusqu’à n’être plus qu’une vaine prophétie des transformations purement superficielles dont peut seule rendre compte la statistique des entreprises.

Ainsi, après avoir intégré le système de Marx dans son contenu et maîtrisé sa substance, nous l’avons incorporé à notre conscience comme une acquisition durable. Nous n’ignorions pas que les premières abstractions sur lesquelles s’ouvrent les déductions du Capital constituent les résultats ultimes de la pensée de Marx ; nos recherches concrètes nous avaient déjà convaincus de l’impossibilité de renoncer à ces concepts ultimes et généraux pour recréer dans notre conscience, à partir de leur interaction, les faits empiriques de l’expérience économique.

Mais, encore une fois, le doute nous frôlait : la méthode que nous tenions de Marx, tout ce laborieux cheminement intellectuel n’étaient-ils pas un égarement de l’esprit humain ?

En 1896, Rudolf Stammler [18] remit à l’ordre du jour la question de la méthode des sciences sociales. Dilthey [19], Windelband, Rickert [20] cherchaient à restituer à l’empirisme naïf sa place légitime dans les sciences historiques. Ainsi, tous les résultats redevenaient incertains, dès lors que la méthode nous paraissait contestée [21].

* * *

La théorie sociale de Marx est une science exacte. Il ne s’agit donc ni d’une gnoséologie, ni d’une philosophie. Dans les sciences sociales, la confusion injustifiée de l’examen philosophique de la science et du travail scientifique dans le domaine expérimental ne peut causer que des désastres, comme nous le montre l’exemple des sciences de la nature. La théorie sociale de Marx n’a pas plus besoin des leçons de la philosophie que la mécanique et l’astronomie. Car la philosophie, qui repose sur les méthodes de la science, n’a pas à dicter à la science ses méthodes ; elle fait ressortir du domaine d’une science donnée les éléments de la conscience connaissante, éléments qui sont « nécessaires et suffisants pour fonder et affermir les données de la science » (Cohen).

Mais, malgré tout, d’un point de vue historico-psychologique, la théorie sociale est en relations plus nombreuses et plus étroites avec la philosophie que les sciences de la nature. Elles se sont arrachées à son étreinte étouffante deux siècles plus tôt et le perfectionnement de leurs méthodes leur permet d’être évaluées différemment par des philosophes sans que leurs applications pratiques et leur validité universelle puissent être remises en question. Toutefois, la sociologie, sa sœur cadette, doit aujourd’hui encore se défendre contre la convoitise dominatrice de la philosophie. Obscurcie par la haine et les faveurs des partis, elle n’a pas encore pu assurer une valeur incontestée à ses méthodes de travail. C’est pourquoi elle ne peut se dispenser de fonder et de défendre ses méthodes par une épistémologie.

Marx a accompli la tâche méthodologique de justifier ses procédés d’analyse, mais dans une langue à peine accessible à notre époque, en se rattachant apparemment à la doctrine hégélienne. À la vérité, chez lui, les raisonnements hégéliens ont une signification radicalement nouvelle et les termes empruntés à Hegel recouvrent des concepts tout à fait différents. C’est pourquoi nous avons dû traduire dans la langue de notre époque la justification méthodologique que Marx a fournie de son travail, afin de nous garantir des attaques du scepticisme.

Le fait majeur qui est à la base de la logique de Hegel aussi bien que de la critique de Kant est une exacte science de la nature. D’ailleurs, Hegel n’en méconnaît pas le caractère empirique ; et il ne doute pas non plus que « toutes nos connaissances commencent par l’expérience », puisqu’il appelle d’une façon si caractéristique le concret l’« immédiat », et l’élaboration conceptuelle de l’expérience « négation d’un donné immédiat ».

Mais derrière l’immédiat, Hegel cherche le vrai et le réel qu’il trouve dans son « empire des ombres, le monde des pures essences, libéré de tout concret sensible ». Dans l’existence, la détermination — propriété concrète, empirique et qualitative — coïncide avec l’être ; si l’on supprime la détermination, posée comme indifférente, nous parvenons enfin à l’être pur, qui n’est autre que la quantité. Mais un quantum auquel sont liés une existence ou un quale, c’est une mesure et, dans la mesure, réalité concrète de l’être, réside l’idée de l’essence. « La vérité de l’être, c’est l’essence. L’être, c’est l’immédiat. En voulant connaître le vrai, l’être en soi et pour soi, le savoir ne s’arrête pas à l’immédiat et à ses déterminations, mais va au-delà : derrière cet être il y a encore autre chose que l’être même, et ce fond constitue la vérité de l’être. »

Ce fond, cette essence de l’être est la mesure ; nous y parvenons en posant la détermination de l’être comme indifférente, et en nous élevant de l’existence déterminée qualitativement à l’être pur en tant que quantité pure.

Ce que Hegel décrit dans son style particulier aux accents mystiques n’est autre que la méthode mathématique des sciences naturelles, qui cherche à comprendre les multiples manifestations empiriques de la nature sous l’aspect de leurs dispositions causales, se rapportant à des lois mathématiques du mouvement. Le rôle de certains concepts est de permettre aux objets de la nature de devenir des objets de la science ; conditions constitutives d’une science possible, ils deviennent chez Hegel des entités autonomes, devant lesquelles l’empirique n’est que néant.

Marx a donc imité la méthode de Hegel. Derrière « l’apparence de la concurrence », lui aussi a cherché le vrai et le réel. Et lui aussi, pour trouver derrière l’immédiat la vérité de l’être, a sublimé la détermination qualitative de l’être dans son existence empirique, l’a posée comme indifférente pour atteindre à l’être comme quantité pure.

Ainsi, dans les célèbres premiers chapitres du premier Livre, les marchandises concrètes (un vêtement, vingt aunes de toile), dépouillées de leur caractère déterminé, sont réduites à de simples quantités de travail social ; et les travaux concrets et individuels, dépouillés de leur spécificité, sont perçus comme simples « apparences » du travail social général. De sorte que, enfin, les hommes dans leur fonction économique, les hommes de chair et de sang perdent leur être visible pour devenir de simples « organes du travail », « agents de la production », une partie incarnant une quantité déterminée du capital social, l’autre personnifiant une quantité donnée de force de travail social.

La quantité à laquelle est liée une réalité ou une qualité, la mesure hégélienne, c’est ici le travail social, essence des phénomènes économiques, qui, comme dit Hegel, non seulement pénètre ces déterminations (que l’on pense à l’exposé de Marx sur la circulation du capital, qui fait prendre à la valeur persistante les aspects toujours changeants de l’Argent-Marchandise-Argent, du capital monétaire, du capital productif, du capital marchand !), mais encore les régit comme leur loi. Et il devient enfin ce que Hegel nomme substance, activité formelle absolue, puissance absolue, qui engendre tous les accidents ; l’analyse de ce processus était, à elle seule, une tâche passionnante.

Marx imite la méthode de Hegel et sa terminologie pour décrire sa propre méthode de travail ; néanmoins, il ôte à celle-ci son caractère ontologique et explique, dans nombre de réflexions méthodologiques éparses, que ses concepts, à l’inverse de ceux de Hegel, ne sont aucunement des entités réelles, mais des instruments pour maîtriser par la pensée la matière empirique et la reproduire dans la science. « La méthode de s’élever de l’abstrait au concret n’est pour la pensée que la manière de s’approprier le concret, de le reproduire en tant que concret pensé. Mais ce n’est nullement là le processus de la genèse du concret lui-même. »

Marx a repris la méthode mathématique des sciences de la nature que Hegel avait ontologiquement travestie, il l’a dépouillée de ses oripeaux ontologiques ; donnant à son travail le caractère d’une science, Marx a conquis à la méthode mathématique des sciences de la nature un nouveau domaine. Pour ses observations méthodologiques, Marx ne se sert pas seulement de la terminologie de Hegel, mais emprunte à la logique les idées communes à toutes les philosophies idéalistes sur la détermination de notre savoir par les lois de notre conscience et dégage cette idée du voile ontologique dont Hegel l’a revêtue. Nous comprenons maintenant la description méthodologique que Marx fait de sa propre démarche et nous pouvons reconnaître en lui l’héritier de notre philosophie classique, aussi éloigné de la métaphysique ontologique de l’idéalisme absolu que de l’illusion de l’empirisme naïf, qui, dans la science, ignore tout de l’effort propre à la conscience humaine, avilit et rabaisse la connaissance humaine à un simple reflet de l’« immédiat » [22].

Ce que Marx a repris de notre philosophie classique, c’est le concept de science, concept que l’idéalisme a développé par un examen critique des sciences mathématiques de la nature, et que nous pensons découvrir sous sa forme la plus pure dans la théorie kantienne de la connaissance. Mais comme tout le siècle dans lequel il a puisé sa formation philosophique, Marx était trop étranger à Kant pour pouvoir emprunter sa conception de la science directement à sa philosophie critique. Son point de départ historique était plutôt l’« idéalisme absolu » de Hegel. Dans la philosophie de Hegel, Marx pouvait aussi trouver le concept de science, commun à tout idéalisme, mais seulement sous une forme voilée par l’interprétation ontologique de Hegel.

En même temps qu’il dégageait ce concept de son voile, Marx le replaçait, pour l’essentiel, bien qu’en d’autres termes, dans sa forme qui était et est encore le fondement et le point de départ de la philosophie critique.

C’est pourquoi nous ne devons pas interpréter comme un hasard dépourvu de significations le fait que Marx soit directement redevable à Hegel de sa formation logique ; car si l’ontologie de Hegel peut nous paraître aujourd’hui une aberration à peine concevable de la critique de la raison de Kant, nous ne devons pas oublier que, à d’autres égards, Hegel représente un progrès considérable par rapport à Kant. En effet, tandis que la critique kantienne de la connaissance est orientée principalement [23] vers les sciences mathématiques de la nature, chez Hegel, c’est l’histoire humaine qui constitue le point central de son système. Chez Hegel, les faits historiques de la vie sociale humaine sont des manifestations du propre épanouissement de l’esprit ; transposé par Marx du domaine ontologique au domaine méthodologique, cela signifie qu’il ne s’agit de rien d’autre que de l’exigence de l’élaboration conceptuelle de l’histoire ; les phénomènes historiques sont des cas particuliers d’une loi du mouvement, science déterministe, qui, à l’exemple des sciences mathématiques de la nature, rapporte des déterminations qualitatives à des changements quantitatifs. Pour Hegel, la représentation concrète, individuelle et historique, n’est qu’une métaphore d’un concept : « tout ce qui est éphémère n’est que symbole » ; Marx, en revanche, exige que l’historique soit compris comme l’illustration d’une loi : non qu’il existe des lois externes à l’histoire, mais seule une loi peut donner à la connexion historique un caractère d’universalité et de nécessité.

Élaborée de cette manière, l’économie de Marx renferme donc des matériaux pour une histoire économique ; base de toute recherche en économie, dans un système économique complet, celle-ci doit être un cas particulier d’une loi économique développée : le point de départ psychologique devient résultat logique.

Dans les trois volumes de son Capital, Marx a résolu ce problème important : envisager l’histoire du point de vue des sciences exactes. Simples différences de proportions, les innombrables changements qualitatifs des forces de production humaines affectent la composition organique du capital et permettent de dégager, abstraitement et nécessairement, avec une rigueur toute mathématique, les lois du mouvement du taux de plus-value, du taux de profit et de l’accumulation du capital. Il est alors possible de saisir les événements concrets de l’histoire de notre temps sous l’angle de leurs déterminations causales. Marx nous donne donc la première loi mathématique du mouvement de l’histoire [24].

Ainsi nous avons fait nôtre l’enseignement de Marx face à la contestation des sceptiques ; il se présente maintenant avec la même certitude que la science mathématique de la nature et c’est dans cet enseignement même que nous avons découvert la critique de la connaissance, qui devait vaincre le marxisme. À un historicisme qui récuse les dernières conséquences de l’abstraction marxienne, sous prétexte qu’elles ne sont pas les reflets des événements empiriques, nous opposerons les paroles de Kant : c’est effectivement le concept qui produit l’objet en tant qu’objet de notre connaissance.

En vérité, il ne nous a donc pas été facile à nous, les « dogmatiques », les « orthodoxes », aux prises avec un monde de doutes, d’accéder à la possession définitive de l’enseignement marxien. Nous savons pertinemment que la voie qu’il nous a fallu suivre n’était pas dépourvue de risques pour nous-mêmes. Il nous a fallu défendre les frontières de la nouvelle science contre les incursions du scepticisme avec les armes de la critique de la connaissance ; aussi est-ce avec d’autant plus d’anxiété que nous devons prendre garde d’oublier notre tâche : continuer le nouvel enseignement dans ses détails, en défendant avec passion la nouvelle science considérée comme un tout.

Ayant assimilé toute la richesse des fruits de la science marxienne, nous ne devons pas pour autant renoncer à appliquer sa féconde méthode à des domaines de travail toujours nouveaux, toujours plus vastes ; car les ultimes abstractions, les plus générales, ne se justifient que si elles permettent d’expliquer par leur enchaînement les problèmes concrets de chaque période historique, les particularités de chaque pays. Il nous faut une méthode créatrice ; seuls les plaisantins, les feuilletonistes, les compilateurs la considéreront comme un dogme.

Parvenus jusqu’aux fondements de l’œuvre marxienne, le travail le plus important reste pour nous d’apporter progressivement aux masses les connaissances conquises et certaines, afin d’imprégner ces masses des idées de Marx, tâche que nos maîtres et prédécesseurs ont commencée avec tant de succès et d’efficacité dans l’histoire des peuples. Nous, les « dogmatiques », n’avons pas osé intervenir activement dans l’histoire de notre peuple avant d’avoir remis sans cesse en question la conception théorique qui est à la base de la pratique, et de l’avoir confrontée avec toute la science de notre temps ; mais à quoi peut servir toute notre science si nous ne la traduisons pas en travail pratique et efficace afin d’atteindre un but qui s’est révélé théoriquement juste ? Nous ne pouvons être assez stupides pour suivre servilement chaque conseil de Marx à la classe ouvrière en lutte dans tel ou tel pays, en d’autres temps et d’autres circonstances ; mais nous devons adopter la méthode marxienne afin d’accomplir l’œuvre pratique qui est la nôtre, dans notre pays et à notre époque.

Nous avons conquis de haute lutte notre adhésion à l’enseignement de Marx ; c’est pourquoi il ne peut être pour nous un schéma qui nous domine, mais seulement une méthode que nous dominons.

Chaque génération, chaque âge et chaque milieu culturel ont leur Marx. Ce que chacun peut conquérir de l’inépuisable richesse du maître se reflète dans tout son être intellectuel. L’histoire du Capital est indissolublement liée à toute l’histoire spirituelle des dernières décennies et le savoir acquis devient le destin de chaque génération ; il façonne son activité pratique, son expérience personnelle et grave dans son caractère des traces ineffaçables. Ce qui d’abord n’était que connaissance devient, dans la réalité vivante de l’action, la source intarissable de notre enthousiasme, de notre passion, de notre énergie.

Die Neue Zeit, XXVIe année, 1908.

[1] Die Nationalitätenfrage und die Sozialdemokratie, Wien, 1907, 500 p. Tiré à part du second volume des Marx Studien, dirigées par Max Adler et Rudolf Hilferding.

[2] Il fut une des principales cibles de Staline lorsque, après un séjour à Vienne, celui qui signait alors Koba écrivit sur la question nationale.

[3] Lettre de Bauer à Kautsky, du 15 juin 1907 (Archives de l’Institut International d’Histoire Sociale d’Amsterdam, K.D. II, 476).

[4] « Marx’ Théorie der Wirtschaftskrisen » (Die Neue Zeit, 23 J.l.B. 1904-1905, n° 5, p. 133-138, et n° 5, p. 164-170).

[5] Lettre à Kautsky, du 19 mai 1904 (Archives de l’I.I.H.S. d’Amsterdam, K.D. II, 464).

[6] L’Institut International d’Histoire Sociale d’Amsterdam conserve 72 lettres d’Otto Bauer à Karl Kautsky, écrites entre 1904 et 1931. Pour avoir une idée de ce qui intéressait le jeune Otto Bauer, on peut citer les titres de quelques articles publiés dans la Neue Zeit de 1904 à 1907 : Die Arbeiterklasse und die Schutzzölle ; Die Kolonialpolitik und die Arbeiter ; Marxism und Ethik ; Die Wiener Arbeiterschule Proletarische Wanderungen ; Mathematische Formeln gegen Tugan-Baranowsky.

[7] D’après le discours de Friedrich Adler, le jour des obsèques d’Otto Bauer au cimetière du Père-Lachaise (Le Populaire du 7 juillet 1938, p. 2, col. 4).

[8] Voir G. Haupt, Le congrès manqué, Paris, 1965, p. 161-191.

[9] Après sa mort, F. Adler publia l’ouvrage qu’Otto Bauer était en train d’achever : Die illegale Partei, Paris, 1939, 203 p. D’autre part, E. Winkler a fait paraître, d’après des notes de cours, un remarquable exposé d’économie marxiste : Otto Bauer, Einführung in die Volkswirtschaftslehre, Wien, 1956, 388 p.

[10] Le passage du petit capitalisme du XIXe siècle au grand capitalisme faisait alors à Vienne l’objet de recherches et de réflexions qui aboutiront à la publication, en 1910, du Capital financier de Rudolf Hilferding. Pour eux, ce passage n’est pas seulement quantitatif, il est une transformation qualitative du capitalisme industriel en capitalisme bancaire qui apparaît alors comme le dernier développement possible ou, comme dira un peu plus tard Lénine, comme le stade suprême de capitalisme. Par une image difficile à traduire, Otto Bauer veut montrer que le capitalisme bancaire, loin de se situer dans la perspective d’un développement linéaire, est l’accomplissement du cercle vicieux de l’ensemble du système.

[11] J. B. Schweitzer (1833-1875), député du Reichstag de 1867 à 1871, avait succédé à Lassalle à la tête de l’Union des syndicats ouvriers.

[12] J. Dietzgen (1828-1888), ouvrier tanneur autodidacte ; né en Allemagne, il émigra en Amérique après la révolution de 1848. En Russie de 1863 à 1869, il travailla dans une tannerie de Saint-Pétersbourg. Ses écrits ont été cités plusieurs fois par Marx et par Engels (voir, en particulier, dans la postface à la seconde édition allemande du Capital).

[13] Otto Bauer semble donner cette attitude éthique comme une première étape naïve à dépasser dans et par la science. Malheureusement, comme nombre de théoriciens marxistes, il donne ce « passage » — un des plus « obscurs » du marxisme — comme allant de soi.

[14] H. Cohen (1842-1918), fonda l’école néo-kantienne dite de Marburg (où il fut professeur de 1873 à 1912). Il s’intéresse à la critique de la connaissance, du langage et à la logistique. Parmi ses élèves, on cite Cassirer, Hartmann, Heidegger.

[15] Otto Bauer évoque ici, comme plus loin, les moyens et les buts d’une éducation populaire à laquelle il a consacré la meilleure part de sa vie. Plus généralement L’Austro-marxisme avait mis en pratique, avec des moyens exemplaires, une théorie de l’auto-éducation (Selbstaufklärung) qui mériterait un ample exposé. Lire, par exemple, le compte rendu d’Otto Bauer : « L’école viennoise des ouvriers » (Die Neue Zeit, 24 J.2.B.-1905-1906, p. 460-465).

[16] L’école marxiste de Vienne, plus tard appelée « Austro-marxisme », ne se donnait plus en effet pour tâche, dès 1904, avec Max Adler, Otto Bauer, Gustav Eckstein, Rudolf Hilferding, Karl Renner, etc., de vulgariser les résultats des études de Marx, mais d’établir de nouveaux résultats par une recherche scientifique du plus haut niveau dans les divers domaines de l’économie, de la sociologie et de la philosophie, à partir des derniers développements historiques et théoriques.

[17] C’est exactement ce que ne font pas un certain nombre de commentateurs d’aujourd’hui qui, acceptant de ne rien savoir des phénomènes économiques de notre temps, se contentent de lire « en philosophes », comme ils disent, l’exposé que Marx fit du capitalisme du XIXe siècle.

[18] R. Stammler (1856-1938). Voir Wirtschaft und Recht nach der materialistischen Geschichtsauffassung, 1896. Ce livre aura une cinquième édition en 1924. En gros, Stammler applique au droit les méthodes néo-kantiennes de l’école de Marburg.

[19] W. Dilthey (1833-1911), connu en France, ainsi que Spengler, par ses théories de l’histoire.

[20] W. Windelband (1848-1915) et H. Rickert (1863-1936), animateurs du mouvement néo-kantien dit de « l’école de Bade » (voir note suivante).

[21] Pour Otto Bauer, la non-concordance des faits économiques actuels avec les résultats des analyses historiques de Marx n’a pas d’importance pourvu qu’il soit possible de repenser ces faits avec cohérence, grâce à la méthode de Marx. Que si, en revanche, des philosophes invalidaient cette méthode, tous les résultats deviendraient ipso facto incertains. En prétendant que les sciences humaines relèvent d’une autre méthode que celles de la nature, les néo-kantiens de l’école de Bade attaquaient, selon Otto Bauer, le marxisme à sa racine. D’où la nécessité, dans les pages qui suivent, d’une réflexion méthodologique et épistémologique approfondie.

[22] On pense ici à la célèbre thèse de Kant : si toutes nos connaissances commencent avec l’expérience, elles n’en dérivent pas.

[23] Il faut donner à l’adverbe überwiegend — qui n’est peut-être ici pour Otto Bauer qu’une clause de style — tout son sens ; Kant a montré qu’il était loin de borner sa recherche aux « sciences mathématiques de la nature ». Voir, en particulier, les « opuscules » de Kant traduits par Stéphane Piobetta et réunis sous le titre de La philosophie de l’histoire, Paris, 1947.

[24] Comme nous l’avons indiqué dans la notice introductive, cette mathématisation (peut-être ici un peu juvénile) des figures successives de l’histoire ne doit pas être comprise comme une négation de l’originalité de la diachronie. Cela ressort évidemment de la fin de l’article d’Otto Bauer pour qui l’être et la pensée ne se confondent pas.

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