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Cahiers du Communisme de Conseils - Série complète !
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Controverses
Revue publiée par le Forum de la Gauche Communiste Internationaliste : C’est pour contribuer à déblayer la voie vers la clarification et le regroupement sur des bases théoriques, politiques et organisationnelles saines que Controverses a vu le jour. En d’autres termes, tout en tenant compte du changement de période qui n’est plus au reflux mais à la reprise historique des combats de classes, notre objectif essentiel est de reprendre ce qui était le souci de Bilan mais qu’il n’a pu mener complètement à bien compte-tenu des conditions d’alors : « ...une critique intense qui visait à rétablir les notions du marxisme dans tous les domaines de la connaissance, de l’économie, de la tactique, de l’organisation », et ce sans « aucun dogme », sans « aucun interdit non plus qu’aucun ostracisme », et « par le souci de déterminer une saine polémique politique ». Ceci est plus que jamais indispensable afin de réussir un nouvel « Octobre 17 » sous peine de se retrouver comme ces « vieux bolcheviks ... qui répètent stupidement une formule apprise par cœur, au lieu d’étudier ce qu’il y avait d’original dans la réalité nouvelle. (extrait de l’éditorial du n°1)
Gavroche - La revue
Le premier numéro de la revue trimestrielle Gavroche est sorti en décembre 1981. Il prenait la suite du Peuple français, belle aventure éditoriale des années soixante-dix. Depuis plus de 20 ans, la revue s’attache à la retranscription des fêtes, des travaux, des luttes et des joies du principal acteur de l’histoire : le peuple. Gavroche fait aussi resurgir des événements jusque-là ignorés ou passés volontairement sous silence.
L’Echo de la Fabrique
Le journal des chefs d’ateliers et ouvriers de la soie à Lyon, hebdomadaire phare de la presse ouvrière, paraît d’octobre 1831 à mai 1834. Ce site en donne à lire l’intégrale des articles, suite à un remarquable travail empreint d’une grande rigueur scientifique. Indispensable pour l’étude des insurrections des canuts de 1831 et 1834.
La Révolution prolétarienne
Revue fondée par Pierre Monatte en 1925. Le site publie un grand nombre d’articles de la période "historique". La publication se poursuit...
La Bataille socialiste
Site de ressources documentaires sur le patrimoine socialiste. Suit l’actualité des parutions, publie certains articles en ligne et propose des documents concernant le mouvement ouvrier de la première moitié du XXe siècle principalement.
MARX 25h : L’espace médiatique : un nouveau lieu pour l’imaginaire social ?
Jean-Pierre GARNIER - Novembre 1985 / p. 125 - 140
21 décembre 2013 par eric

L’essor des nouvelles technologies de la communication est en train de bouleverser le paysage social et la multiplication des nouveaux réseaux est en passe de produire un espace spécifiquement médiatique, imbriqué à d’autres, économiques, institutionnels, culturels, contribuant ainsi à la reproduction de l’espace social. Quelles incidences aura sa configuration sur les pratiques et les représentations ? Comment affectera-t-il la reproduction des rapports de production ? Dans quelle mesure la vision du monde qu’il véhiculera n’habituera-t-elle pas les gens à vivre leur rapport à ce monde sur le mode spectaculaire — donc à les dissuader d’agir effectivement pour transformer les rapports sociaux fondamentaux ?

*

The rise of new communications technologies is convulsing the social landscape and the multiplication of new networks threatens to create a space that is specifically characteristic of the média, overlap-ping other spaces, economy, institution, cultural, and which will therefore contribute to the reproduction of the social space. What incidence will its profile have on social practices and social representations ? How will it touch the reproduction of production relations ? To what extent will the world-vision which it transmits accustom people to experiencing their relationship to the world along the spectacular mode — and therefore dissuade them from acting efficaciously to change the basic social relations ?

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Pour tous ceux qui, à un titre ou à un autre, s’intéressent au rôle actuel de l’espace dans l’émergence de nouvelles formes de sociabilité et de nouvelles constructions identitaires, l’impact de la diffusion des nouvelles technologies de la communication sur la configuration de l’espace social a ouvert un champ d’investigation presque illimité. Nombreuses sont les réflexions déjà produites. Plus nombreuses encore sont les interrogations demeurées sans réponse. Comment d’ailleurs baliser un domaine de recherche où le flou conceptuel semble avoir jusqu’ici été érigé en règle ? Certes, l’ampleur des innovations et la profondeur des mutations où elles se trouvent impliquées frappe d’obsolescence les limites des anciennes disciplines qui pouvaient servir à les appréhender, obligeant les chercheurs à jouer les apatrides théoriques en attendant que les frontières de leurs territoires respectifs soient redéfinies. À moins que la transversalisation des approches rendue nécessaire par la complexité du nouvel objet ne les condamne à une errance permanente. Cependant, outre la nouveauté des phénomènes observés, un obstacle de taille s’oppose à une exploration scientifique de ce champ aux contours incertains qu’est l’espace médiatique : l’excitation intellectuelle qui a saisi ceux qui ont entrepris de le défricher.

À lire, en effet, les innombrables développements consacrés à l’avènement de la « société de communication » — et consacrant cet événement — il apparaît que l’enthousiasme l’emporte de loin sur la lucidité. Dans leur immense majorité, les analyses prospectives portant sur l’agencement futur de l’espace social sous l’effet de la « révolution télématique » sont plus ou moins explicitement guidées par un point de vue apologétique fondé sur le postulat du caractère bénéfique de ce déferlement médiatique. Tout se passe comme si l’essor des nouvelles technologies avait donné le signal à l’envol de nouvelles mythologies.

Il est logique que les agents impliqués dans la conception, la fabrication ou la mise en œuvre des nouveaux médias en célèbrent les vertus miraculeuses. En revanche, il est quelque peu surprenant que la plupart des études censées cerner de façon rigoureuse leur influence dans les mutations que traversent les sociétés contemporaines se révèlent n’être que des discours d’accompagnement illuminés dont beaucoup ne font que redoubler sous une forme « savante » les litanies euphorisantes des publicitaires affectés à la promotion des « industries culturelles ». Quant aux approches « critiques » qui mettent l’accent sur les « effets pervers » de la médiatisation croissante du lien social qu’entraîne l’explosion de l’audiovisuel marié à l’électronique, elles débouchent souvent sur des visions d’apocalypse qui n’ont rien à envier, par l’esprit magique dont elles sont imprégnées, aux prévisions féeriques qu’elles prétendent « démystifier ». Le dénigrement comme l’encensement découlent d’une surévaluation du rôle des médias qui relève de l’idéologie, comme si les nouvelles technologies de la communication étaient venues combler le vide laissé par les utopies politiques congédiées par les penseurs de cette fin de siècle.

Faut-il dès lors en conclure à l’impossibilité d’élaborer une théorie scientifique de l’espace médiatique, impossibilité qui renverrait à une aporie lourde de conséquence au plan épistémologique ? Étant donné que tout discours sur la communication participe, qu’on le veuille ou non, du phénomène dont il vise à rendre compte, dans quelle mesure et à quelles conditions pourrait-il échapper aux déterminants sociaux de son objet ? L’économie des analyses traitant de l’espace médiatique, en particulier, peut-elle elle-même se soustraire aux lois, aux forces ou aux intérêts qui régissent l’économie de cet espace ? En d’autres termes, l’espace médiatique comme objet scientifique n’est-il pas indissociablement un objectif politique ? Dès lors, comment trouver un langage qui ne soit pas celui dans lequel notre civilisation se parle, sous peine d’avoir à utiliser pour examiner un aspect fondamental de son évolution présente, les termes mêmes dans lesquels cette civilisation se pense ?

Pour échapper aux tentations idéologiques dont seraient tributaires les constructions globalisantes, certains chercheurs ont choisi d’aborder la question des modifications provoquées par le développement des nouvelles technologies de l’information sur l’interaction sociale en privilégiant l’approche micro-sociologique, voire ethnographique. Outre que, dans ce domaine comme dans les autres, regarder la réalité sociale par le petit bout de la lorgnette n’implique pas que l’on ôte toute œillère idéologique, ce choix laisse entier le problème de l’articulation du « micro » au « macro ». La focalisation sur la communication interpersonnelle, par exemple, ne saurait servir de prétexte pour éluder ses relations avec la communication de masse. De même, la mise en place des réseaux d’information « décentralisés » destinés à « relocaliser » la surface d’inscription des rapports sociaux (radios locales privées, chaînes de télévision locales publiques ou privées, systèmes télématiques municipaux ou régionaux, etc.) ne doit pas faire oublier les espaces médiatiques plus vastes, nationaux ou transnationaux, dans lesquels les territoires locaux sont insérés. À l’heure où les grands groupes multimédia s’apprêtent à « arroser » l’hexagone par satellite et à l’« irriguer » par le biais de leurs réseaux câblés, le localisme est moins de mise que jamais.

D’une manière plus générale, la superposition à l’espace
 géographique « matériel » d’un espace de communication plus
 « abstrait », ou les flux passent désormais par les canaux qui les 
déterritorialisent, oblige à reconsidérer les critères de référence qui
reliaient traditionnellement les individus ou les groupes à un territoire perçu et vécu comme lieu d’identification et de différenciation. L’appropriation croissante de centre-villes par les couches dominantes, par exemple, en excluant du droit à un usage effectif de la centralité urbaine ceux qui, pour des raisons économiques ou à cause d’interdits d’ordre moral, ne peuvent y affirmer ou y afficher leurs propres pratiques culturelles, n’explique-t-elle pas en partie le succès de certaines radios « libres », l’érotisation de certaines messageries électroniques ou la prolifération des « cibistes » ? Privés d’espaces de rencontre où ils pourraient tenir le haut du pavé dans la ville bâtie, ne sont-ils pas amenés, en effet, à investir symboliquement l’espace médiatique, court-circuitant en quelque sorte par des échanges hors-sol la ségrégation spatiale ou la répression dont ils sont l’objet ?

Ce serait, néanmoins, aller un peu vite en besogne que de discerner dans la multiplication de ces usages « déviants » le signe annonciateur d’une démocratisation de l’espace médiatique fondée sur la suppression des distances physiques, comme se plaisent à l’annoncer les prophètes de la théologie de la communication.

Fascinés par l’essor foudroyant de la télématique et, notamment, par le succès du vidéotex, supposés lever les barrières physiques qui faisaient obstacle à la communication, certains augures de la galaxie Mac Luhan en sont déjà à déclarer caduque l’opposition entre l’« intra-muros » et l’« extra-muros » au sein des grandes agglomérations. C’est à se demander, dès lors, pourquoi les couches aisées persistent à vouloir résider dans la ville de Paris où les prix des appartements et les loyers continuent de s’envoler, tandis que les couches populaires se voient plus que jamais centrifugées vers la banlieue. C’est dans le centre directionnel de la Défense, et non dans une quelconque commune de la périphérie ou même une ville nouvelle, que sera implanté le Carrefour international de la Communication regroupant un centre de ressources lié à des laboratoires de recherche, une « cité des affaires réservée aux professionnels » et conçue comme une vitrine de la technologie de pointe française, et un lieu ouvert au « grand public » où pourront se rencontrer visiteurs, spécialistes des médias, chercheurs et industriels. La localisation de cet équipement de prestige montre bien la vanité des supputations sur les vertus décentralisatrices attribuées à l’outil médiatique. Les réseaux électroniques où circule l’information sont organisés selon une structure hiérarchique et centralisée qui ne fait que redoubler et reproduire, et donc consolider, dans l’espace médiatique, la hiérarchisation et la centralisation propre à la structure de l’espace social, qu’il soit envisagé sous l’angle institutionnel, économique, politique ou culturel.

Contrairement à ce qu’avancent bon nombre de chercheurs en sciences sociales impressionnés par les bouleversements technologiques en cours, ceux-ci ne déterminent pas les rapports sociaux : ils sont déterminés par ces derniers. À fétichiser une fois de plus la science et la technique, comme d’autres le firent à l’égard des « forces productives », on oublie que la « troisième révolution industrielle », comme celles qui l’ont précédée, ne peut aller dans le sens d’une « démocratisation » de l’usage de l’espace que pour autant qu’elle s’inscrirait dans un processus général de démocratisation de la vie sociale. Sinon, couplées à des rapports de production globalement inchangés, les techniques de communication ne seront maîtrisées que par une minorité, et surtout, qu’à son profit. Pour la majorité, elles se révéleront être avant tout des techniques d’excommunication. S’il ne fait pas de doute que leur diffusion massive contribue à réagencer le mode d’occupation des sols en revalorisant certains lieux jusque-là marginalisés du fait de la rigidité du système de communication traditionnel, il serait illusoire de compter sur l’extension et la densification du réseau médiatique pour mettre fin à la ségrégation socio-spatiale.

C’est que, contrairement à une vision naïve toujours tenace malgré les démentis répétés de l’expérience, les télécommunications n’abolissent pas l’espace : elles en créent un autre tout aussi différencié que ceux déjà répertoriés, qui vient s’imbriquer avec eux pour réorganiser selon des formes nouvelles, mais selon des principes identiques, les rapports que les hommes entretiennent les uns avec les autres et avec eux-mêmes. Au risque de paraître banal, rappelons que ce n’est pas la technologie qui façonne la société, mais l’inverse. Dans une société divisée en classes, la médiatisation croissante de la communication n’atténue ni, à plus forte raison, n’élimine la hiérarchisation des espaces. Elle ne fait qu’en redéfinir et complexifier les modalités.

C’est pourquoi l’utopie communicationnelle qui consiste à recourir à la télématique pour « abolir la distance » et résoudre ainsi les problèmes d’aménagement du territoire est, dès le départ, entachée non seulement d’irréalisme, mais aussi et surtout d’idéalisme dans la mesure où elle fait bon marché de la logique sociale qui régit tant l’organisation de l’espace que l’utilisation des nouveaux médias. Ainsi misait-on beaucoup sur les nouvelles technologies de l’information pour déconcentrer les emplois tertiaires, a priori plus mobiles que les emplois industriels parce que moins liés aux facteurs géographiques « classiques » de localisation. Or, ils se sont peu délocalisés au cours des années récentes. On avait tout simplement oublié que l’informatisation de la transmission des informations favorise la centralisation du pouvoir de décision requise par le fonctionnement du système capitaliste, qu’il soit privé, d’État ou « mixte ».

Annoncée à grands sons de trompe par les chantres de la « civi
lisation info-culturelle », l’égalisation des conditions d’accès à l’information a fait long feu face à la sélection par l’argent, d’une part, et par la qualification exigée, d’autre part, pour entrer dans les processus de consultation, surtout quand ceux-ci interviennent pour l’accomplissement de tâches « décisionnelles » et non d’exécution. Se demander ce que deviendront les entreprises et les administrations hiérarchisées par la détention — et la rétention — de l’information, lorsque n’importe qui pourra interroger une banque de données, est le type même de faux problème. Outre que ce n’est pas la détention de l’information qui est à l’origine de la hiérarchie mais l’inverse, le monopole du pouvoir n’allant jamais sans celui du savoir, ce n’est pas parce qu’on aura mis tout le personnel d’une banque ou d’un siège social devant un écran que les employés seront à égalité avec les dirigeants de sociétés. Nul n’ignore que les données « stratégiques » demeurent plus que jamais hors de la portée des premiers, pas seulement parce que les seconds ont pris leurs précautions pour que les secrets soient bien gardés, mais parce que la « formation », permanente ou non, que leurs subordonnés reçoivent pour s’adapter à l’outil informatique est également adaptée à la place qu’ils occupent dans la division du travail. Une place où la maîtrise du maniement d’un terminal d’ordinateur peut parfaitement aller de pair avec une ignorance totale de ce à quoi et de ceux à qui servent en dernière instance les centres serveurs. De même qu’il existe un niveau supérieur de l’armature urbaine qui accueille les fonctions nobles du secteur tertiaire, il est déjà évident que celles du secteur « quaternaire » ont tendance à s’y concentrer également. Quant aux optimistes qui rêvent d’une économie de la communication décentralisée reposant sur le passage de structures de réseaux « pyramidales » à des structures maillées propices à l’interactivité et non plus à la circulation verticale et unidirectionnelle de l’information, ils laissent de côté l’essentiel en inversant une fois de plus les causes et les effets. Si le modèle « pyramidal » finit par s’imposer dans la structuration de l’espace médiatique, c’est parce qu’il est en phase avec la « pyramide sociale » qu’il contribue à consolider, quitte à modifier l’articulation entre la base et le sommet.

Il ne faut donc pas s’étonner que la plupart des espoirs et des attentes suscitées par l’arrivée de la vague d’innovations technologiques en matière de communication, auprès de ceux qui imaginaient qu’elles allaient bouleverser les rapports sociaux au profit du plus grand nombre, aient été tour à tour déçus. Ainsi en alla-t-il de la diversification culturelle, autre thème en vogue parmi les apôtres de la religion médiatique. Là encore, la fétichisation de la technologie et son autonomisation idéologique par rapport à l’environnement socio-historique qui conditionne son développement et son usage ont conduit à sous-estimer la tendance à l’uniformisation, comme en témoigne la banalisation progressive des émissions diffusées par les « radio-libres » ou les chaînes de télévision locale. Face au rouleau compresseur des industries culturelles et à la normalisation imposée par les grilles de programme issues des calculs de rentabilité, les particularismes autoproclamés et les velléités d’indépendance à l’égard des modèles dominants pèsent de peu de poids. C’était faire abstraction, en effet, des inégalités économiques réintroduites par le coût d’acquisition des matériels ou de fabrication et de location des programmes, pour ne rien dire de la soumission aux contraintes du « taux d’écoute » ou « d’audience » qui ouvre ou ferme l’accès à la manne publicitaire. Du côté des utilisateurs ou plutôt des récepteurs, la même barrière financière vient empêcher une égale répartition dans la maîtrise des nouveaux moyens de communication. On regrette d’avoir à rappeler, là aussi, que la « high tech » n’est pas à la portée de toutes les bourses. Outre les différenciations entraînées par le prix des biens et services de communication et par le jeu des tarifications, les disparités culturelles contribuent à renforcer les écarts entre les différentes couches de la population. Sous cet angle, l’espace médiatique est aussi ségrégé que l’espace construit.

Parmi les clivages liés au mode de vie qui limitent l’appropriation des nouveaux médias par l’ensemble des agents sociaux, il en est un qui, en dépit des apparences, est appelé à exercer une influence accrue : la disponibilité en temps.

Que la relation des individus au temps soit fortement affectée par la simultanéité ou l’immédiateté inhérentes au temps-ordinateur, cela ne fait pas de doute. Il reste toutefois que la liberté des usagers de choisir selon leur gré les moments de stockage et de déstockage des informations est elle-même enserrée dans des plages horaires peu extensibles déterminées par une organisation de la quotidienneté qui échappe toujours à la majorité. Bref, n’en déplaise aux chantres de « la révolution du temps choisi », l’aménagement par chacun de son temps demeure plus que jamais tributaire de sa position dans la hiérarchie sociale. Et l’on sait que les « horaires à la carte » ou « le travail à temps partiel », qu’ils soient voulus ou subis, servent à tout autre chose, pour ceux et surtout pour celles dont ils rythment l’existence, qu’à naviguer « en temps réel » en pianotant sur un minitel. Qu’il s’agisse de travail ou de loisirs, les nouveaux rapports au temps qui découlent de la spatialisation médiatique des pratiques sociales accentueraient plutôt les clivages entre les catégories sociales, effet qui n’apparaîtra « pervers » qu’à ceux qui s’entêtent à oublier que les rapports à la technique ne sont jamais d’ordre technique, mais d’ordre social.

Ce qui vaut pour l’économie vaut également pour le politique. En l’absence de mouvements sociaux dont l’essor impliquerait une véritable réappropriation collective du pouvoir informatif, les politiques de communication mises en œuvre par les collectivités locales n’autorisent l’expression de la population que sous la forme d’une participation programmée dans le cadre de quelques « créneaux » aménagés pour attester le caractère démocratique de la communication « décentralisée ». Le développement de la vidéo-communication sous l’égide des autorités municipales, par exemple, s’inscrit dans une visée de relégitimation de leur pouvoir : même quand l’information n’est pas une propagande plus ou moins bien camouflée, la mise en scène du projet de développement des nouvelles technologies de la communication symbolise par elle-même, aux yeux des administrés, la capacité des élus à faire entrer leur ville ou leur région dans l’ère de la « modernité ». Peu importe, dès lors, l’insignifiance des messages véhiculés, puisque le médium, par son existence même, annonce précisément la « bonne nouvelle » : « Nous sommes désormais branchés. »

Bien qu’elle paraisse aller à l’encontre de la tendance à utiliser les technologies nouvelles de la communication au seul profit des pouvoirs centraux, publics ou privés, l’informatique communale permet d’abord aux collectivités locales de renforcer leur hégémonie sur la population. Elle n’accroît donc aucunement l’autonomie de pensée et d’action des citoyens. Présentée avant tout comme un outil de service destiné à « faciliter la vie quotidienne » des administrés en les rapprochant de l’administration, la télématique locale, par exemple, sert surtout à consolider l’emprise de la municipalité sur l’espace social et à donner plus d’efficacité à son action. Et ce ne sont pas les rares sondages organisés pour consulter les habitants sur l’opportunité de la construction de tel ou tel équipement public qui modifieront les rapports de domination entre représentants et représentés, ou les rapports de forces entre les catégories sociales au plan local.

D’une façon plus générale, l’espace médiatique local se révèle être avant tout celui du consensus, lequel bénéfice toujours aux autorités en place. Si l’on cartographiait par département la répartition des radios locales privées qui se partagent la bande de la FM, ou celle des informations qui transitent par les réseaux de télématique locale, selon qu’elles relèvent de l’information-service, de l’information-justification, de l’information communautaire produite par les associations ou de l’information militante en provenance des organisations politiques ou syndicales et des groupes « engagés », on s’apercevrait que le discours consensuel occupe presque toute la place. Municipalités et associations, pour ne rien dire des sociétés et entreprises prestataires de services, rivalisent pour présenter la vie locale sous un jour pacifique et apolitique : solidarité, unité, rassemblement, communauté, convivialité apparaissent aller de soi, fondés sur l’appartenance à un même territoire ou l’enracinement dans une même histoire expurgée des conflits pouvant trouver quelque résonance dans le présent. Face à cet œcuménisme médiatique, les informations « conflictuelles » font figure d’exception. De ce point de vue, le caractère apaisé et lénifiant de l’espace médiatique local confirme l’opinion selon laquelle les choix de cité ne sont pas des choix de société.

En ce qui concerne les radios locales privées, c’est également « l’apolitisme » qui prédomine : la formule « music and news » importée des États-Unis est la plus répandue, et ce sont les stations qui l’ont adoptée qui raflent la majeure part des investissements publicitaires. Il faut souligner à ce propos le manque d’études systématiques sur la répartition géographique des radios locales selon leur vocation, leur statut, leur mode de financement, leur audience, les liens qu’elles entretiennent avec les institutions locales, les groupes de presse, les réseaux multimédias nationaux, etc. À quoi sert, par exemple, de savoir qu’il y a plus de quinze radios dans l’Hérault ou le Finistère alors qu’il y en a moins de cinq dans la Loire ou l’Indre, si l’on ne croise pas ces données avec des variables qui leur donneraient sens ? Outre celles mentionnées ci-dessus, propres à l’objet étudié, il faudrait rapporter ces données à certaines caractéristiques économiques, démographiques, géographiques, culturelles, sociologiques, voire politiques, des départements considérés. On parle beaucoup de « paysage audiovisuel » ou « télématique », mais tout se passe comme si cette expression ne valait que comme métaphore. Or, la connaissance de la structure, du fonctionnement et des effets du système informationnel passe par celle de son inscription dans l’espace dont il contribue à redéfinir les coordonnées.

Bien qu’il soit toujours risqué d’opérer un transfert analogique du temps à l’espace, il est permis de se demander s’il en ira pas de la société « info-culturelle » en gestation comme il en a été pour le temps avec l’essor de la société industrielle. À savoir que l’espace, après le temps, est susceptible de changer de nature, c’est-à-dire de rompre définitivement avec la nature. Complément et miroir à la fois de l’espace de travail, l’espace médiatique ne peut pas être un « espace de liberté » dans la mesure où, comme n’importe quel autre type d’espace, il doit être soumis aux principes qui commandent l’organisation du travail dans une société soumise aux rapports marchands : la rentabilité et la fonctionnalité.

À voir la foire d’empoigne à laquelle a donné lieu l’attribution ou la revente des fréquences sur la bande FM, les marchandages qui ont préludé au lancement des nouvelles télévisions hertziennes ou la laborieuse mise sur orbite de TDF 1, tout laisse penser que l’espace médiatique est d’abord conçu pour être un espace productif, débité en tranches, horaires ou non, pour être vendu et consommé ou servir à vendre et à acheter. De même que l’espace « aménagé », l’espace « médiatisé » a d’autant moins de chances d’échapper à l’emprise de l’économie de marché que sa constitution même en est le produit. Aussi est-il naïf de miser sur son « immatérialité » pour prendre en quelque sorte à revers par des détours « ludiques » la préséance de la rationalité économique. C’est lui qui, au contraire, absorbera pour le marchandiser ce qui subsistait encore d’irréductible à l’échange marchand, qu’il s’agisse de relations affectives ou d’expression poétique. Car si c’est au plan symbolique que la « médiatisation » de l’espace va sans doute avoir les répercussions les plus profondes, ce n’est pas dans le sens d’une transformation radicale des rapports sociaux qu’elles agiront, mais sur la manière dont ils se reproduiront.

Par le biais des nouvelles technologies de la communication, la quête de l’identité et de la solidarité emprunte des voies inédites. Recherche paradoxale, si l’on songe que la perte de l’une et de l’autre doivent beaucoup à l’extension du premier et du plus « parfait » des médias : la monnaie. Comme si les nouveaux médias pouvaient à eux seuls restituer l’immédiateté des relations à soi et aux autres à laquelle elle a mis fin ! Toujours est-il qu’ils sont souvent présentés comme une thérapeutique de masse à la détérioration du lien social ou un remède à la dépersonnalisation de l’individu dépossédé de son autonomie par les « grands appareils ». Qu’il s’agisse de gens ayant des difficultés à entrer en contact avec les autres ou désireux de libérer leur personnalité du poids dès contraintes sociales qui la modèlent d’ordinaire, la « téléconvivialité », pour ne citer qu’elle, vise avant tout à pallier un manque. Les uns cherchent à rompre la solitude que génère la vie moderne dans les grandes agglomérations où la division du travail et de l’espace cloisonne les groupes sociaux et segmente les rôles. Les autres s’amusent à troquer les masques sociaux pour des masques individuels et surtout individualisés lors de rituels d’identification placés sous le signe du jeu. Dans les deux cas, qui ne sont d’ailleurs pas exclusifs l’un de l’autre puisque l’affirmation narcissique du moi implique la présence de l’Autre comme miroir, le recours à cette prothèse électronique qu’est la téléconvivialité sert de substitut à une remise en cause de la société qui rend un tel recours nécessaire.

Ainsi, considérant comme une fatalité la déliaison sociétale consécutive à la pénétration des rapports marchands dans toutes les sphères d’activité et à la généralisation de la logique instrumentale, on compte sur le maillage télématique pour remailler le « tissu social » déchiré. De même, l’atomisation, la froideur et l’insécurité qui caractérisent aujourd’hui la vie citadine ne seront-elles plus prises comme points de départ pour une critique politique du « cadre de vie » capitaliste et du « mode de vie » qu’il matérialise : l’espace médiatique où les pulsions identitaires et les fantasmes communautaires seront appelés à transiter suppléera aux carences de l’espace construit.

Plutôt que de chercher à transformer les rapports sociaux où ils sont insérés et qui mutilent leur personnalité, les « téléconvives » préfèrent composer des personnages libérés des codas et des interdits inhérents à l’existence réelle hors réseau qui, elle, demeure soumise à l’emprise des rapports de domination. C’est pourquoi la micro-société qui se développe dans l’entrelacs des réseaux médiatiques n’est pas structurée en groupes dont la cohésion reposerait sur des solidarités professionnelles renforcées par des projets politiques communs. Elle est composée de « tribus » éphémères qui se font et se défont au gré des identités d’emprunt ou des centres d’intérêt du moment. Pour tous ceux qui s’estiment insatisfaits de leur statut social, il n’est plus question de contester les hiérarchies qui les infériorisent. Au lieu de lutter « ici et maintenant » pour jeter bas le « système », ils font appel au support des télécommunications pour s’établir — et se rétablir — dans un « ailleurs » où leur personnalité pourra s’épanouir sur un mode illusoire auquel les artefacts électroniques donneront une apparence tangible : l’espace médiatique.

Cette « réalisation de soi » par le biais des « immatériaux » télématiques est, en fait, complètement déréalisée puisque, fonctionnant à base de simulacre, elle exclut en même temps l’espace physique et le champ social d’où les relations humaines tirent leur substance concrète. Certains sociologues, après avoir cru discerner le « réveil de la société civile » en tablant sur les « nouveaux mouvements sociaux » apparus au cours des années soixante-dix (écologisme, féminisme, régionalisme, consumérisme...), s’emploient aujourd’hui à accréditer l’idée selon laquelle la recherche de socialisation passerait désormais par le recours intensif à la panoplie des machines à communiquer mises à la disposition des particuliers par la Direction générale des télécommunications. Comme jadis la prolifération des associations et des comités surgis dans le feu des diverses luttes qui opposaient les citoyens à l’État, la multiplication des « groupes de messagerie » et autres « groupes d’expression libre » raccordés au réseau télématique témoignerait d’une tendance à la réappropriation de l’espace médiatique par les citoyens. Outre que seule une minorité de ces derniers use du minitel à des fins ludiques et culturelles, cet usage favorise moins le développement du sens civique que la fuite dépolitisée de chacun dans son imaginaire personnel. Loin de ressouder les communautés en voie de décomposition, l’espace médiatique ainsi conçu achève au contraire de les désintégrer en agrégats de solitudes d’autant plus faciles à manipuler qu’au conditionnement externe aura été substitué l’auto-conditionnement par la consommation individualisée.

N’en déplaise aux adeptes du « small is beautiful », amateurs de « petits récits », de « mini-outils » et « micro réseaux » de l’ère postmoderne, le « small brother » avec lequel ils aiment jouer est bien le petit frère du « big brother » qu’ils prétendent rejeter. Comme le prouve l’expérience Gretel menée à Strasbourg, la maîtrise du Minitel et le détournement de la messagerie électronique peuvent conduire, s’ils ne sont pas socialement et psychologiquement intégrés à une démarche libératrice à l’égard des déterminants sociaux effectifs, à un assujettissement autogéré.

Faut-il dès lors en déduire que les vertus « compensatrices » de cet espace imaginaire et pourtant bien réel œuvrent exclusivement à la consolidation de l’ordre établi ? Cela reviendrait tout d’abord à prêter à la technique un pouvoir de réguler les contradictions et de préserver durablement l’ordre établi dont l’expérience montre qu’il a été surestimé jusqu’ici. Ensuite, cela conduirait à ignorer les virtualités déstabilisatrices de cette réintroduction massive du symbolique dans les échanges télématisés.

À jouer à cache-cache avec des personnalités fictives, à commencer par les doubles de soi-même au travers desquels on aime à se représenter, on en vient parfois à s’interroger sur le ou les rôles sociaux que l’on joue en temps « normal ». Or, cette incertitude identitaire prend place dans un contexte de déliquescence sociale qu’elle ne peut qu’accentuer. Parallèlement au démantèlement des cadres socio-économiques traditionnels qui assuraient l’intégration (et la division) du corps social, le dépérissement des anciennes références idéologiques est en train de produire des masses flottantes d’individus privés de repères stables qui dérivent d’une appartenance à une autre, sans allégeance fixe. Dans le vide ainsi créé, chacun sent confusément la fragilité des liens qui le rattachent désormais à ses semblables, dès lors que sont rompues les amarres traditionnelles qui le reliaient par la pensée au tout social. Si ces relations devaient, dans l’avenir, se réduire au cordon ombilical qui « branche » les « téléconvives » à la société câblée, on pourrait affirmer que le lien social ne tiendrait plus réellement qu’à un fil !

Sous prétexte que les nouvelles technologies de la communication peuvent fournir le point d’appui à des imaginaires nouveaux, on en infère qu’elles sont porteuses par elles-mêmes d’une modification fondamentale des mentalités et des comportements. Or, leur déploiement s’inscrit dans le cadre de rapports sociaux globalement inchangés. Alors que ce sont précisément ces rapports des hommes entre eux qui conditionnent leurs relations aux médias et non l’inverse, « l’information » a remplacé l’économie comme deus ex machina de la production sociétale dans les interprétations récentes qui prétendent rendre compte des mutations du monde contemporain. Peut-être qu’à force de produire de l’interdépendance sans faire jouer du sens, le marché omniprésent a fini par provoquer parmi bon nombre d’intellectuels une évasion compensatrice vers un « lieu » où les médiations ne passeraient plus par lui : le symbolique. D’où la propension actuelle à ériger la quête des signes en nouveau moteur de l’histoire, comme si les rapports de communication pouvaient être déconnectés des rapports de production qui les structurent et les façonnent !

Qu’il faille réévaluer la part idéelle de tout rapport social, cela ne fait aucun doute, au moment où les nouvelles technologies de la communication et, plus exactement, la « technologisation » de la communication obligent à réviser les critères de distinction qui prévalaient jusqu’ici pour dégager ce qu’il y a d’idéel dans le réel. Mais ce serait verser dans l’idéalisme que de ramener la reproduction de la société à des processus relevant essentiellement de l’ordre du symbolique, c’est-à-dire des questions de représentation et de langage. L’irruption directe et matérielle des fameuses « forces productives » dans la « superstructure », sous la forme des innovations médiatiques, ne met pas fin à l’emprise des médiations de type fonctionnel régies par la loi du profit et la logique du pouvoir. On peut même avancer que cette invasion parachève la réification des relations sociales puisque la technologie, de simple outil au service d’objectifs dont la définition incomberait au politique, est en passe de devenir une manière de justifier des projets qui ne fondent leur légitimité que sur l’efficacité et la « modernité » technocratiques. La personnification de l’ordinateur comme interlocuteur de l’usager n’est à cet égard que l’envers de la chosification des rapports entre les hommes.

L’élaboration d’une théorie de l’espace médiatique ne relève donc qu’en partie et de façon secondaire, sinon subordonnée, d’une sociologie ou d’une anthropologie de l’imaginaire. Une géographie de l’imaginaire, en revanche, permettrait de réinsérer l’espace médiatique dans l’ensemble des réseaux dont la configuration spatiale matérialise le système social. Encore faudrait-il, pour qu’une telle théorie demeure elle-même matérialiste, que les chercheurs en sciences sociales sachent échapper aux sollicitations de leur propre imaginaire. Or, pour appartenir à cette « classe médiane » préposée par la division du travail aux tâches de médiation, ils semblent paradoxalement trop bien « placés » pour ne pas céder à une telle tentation.

Il est toujours tentant, en effet, de valoriser ce qui sert à vous mettre en valeur. Le succès que connaît depuis quelques années la thématique du « local » dans le milieu intellectuel traduisait déjà la propension de la nouvelle petite-bourgeoisie à faire de nécessité vertu, c’est-à-dire à se consoler de n’être qu’une classe intermédiaire incapable de peser sérieusement sur le cours des choses au niveau central et à l’échelle planétaire. De même son impuissance historique à modifier le cadre socio-économique, qu’elle avait rêvé de bouleverser à la belle époque de la « contestation du système », l’a peu à peu conduite à privilégier la dimension « symbolique » des pratiques sociales, dérivant ainsi de l’économisme et du politisme vers le psychanalysme et le sémiologisme, quand ce n’est pas vers le spiritualisme. La voilà maintenant en train de faire une fixation sur le phénomène de la « communication ». N’y aurait-il pas dans cette focalisation idéologique un désir plus ou moins inavoué, de la part de la classe médiane, d’exalter ce qu’elle a pour vocation de promouvoir et, par là même, de contribuer à sa propre promotion ?

Même si elle modifie le rapport entre l’idéel et le matériel, le rationnel et l’instinctuel, la réalité et sa représentation, l’influence des médias n’est pas illimitée : ils fonctionnent dans le cadre de rapports sociaux fondamentaux qu’ils ne peuvent ni radicalement transformer ni durablement préserver. Mais, pour les « nouveaux médiateurs », reconnaître que le mode de communication correspond aux exigences du mode de production capitaliste reviendrait à admettre le caractère subalterne des fonctions qui leur sont imparties. Il en va tout autrement si l’on considère « la communication » en général et les médias en particulier comme le levier du « changement social ». Il ne s’agirait plus alors de faire de nécessité vertu mais d’attribuer à la « révolution médiatique » la vertu d’échapper à la nécessité. Ce qui expliquerait que l’espace médiatique puisse apparaître à certains comme un « espace de liberté », ouvrant la voie de la transition vers une société libérée [1].

Jean-Pierre GARNIER

[1] Article à paraître dans l’Encyclopédie des sciences et des techniques, volume I : Les Espaces et leurs Enjeux.

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