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Dernière mise à jour :
mercredi 28 juin 2017
   
Brèves
Index chronologique des notices de parutions
dimanche 15 mars
Enfin ! Mise à jour de notre index chronologiques des notices de parution... histoire de faciliter les recherches dans ce qui est paru ces quelques dernières années !
La Première Guerre mondiale sur le site Smolny
jeudi 20 novembre
Une notice thématique regroupe par ordre chronologique de parution tous les documents sources qui sont publiés sur le site du collectif Smolny en rapport avec la Première Guerre mondiale et le mouvement ouvrier international : « Documents : La Première Guerre mondiale ( Juillet 1914 - Novembre 1918 ) ». Cette notice est mise à jour à chaque nouvel ajout. À consulter régulièrement donc.
Mise à jour de la bibliographie de Nicolas Boukharine
mardi 27 mai
Il manquait à la bibliographie des œuvres de Boukharine en langue française les articles publiés par Smolny dans l’ouvrage La revue Kommunist (Moscou, 1918). Oubli réparé.
Rosa Luxemburg : bibliographie française
mardi 15 avril
Mise à jour et toilettage complet de la notice bibliographique des œuvres de Rosa Luxemburg en langue française.
Capital, valeur, plus-value et exploitation du travail
jeudi 15 novembre
La deuxième séance du cycle de formation « Pourquoi le marxisme au XXIe siècle ? » se tient ce jeudi soir 15 novembre 2012 à 20h30 au local FSU , 52 rue Jacques Babinet, immeuble Peri-ouest, 2° étage (Métro Mirail Université à Toulouse).
Mise à jour de la bibliographie...
dimanche 9 septembre
... de la série Historical Materialism Books, depuis le numéro 26 jusqu’au numéro 40.
Sur le Web
Parti communiste international (Le Prolétaire)
Publie en France Le Prolétaire et Programme communiste. Description extraite de ce site flambant neuf - CE QUI NOUS DISTINGUE : La ligne qui va de Marx-Engels à Lénine, à la fondation de l’Internationale Communiste et du Parti Communiste d’Italie ; la lutte de classe de la Gauche Communiste contre la dégénérescence de l’Internationale, contre la théorie du « socialisme dans un seul pays » et la contre-révolution stalinienne ; le refus des Fronts populaires et des fronts nationaux de la résistance ; la lutte contre le principe et la praxis démocratiques, contre l’interclassisme et le collaborationnisme politique et syndical, contre toute forme d’opportunisme et de nationalisme ; la tâche difficile de restauration de la doctrine marxiste et de l’organe révolutionnaire par excellence - le parti de classe -, en liaison avec la classe ouvrière et sa lutte quotidienne de résistance au capitalisme et à l’oppression bourgeoise ; la lutte contre la politique personnelle et électoraliste, contre toute forme d’indifférentisme, de suivisme, de mouvementisme ou de pratique aventuriste de « lutte armée » ; le soutien à toute lutte prolétarienne qui rompt avec la paix sociale et la discipline du collaborationnisme interclassiste ; le soutien de tous les efforts de réorganisation classiste du prolétariat sur le terrain de l’associationnisme économique, dans la perspective de la reprise à grande échelle de la lutte de classe, de l’internationalisme prolétarien et de la lutte révolutionnaire anticapitaliste.
canutdelacroixrousse
L’histoire de la colline de la Croix-Rousse et des canuts. Ce Blog est une mine d’informations sur les canuts allant de pair avec une connaissance très fine de Lyon / Croix-Rousse. Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant !
Les Amis de Daumier
Créée en 1994, l’Association des Amis d’Honoré Daumier se propose par ses statuts de promouvoir, en France et à travers le monde, l’œuvre multiforme - dessins, peintures et sculptures - de cet immense artiste.
Parti Communiste International (Il Programma Communista)
Publie en France les Cahiers internationalistes, consultables en ligne sur le site depuis le numéro 6. Présentation : Ce qui nous distingue : la ligne qui va de Marx à Lénine, à la fondation de l’Internationale Communiste et du Parti Communiste d’Italie (Livourne, 1921), à la lutte de la Gauche Communiste contre la dégénerescence de l’Internationale, contre la théorie du "socialisme dans un seul pays" et la contre-révolution stalinienne, et au refus des fronts populaire et des blocs partisans et nationaux. La dure œuvre de restauration de la doctrine et de l’organe révolutionnaires au contact de la classe ouvrière, dehors de la politique personelle et électoraliste.
Démocratie Communiste
Site luxemburgiste, dont voici le manifeste minimal : Démocratie communiste s’inscrit dans la lignée du mouvement ouvrier démocratique, et lutte : pour l’abolition du capitalisme, du travail salarié, et de la division des êtres humains en classes sociales ; pour mettre fin à la dictature de la classe capitaliste, et mettre en place la démocratie directe ; pour une société socialiste-communiste ; pour en finir avec le sexisme et le patriarcat ; contre toutes les formes de racisme, de nationalisme et de patriotisme ; pour l’abolition de toutes les frontières. Textes d’actualité et thématiques (peu nombreux).
Les Amis de Spartacus
Edition fondée par René Lefeuvre en 1934. A publié Rosa Luxemburg, Anton Pannekoek, Boris Souvarine... Un fond exceptionnel et incontournable.
WALTER Gérard : Sur la conférence de Zimmerwald
Extraits de l’ouvrage « Lénine » - Parution : 1950
4 avril 2015 par sam

Note Smolny :

Sur Zimmerwald, quelques extraits d’un hagiographe du « bouledogue » Lénine, qui valent encore car ils montrent la pugnacité, la patience du révolutionnaire. Pendant que Rosa, en prison, écrit le « second Manifeste » contre l’impérialisme, Lénine, en exil en Suisse, rassemble la gauche. Pour lui, cette guerre est une « bénédiction » ! Dès septembre, il explique :

"La transformation de la guerre impérialiste actuelle en guerre civile est le seul mot d’ordre prolétarien juste, enseigné par l’expérience de la Commune, indiqué par la résolution de Bâle (1912) et découlant des conditions de la guerre impérialiste entre pays bourgeois hautement évolués. Si grandes que paraissent à tel ou tel moment les difficultés de cette transformation, les socialistes ne renonceront jamais, dès l’instant que la guerre est devenue un fait, à accomplir dans ce sens un travail de préparation méthodique, persévérant et sans défaillance. [...] Vive la fraternité internationale des ouvriers contre le chauvinisme et le patriotisme de la bourgeoisie de tous les pays. Vive l’Internationale prolétarienne, affranchie de l’opportunisme !" (Lénine, Oeuvres tome 21, page 28)

Sam


Pendant longtemps, Lénine n’avait pas cru la guerre possible. Au cours des années 1911-1913 quand les rumeurs d’une guerre imminente se répandaient en Europe, il répétait dans ses lettres : Je n’y croit pas, tout en la souhaitant. « Malheureusement, écrivait-il, notre petit Nicolas et le vieux François-Joseph ne nous feront pas ce plaisir. »

Pourquoi souhaitait-il la guerre ? Parce qu’il raisonnait en marxiste et en révolutionnaire conséquent. La révolution naît de la guerre civile. La guerre civile est le résultat d’une guerre malheureuse. Exemple : la Commune en France. En 1905, ce qui a contribué à l’explosion révolutionnaire c’est la défaite militaire de la Russie en Mandchourie. Evidemment, le tsarisme a fini par se ressaisir, mais c’est parce que les dirigeants révolutionnaires ne se sont pas trouvés à la hauteur de la situation, parce qu’un parti fort et homogène appelé à se mettre à la tête des masses n’existait pas encore. A présent, ce parti existe, ou, plutôt, commence à exister. Il faut donc travailler d’arrache-pied pour forger le plus rapidement possible l’outil dont a besoin la révolution future.

[...] Comme toujours, Lénine évite toute démarche, toute initiative ayant un caractère individuel. [...] Il s’agit, pour le moment, de rassembler les bolchéviks, éparpillés à travers l’Europe, dans une organisation homogène et disciplinée, avec à sa tête, un Comité exécutif assumant toute autorité et siégeant à Berne, autrement dit, à portée de main.

[...] La conférence dura six jours. Elle tourna toute autour du rapport, fait par Lénine, sur l’attitude qui devait être adoptée à l’égard de la guerre. Prenant pour point de départ ses sept thèses, il exigeait : 1e - Une propagande révolutionnaire systématique en faveur de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile au moyen d’une action révolutionnaire de la masse ouvrière contre « son » gouvernement et « sa » bourgeoisie, ainsi qu’à l’aide de la fraternisation des soldats des armées belligérantes qu’il fallait encourager par tous les moyens ; 2e - Une lutte impitoyable, non seulement contre l’opportunisme international, mais aussi contre le « Kautskisme » qui trompe les ouvriers par son faux radicalisme ; 3e - Créations des organisations clandestines chargées de ce travail et développement du travail illégal, parallèlement à l’exploitation de toutes les possibilités légales ; 4e - Obligation, pour les vrais social-démocrates révolutionnaires, de ne pas se contenter de « souhaiter » la défaite de leurs gouvernements respectifs mais aussi d’y contribuer par des actes ; 5e - Lutte contre le pacifisme lâche et contre la propagande en faveur d’une « paix démocratique » ; 6e - Soutien par tous les moyens du droit des peuples opprimés d’acquérir l’indépendance en se séparant de leurs oppresseurs ; 7e - Reconnaissance du principe des États-Unis d’Europe en tant qu’étape à franchir sur le chemin de la construction d’une nouvelle Europe ; 8e - Travail préparatoire persévérant en vue de la création d’une Troisième Internationale dégagée de tout opportunisme.

[...] Un comité directeur fut élu. Parmi les cinq membres qui le composaient figuraient Kovalevskaïa, Inès et la femme de Zinoviev.

[...] Fort de cet appui, il pouvait faire son apparition dans l’arène internationale. Lénine se tourna d’abord vers les neutres. Déjà fin septembre 1914, ayant appris que les socialistes italiens et suisses se réunissaient à Lugano pour tenter une protestation contre la guerre, il leur fit parvenir ses sept thèses. [...] En octobre suivant Lénine essaya d’établir le contact avec Höglund, le jeune leader des social-démocrates de gauche. « Faites sa connaissance, écrit-il à Chliapnikov dont il venait d’apprendre l’arrivée à Stockholm, lisez-lui notre manifeste, recommandez-vous de ma part : nous nous sommes connus à Copenhague. [...] Ce n’est qu’un antimilitariste naïf et sentimental. Eh bien c’est à gens-là qu’il faut dire : ou bien adoptez le mot d’ordre de la guerre civile ou bien restez avec les opportunistes et les chauvinistes. »

En Hollande il chercha à entrer en rapport avec Pannekoek dont l’article intitulé La faillite de la deuxième Internationale lui plut infiniment. En Suisse, il se lia dès le début avec Robert Grimm.

[...] En mars, une semaine après le rassemblement des sections bolchéviques à Berne, eut lieu dans cette même ville, la conférence internationale des femmes : comprenant bien l’importance de cette réunion où, pour la première fois depuis la guerre, allaient se rencontrer les représentantes des organisations socialistes des pays ennemis, Lénine y envoya une délégation sélectionnée avec un soin particulier. En firent partie : sa femme, celle de Zinoviev, Inès Armand et deux militantes choisies parmi les meilleures. Le résultat se révéla bien mince. Les Anglaises, les Allemandes, la Française (il n’y en avait qu’une seule : Louise Saumoneau), les Russes menchéviques et les neutres, toutes s’étaient mises d’accord pour adopter une résolution qui, bien que condamnant la guerre, faisait confiance à la Deuxième Internationale pour reprendre l’œuvre socialiste compromise par les événements. [...] Le mois suivant, à la conférence internationale des Jeunes, Inès, accompagnée de Safarov, fut plus favorisée : elle réussit à recruter à la cause du bolchévisme quelques adolescents dont l’Allemand Willy Mûnzenberg, sans arriver toutefois à sortir des limites de la stricte minorité où le parti qu’elle représentait, demeurait confiné.

[...] Pendant ce temps, la conscience européenne commençait à s’éveiller au bout de dix mois de carnage. En Allemagne, Liebknecht lançait le mot d’ordre : « Le principal ennemi est à l’intérieur de notre propre pays » et adressait au Comité central du parti social-démocrate allemand une « lettre ouverte » qui protestait contre l’attitude prise envers la guerre par la majorité de ses dirigeants ; elle était contresignée par un millier de militants occupant des postes responsables dans le parti. Les chefs : Kautsky, Bernstein et Haase, sentant le vent tourner, publient un manifeste en faveur de la paix et condamnant toute annexion. En France, pendant que le troisième ministre socialiste, Albert Thomas, tout récemment entré en fonctions, clame, s’inspirant de la formule du maréchal French : « Des munitions, des munitions, et encore des munitions ! », le secrétaire de la Fédération des métaux, Arthur Merrheim, déclare : « Cette guerre n’est pas notre guerre ». Un groupe d’instituteurs de la Charente publie un manifeste qui annonce : « Assez de sang versé ! ». Trotsky, venu s’installer à Paris (il a pu obtenir un visa d’entrée en se présentant comme correspondant de guerre d’un journal bourgeois de Kiev), ne cesse de répéter dans sa feuille Naché Slovo (Notre Parole) qu’il arrive à faire vivre par un miracle d’ingéniosité : « Luttons pour la paix ». En Italie, à peine entrée en guerre, le parti socialiste est plus divisé que partout ailleurs. Le député Morgari, secrétaire de sa fraction parlementaire, entreprend de réunir une conférence internationale où, à l’instar des femmes socialistes à Berne, les hommes socialistes de tous les pays, s’assembleraient pour s’entendre sur les moyens d’en finir avec la guerre. Il se rend à Paris, voit Trotsky qui accepte d’emblée son projet [Voir son récit de la rencontre, in Trotsky, Ma vie, dont des extraits sont disponibles sur notre site.], et entre en rapport avec des députés socialistes français.

[...] De France, Morgari alla en Suisse où il s’entendit avec Robert Grimm qui se chargea de l’organisation matérielle de la conférence. [...] Il fut convenu que les invitations seraient adressées à tous les partis et groupements ayant des représentants au Bureau Socialiste International.

[...] Radek est pressenti pour travailler les allemands. Il y a, notamment, parmi eux le député au Landtag de Prusse, Julius Borchardt qui publie une petite revue Lichstrahlen (Rayons de lumière), où il mène un combat acharné contre la social-démocratie officielle et appelle la formation d’un parti nouveau dégagé de tout compromis. Seulement il ne représente que lui-même et quelques rares collaborateurs, dont Radek. Celui-ci trouve l’idée de Lénine d’introduire Borchardt à la conférence « comique ». Lénine répond : « Condidérer les Lichtstrahlen comme un groupe particulier et le tenir pour plus important que celui de la Zetkin, n’est pas du tout comique. Borchardt a été le premier à déclarer publiquement en Allemagne : « La social-démocratie a abdiqué. » C’est là un acte politique de la plus haute importance. »

[...] Venu à Berne deux jours avant l’ouverture de la conférence, Lénine se fit présenter aussitôt les deux délégués français. Le « père Bourderon » lui fit l’impression d’être un homme peu commode. Son jeune camarade parut plus souple, plus liant. Il entreprit de faire sa conquête. « Pendant huit heures, écrivait Merrheim par la suite, nous avons discuté pied à pied. Lénine était pour la Troisième Internationale, pour la déclaration des masses contre la guerre. Je lui répondais que nous étions venus, Bourderon et moi, pour jeter le cri de notre conscience angoissée, afin de dresser dans tous les pays une action commune contre la guerre. Je n’ai pas pris l’engagement que demandait Lénine, car ç’aurait été un crime que de faire une promesse que je savais ne pas pouvoir tenir. »

Tous ces efforts ne demeurèrent pas vains. Lénine réussit à grouper autour de lui, aux côtés de Radek acquis d’avance et de son fidèle Letton [Il s’agit de Berzine.], un Suisse, Platten, et l’Allemand Borchardt qui, somme toute, lui était redevable de sa présence à la conférence. L’activité déployée par Mme Kollontaï lui valut l’adhésion de deux jeunes scandinaves : Höglund, représentant du groupe des Jeunes Suédois, et Nerman, celui de l’Union de la Jeunesse de Norvège. Avec lui et Zinoviev, cela faisait huit personnes. Ainsi s’est formée la gauche « zimmerwaldienne » qui fera beaucoup parler d’elle par la suite.

[...] Radek se chargea de rédiger le projet de la déclaration devant être soumis au nom du groupe à la conférence. Il ne plut pas à Lénine. « Pourquoi ces ménagements, lui écrivait-il, pourquoi dissimuler aux yeux des ouvriers la présence de leur pires ennemis dans les rangs du parti social-démocrate ... Votre projet est trop académique, ce n’est pas un appel au combat, ce n’est pas un manifeste de combat. » A la réunion préliminaire du groupe qui eut lieu le 4 septembre (la conférence devait s’ouvrir le lendemain), Lénine lut le sien. Il disait :

« Les socialistes ne leurreront pas le peuple par des espérances d’une paix prochaine, durable, démocratique, possible sans la suppression des gouvernements actuels. Seule, une révolution sociale mène à la paix et à la liberté des nations. »

[...] Les scandinaves trouvèrent que c’était un peu trop fort. Radek se rangea à leur avis et se mit à lire son projet, qui trouva plus de faveur auprès de l’« opposition ». Lénine ne protesta pas. Il accepta le texte de Radek tout en y apportant par endroits des retouches très habiles qui en corsaient sensiblement la portée.

[...] La conférence s’ouvrit à Zimmerwald, petit village à quelque dix kilomètres de Berne.

[...] Le rapport des forces s’établit dès la première séance :

Une forte majorité de droite (23 membres) comprenant sept Allemands, tous les Italiens, quatre Russes, trois Suisses, trois Polonais et les deux Français. Chef : Ledebour.

Une minorité de gauche, dite la « gauche zimmerwaldienne » (8 membres). Chef : Lénine.

Un centre assez hétéroclite, flottant entre la gauche et la droite (7 membres dont les deux Spartakistes allemands, un Russe, un Suisse, un Hollandais, un Roumain et un Bulgare). Chef : Trotski.

[...] Pendant que Radek lisait son texte, Ledebour trépignait de colère. La lecture terminée il laissa éclater son indignation : C’est de la démagogie, de l’anarchisme, du bakounisme. Bien entendu les social-démocrates admettent le principe de la guerre civile et de la grève politique générale, mais il est inutile de le crier sur les toits. On ne fait pas des discours. On agit. On marche en avant, on ne fait pas marcher les autres. « Nous autre social-démocrates, conclut-il, nous ne brillons pas par le courage comme Radek (celui-ci, mobilisable, ne bougeait pas de Suisse), mais nous aussi, nous agissons. », et, se tournant vers Lénine, le vieux lutteur lui jette, sarcastique : « C’est trop commode, de lancer des appels révolutionnaires aux masses, après s’être réfugié à l’étranger. » Ensuite l’Italien Serrati reprocha à Lénine de vouloir changer tout le programme de l’Internationale, et invoqua un texte d’Engels qui réprouvait la violence. Bourderon opina dans le même sens en s’écriant : « Lénine ! Vous voulez former une nouvelle Internationale. Nous ne sommes pas venus ici pour cela ! » et Merrheim ajouta : « L’ouvrier français corrompu et saturé de la phrase hervéiste et anarchiste ne croît plus à rien. »

Lénine se défendit avec beaucoup de vigueur. Il protesta d’abord énergiquement contre les allusions blessantes de Ledebour : « Il s’est écoulé vingt-neuf ans, lui dit-il, depuis le temps où je fus arrêté pour la première fois en Russie. Durant ces vingt-neuf ans je n’ai cessé de jeter dans les masses des appels révolutionnaires. Je l’ai fait de ma prison, de Sibérie, ensuite de l’étranger. Et souvent il m’est arrivé de rencontrer dans la presse révolutionnaire des « allusions » analogues, de même que chez les représentants de la justice tsariste, qui m’accusaient de manquer à l’honnêteté en adressant, de l’étranger, des appels révolutionnaires au peuple russe. [...] Mais j’avoue que chez Ledebour je m’attendais à trouver d’autres arguments. Il a oublié probablement que Marx et Engels, quand ils écrivaient en 1847 leur célèbre Manifeste communiste, jetaient aussi, de l’étranger, des appels révolutionnaires au prolétariat allemand. »

[...] Le combat repris le lendemain autour du manifeste que la conférence se proposait d’adresser au prolétariat international. Il y eut trois projets : chaque groupe présenta le sien. Une commission fut nommée afin d’en extraire les éléments permettant d’établir un texte unique susceptible d’obtenir l’unanimité des suffrages. Sur les sept membres qui la composèrent, il y eut trois membres de la droite (Ledebour, Merrheim et l’Italien Modigliani) et trois trotskistes (Trotski lui-même, Grimm et le Roumain Rakovski). Le septième étant Lénine. Le projet « mitoyen » de Trotski fut pris pour base.

Les « sept » siégeaient à l’écart dans le jardin de l’hôtel. [...] Seul contre tous, Lénine soumit les projets présentés à une critique impitoyable. Ses remarques acerbes finirent par exaspérer tellement Rakovski que, retroussant les manches de sa chemise, il se précipita sur Lénine avec l’intention bien évidente de lui asséner quelques coups de poing en guise d’objection.

[...] En fin de compte, il signa quand même. « Fallait-il signer un manifeste entaché de timidité et d’inconséquence ? Nous pensons que oui », écrivait-il dans son journal, au lendemain de la conférence, tout en ajoutant : « Que ce manifeste marque un pas en avant dans la voie de la lutte contre l’opportunisme, de la rupture effective avec lui, c’est un fait ... C’aurait été une mauvaise tactique de guerre de refuser de marcher ensemble avec le mouvement de protestation international, toujours croissant, contre le chauvinisme, pour la raison qu’il se développe lentement. »

[...] Par un effort prodigieux de sa volonté dont il était coutumier, Lénine avait réussi à maîtriser ses nerfs pendant toute la durée de la conférence, à paraître gai, caustique, plein d’assurance. On l’a vu batifoler avec des chiens au milieu de graves discussions, et faire circuler par-dessous la table, en écoutant quelque orateur somnifère, des billets irrévérencieux. Tout ceci faisait partie de l’arsenal qui lui fournissait ses armes de combat. Il était absolument nécessaire que ses adversaires ne pussent apercevoir chez lui la moindre trace d’une défaillance physique ou morale. Mais une fois l’épreuve terminée, les résultats de cette tension surhumaine se faisaient immanquablement sentir. Après Zimmerwald, il fallut à Lénine plusieurs jours d’un repos total pour se remettre et pour reprendre des forces...

Source : WALTER Gérard, Lénine, Julliard 1950 (pages 220 à 241).


L’auteur :

WALTER Gérard (1896-1974) : historien, spécialiste de la Révolution française. Il a consacré plusieurs ouvrages à cette période, notamment Les Massacres de septembre, Histoire de la Terreur (1793-1794), Histoire des Jacobins et La Révolution française vue par ses journaux ... ainsi qu’un ouvrage ayant connu de nombreuses rééditions : La Révolution anglaise, 1641-1660, vue d’ensemble, textes de Charles Ier, roi d’Angleterre, Olivier Cromwell, John Lilburne, Gerrard Winstanley, procès-verbaux, comptes rendus parlementaires, documents officiels et pamphlets, Albin Michel 1963 (569 pages). Avec André Martin (1884-1963), il a édité le Catalogue de l’histoire de la Révolution française, complété par le Répertoire de l’histoire de la Révolution française.

Il a également publié des études sur le communisme (Histoire du communisme. I. Les Origines judaïques, chrétiennes, grecques, latines, Payot 1974 ; La Révolution russe, textes de Lénine, Trotski, Staline, Soukhanov, etc., et les Actes de la Révolution, Albin Michel 1972) et sur l’Antiquité.

Il est aussi l’auteur de plusieurs autres biographies sur Robespierre, Marat, Hébert, Babeuf, Marie-Antoinette, César, Néron.

Enfin, il a réuni et publié des éditions critiques de textes historiques, comme les Actes du Tribunal révolutionnaire, les Vies parallèles de Plutarque ou les œuvres d’André Chénier (Cf. un catalogue de ses œuvres).


Sur la toile :

— LENINE, Œuvres complètes, tome 20 (Décembre 1913 - Août 1914) et tome 21 (Août 1914 - Décembre 1915) ;


Sur notre site :

— Documents : La Première Guerre mondiale ( Juillet 1914 - Novembre 1918 ). Sélection chronologique de textes de référence.