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Classique de la subversion
MATTHIJS (AL Montpellier) / Recension OCRL1 - Alternative Libertaire n° 192, février 2010
19 octobre 2015 par eric

Cet ouvrage est une compilation de cours donnés par Rosa Luxemburg à l’école du parti social-démocrate allemand, réunis pour la première fois dans un ouvrage en 1908. L’objectif est d’expliquer, de façon simple, à des militants n’étant pas forcément des intellectuels, les bases de l’économie politique...

Pour ce faire, Luxemburg commence par définir clairement ce qu’est l’économie politique, ce qui n’est pas chose évidente, comme le montrent les 50 pages consacrées à cette définition. On en retiendra que l’économie politique est l’étude de l’insertion de l’économie (la production et l’échange) dans les rapports sociaux. Elle porte spécifiquement sur l’influence que l’organisation de l’économie et ses logiques de fonctionnement peuvent avoir sur les structures de la société.

Luxemburg étudie cette influence en trois grandes parties, en décrivant le déroulement historique qui mène du communisme primitif au capitalisme industriel. Cette progression est faite en termes plus pédagogiques qu’historiques, la réalité étant beaucoup plus complexe. Luxemburg commence par le communisme primitif, en s’appuyant sur les travaux d’Evans-Pritchard, puis montre comment la complexification de la production et de l’échange amène la création d’un instrument d’échange plus commode, la monnaie. À son tour, la logique interne à l’usage de la monnaie mène rapidement à la création du marché, qui désagrège rapidement la formation sociale qu’était le communisme primitif. Enfin, Luxemburg explique comment, de la production marchande, on passe au capitalisme, ou le travailleur est exploité par le biais de la plus value.

Cet exposé constitue une excellente introduction à la compréhension des rapports sociaux qui sont le soubassement dissimulé de l’économie capitaliste mondiale. Cela dit, en termes scientifiques, une partie du chapitre sur le communisme primitif est dépassée. En effet, R. Luxemburg qui s’appuyait sur les connaissances « scientifiques » de son temps, en est victime. Elle utilise les travaux d’Evans-Pritchard, anthropologue britannique, pour décrire ces sociétés communistes primitives. Or, celui-ci était un tenant de l’évolutionnisme, doctrine que chaque société passe par les mêmes phases de développement. Du coup, selon l’évolutionnisme, les sociétés les plus arriérées sont les tribus africaines et océaniennes et les plus avancées sont les sociétés capitalistes modernes.

S’il est dommage que Rosa Luxemburg reprenne ce schéma pour parler du communisme primitif, cela n’enlève pas au reste de l’ouvrage sa valeur. Celui-ci permet de comprendre, ce qu’est l’économie politique, ce qui n’est pas évident. De plus, il permet d’en acquérir facilement les bases, ce qui n’est pas négligeable. Il permet aussi de comprendre comment le capitalisme a pu se mettre en place.

Matthijs (AL Montpellier)

Alternative Libertaire n°192, février 2010