AccueilContributionsSur le fil du temps
Dernière mise à jour :
mercredi 28 juin 2017
   
Sur le Web
Capitalisme & Crises Économiques
Jacques Gouverneur et Marcel Roelandts proposent de découvrir les résultats de leurs recherches respectives. Elles portent sur l’analyse critique de l’évolution du capitalisme, en respectant un souci de rigueur scientifique. Elles débouchent sur des analyses et des conclusions souvent novatrices.
Notre camarade et ami "Goupil" n’est plus
Pierre Hempel (2006)
3 octobre 2006 par hempel
Article paru dans Le Prolétariat Universel n°145 (octobre 2006).

Le coeur d’André Claisse, dit "Goupil", notre camarade, notre ami, a cessé de battre mardi 26 septembre après une deuxième longue lutte contre le cancer qu’on avait cru éradiqué il y a trente années. Il a été inhumé au cimetière d’Ivry le 29. C’est avec une profonde tristesse que nous écrivons ces lignes car nous pleurons non seulement l’ami chaleureux, fraternel, mais surtout intègre jusqu’au bout. Toute sa longue vie cet homme a été un militant fidèle de la cause du prolétariat. Jusqu’au bout il a été un partisan inébranlable de la nécessité de la révolution communiste. Sur son lit d’hôpital il lisait encore l’ensemble de la presse révolutionnaire. Il pestait contre l’ennui et la solitude de cette société de merde pour les prolétaires à la retraite. Combien il regrettait ses années d’activité et de militantisme aux usines Renault... Comme il pestait sur l’émiettement des forces révolutionnaires, les querelles picrocholines de chapelle, et surtout l’incapacité de la plupart des minorités existantes à se hausser à un travail de parti ; ce sont des puces à côté de la Gauche italienne, disait-il souvent. Et il ajoutait : "si çà pète, moi je saurais quoi faire, y a que mes jambes qui peuvent me trahir" ! Et il riait pour mieux appuyer son propos et cette confiance en l’accumulation de l’expérience politique hors norme, transmise par tant de générations disparues, et rétive aux révisionnismes en tout genre à la mode.

Observateur scrupuleux et impitoyable de l’actualité, il me disait encore la semaine dernière que vu le déficit américain, le Capital avait à nouveau besoin d’une guerre comme celle du Golfe, engageant le plus de pays possible. Il avait été en outre été choqué par la barbarie de la guerre au Liban mais plus encore par l’incapacité de réponse du prolétariat, contre lequel il pestait aussi souvent : "ils dorment ou quoi les ouvriers... ils ne pensent qu’à leurs salaires et au programme de la télé..."

André est mort seul à l’hôpital, sans souffrir, la médecine moderne nous offre heureusement des médicaments qui suppriment la souffrance du corps. Aussi curieux que cela puisse paraître, moralement il ne souffrait pas. Il était toujours serein au téléphone comme son compagnon de lutte Marc Chirik (lui aussi victime du cancer) ; comme Marc, jusqu’à l’heure fatidique, il ne pensait pas à la mort ou en tout cas ne se voyait pas mourir, ou bien ce n’était qu’une étape ultime dont il se fichait ; Marx n’avait-il pas dit que l’individu meurt quand l’espèce se continue ? Etonnante génération de nos pères qui ont connu la guerre, la déportation, les misérables années de reconstruction, et qui ne pleurnichaient jamais pour un petit bobo ou une petite offense. Le stress ils ne connaissaient pas, les vagues à l’âme non plus comme nous les papy boomers auscultés, psychanalisés, dorlotés par les assistantes sociales, souffreteux au moindre harcèlement hiérarchique ou concubinal...

Autant Goupil était l’être le plus affable du monde dans la vie privée (je me souviens d’agréables soirées dans sa demeure dans l’Aube), autant il ne fut jamais un tendre politiquement. Il disait carrément les choses, ce qui lui valut souvent des jérémiades des "centristes". Il ne se laissa jamais emberlificoter par les intellectuels vis -à-vis desquels il fut souvent durs (par ex. pour Dangeville). Il ne se lassa jamais de villipender tous ceux qui pensent qu’on peut se passer de parti pour faire la révolution.

Je joins ci-dessous une biographie résumée qu’il avait lue et à laquelle il avait donné son aval il y a sept ou huit ans (j’ai réalisé également une interview vidéo de son expérience dans la grève de 1947 à Renault).

Mon cher ami et camarade, ta mémoire reste vivante, ton engagement révolutionnaire indéfectible ne sera pas oublié. Tu restes membre de la grande cohorte de ceux qui nous ont transmis la tradition, un exemple de probité et de dévouement.