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Dernière mise à jour :
mercredi 28 juin 2017
   
Brèves
Index chronologique des notices de parutions
dimanche 15 mars
Enfin ! Mise à jour de notre index chronologiques des notices de parution... histoire de faciliter les recherches dans ce qui est paru ces quelques dernières années !
La Première Guerre mondiale sur le site Smolny
jeudi 20 novembre
Une notice thématique regroupe par ordre chronologique de parution tous les documents sources qui sont publiés sur le site du collectif Smolny en rapport avec la Première Guerre mondiale et le mouvement ouvrier international : « Documents : La Première Guerre mondiale ( Juillet 1914 - Novembre 1918 ) ». Cette notice est mise à jour à chaque nouvel ajout. À consulter régulièrement donc.
Mise à jour de la bibliographie de Nicolas Boukharine
mardi 27 mai
Il manquait à la bibliographie des œuvres de Boukharine en langue française les articles publiés par Smolny dans l’ouvrage La revue Kommunist (Moscou, 1918). Oubli réparé.
Rosa Luxemburg : bibliographie française
mardi 15 avril
Mise à jour et toilettage complet de la notice bibliographique des œuvres de Rosa Luxemburg en langue française.
Capital, valeur, plus-value et exploitation du travail
jeudi 15 novembre
La deuxième séance du cycle de formation « Pourquoi le marxisme au XXIe siècle ? » se tient ce jeudi soir 15 novembre 2012 à 20h30 au local FSU , 52 rue Jacques Babinet, immeuble Peri-ouest, 2° étage (Métro Mirail Université à Toulouse).
Mise à jour de la bibliographie...
dimanche 9 septembre
... de la série Historical Materialism Books, depuis le numéro 26 jusqu’au numéro 40.
Sur le Web
Parti communiste international (Le Prolétaire)
Publie en France Le Prolétaire et Programme communiste. Description extraite de ce site flambant neuf - CE QUI NOUS DISTINGUE : La ligne qui va de Marx-Engels à Lénine, à la fondation de l’Internationale Communiste et du Parti Communiste d’Italie ; la lutte de classe de la Gauche Communiste contre la dégénérescence de l’Internationale, contre la théorie du « socialisme dans un seul pays » et la contre-révolution stalinienne ; le refus des Fronts populaires et des fronts nationaux de la résistance ; la lutte contre le principe et la praxis démocratiques, contre l’interclassisme et le collaborationnisme politique et syndical, contre toute forme d’opportunisme et de nationalisme ; la tâche difficile de restauration de la doctrine marxiste et de l’organe révolutionnaire par excellence - le parti de classe -, en liaison avec la classe ouvrière et sa lutte quotidienne de résistance au capitalisme et à l’oppression bourgeoise ; la lutte contre la politique personnelle et électoraliste, contre toute forme d’indifférentisme, de suivisme, de mouvementisme ou de pratique aventuriste de « lutte armée » ; le soutien à toute lutte prolétarienne qui rompt avec la paix sociale et la discipline du collaborationnisme interclassiste ; le soutien de tous les efforts de réorganisation classiste du prolétariat sur le terrain de l’associationnisme économique, dans la perspective de la reprise à grande échelle de la lutte de classe, de l’internationalisme prolétarien et de la lutte révolutionnaire anticapitaliste.
canutdelacroixrousse
L’histoire de la colline de la Croix-Rousse et des canuts. Ce Blog est une mine d’informations sur les canuts allant de pair avec une connaissance très fine de Lyon / Croix-Rousse. Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant !
Les Amis de Daumier
Créée en 1994, l’Association des Amis d’Honoré Daumier se propose par ses statuts de promouvoir, en France et à travers le monde, l’œuvre multiforme - dessins, peintures et sculptures - de cet immense artiste.
Parti Communiste International (Il Programma Communista)
Publie en France les Cahiers internationalistes, consultables en ligne sur le site depuis le numéro 6. Présentation : Ce qui nous distingue : la ligne qui va de Marx à Lénine, à la fondation de l’Internationale Communiste et du Parti Communiste d’Italie (Livourne, 1921), à la lutte de la Gauche Communiste contre la dégénerescence de l’Internationale, contre la théorie du "socialisme dans un seul pays" et la contre-révolution stalinienne, et au refus des fronts populaire et des blocs partisans et nationaux. La dure œuvre de restauration de la doctrine et de l’organe révolutionnaires au contact de la classe ouvrière, dehors de la politique personelle et électoraliste.
Démocratie Communiste
Site luxemburgiste, dont voici le manifeste minimal : Démocratie communiste s’inscrit dans la lignée du mouvement ouvrier démocratique, et lutte : pour l’abolition du capitalisme, du travail salarié, et de la division des êtres humains en classes sociales ; pour mettre fin à la dictature de la classe capitaliste, et mettre en place la démocratie directe ; pour une société socialiste-communiste ; pour en finir avec le sexisme et le patriarcat ; contre toutes les formes de racisme, de nationalisme et de patriotisme ; pour l’abolition de toutes les frontières. Textes d’actualité et thématiques (peu nombreux).
Les Amis de Spartacus
Edition fondée par René Lefeuvre en 1934. A publié Rosa Luxemburg, Anton Pannekoek, Boris Souvarine... Un fond exceptionnel et incontournable.
Étincelles de la Gauche marxiste russe : 1881 - 1923 (2)
Deuxième partie - L’épreuve : 1914-1915
25 août 2009 par jo

Voir l’Introduction et Première partie - L’envol : 1881 - 1913


1914

Février : traduite devant le tribunal de Francfort pour un discours anti-militariste, Rosa Luxemburg se défend hardiment : « Monsieur le procureur, nous autres social-démocrates, nous ne déchaînons jamais la haine [...] Nous sommes les millions de ceux qui font vivre la société par le travail de leurs mains [...] je dis clairement où se situe le centre de gravité de la vie politique et des destinées de l’Etat : dans la conscience, dans la volonté lucide, dans la résolution de la grande masse laborieuse. Et c’est exactement de la même manière que nous concevons la question du militarisme. Le jour où la classe ouvrière comprend et décide de ne plus tolérer de guerres, la guerre devient impossible. » [1] - Parution à Saint-Pétersbourg de Borba, inspirée par Trotsky, organe de l’Organisation inter-rayons de la capitale. -

31 juillet : assassinat de Jean Jaurès ; sur sa tombe ouverte, Léon Jouhaux annonce le ralliement de la CGT à l’Union sacrée. Le syndicaliste anarchiste Benoît Broutchoux [2] et 41 militants CGT du Nord sont arrêtés, puis envoyés sur le front. - Manifeste bolchevik contre la guerre et arrestation des députés. En Allemagne, tous les députés SPD votent les crédits de guerre, certains par « discipline de parti » ; protestations de nombreuses sections locales du SPD concernant la guerre ; réunion chez Rosa Luxemburg des opposants à l’Union sacrée. Ce noyau deviendra en 1916 la Ligue Spartakus. - Le parti socialiste de Serbie, pourtant le plus directement en position pour faire valoir un droit à une « guerre défensive » face à l’agression autrichienne, vote contre les crédits de guerre : « Contre deux cents oui, un seul Non, celui du socialiste Liaptchevitch, fut accueilli par un silence de mort. Tous ressentirent la force de cette provocation qui restera en notre mémoire comme un souvenir des plus brûlants. » [3]

Septembre : Trotsky rédige L’Internationale et la guerre [4] ; il y explique le gigantesque travail accompli par la IIe Internationale et assure que la nouvelle époque va apprendre au prolétariat à « combiner les vieilles armes de la critique avec la nouvelle critique des armes ». Il affirme : « Ce n’est pas le socialisme qui s’est effondré, mais sa forme historique extérieure temporaire. L’idée révolutionnaire commence sa nouvelle vie en brisant sa rigide carapace. [...] La vieille taupe de l’histoire est en train de creuser ses galeries et nul n’a le pouvoir de l’arrêter. [...] Le livre tout entier, de la première à la dernière page, a été écrit avec dans la tête l’idée de la Nouvelle Internationale toujours présente, cette Nouvelle Internationale qui doit naître du cataclysme mondial actuel, l’Internationale du dernier conflit et de la victoire finale. » [5]

2 décembre : Au cœur des ténèbres, courageux et déterminé, Karl Liebknecht, devant ses collègues parlementaires, désobéit seul : « Je motive comme suit mon vote sur le projet qui nous est soumis aujourd’hui : - Cette guerre, qu’aucun des peuples qui y sont engagés n’a voulue, n’a pas éclaté pour le bien du peuple allemand ni d’aucun autre peuple. Il s’agit d’une guerre impérialiste, d’une guerre pour la domination capitaliste du marché mondial, pour la domination politique de territoires considérables où prendrait pied le capital industriel et bancaire. Au point de vue de la concurrence des armements, il s’agit d’une guerre préventive, solidairement provoquée par le parti militaire allemand et autrichien, dans les ténèbres du semi-absolutisme et de la diplomatie secrète. Il s’agit aussi d’une entreprise bonapartiste, tendant à démoraliser et à détruire le mouvement ouvrier qui grandit. [...] Une paix rapide et qui ne déshonore personne, une paix sans conquêtes, voilà ce qu’il faut exiger. Tout effort en ce sens sera le bienvenu. Seul, le renforcement continu et simultané des courants en faveur d’une telle paix dans tous les pays belligérants, peut arrêter la sanglante tuerie avant l’épuisement total de tous les peuples qui y sont engagés. Seule, une paix basée sur la solidarité internationale des travailleurs et sur la liberté de tous les peuples, peut être une paix durable. [...] J’accepte les crédits en tant qu’ils sont destinés à pallier la misère, bien que je les trouve notoirement insuffisants. J’accepte également ce qui peut être fait pour adoucir le rude sort de nos frères du front, des blessés et des malades, à qui va ma pitié sans bornes ; sur ce point aussi, rien de ce qu’on peut demander ne sera excessif. Mais, - par protestation contre la guerre, contre ceux qui en portent la responsabilité, contre ceux qui la dirigent, contre la politique capitaliste dont elle est sortie, contre les fins capitalistes qu’elle poursuit, contre les projets d’annexion, contre la violation de la neutralité belge et luxembourgeoise, contre la dictature militaire, contre l’abandon des devoirs sociaux et politiques dont se rendent coupables, aujourd’hui encore, gouvernement et classes dirigeantes, - je repousse les crédits de guerre demandés.  » [6]

1915

Boukharine se lie avec deux jeunes bolcheviks, Nikolai Krylenko et Elena Rozmirovitch, avec qui il constitue le « groupe de Baugy » (village proche de Lausanne). [7] Ils décident de publier, contre l’avis de Lénine, un nouveau journal du parti, Zvezda (L’Etoile). Boukharine s’attelle aussi à pénétrer la nature du capitalisme moderne dans L’Economie mondiale et l’Impérialisme, à fouiller la théorie marxiste sur l’Etat - dans un article intitulé « Vers une théorie de l’Etat impérialiste » - et à rejeter les slogans « d’autodétermination » ou de « libération nationale ». - Février : avec d’autres anarchistes internationalistes (Alexandre Berkman, Emma Goldman, Domela Nieuwenhuis, Alexandre Shapiro), Errico Malatesta publie un Manifeste contre la guerre [8] : "À tous les soldats de tous les pays qui ont la conviction de combattre pour la justice et la liberté, nous devons expliquer que leur héroïsme et leur vaillance ne serviront qu’à perpétuer la haine, la tyrannie et la misère. [...] Nous devons profiter de tous les mouvements de révolte, de tous les mécontentements, pour fomenter l’insurrection, pour organiser la Révolution de laquelle nous attendons la fin de toutes les iniquités sociales. Pas de découragement, même devant une calamité comme la guerre actuelle ..." - Mars : Liebknecht et Otto Rühle, seuls contre les crédits de guerre. - Conférence socialiste internationale des Femmes à Berne sous l’impulsion de Clara Zetkin (du 26 au 28). - Avril : conférence à Berne de l’Internationale des jeunes socialistes, animée par Willi Münzenberg [9], qui se proclame indépendante de la IIe Internationale (du 5 au 7). - Unique numéro de Die Internationale en Allemagne. - À Paris, Trotsky dirige le journal internationaliste Naché Slovo et rencontre le noyau de La Vie ouvrière (Monatte, Rosmer et Martinet). -

Incarcérée depuis février 1915, Rosa Luxemburg fait sortir clandestinement la Brochure de Junius [10] : « Souillée, déshonorée, pataugeant dans le sang, couverte de crasse ; voilà comment se présente la société bourgeoise, voilà ce qu’elle est. Ce n’est pas lorsque, bien léchée et bien honnête, elle se donne les dehors de la culture et de la philosophie, de la morale et de l’ordre, de la paix et du droit, c’est quand elle ressemble à une bête fauve, quand elle danse le sabbat de l’anarchie, quand elle souffle la peste sur la civilisation et l’humanité qu’elle se montre toute nue, telle qu’elle est vraiment. Et au cœur de ce sabbat de sorcière s’est produit une catastrophe de portée mondiale : la capitulation de la social-démocratie internationale. Ce serait pour le prolétariat le comble de la folie que de se bercer d’illusions à ce sujet ou de voiler cette catastrophe : c’est le pire qui pourrait lui arriver. [...] Son but, sa libération, il l’atteindra s’il sait s’instruire de ses propres erreurs. Pour le mouvement prolétarien, l’autocritique, une autocritique sans merci, cruelle, allant jusqu’au fond des choses, c’est l’air, la lumière sans lesquels il ne peut vivre. [...] Une chose est certaine, la guerre mondiale représente un tournant pour le monde. C’est une folie insensée de s’imaginer que nous n’avons qu’à laisser passer la guerre, comme le lièvre attend la fin de l’orage sous un buisson pour reprendre ensuite gaiement son petit train. La guerre mondiale a changé les conditions de notre lutte et nous a changés nous-mêmes radicalement. [...] Pour la première fois, le fauve que l’Europe capitaliste lâchait sur les autres continents fait irruption d’un seul bond en plein milieu de l’Europe. [...] Mais le déchaînement actuel du fauve impérialiste dans les campagnes européennes produit encore un autre résultat qui laisse le « monde civilisé » tout à fait indifférent : c’est la disparition massive du prolétariat européen. [...] C’est notre force, c’est notre espoir qui est fauché quotidiennement sur ces champs de bataille par rangs entiers, comme des épis tombent sous la faucille ; [...] Cette folie cessera le jour où les ouvriers d’Allemagne et de France, d’Angleterre et de Russie se réveilleront enfin de leur ivresse et se tendront une main fraternelle couvrant à la fois le chœur bestial des fauteurs de guerre impérialistes et le rauque hurlement des hyènes capitalistes, en poussant le vieux et puissant cri de guerre du Travail : prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » [11] - Mai : l’Exécutif du PS italien décide, sous l’insistance de Rakovsky, de tout faire pour organiser une conférence internationale. - tract de Liebknecht, «  L’ennemi est dans notre pays  ». - Juillet : fondation du Comité des ouvriers de la Clyde (chantier naval en Ecosse). -

septembre : conférence socialiste internationale de Zimmerwald [12] dont Trotsky raconte ainsi l’équipée (du 5 au 8) : « L’organisation même de la conférence fut à la charge de Grimm, leader socialiste de Berne, qui ... prépara pour les réunions un local à dix kilomètres de Berne, dans le petit village de Zimmerwald (...) Les délégués prirent place, en se serrant, dans quatre voitures et gagnèrent la montagne. Les passants considéraient avec curiosité ce convoi extraordinaire. Les délégués eux-mêmes plaisantaient, disant qu’un demi-siècle après la fondation de la Première Internationale, il était possible de transporter tous les internationalistes dans quatre voitures. Mais il n’y avait aucun scepticisme dans ce badinage. Le fil de l’histoire casse souvent. Il faut faire un nouveau noeud. C’est ce que nous allions faire à Zimmerwald. » [13] - Novembre : manifestations de femmes contre la vie chère à Berlin. - Manifestations en Angleterre contre le procès et la condamnation de John Maclean. - Assassinat aux USA du militant IWW anti-guerre Joe Hill. [14] - Parution à Pékin de la revue de Chen Duxiu, Xiang Qiangnang. - Décembre : 18 députés SPD, dont le président du groupe Hugo Haase, votent au Reichstag contre les crédits de guerre. -

Parution de la revue Vorbote, dans laquelle Pannekoek rédige l’introduction : « La catastrophe présente ne signifie pas simplement que le prolétariat s’est révélé trop faible pour empêcher la guerre. Elle signifie également que les méthodes du temps de la II° Internationale sont incapables de hisser la puissance matérielle et spirituelle au niveau nécessaire pour briser la puissance de la classe dominante. C’est pourquoi la guerre mondiale doit constituer un tournant décisif dans l’histoire du mouvement ouvrier. » Il fallait en finir avec les partis traditionnels « dont la social-démocratie est le modèle. Il s’agit d’une organisation gigantesque et fortement articulée, presque un Etat dans l’Etat, avec ses fonctionnaires, ses finances, sa presse propres, avec son univers spirituel, son idéologie spécifique (le marxisme). Par son caractère général, elle est adaptée à la pacifique phase pré-impérialiste ; les fonctionnaires, secrétaires, agitateurs, parlementaires, les théoriciens et les publicistes qui, par milliers et par milliers [15], forment déjà une caste déterminée, un groupe aux intérêts bien particuliers, régentent l’organisation au plan matériel comme au plan spirituel ; [...] Ce n’est point par hasard si, tous tant qu’ils sont, Kautsky en tête, ils ne veulent pas entendre parler de lutte réelle, acharnée contre l’impérialisme. Leurs intérêts vitaux s’opposent à la nouvelle tactique, laquelle mettrait en danger leur existence de fonctionnaires. Leur travail tranquille, dans les bureaux ou les salles de rédaction, dans les conférences et les comités, quand ils ne se mêlent pas d’écrire quelque article savant ou non, est menacé par les tempêtes de l’ère impérialiste. » [16]

Lénine va lui aussi tenter d’analyser les contradictions qui ont emmené le capitalisme a se vautrer dans la barbarie impérialiste : « Contre le groupe franco-anglais s’est dressé un autre groupe capitaliste, le groupe allemand, encore plus rapace, encore plus doué pour le brigandage, qui est venu s’asseoir au banquet du festin capitaliste alors que toutes les places étaient déjà prises, apportant avec lui de nouveaux procédés de développement de la production capitaliste, une meilleure technique et une organisation incomparable dans les affaires ... La voilà, l’histoire économique ; la voilà l’histoire diplomatique de ces dernières dizaines d’années, que nul ne peut méconnaître. Elle seule vous indique la solution du problème de la guerre et vous amène à conclure que la présente guerre est, elle aussi, le produit ... de la politique de deux colosses qui, bien avant les hostilités, avaient étendu sur le monde entier les tentacules de leur exploitation financière et s’étaient partagé économiquement le monde. Ils devaient se heurter, car du point de vue capitaliste, un nouveau partage de cette domination était devenu inévitable. » [17] -

En réponse aux critiques qu’avait soulevé L’accumulation du capital, Rosa Luxemburg précisait son analyse : « L’impérialisme actuel n’est pas comme dans le schéma de Bauer, le prélude à l’expansion capitaliste mais la dernière étape de son processus historique d’expansion : la période de la concurrence mondiale accentuée et généralisée des états capitalistes autour des derniers restes de territoires non capitalistes du globe. Dans cette phase finale, la catastrophe économique et politique [18] constitue l’élément vital, le mode normal d’existence du capital, autant qu’elle l’avait été dans sa phase initiale, celle de « l’accumulation primitive ». La découverte de l’Amérique et de la voie maritime pour l’Inde n’était pas simplement un exploit théorique de l’esprit et de la civilisation humaine, comme le veut la légende libérale, mais avait entraîné une suite de massacres collectifs des populations primitives du Nouveau Monde, et introduit un trafic d’esclaves sur une grande échelle avec les peuples d’Asie et d’Afrique ; de même, dans la phase finale de l’impérialisme, l’expansion économique du capital est indissolublement liée à la série de conquêtes coloniales et de guerres mondiales que nous connaissons. Le trait caractéristique de l’impérialisme en tant que lutte concurrentielle suprême pour l’hégémonie mondiale capitaliste n’est pas seulement l’énergie et l’universalité de l’expansion - signe spécifique que la boucle de l’évolution commence à se refermer - mais le fait que la lutte décisive pour l’expansion rebondit des régions qui étaient l’objet de sa convoitise vers les métropoles. Ainsi l’impérialisme ramène la catastrophe, comme mode d’existence, de la périphérie de son champ d’action à son point de départ. Après avoir livré pendant quatre siècles l’existence et la civilisation de tous les peuples non capitalistes d’Asie, d’Afrique, d’Amérique et d’Australie à des convulsions incessantes et au dépérissement en masse, l’expansion capitaliste précipite aujourd’hui les peuples civilisés de l’Europe elle-même dans une suite de catastrophes dont le résultat final ne peut être que la ruine de la civilisation ou l’avènement de la production socialiste. A la lumière de cette conception, l’attitude du prolétariat à l’égard de l’impérialisme est celle d’une lutte générale contre la domination du capital. La ligne tactique de sa conduite leur est dictée par cette alternative historique. » [19]


Sur le site :

-  Première partie - L’envol : 1881 - 1913
-  Deuxième partie - L’épreuve : 1914-1915
-  Troisième partie - Des bricoleurs à l’assaut des nuages : 1917-1919
-  Troisième partie (bis) - L’hôtesse allemande : 1918
-  Quatrième partie - Y a-t’il une cuisinière dans l’aéronef ? : 1920-1921
-  Cinquième partie - Le crash énigmatique : 1921-1923

[1] Cité par J.P. NETTL, La vie et l’œuvre de Rosa Luxemburg, tome I, François Maspero, 1972, pp. 469 et 472.

[2] Voir la BD « Les aventures épatantes et véridiques de Benoît Broutchoux », par Phil et Callens, au Dernier Terrain Vague, 1980.

[3] TROTSKY, La guerre et la révolution - le naufrage de la IIe Internationale, les débuts de la IIIe Internationale, tome I, La Tête de Feuilles, 1974, p. 108.

[4] Brochure, publiée en Suisse et diffusée clandestinement en Allemagne par les gauches.

[5] Nous ne retrouvons plus la référence de cette citation dans l’édition pré-citée de l’ouvrage de Trotski, merci de nous faire parvenir l’information.

[6] pp. XXXV et XXXVI, in LIEBKNECHT Karl, Lettres du front et de la geôle (1916-1918), Éditions du Sandre, 2007.

[7] Les résolutions et les thèses du groupe de Baugy sont reproduites dans l’ouvrage de Olga Hess GANKIN et H. FISHER, The Bolsheviks and the World War : The Origin of The Third International, Stanford, 1940, p. 187-191.

[8] Comme la social-démocratie et le syndicalisme, le courant anarchiste va dégager de l’épreuve de la guerre des fractions internationalistes. Cf. GUERIN Daniel, Anthologie de l’anarchisme, Ni Dieu ni Maître, t. 2, La Découverte, 2002.

[9] Cf. DUGRAND Alain et LAURENT Frédéric, Willi Münzenberg, artiste en révolution (1889-1940), Fayard, 2008.

[10] « En sortant de prison (fin janvier 1916), Rosa avait retrouvé tel quel le manuscrit de sa brochure sur La crise de la social-démocratie. Les difficultés techniques d’une publication illégale, l’arrestation ou la mobilisation sous les drapeaux de la plupart des militants sociaux-démocrates sympathisants en avaient jusque-là empêché l’impression. Ces obstacles furent rapidement surmontés et la brochure parut en avril 1916, soit une année après sa rédaction. » in FRÖLICH Paul, Rosa Luxemburg, L’Harmattan, 1991, p. 269-270.

[11] LUXEMBURG Rosa, La crise de la social-démocratie, Spartacus, 1993, pp. 28-29, 32, 153 et 155.

[12] Après le ralliement infâme des partis socialistes les plus importants, surtout le Parti français et le SPD, la IIe Internationale se consume dans les flammes de la guerre mondiale. Malgré le coup de massue de la trahison, la minorité qui s’était très tôt prononcée contre la guerre (Congrès de Stuttgart en 1907, puis de Bâle en 1912) va résister. Et la réalité hideuse de la guerre avec son cortège de morts, de mutilés sur le front et de misère à l’arrière va sortir de nombreux ouvriers des vapeurs de l’ivresse nationaliste. En mars 1915 a lieu, en Allemagne, la première manifestation contre la guerre de femmes mobilisées dans la production d’armement. Au même moment, en Suisse, ont lieu deux Conférences internationales socialistes, celle des Femmes (25-27 mars) et celle des Jeunesses (4-6 avril). Ce réveil de la lutte de classe, alliée aux initiatives des révolutionnaires qui, dans des circonstances très dangereuses, font de la propagande contre la guerre, va permettre la tenue de cette Conférence de Zimmerwald où 37 délégués de 12 pays d’Europe vont se réunir. On peut consulter la page internet : http://www.marxists.org/francais/inter_com/1915/zimmerwald.htm

[13] Ma Vie ; voir aussi Le mouvement ouvrier pendant la première guerre mondiale de Rosmer, chapitre XVI

[14] Cf. ROSEMONT Franklin, Joe Hill. Les IWW et la création d’une contre-culture ouvrière révolutionnaire, Éditions CNT-RP, 2008 et ZINN Howard, Une Histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours, Agone, 2005.

[15] Cf. note 12 du bas de la page 123 : « Il est difficile d’avoir une idée précise du nombre d’individus composant ce fameux « appareil ». Suivant un auteur soviétique, les syndicats libres rémunéraient en 1907, 2 656 permanents ; si l’on ajoute à ce nombre celui de leurs homologues des organisations périphériques, on obtient 6 800 personnes au total. Le parti comptait environ 11 à 12 000 permanents, dont 7 500 siégeant dans des assemblées municipales ou d’Etat. On arrive ainsi au chiffre approximatif de 20 000 fonctionnaires appointés directement ou non. Les membres des assemblées parvenaient souvent à un revenu annuel de 9 000 Mk., celui d’un haut fonctionnaire d’Etat ; les autres touchaient en moyenne du parti une rémunération égale à celle d’un petit patron (autour de 3 500 Mk. par an) ... » ; voir aussi BROUÉ Pierre, Révolution en Allemagne, 1977 ; et Carl E. SCHÖRSKE, German Social democracy, 1905-1917. The development of the great schism, Science Editions 1965.

[16] PANNEKOEK Anton, Vorbote n°1, janvier 1916, in BRICIANER Serge, Pannekoek et les Conseils ouvriers, EDI, 1969, p. 121-122.

[17] p. 413, in LÉNINE, « La guerre et la Révolution », Œuvres, tome 24.

[18] Comme Engels qui avait prévu la gravité de la Première Guerre mondiale, Rosa Luxemburg anticipe les crises (1929-1939 ; 1969 ...) et les horreurs du XX° siècle (deux Guerres mondiales et combien de génocides). Elle avait mis aussi le doigt sur la nouveauté du capitalisme d’Etat - et sur l’expansion du militarisme - qui prendra toute son importance dans les années 1930 : « Surtout l’Etat peut mobiliser, grâce au mécanisme des impôts, des sommes prélevées sur le pouvoir d’achat des consommateurs non capitalistes plus considérables que celles que ceux-ci auraient dépensées pour leur propre consommation. [...] De plus, le pouvoir d’achat des énormes masses de consommateurs, concentré sous la forme de commandes de matériel de guerre faites par l’Etat, sera soustrait à l’arbitraire, aux oscillations subjectives de la consommation individuelle ; l’industrie des armements sera douée d’une régularité presque automatique et rythmique de la production pour le militarisme, grâce à l’appareil de la législation parlementaire et à la presse, qui a pour tâche de faire l’opinion publique. C’est pourquoi ce champ spécifique de l’accumulation capitaliste semble au premier abord être doué d’une capacité d’expansion illimitée. (pp. 128-129 de « Le militarisme, champ d’action du capital », in R. Luxemburg, L’accumulation du capital, tome II, Maspero, 1972) L’Etat, trésorier central, en mobilisant la société, en canalisant les finances et les commandes publiques (contrats d’armements, nationalisations et grands travaux, captation des sciences) va faire bouillir la marmite capitaliste. Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, le Warfare State sera le siamois du Wellfare State, un Etat providence pour le capitalisme sénile !

[19] p. 222, in LUXEMBURG Rosa, Œuvres III, « Critique des critiques ou : Ce que les épigones ont fait de la théorie marxiste », tome II, Maspero, 1972.