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mercredi 28 juin 2017
   
Sur le Web
Capitalisme & Crises Économiques
Jacques Gouverneur et Marcel Roelandts proposent de découvrir les résultats de leurs recherches respectives. Elles portent sur l’analyse critique de l’évolution du capitalisme, en respectant un souci de rigueur scientifique. Elles débouchent sur des analyses et des conclusions souvent novatrices.
Expo sur la Commune de Paris 1871
Pierre Hempel (2006)
7 janvier 2007 par hempel
Article paru dans le journal Le Prolétariat Universel n°147 daté du 14 décembre 2006.

Que d’émotions en visitant l’expo sur la Commune de Paris 1871 ! Jusqu’au 4 février 2007, vous pouvez découvrir une série de photos amateurs prises immédiatement après la répression des communards à la Bibilothèque de la ville de Paris, 22 rue Malher, Paris 4e Metro Saint Paul.

Nos générations actuelles ne connaissent l’histoire de la Commune qu’à travers les livres ou les arguments militants. Le cinéma n’existait pas encore, mais la photographie si. Nous voilà jetés soudain en face du dernier événement du XIXe siècle qui a ébranlé la bourgeoisie française et inquiété dynasties et royautés. On peut regretter comme le remarquent dans le livre d’or les visiteurs émus (pour la plupart têtes chenues de 68tards) que cette expo ne retrace pas l’esprit de la Commune. Mais d’une part, la répression a été si inouïe qu’il était non seulement interdit d’en laisser des traces photographiques et que les lourds appareils photos - qui demandaient un temps de pause - eussent été vite détruits. Les photos permises, "tourisme des ruines", après-coup montrent quand même la gravité des combats, et surtout la barbarie de la répression même si la plupart des cadavres ont été ôtés du champ de ruines.

Les quelques barricades restées debout ne sont pas de vulgaires amas comme celles de 1968 mais de véritables murs de pierres épaisses, montées avec un sérieux de maçon car... çà canarde dur, ni lances à eau ni bombinettes lacrymogènes : mitrailles sans discernement, bombes à longue portée depuis le Mont Valérien. Peu de quartiers sont épargnés. Les salopards versaillais tirent à l’aveuglette. Ce qui frappe est l’ampleur des destructions. Ni en 1914, ni en 1940 Paris n’a connu de telles destructions. La bourgeoisie revancharde s’est acharnée sans discernement : sont détruits de Châtillon au Raincy, des châteaux, des immeubles entiers de paisibles habitants, des ponts ; des rues entières ne sont plus qu’excavations, dépôts de gravats ; l’horizon photographique n’exhibe que champs de ruines... La révolution parisienne avait tant effrayé la bourgeoisie qu’elle avait décidé de détruire plus que lors de ses guerres impérialistes. Les Versaillais ont, pour le dire crûment, bombardé dans le tas, sans faire de distinction. Politique de la table rase, politique du crime et du viol, sans vergogne la bourgeoisie versaillaise a voulu éradiquer à jamais la tentative de destruction inattendue (et trop précoce) de son système d’exploitation et de misère. Peine perdue, le livre d’or et l’émotion patente des prolétaires qui défilent devant les photos du carnage, témoignent de l’absence d’oubli, de la permanence du souvenir de la Commune depuis des générations de parisiens.

Au bout de l’exposition, tous nous nous inclinons encore avec respect et la gorge nouée devant les photos des communards assassinés alllongés dans les caisses en bois, avant d’être jetés en terre à Satory.