
Potenza 23/03/1863 - Roma 20/05/1939
Professeur d’histoire antique à l’Académie scientifique et littéraire de Milan (d’où il sera révoqué pour ses opinions socialistes en 1898), puis de Pavie et de Messine, il sera à la fin de sa carrière universitaire nommé à L’institut supérieur d’enseignement de Rome (Istituto superiore di magistero), toujours en histoire antique.
Elu député pour la première fois en 1900 à la fois par une circonsciption de Milan et une de Naples, il opte pour celle de Naples VIII à laquelle il restera fidèle pour toutes les législatures suivantes (1902, 1909 et 1913) avant de devenir sénateur en 1924.
Auteur de monographies remarquées sur l’histoire ancienne, Ciccotti fait partie de cette génération d’historiens socialistes qui, au tournant du siècle, essaient d’intégrer les rudiments de l’analyse marxiste sur un domaine, l’esclavage antique, que Marx a peu développé (surtout que les Grundrisse n’avaient pas encore été publiés). Cela consiste à reprendre la question d’un point de vue historique en replaçant l’esclavage dans le contexte de production de l’Antiquité, c’est-à-dire, ni plus ni moins que d’établir une histoire économique globale de l’Antiquité. C’est ce que s’essaye de faire Ciccotti dans Il tramonto della schiavitù nel mondo antico, publié en 1899 à Turin, traduit en français en 1909 - Le déclin de l’esclavage dans le monde antique -, puis en espagnol et allemand en 1910 (c’est cette édition que consultera par exemple Rosa Luxemburg pour son Introduction à l’économie politique).
Selon Moses Finley, le résultat de cet effort historique fut mitigé : « pour expliquer le déclin de l’esclavage antique, il était essentiel d’étudier toute son histoire, et c’est ce que Ciccotti entreprit de faire. Il ne le fait pas très bien, même selon ses propres critères. Il était obsédé à la fois par la flétrissure morale de l’esclavage et par l’inefficacité du travail des esclaves comme moyen de production ; il traça le tableau, fort exagéré, d’un prolétariat libre et nombreux dans la Grèce du quatrième siècle avant J.-C., et, de nouveau, dans l’empire romain, qui se serait trouvé en concurrence ouverte avec les esclaves ; à maintes reprises il fonda de larges conclusions sur des données qui ne les justifiaient pas ; sa compréhension de la théorie marxiste des modes de production était vague à l’extrême » (Finley, p. 55).
Néanmoins, « malgré toutes ses faiblesses, c’était un livre plein d’intuitions, le premier (et le dernier) ouvrage moderne à étudier l’histoire de l’esclavage antique dans le cadre de l’économie et de la société antiques » (Filey, p. 57). Cela n’a pas suffi à empêcher que l’ouvrage sombre assez rapidement dans l’oubli et ne marque que très peu l’historiographie antique. Bien sûr il est possbile d’évoquer son « marxisme » qui ne devait pas franchement aider à établir sa réputation, mais des auteurs ayant payé leur tribut à Marx, comme Karl Bücher ou Max Weber en ont moins souffert. Selon Finley (toujours !), l’occultation de Ciccotti serait largement due à l’écrasante prédominance des historiens germanophones et de Eduard Meyer en particulier dont l’écrasante Geschichte des Altertums s’est imposée comme une référence, bien qu’elle cantonne la question de l’esclavage dans l’économie antique à trois malheureuses pages. Deux conférences de Meyer, Die wirtschaftliche Entwicklung des Altertums (Le développement économique de l’Antiquité, 1895) et Die Sklaverei im Altertum (l’esclavage dans l’Antiquité, 1898) complètent le corpus théorique qui s’impose quasi-exclusivement à ce moment. Meyer y professe un profond mépris pour l’économie politique (il ignore royalement Marx), récuse toute idée de phases de développement de différents modes de production et défend le rôle prédominant de l’Etat sur l’économie réelle... ce qui s’accordait merveilleusement bien avec les impératifs politiques du moment et les convictions personnelles de l’auteur (Cf. Finley, p. 59 et 63).
Oeuvres :
— CICCOTTI Ettore, La Costituzione cosi detta di Licurgo, saggio critico sull’ evoluzione del diritto a Sparta, Napoli, E. Anfossi, 1886 ;
— CICCOTTI Ettore, La Famiglia nel diritto attico, Torino, E. Loescher, 1886 ;
— CICCOTTI Ettore, Il Tramonto della schiavitù nel mondo antico, Torino, Bocca, 1899 ; réed. Roma : « L’Erma » di Bretschneider, 1971 ;
— CICCOTTI Ettore, L’Interesse del denaro nell’antichità. - La Retribuzione delle funzioni pubbliche civili nell’antica Atene e le sue conseguenze, Milano, 1903 ;
— CICCOTTI Ettore, Psicologia del movimento socialista..., Bari, G. Laterza e figli, 1903 ;
— CICCOTTI Ettore, Le déclin de l’esclavage antique, trad. G. Platon, Éd. française revue et augmentée, avec préface de l’auteur, Paris, M. Rivière, 1910 ;
— CICCOTTI Ettore, Der Untergang der Sklaverei im Altertum, Berlin, Verl. Buchhandlung Vorwärts, 1910 ;
— CICCOTTI Ettore, Lineamenti dell’ evoluzione tributaria nel mondo antico, Milano, Società editrice libraria, 1921 ;
— CICCOTTI Ettore, Cronache quadriennali di politica italiana ed estera, 1919-1923..., Milano, Unitas, 1924. 2 vol. ;
— CICCOTTI Ettore, La guerra e la pace nel mondo antico, Roma, "L’Erma" di Bretschneider, 1971 ;
— CICCOTTI Ettore, Donne e politica negli ultimi anni della Repubblica Romana, Napoli, Jovene, 1985 ;
Bibliographie indicative :
— FINLEY Moses, Esclavage antique et idéologie moderne, Paris, Editions de Minuit, 1981 ;
— WEBER Max, Economie et société dans l’Antiquité, Introduction de Hinerk Bruhns, Paris, La Découverte, 2001 ;