
Bolchevik dès 1904, l’un des organisateurs de la grève de soixante douze jours d’Ivanovo-Voznessensk dirigée par le premier soviet fondé en Russie. Plusieurs fois condamné - y compris une fois à mort pour « résistance armée », avant d’être gracié -, il s’évade à chaque fois. Président du Congrès des soviets de Biélorussie en 1917.
Pendant Octobre, il participe aux combats de Moscou mais c’est la guerre civile qui le révèle comme chef militaire. Il commande le groupe d’armées du Sud où il est l’artisan de l’attaque contre Koltchak [1] et son Armée Blanche qu’il défait complètement à Omsk. Puis, il obtient la responsabilité complète des opérations sur le front oriental. Il conquiert définitivement la Crimée sur le général Wrangel [2]. De même, il écrase les insurrections menées par Makhno puis Petlioura [3] en Ukraine lorsque ces derniers refusent la fusion de leurs troupes avec celles de l’Armée rouge.
Au Xe congrès du Parti (mars 1921), Frounze est élu au Comité Central. Il participe ensuite au débat qui s’ouvre à la fin de la Guerre civile sur le problème de l’organisation de l’armée révolutionnaire. Il conteste la politique prônée par Lénine puis Trotski, c’est-à-dire celle d’une troupe constituée d’une milice de travailleurs, seule conception correcte d’une armée socialiste, sans doute parce que cette option, selon ses deux promoteurs, limiterait le danger "bonapartiste" constitué par une armée de métier de type classique.
Frunze, qui remplace Trotski à la direction de la défense en janvier 1925, avec le soutien actif de Zinoviev, est partisan d’une organisation militaire permanente, unique moyen de mener les guerres de mouvement offensif. Frunze définit une doctrine unifiée militaire et navale, dite « prolétarienne militaire ». l’Armée Rouge va être, dans la décennie suivante, le terreau d’innovations tactiques et stratégiques limitées par les purges sanglantes de Staline peu avant le second conflit mondial (troupes parachutistes, développement de l’arme blindée, des armes automatiques de petit calibre ...)
Il meurt l’année suivante à la suite d’une opération bénigne, effectuée contre son gré, imposée par le Bureau politique sur ordre de Staline. Cette mort suspecte - la voie est ainsi libérée pour la nomination du docile Vorochilov (1881-1969), car Frunze s’opposait à l’intervention de la GPU [4] dans l’Armée - fait l’objet d’une célèbre nouvelle du romancier Boris Pilniak : L’Histoire de la lune non éteinte.
Source :
— HAUPT Georges et MARIE Jean-Jacques, Les bolcheviks par eux-mêmes, Paris, François Maspero, Bibliothèque Socialiste 13, 1969, pp. 127-130 ;
Sur la toile :
— un article sur la stratégie soviétique à l’âge classique (1917-1955) dans la vitrine internet des travaux de l’Institut de Stratégie Comparée, de la Commission Française d’Histoire Militaire et de l’Institut d’Histoire des Conflits Contemporains. On y cite par deux fois Frunze : “Edinaja voennaja doktrina i krasnaja armija” (La doctrine militaire unique et l’armée rouge), article paru dans la revue Armija i Revoljucija, n° 1, 1921, in Izbrannye Proizvedenija (œuvres choisies), Moscou, Voenizdat, 1977. Et de M. Gareev, Frunze, Voennyj Teoretik (Frounze, théoricien militaire), Moscou, Voenizdat, 1985 ;
[1] Amiral (1874-1920), il commande la flotte de la mer Noire puis s’exile après Octobre. Débarquant en Sibérie en novembre, il se proclame régent suprême de la Russie. Après avoir pendant quelques mois contrôlé la totalité de la Sibérie et de l’Oural, il est fait prisonnier et fusillé.
[2] Baron balte (1878-1928) qui remplace le général Dénikine en mars 1920.
[3] Nationaliste ukrainien, 1879-1926.
[4] Police politique créée en 1922, en remplacement de la Tchéka.