AccueilContributionsFormat libre
Dernière mise à jour :
lundi 5 novembre 2018
   
Sur le Web
Capitalisme & Crises Économiques
Jacques Gouverneur et Marcel Roelandts proposent de découvrir les résultats de leurs recherches respectives. Elles portent sur l’analyse critique de l’évolution du capitalisme, en respectant un souci de rigueur scientifique. Elles débouchent sur des analyses et des conclusions souvent novatrices.
Mouvement de grève du 1er mai 2008 à la station Esso Pech-Montat
Une grève brute de décoffrage - Documents
5 mai 2008 par eric

Présentation :

Une fois n’est pas coutume. Nous n’avions pas jusque là assuré de suivi des luttes que mène la classe ouvrière face au train infernal d’attaques en tout genre que nous subissons actuellement. Cela pour deux raisons : ce n’est pas directement la vocation du collectif d’édition et par ailleurs de nombreux sites assurent un tel suivi. Mais là, il me semble nécessaire de faire une exception, dans la mesure où :

-  à ma connaissance, il n’y a eu aucun écho de cette lutte démarrée le 1er mai et qui se poursuivait encore dimanche soir, si ce n’est un mince filet sur un site d’actualité régional ;

-  la nature du conflit et des revendications rendent comptent d’un état de fait ayant une valeur générale et bien représentative de la période actuelle ;

-  les deux documents présentés ci-dessous, produits dans le cours de la lutte, sont à bien des égards remarquables :

  • les revendications sont claires et touchent de façon centrale à la condition ouvrière (salaires, conditions de travail, de vie, rapports de domination) ;
  • la dimension internationale est évoquée (et développée dans la discussion engagée sur place : la généralisation de la flexibilité et des diverses attaques vise à obtenir partout un taux d’exploitation accru, quitte à déplacer au fur et à mesure les lieux de production) ;
  • à aucun moment il n’est fait mention des syndicats, et pour cause, puisqu’ils cherchent à faire reprendre le travail partout où éclosent de tels mouvements de protestation (ce fut le cas dans deux autres stations a précisé un des grévistes) : "ils cherchent à nous faire rentrer dans le rang" ; ce qui renforce les menaces à peine voilées de la direction de procéder à des licenciements fermes ;
  • clairement le personnel en lutte ne compte que sur son autonomie et sa capacité à défendre ses intérêts par la solidarité de tous, y compris les extérieurs encouragés à discuter fraternellement ;

On peut donc parler, en quelque sorte, d’« introuvables du mouvement ouvrier » et qui méritent comme tels d’être publiés.

Cette lutte, démarrée symboliquement un 1er mai, et beaucoup des revendications posées en disent plus long que toutes les commémorations des pseudo-révolutionnaires convoqués pour leur auto-célébrations de mai 1968. C’est toujours pied à pied que ce mène le combat contre l’exploitation.

Ces documents sont publiés avec l’assentiment des grévistes, cela va de soi. Bon courage ! Avec toute notre solidarité !

E.S.


Document n°1 :

Conmuniqué de presse

L’ensemble des employés de la station service Esso implantée sur l’autoroute A20 Aire de Pech-Montat commune de CRESSENSAC (46) a déclenché, depuis le 1er mai 2008 à 00 heure, un mouvement de grève pour une durée indétenninée.

Ce mouvement social s’appuie sur des revendications portant sur les salaires et conditions de travail actuelles et à venir.

En effet, depuis sa mise en fonction (1999), à la connaissance de ses employés, le site n’a jamais connu le moindre affaiblissement en matière de fréquentation de la clientèle. Sans prendre trop de risques, il peut même être avancé que celui-ci a toujours été en constante évolution sur le plan de la rentabilité.

Malgré cet état de fait, les employés n’ont constaté, en ce qui les concerne, aucune amélioration de leur situation sur le plan du salaire. Les seules hausses consenties n’ont été que celles du SMIC. Aucun autre avantage source de motivation n’existe, alors que les conditions de travail actuelles et à venir, promises par l’employeur, vont générer la régression du statut actuel de l’employé, qui déjà n’est pas particulièrement brillant. Il ne s’agit pas là d’une vue de l’esprit, mais bien malheureusement d’une réalité.

La mise en place de nouvelles méthodes de travail visant uniquement à : réduire la masse salariale, accentuer le rendement au détriment de la qualité de vie, annihiler toute possibilité pour l’employé de pouvoir améliorer son salaire par l’octroi d’heures supplémentaires, faire accomplir des semaines de travail dépassant largement le cadre des 35 heures qui une fois "nivelées" sur le mois apparaissent tout à fait légales et en parfaite adéquation avec le droit du travail.

La suppression d’une partie de l’outil de travail ainsi que l’absence d’investissement dans la rénovation ou l’amélioration de celui-ci sont autant de facteurs aggravant les conditions de travail de l’employé qui aujourd’hui perd toute envie de s’impliquer profondément dans l’accomplissement de son travail eu égard, à l’estime et la reconnaissance qui lui sont portés au travers de l’ensemble des faits évoqués supra.

A l’heure où en un autre point de l’Union Européenne, les salariés d’une nation fraîchement intégrée à celle-ci obtiennent, de leur employeur, de conséquentes avancées sociales, de l’autre coté, dans une des nations berceau de cette Europe, les employés d’une entreprise voient se profiler à l’horizon les prémices d’une ère de récession.


Document n°2 :

REVENDICATIONS LIÉES AU MOUVEMENT DE GREVE DU 1er MAI 2008 (Station Esso Pech Montat 46600 CRESSENSAC)

portant sur les conditions de travail

-  Abandon sans condition du projet de « flexibilité du temps de travail » dont les seuls buts sont :

— La mise en place d’un système d’asservissement quasi-total de l’employé aux seuls profits de l’entreprise. Système qui engendrera une dégradation significative de la qualité de vie de l’employé, sans aucune contrepartie. Système engendrant une disponibilité totale, cadences de travail soutenu. Faute de résultats satisfaisants dans ce sens, il a été clairement indiqué, lors de la dernière réunion d’information à ce sujet, que tout employé n’étant pas en mesure de donner entière satisfaction dans sa façon de servir se verrait "remercier" par une mesure de licenciement ;

— le déguisement de "la semaine de 35 heures". Système qui permettra à l’employeur de faire effectuer des semaines de travail dépassant largement le cadre des 35 heures sans avoir à verser la moindre heure supplémentaire. Application d’un système de nivellement de l’ensemble des heures effectuées ne laissant aucune possibilité à l’employé de pouvoir effectuer des heures supplémentaires, source de revenu complémentaire non négligeable en ces temps de récession de pouvoir d’achat.

Ce projet de flexibilité s’appuyant, pour son application, uniquement sur l’importance du nombre de transactions réalisées par la station est un moyen de travail qui méprise totalement et ouvertement l’humain au profit d’un seul souci de rentabilité.

— il est demandé le maintien du rythme actuel de 08 heures de travail par jours ouvrés, que toute heure supplémentaire dépassant ce cadre soit considérée en heure supplémentaire et rémunérées à ce titre.

-  Maintien de la masse actuelle des employés :

— l’abandon du projet susmentionné implique, le maintien de la masse actuelle des employés de la station (COI et COD). Dans les périodes de fortes activités, l’accomplissement d’heures supplémentaires rémunérées en tant que telles est une éventualité satisfaisante pour l’ensemble des employés, générant ainsi une amélioration des revenus (augmentation d’un pouvoir d’achats déjà bien mal en point) ;

-  Amélioration, rénovation de l’outil de travail :

Depuis la reprise de la station-service sous l’égide de la société ROC, l’outil de travail n’a cessé de se dégrader par les effets suivants :

— suppression ou utilisation de matériel dont l’efficacité est nettement insuffisante eu égard à l’importance de la structure (remplacement d’une laveuse de sols par un seau et une toile de lavage, d’un nettoyeur haute pression par un "tuyau d’arrosage amélioré", balais de 30 cm de largeur pour le traitement de surfaces de sols importantes, etc.) ;

— remplacement d’un aspirateur industriel pour l’entretien des pistes et des extérieurs par une pince à ramasser les papiers et mégots de cigarettes ;

— suppression de containers poubelles mobiles et mise en place d’une benne, impliquant de transporter à la main des sacs poubelles de 100 à 130 litres pleins sur des distances de plusieurs dizaines de mètres afin de les déverser dans celle-ci ;

— modification du système d’encaissement nettement moins performant que le précédent et qui génère des lenteurs dans le traitement d’une clientèle, qui, exacerbée, crie sa rancœur en s’en prenant régulièrement aux employés impuissants ;

— mise en place d’une certaine politique de productivité ne répondant pas toujours aux nécessités et générant par la même des pertes inconsidérées ;

— projet de réduction du personnel de nuit (un au lieu de deux) sans l’assurance de la mise en place de mesures efficaces tendant à garantir la sécurité des employés. Actuellement, les employés de nuit rencontrent de plus en plus de difficultés à assurer leur travail dans des conditions optimales de sécurité. Des faits récents d’agressions, portés à la connaissance de la hiérarchie, ont mis en avant ce problème récurrent. Pour l’instant aucune mesure concrète n’a été prise alors que le maître mot de la société ROC, inscrit partout, est le suivant : "PERSONNE NE DOIT ETRE BLESSE". A l’heure actuelle, les employés de nuit n’ont aucune compensation en contrepartie (prime spéciale liée aux risques ou protection juridique à la charge de l’employeur). Le système de vidéosurveillance mis en place est élément de sécurité passive dont l’efficacité est discutable. Dernièrement, la présence de ce système n’a pas dissuadé un groupe de six personnes dans l’accomplissement de ses actions malveillantes. Les intéressés ont pris soin d’agir dans des zones hors champs de surveillance.

— il est demandé la mise en place de mesures de sécurité actives afin d’assurer l’intégrité physique et psychique de l’employé, d’éradiquer ce grave problème,

— de jour comme de nuit, les employés sont insultés, malmenés, agressés par une certaine clientèle. En contrepartie, ils ne bénéficient d’aucune protection de quelque nature que ce soit tendant à amortir cet état de fait. Une pénibilité du travail n’est pas reconnue dans ce sens,

— en cuisine, il est demandé une augmentation de la productivité sans pour cela mettre le personnel nécessaire en place (surcroît de travail), des tâches annexes supplémentaires (élaboration de commandes et réception) sans créneau particulier de réservé pour l’accomplissement de celles-ci, travail exécuté avec un matériel vieillissant dont la fiabilité laisse de plus en plus à désirer,

— il a été constaté l’attribution de certaines tâches, qui au demeurant, ne relevaient pas de la compétence des employés, tel que l’élaboration de commandes.

— une communication toujours tardive des plannings qui pénalise les employés dans leur vie privée. Alors qu’il avait été annoncé dés le début par la direction de la société ROC la mise en place d’un système de planning régulier (prévisionnel sur l’année), il s’avère que les employés ne connaissent aucune régularité en la matière,

— le respect du droit social qui dernièrement a été bafoué au sein de la station. En effet, lors de l’organisation des élections du délégué du personnel, d’initiative, un membre de l’équipe dirigeante de la station a rapporté l’absence de toute candidature de la part du personnel avant même la clôture de ces élections. En conséquence, l’ensemble du personnel demande la réalisation d’élections exceptionnelles, au niveau de la station, afin de pouvoir élire un délégué du personnel tel que le droit le prévoit.

— au niveau du secteur Brioche Dorée, configuration erronée du système informatique générant des problèmes à l’encaissement de la clientèle, pannes répétitives des caisses au même titre que la caisse centrale ;

— système de caisse unique obsolète, en caisse centrale. Ce système engendre une trop longue attente pour la clientèle, aucune possibilité de pouvoir traiter indépendamment l’encaissement du carburant et de la boutique.

— sur un plan de sécurité il a été également demandé que soit installé un éclairage du parking réservé aux véhicules du personnel, cela est resté sans réponse,

— actuellement le salon de détente des routiers n’est plus affecté à cet usage, il sert d’entrepôt d’objets divers. Il est demandé que ce local soit aménagé en salle de réunion du personnel (tables et chaises) et qu’il puisse servir également, pour l’avenir, de local de travail pour le délégué du personnel ;

portant sur les salaires et avantages

— Les irrégularités constatées dans les salaires depuis le mois de décembre 2007 n’ont toujours pas été régularisées pour les employés concernés, à ce jour ;

— il est demandé le maintien du salaire initial, dans son intégralité et sans aucune dépréciation, eu égard au contrat de travail de base toujours d’actualité puisque aucune nouvelle disposition n’a été évoquée à ce sujet, dans l’avenant liant les employés à la société ROC ;

— une revalorisation des salaires, à définir lors des négociations. Les employés n’ont connu, à titre de revalorisation de salaire, que les seules augmentations liées à la hausse du SMIC ;

— l’attribution d’une prime panier de 12 € par jours ouvrés, pour l’ensemble du personnel de la station, sans distinction de tranches horaires de travail ou de secteur d’activité ;

— une participation aux bénéfices dégagés par les ventes, sous forme de prime ;

— l’attribution d’un treizième mois sous forme de prime de fin d’année.

Ces revendications ont été approuvées à l’unanimité par l’ensemble du personnel.

Messages de forum :
Mouvement de grève du 1er mai 2008 à la station Esso Pech-Montat
21 juin 2008 par kjpl
Bonjour, qu’ont-ils obtenus ? En effet, je travaille sur une station Esso en Normandie et je n’étais même pas au courant de ce mouvement. En tout cas, leur cas est exemplaire et devrait être suivi par l’ensemble des personnels des stations toutes marques confondus. Combattons ! KJPL