
Fils d’officier, en 1901, il termine l’école du corps des cadets de Voroneje et rentre à l’école d’ingénieurs militaires de Nikolaev (1901-1902).
En 1902, il adhère au Parti Ouvrier Social-démocrate de Russie (POSDR). Menchevik depuis 1903, en 1905-06 il est membre du comité du parti de la ville de Saint-Petersbourg.
Mutiné à la tête de ses soldats, il participe aux combats armés à Sébastopol. Condamné à mort, peine commuée en vingt ans de travaux forcés, il arrive à s’échapper au bout de 5 jours en compagnie d’Emelian Yaroslavski. De 1907 à 1910, il participe à tous les travaux clandestins en Russie et à Saint-Pétersbourg.
Contraint d’émigrer en juillet 1910, il séjourne à Paris où il appartient au cercle menchevik qui collabore avec les bolcheviks : Vladimirov, Lozovski, Sokolnikov, etc ... Il adhère en 1913 au Groupe interrayons (Mejrayonka) qui venait d’être créé par Trotski.
En septembre 1914, il dirige le quotidien internationaliste Golos auquel collaborent Martov, Trotski, Lounatcharski, Pokrovski. Le journal survit sous différents noms jusqu’en avril 1917. Sous le titre de Nache Slovo, il devient un carrefour pour les internationalistes russes : autour d’Antonov-Ovseïenko, de Martov et Trotsky, on retrouve « d’anciens bolcheviks otzovistes comme Manuilski, d’anciens conciliateurs comme Sokolnikov, des militants en rupture avec le menchevisme comme Tchitchérine et Alexandra Kollontaï, les amis de Trotsky comme Ioffé... », des cosmopolites comme Racovski, Karl Radek ou Angelica Balabanova. (in Broué, Le Parti Bolchevique, p. 77). Antonov-Ovseïenko « secrétaire de rédaction, s’occupe de l’impression, des rapports avec les ouvriers imprimeurs payés avec élasticité et par intermittence, de la quête pénible mais acharnée de l’argent dans la colonie russe. » (Jean-Jacque Marie, Trotsky, p. 105).
En mai 1917, il rentre en Russie et dans le Parti bolchevik avec le Groupe interdistricts, en même temps que Trotski.
Peu de jours avant l’Octobre rouge, Antonov-Ovseïenko rencontre Lénine, traqué par la police de Kérenski, dans une maison du faubourg ouvrier de Vyborg : « Nous nous trouvâmes en présence d’un petit vieux grisonnant, portant pince-nez, assez bien portant, plutôt débonnaire ; on eût dit un musicien, un instituteur ou un bouquiniste. Il ôta sa perruque et nous reconnûmes son regard où brûlait comme de coutume une flamme d’humour : « Quoi de nouveau ? » Il était plein d’assurance. Il s’enquit de la possibilité d’appeler la flotte à Pétrograd. A l’objection que ce serait dégarnir le front de mer, sa réplique fut péremptoire : « Voyons ! Les marins doivent bien comprendre que la révolution est plus menacée à Pétrograd que sur la Baltique. » (Victor Serge, L’an I, p. 79).
Le 25 octobre, il dirige la prise du Palais d’Hiver, avec Podvoïski, en tant que principal artisan de l’insurrection : « Il y avait à l’étage supérieur une pièce où se tenait un personnage au visage mince et aux cheveux longs, un certain Ovséenko dit Antonov, mathématicien et joueur d’échecs, jadis officier du tsar, puis révolutionnaire et exilé ; il dressait soigneusement des plans pour la prise de la capitale. » (in John Reed, Dix jours qui ébranlèrent le monde, p. 107). Trotsky le décrit pourtant ainsi : « L’incohérence, lors de la prise du Palais, s’explique, dans une certaine mesure par les qualités personnelles des principaux dirigeants. [...] Antonov-Ovseïenko, par caractère, est un optimiste impulsif, beaucoup plus capable d’improvisation que de calcul. En qualité d’ancien officier subalterne, il possédait quelques connaissances dans l’art militaire. Durant la Grande Guerre, comme émigré, il avait tenu dans le journal Naché Slovo (Notre Parole), qui paraissait à Paris, la rubrique militaire, et plus d’une fois s’était montré perspicace en stratégie. Son dilettantisme impressionnable ne pouvait faire contrepoids aux excessives envolées de Podvoïsky. » (in Trotsky, HRR, p. 676).
Il est alors élu au premier Soviet des Commissaires du Peuple à la guerre. De décembre 1917 à mai 1918, il est commandant en chef des forces militaires des républiques soviétiques du sud. Puis jusqu’en 1919, ses connaissances militaires sont utilisées puisqu’il exerce différentes fonctions de commandant d’armées.
Parallèlement, il est membre de la fraction de la « Gauche communiste » en 1917-1918. C’est ainsi qu’il s’oppose à la signature du traité de paix de Brest-Litovsk et aux mesures économiques prises par le pouvoir.
Selon certaines sources, en 1920, il fait partie du groupe « centraliste démocratique » ou « déciste » avec ses anciens camarades de la gauche bolchevique : Osinski, Boubnov, Sapronov, etc...
Chargé de combattre l’insurrection de Kronstadt, il dénonce la lourdeur des charges imposées aux paysans et la brutalité des détachements de réquisition. La majorité des paysans, souligne-t-il, identifient le pouvoir des soviets « avec les commissaires et plénipotentiaires qui donnaient sèchement des ordres aux comités exécutifs des soviets de cantons et aux soviets ruraux, arrêtaient les représentants de ces organes locaux du pouvoir parce qu’ils n’avaient pas exécuté des exigences bien souvent totalement absurdes. » Certes, concède-t-il, « la situation alimentaire difficile de la République a poussé à ne pas faire de cérémonies », mais nombre d’agents ne se soucient que d’exécuter intégralement la réquisition, coûte que coûte, « souvent [...] en abusant des larges pouvoirs qui leur étaient concédés et des mesures extraordinaires. » (in Jean-Jacques Marie, Kronstadt, p. 65).
A la fin de la guerre civile russe, il est en charge de la région de Tambov, réprimant la révolte des paysans (1920-1922) aux côtés de Toukhatchevski.
Fin mars 1922 s’ouvre le XIème congrès du Parti bolchevique, le dernier où Lénine va présenter le rapport du Comité central : « Une séance à huit clos discute de l’appel à l’Internationale lancé par vingt-deux membres ou sympathisants de l’Opposition ouvrière dénonçant des violations de la démocratie dans le parti et s’achève par un vote contradictoire qui révèle un profond malaise : une motion du bureau politique unanime, dont Trotsky, qui affirme leur droit d’effectuer cette démarche mais condamne le contenu de leur texte, reçoit 227 voix ; une motion d’Antonov-Ovseïenko demandant un changement d’attitude envers les « dissidents » en reçoit presque autant, 215. Preobrajenski prend alors Staline comme exemple de la bureaucratisation du pouvoir puisqu’il dirige deux commissariats du peuple et une dizaine de commissions du bureau politique. Mais Lénine défend Staline, son « travail gigantesque » et son « autorité ». » (in Jean-Jacques Marie, Trotsky, p. 260).
Il appartient en 1923 à l’Opposition de gauche et signe la « déclaration des 46 ». Comme les autres membres de l’Opposition, il fut neutralisé en 1925 en étant nommé dans des services diplomatiques à l’étranger. Il est ainsi ambassadeur en Tchécoslovaquie puis Lituanie en 1927 et Pologne en 1928.
En 1928, il quitte l’Opposition unifiée pour rallier le camp de Staline. Il est critiqué par Christian Rakovsky dans une lettre.
En septembre 1936, il est consul général de Barcelone où son rôle n’est pas des plus clair (voir l’article de Solano, « La longue marche pour la vérité sur Andréu Nin », pp. 81 à 87). Il a vraisemblablement trempé dans la liquidation du POUM et autres « empêcheurs de tourner en rond » lors de la guerre civile espagnole, ayant fait comprendre dès son arrivée que leur destruction était une priorité pour l’Etat russe : « Ce sont nos pires ennemis et nous les traiterons comme tels », aurait-il déclaré au chef de la police catalane, Aurelio Fernandez. (in La politique selon Orwell, p. 95). Ainsi, La Révolution prolétarienne du 10 juin 1937 écrit à propos de l’assassinat des anarchistes Barbieri et Berneri : « Il avait reçu un premier avertissement après avoir publié la lettre ouverte à Federica Montseny. C’est Antonov-Ovseenko qui avertit Berneri par l’intermédiaire de la Généralité. Berneri fit connaître ce fait à ses amis de Paris. »
Début 1938, il est rappelé pour être nommé comme commissaire à la justice de l’Union mais à son arrivée à Moscou, il est arrêté et probablement fusillé sans jugement. Mais certains auteurs donnent 1939 comme date de décès, ce qui laisserait penser qu’il s’est écoulé plus de temps entre son retour et sa disparition.
Il a été réhabilité en 1956, avec le groupe des chefs militaires de la guerre civile.
Œuvres :
— ANTONOV-OVSEÏENKO Vladimir Alexandrovitch, Zapiski o grajdanskoi voine (Notes sur la guerre civile), Moscou-Leningrad 1924 ;
Sources :
— ANTONOV-OVSEÏENKO Anton, The time of Stalin : Portrait of a Tyranny, New York, 1983 ;
— BROUÉ Pierre, Le Parti bolchévique, Paris, Les Éditions de Minuit, 1977 ; cf. pp. 69, 77, 183, 193 [sur les « nominations » à l’étranger], 232, 260, 392-393 [sur l’extermination des bolcheviks] et 584 ;
— BROUÉ Pierre, Histoire de l’Internationale communiste, Paris, Fayard, 1997 ; cf. pp. 450 [sur la proposition d’un « coup d’Etat militaire en faveur de la « démocratie du parti » proposé à la fois par SV Mratchkovsky et VA Antonov-Ovseïenko] et 961 ;
— BROUÉ Pierre, La révolution et la guerre d’Espagne, Paris, Les Éditions de Minuit, 1979 ; cf. pp. 189-190 [sur l’aide russe], 215, 242 [sur l’intervention directe des diplomates russes], 343-347 ;
— CHRIST Michel, Le Poum. Histoire d’un parti révolutionnaire espagnol (1935-1952), Paris, L’Harmattan, 2005 ; cf. p. 81 [dans la notice biographique, la date d’exécution est 1939. Dans le dernier livre de Broué, aussi.] ;
— HAUPT Georges et MARIE Jean-Jacques, Les bolcheviks par eux-mêmes, Paris, Maspero, Bibliothèque Socialiste n°13, 1969 ; cf. pp. 259-265 ;
— MARIE Jean-Jacques, Cronstadt, Paris, Fayard, 2005 ; cf. pp. 65, 415-416, 425 et 428 ;
— MARIE Jean-Jacques, Trotsky, Paris, Payot, 2006 ; cf. pp. 103-111 [sur Golos et Nache Slovo], 135-136 [sur le CMR], 260, 300-301, 466 ;
— NEWSINGER John, La politique selon Orwell, paris, Agone, 2006 ; cf. pp. 91-99 [sur les journées de mai 1937 à Barcelone] ;
— REED John, Dix jours qui ébranlèrent le monde, Paris, Seuil, 1996 ; cf. pp. 107 [avec une affiche du CMR], 111-113, 116, 190 [la liste des Commissaires du Peuple], 229-232, 240 et 244-246 ;
— TROTSKY Léon, Histoire de la révolution russe [HRR], Paris, Seuil, 1995 ; cf. pp. 23, 297, 482, 492-493, 524 [sur la question de l’insurrection], 622-651 [sur la prise du Palais d’Hiver], 676, 684 et 715 ;
— SEMPRUN MAURA Carlos, Révolution et contre-révolution en Catalogne, Les nuits rouges, 2002 ; cf. pp. 80-89, 215, 251-252 [sur la répression stalinienne dirigée par Antonov-Ovseïenko et Geroë (ou GERÖ - 1898-1980 - qui provoqua le soulèvement hongrois de 1956 après avoir fait tirer sur la foule)] et 263 ;
— SERGE Victor, L’an I de la révolution russe, Paris, La Découverte Poche, 1997 ; cf. pp. 79, 82 et 99-100 [sur le premier Conseil des Commissaires du Peuple] ;
— SERGE Victor, Mémoires d’un révolutionnaire et autres écrits politiques, Paris, Robert Laffont Bouquins, 2001 ; cf. pp. 452-453, 489, 779, 960 (note 87 sur la lettre des « 46 ») et 974 (note 46) ;
— WALTER Gérard, Lénine, Paris, Marabout, 1950 ; cf. p. 157 ;
— WEILL Claudie, « Antonov-Ovseïenko (V. A.) », Encyclopædia Universalis ;
— WILEBALDO SOLANO Alonso, « La longue marche pour la vérité sur Andréu Nin » in Utopie critique numéro IV, 1994 ; cf. pp. 81 à 87 ;