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Dernière mise à jour :
samedi 25 mars 2017
   
Brèves
Index chronologique des notices de parutions
dimanche 15 mars
Enfin ! Mise à jour de notre index chronologiques des notices de parution... histoire de faciliter les recherches dans ce qui est paru ces quelques dernières années !
La Première Guerre mondiale sur le site Smolny
jeudi 20 novembre
Une notice thématique regroupe par ordre chronologique de parution tous les documents sources qui sont publiés sur le site du collectif Smolny en rapport avec la Première Guerre mondiale et le mouvement ouvrier international : « Documents : La Première Guerre mondiale ( Juillet 1914 - Novembre 1918 ) ». Cette notice est mise à jour à chaque nouvel ajout. À consulter régulièrement donc.
Mise à jour de la bibliographie de Nicolas Boukharine
mardi 27 mai
Il manquait à la bibliographie des œuvres de Boukharine en langue française les articles publiés par Smolny dans l’ouvrage La revue Kommunist (Moscou, 1918). Oubli réparé.
Rosa Luxemburg : bibliographie française
mardi 15 avril
Mise à jour et toilettage complet de la notice bibliographique des œuvres de Rosa Luxemburg en langue française.
Capital, valeur, plus-value et exploitation du travail
jeudi 15 novembre
La deuxième séance du cycle de formation « Pourquoi le marxisme au XXIe siècle ? » se tient ce jeudi soir 15 novembre 2012 à 20h30 au local FSU , 52 rue Jacques Babinet, immeuble Peri-ouest, 2° étage (Métro Mirail Université à Toulouse).
Mise à jour de la bibliographie...
dimanche 9 septembre
... de la série Historical Materialism Books, depuis le numéro 26 jusqu’au numéro 40.
Sur le Web
Parti communiste international (Le Prolétaire)
Publie en France Le Prolétaire et Programme communiste. Description extraite de ce site flambant neuf - CE QUI NOUS DISTINGUE : La ligne qui va de Marx-Engels à Lénine, à la fondation de l’Internationale Communiste et du Parti Communiste d’Italie ; la lutte de classe de la Gauche Communiste contre la dégénérescence de l’Internationale, contre la théorie du « socialisme dans un seul pays » et la contre-révolution stalinienne ; le refus des Fronts populaires et des fronts nationaux de la résistance ; la lutte contre le principe et la praxis démocratiques, contre l’interclassisme et le collaborationnisme politique et syndical, contre toute forme d’opportunisme et de nationalisme ; la tâche difficile de restauration de la doctrine marxiste et de l’organe révolutionnaire par excellence - le parti de classe -, en liaison avec la classe ouvrière et sa lutte quotidienne de résistance au capitalisme et à l’oppression bourgeoise ; la lutte contre la politique personnelle et électoraliste, contre toute forme d’indifférentisme, de suivisme, de mouvementisme ou de pratique aventuriste de « lutte armée » ; le soutien à toute lutte prolétarienne qui rompt avec la paix sociale et la discipline du collaborationnisme interclassiste ; le soutien de tous les efforts de réorganisation classiste du prolétariat sur le terrain de l’associationnisme économique, dans la perspective de la reprise à grande échelle de la lutte de classe, de l’internationalisme prolétarien et de la lutte révolutionnaire anticapitaliste.
canutdelacroixrousse
L’histoire de la colline de la Croix-Rousse et des canuts. Ce Blog est une mine d’informations sur les canuts allant de pair avec une connaissance très fine de Lyon / Croix-Rousse. Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant !
Les Amis de Daumier
Créée en 1994, l’Association des Amis d’Honoré Daumier se propose par ses statuts de promouvoir, en France et à travers le monde, l’œuvre multiforme - dessins, peintures et sculptures - de cet immense artiste.
Parti Communiste International (Il Programma Communista)
Publie en France les Cahiers internationalistes, consultables en ligne sur le site depuis le numéro 6. Présentation : Ce qui nous distingue : la ligne qui va de Marx à Lénine, à la fondation de l’Internationale Communiste et du Parti Communiste d’Italie (Livourne, 1921), à la lutte de la Gauche Communiste contre la dégénerescence de l’Internationale, contre la théorie du "socialisme dans un seul pays" et la contre-révolution stalinienne, et au refus des fronts populaire et des blocs partisans et nationaux. La dure œuvre de restauration de la doctrine et de l’organe révolutionnaires au contact de la classe ouvrière, dehors de la politique personelle et électoraliste.
Démocratie Communiste
Site luxemburgiste, dont voici le manifeste minimal : Démocratie communiste s’inscrit dans la lignée du mouvement ouvrier démocratique, et lutte : pour l’abolition du capitalisme, du travail salarié, et de la division des êtres humains en classes sociales ; pour mettre fin à la dictature de la classe capitaliste, et mettre en place la démocratie directe ; pour une société socialiste-communiste ; pour en finir avec le sexisme et le patriarcat ; contre toutes les formes de racisme, de nationalisme et de patriotisme ; pour l’abolition de toutes les frontières. Textes d’actualité et thématiques (peu nombreux).
Les Amis de Spartacus
Edition fondée par René Lefeuvre en 1934. A publié Rosa Luxemburg, Anton Pannekoek, Boris Souvarine... Un fond exceptionnel et incontournable.
Étincelles de la Gauche marxiste russe : 1881 - 1923 (1)
Première partie - L’envol : 1881 - 1913
11 mars 2009 par jo

Introduction :

« La barque de la révolution mondiale s’est brisée contre les larmes d’acier de l’Etat ouvrier ; mais l’incident n’est pas clos ! » (merci Maïakovski).

Si, pour quelques fortunés du XXIe siècle, la jouissance se paye l’instant, pour la moitié de l’humanité, c’est l’angoisse du présent. Ces mondes parallèles, sous le fouet du krach ultime, ne peuvent que se déchirer davantage. Il faut d’urgence inventer un avenir tout neuf, un monde plus juste. Cet impératif, d’autres avant nous y ont fait face. Au début du XXe siècle, des minorités révolutionnaires ont pris leurs responsabilités.

« Sans le travail des fractions, Lénine lui-même serait resté un rat de bibliothèque et ne serait pas devenu un chef révolutionnaire. » (Bilan n°1, « Vers l’internationale 2 et ¾ »).

En allant souvent contre le courant, au risque d’être minoritaire, mais toujours défendant des principes clairs et précis, la Gauche marxiste a essayé de donner une voix, une direction (comment mieux décrypter la réalité pour mieux militer, mieux s’organiser, faire progresser la conscience de classe, comment faire pour que la classe ouvrière prenne le « pouvoir » et puisse le gérer ?) aux éléments les plus radicaux du prolétariat et a combattu de façon héroïque contre la guerre, la contre-révolution et pour la généralisation de la révolution mondiale !

Bien que ces fractions russes aient disparu en 1922-23, la plupart de ses militants ont continué, soit en se raccrochant à des Oppositions « légales », soit dans la clandestinité, le combat jusqu’à leur dernier souffle. Ciliga, Chalamov, Serge et la compilation de Broué [1] en témoignent : les débats et les grèves de la faim se poursuivaient même dans les isolateurs staliniens à la fin des années 1930 !

En évoquant brièvement la situation en Allemagne ou en Écosse, les réflexions du hollandais Pannekoek ou de l’italien Bordiga, nous ne ferons qu’enfoncer la porte ouverte : ailleurs se posaient les mêmes questions essentielles, ailleurs on essayait aussi de résoudre la contradiction Capital-Travail. Et la Gauche marxiste russe se nourrissait forcément des luttes et des débats internationaux.

D’évidence, ce recueil n’est qu’UNE histoire des fractions russes. N’hésitez pas à proposer d’autres perles.

À ces courageux, à ceux qui suivent leurs traces, nous dédions ce nectar ... de combat !

J.O.


1881 : les partisans de la Volonté du peuple (« Narodnaïa Volia) liquident le tsar Alexandre II. Ils croyaient pouvoir opérer une transformation de la société sans le peuple, par des actes individuels exemplaires. Après ce baroud d’honneur, l’organisation terroriste cessa d’exister.

1882 : Plekhanov [2] ancien populiste, traduit en russe le « Manifeste du Parti Communiste ».

1900 : fondation de l’Iskra, par des marxistes russes en exil (Plekhanov,Lénine), et de son réseau de révolutionnaires professionnels, qui cherchent à constituer un cadre unifié surmontant les particularismes ; « Ceux qui ne voient dans le « plan » de l’Iskra que de la « littérature » [...] ont pris pour le but ce qui, au moment actuel, n’est que le moyen le plus indiqué. [...] La mise sur pied d’un journal politique pour toute la Russie - était-il dit dans l’Iskra, - doit être le fil conducteur : en le suivant nous pourrons sans cesse développer, approfondir et élargir cette organisation (c’est-à-dire l’organisation révolutionnaire toujours prête à appuyer toute protestation et toute effervescence). Dites-moi, s’il vous plaît : lorsque les maçons posent en différents points les pierres d’un édifice immense, aux formes absolument inédites, ils tendent un fil qui les aide à trouver la place juste, leur indique le but final de tout le travail ... » [3]. - Constitution du Bureau Socialiste International (BSI), organe permanent de liaison de la Deuxième internationale, qui siège à Bruxelles. - Le PSD (Parti social-démocrate de Pologne), fondé en 1893 devient le SDKPiL (et de Lituanie).

1903 : 17 juillet - 10 août (30-23) : à Bruxelles puis Londres, IIe Congrès du POSDR avec l’apparition des tendances menchevique et bolchevique. Lénine avait initié la distinction entre organisation unitaire et parti de la classe en publiant, en 1902, Que Faire ? : « Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire. On ne saurait trop insister sur cette idée à une époque où l’engouement pour les formes les plus étroites de l’action pratique va de pair avec la propagande à la mode de l’opportunisme. [...] Deuxièmement, le mouvement social-démocrate est, par son essence même, international. Il ne s’ensuit pas seulement que nous devons combattre le chauvinisme national. Il s’ensuit encore qu’un mouvement amorcé dans un pays jeune ne peut être fructueux que s’il assimile l’expérience des autres pays. Or pour cela il ne suffit pas simplement de connaître cette expérience ou de se borner à recopier les dernières résolutions. Il faut pour cela savoir faire l’analyse critique de cette expérience et la contrôler soi-même. [...] La centralisation des fonctions clandestines de l’organisation ne signifie nullement la centralisation de toutes les fonctions du mouvement. [...] Et cela est vrai non seulement pour la presse, mais aussi pour toutes les fonctions du mouvement, jusques et y compris les manifestations. La participation la plus active et la plus large de la masse à une manifestation, loin d’avoir à en souffrir, gagnera beaucoup si une « dizaine » de révolutionnaires éprouvés, au moins aussi bien dressés professionnellement que notre police, en centralisent tous les aspects clandestins : confection de tracts, élaboration d’un plan approximatif, nomination d’une équipe de dirigeants pour chaque quartier de la ville, chaque groupe d’usines, chaque établissement d’enseignements, etc. [...] La centralisation des fonctions les plus conspiratives par l’organisation des révolutionnaires, loin d’affaiblir, enrichira et étendra l’action d’une foule d’autres organisations qui s’adressent au grand public et qui, pour cette raison, sont aussi peu réglementés et aussi peu conspiratives que possibles : associations professionnelles des ouvriers, cercles ouvriers d’instruction et de lecture de publications illégales, cercles socialistes, et aussi cercles démocratiques pour toutes les autres couches de la population, etc., etc. Ces cercles, associations professionnelles des ouvriers et organisations sont nécessaires partout ; il faut qu’ils soient le plus nombreux et que leurs fonctions soient le plus variées possible ; mais il est absurde et nuisible de les confondre avec l’organisation des révolutionnaires ... » [4]

1905 : Sur fond de défaite militaire (victoire navale japonaise décisive de Tsushima du 27 mai 1905) [5], première révolution russe [6], qui apportait un puissant courant d’air frais dans l’atmosphère vicieux du syndicalisme et du parlementarisme dominant l’Internationale et son parti le plus puissant, le SPD :

« C’est par le prolétariat que l’absolutisme doit être renversé en Russie. Mais le prolétariat a besoin pour cela d’un haut degré d’éducation politique, de conscience de classe et d’organisation. Il ne peut apprendre tout cela dans les brochures ou dans les tracts, mais cette éducation, il l’acquerra à l’école politique vivante, dans la lutte et par la lutte, au cours de la révolution en marche. D’ailleurs, l’absolutisme ne peut pas être renversé n’importe quand, à l’aide simplement d’une dose suffisante « d’efforts » et de « persévérance ». La chute de l’absolutisme n’est qu’un signe extérieur de l’évolution intérieure des classes dans la société russe. [...] Ainsi ce problème en apparence si simple, si peu complexe, purement mécanique : le renversement de l’absolutisme exige tout un processus social très long ; il faut que le terrain social soit labouré de fond en comble, que ce qui est en bas apparaisse à la surface, que ce qui est en haut soit enfoui profondément, que « l’ordre » apparent se mue en chaos et qu’à partir de « l’anarchie » apparente soit créé un ordre nouveau. [...] Dans la révolution où la masse elle-même paraît sur la scène politique, la conscience de classe devient concrète et active. [...] Six mois de révolution feront davantage pour l’éducation de ces masses que dix ans de réunions publiques et de distributions de tracts. [...] Mais pour accomplir une action politique de masse, il faut d’abord que le prolétariat se rassemble en masse ; pour cela il faut qu’il sorte des usines et des ateliers, des mines et des hauts fourneaux et qu’il surmonte cette dispersion et cet éparpillement auxquels le condamne le joug capitaliste. [...] la révolution russe actuelle éclate à un point de l’évolution historique situé déjà sur l’autre versant de la montagne, au-delà de l’apogée de la société capitaliste. [...] elle apparaît moins comme l’héritière des vieilles révolutions bourgeoise que comme le précurseur d’une nouvelle série de révolutions prolétariennes. Le pays le plus arriéré, précisément parce qu’il a mis un retard impardonnable à accomplir sa révolution bourgeoise, montre au prolétariat d’Allemagne et des pays capitalistes les plus avancés les voies et les méthodes de la lutte de classe à venir. [...] Il importe au contraire que les ouvriers allemands apprennent à regarder la révolution russe comme leur propre affaire ; [...] une lutte qui n’est pas seulement une petite guerre de grenouilles et de rats dans les eaux stagnantes du parlementarisme bourgeois, [...] Il n’existe pas deux espèces de luttes distinctes de la classe ouvrière, l’une de caractère politique, et l’autre de caractère économique, il n’y a qu’une seule lutte de classe, visant à la fois à limiter les effets de l’exploitation capitaliste et à supprimer cette exploitation en même temps que la société bourgeoise. » [7]

9 janvier (22) : « Dimanche rouge » [8] à Saint-Pétersbourg ; « Mais la signification essentielle du 9 janvier ne réside pas dans le cortège symbolique qui s’avança vers le Palais d’Hiver. La soutane de Gapone n’était qu’un accessoire. Le véritable acteur, c’était le prolétariat. Il commence par une grève, s’unifie, formule des exigences politiques, descend dans la rue, attire à lui toutes les sympathies, tout l’enthousiasme de la population, se heurte à la force armée et ouvre la révolution russe. » [9] - Juin : mutinerie sur le cuirassé Potemkine en mer Noire. [10] - Octobre : naissance du Soviet [11] de Saint-Pétersbourg ; « Le conseil des députés ouvriers fut formé pour répondre à un besoin pratique, suscité par les conjonctures d’alors : il fallait avoir une organisation jouissant d’une autorité indiscutable, libre de toute tradition, qui grouperait du premier coup les multitudes disséminées et dépourvues de liaison  ; [...] Comme le seul lien qui existât entre les masses prolétaires, dépourvues d’organisation, était le processus de la production, il ne restait qu’à attribuer le droit de représentations aux entreprises et aux usines. » [12]- Parution du premier numéro des Izvestia du Soviet. - Décembre : les membres des soviets sont arrêtés et les tentatives d’insurrections sont écrasées :

« Le premier flot de la révolution russe s’est brisé contre la grossière incapacité politique du moujik qui, dans son village, dévastait le domaine du seigneur pour mettre la main sur ses terres et qui ensuite, revêtu de l’uniforme des casernes, fusillait les ouvriers.  » [13] - « Ce prolétariat venait de payer d’environ 15 000 personnes morts, 20 000 blessées et 80 000 emprisonnés ses premières conquêtes politiques, la diminution de la journée de travail, l’élévation des salaires, un droit syndical de fait sinon légal. Mais son élite avait surtout pris conscience de sa force et de ses faiblesses ... » [14]

« L’histoire du soviet des députés ouvriers de Pétersbourg, c’est l’histoire de cinquante journées. Le 13 octobre, l’assemblée constitutive du soviet tenait sa première séance. Le 3 décembre, la séance du soviet était interrompue par les soldats du gouvernement. [...] Le soviet organisait les masses ouvrières, dirigeait les grèves et les manifestations, armait les ouvriers, protégeait la population contre les pogroms. [...] La principale méthode de lutte appliquée par le soviet fut la grève politique générale. L’efficacité révolutionnaire de ce genre de grève réside en ceci que, dépassant le capital, elle désorganise le pouvoir gouvernemental. Plus « l’anarchie » qu’elle entraîne est multiple et variée en ses objectifs, plus la grève se rapproche de la victoire. [...] La classe qui, en suspendant momentanément tout travail, paralyse l’appareil de production et en même temps l’appareil centralisé du pouvoir, en isolant l’une de l’autre les diverses régions du pays et en créant une ambiance d’incertitude générale, cette classe doit être par elle-même suffisamment organisée pour ne pas être la première victime de l’anarchie qu’elle aura provoquée. [...] Le soviet, c’est le premier pouvoir démocratique dans l’histoire de la nouvelle Russie. Le soviet, c’est le pouvoir organisé de la masse même au-dessus de toutes ses fractions. C’est une véritable démocratie, non falsifiée, sans les deux chambres, sans bureaucratie professionnelle, qui conserve aux électeurs le droit de remplacer quand ils le veulent leurs députés. [...] Le pouvoir révolutionnaire devra résoudre des problèmes socialistes absolument objectifs et, dans cette tâche, à un certain moment, il se heurtera à une grande difficulté : l’état arriéré des conditions économiques du pays. Dans les limites d’une révolution nationale, cette situation n’aurait pas d’issue. La tâche du gouvernement ouvrier sera donc, dès le début, d’unir ses forces avec celles du prolétariat socialiste de l’Europe occidentale. [...] La révolution permanente sera donc de règle pour le prolétariat de Russie ... » [15]

« Décembre a confirmé une autre thèse profonde de Marx, oubliée des opportunistes : l’insurrection est un art, et la principale règle de cet art est l’offensive ... » [16]

« La véritable éducation des masses ne peut jamais être séparée d’une lutte politique indépendante, et surtout de la lutte révolutionnaire des masses elles-mêmes. Seule l’action éduque la classe exploitée, seule elle lui donne la mesure de ses forces, élargit son horizon, accroît ses capacités, éclaire son intelligence et trempe sa volonté. C’est pourquoi les réactionnaires eux-mêmes ont dû reconnaître que l’année 1905, cette année de combat, cette année « folle » a définitivement enterré la Russie patriarcale. [...] Une organisation de masse d’un caractère original se forma dans le feu du combat : les célèbres Soviets de députés ouvriers, assemblées de délégués de toutes les fabriques. [...] Certaines villes de Russie devinrent alors de minuscules « républiques » locales où l’autorité du gouvernement avait été balayée et où les Soviets de députés ouvriers fonctionnaient réellement comme un nouveau pouvoir d’Etat. » [17]

« Si le prolétariat russe n’avait pas pendant trois ans, de 1905 à 1907, livré de grandes batailles de classe et déployé son énergie révolutionnaire, la deuxième révolution n’aurait pu être aussi rapide, [...] La première révolution (1905) a profondément ameubli le terrain, déraciné les préjugés séculaires, éveillé à la vie politique des millions d’ouvriers et des dizaines de millions de paysans ... » [18]

1908 : les Otzovistes [19] Bogdanov, Pokrovski, Lounatcharski, Boubnov, exigent le rappel (« otzyv ») des députés social-démocrates de la IIIe Douma et l’abandon de tout travail dans les organisations légales (syndicats et coopératives ouvrières). Après avoir été un moment majoritaires à l’intérieur du Parti, leur leader Bogdanov est exclu.

1909 : Anton Pannekoek creuse les « divergences tactiques au sein du mouvement ouvrier », et notamment la question de l’État [20] :

« Tant que l’État leur apparaît comme une puissance suprême, planant au-dessus de la société, les travailleurs cherchent à obtenir de lui, en suppliant ou en revendiquant, des lois destinées à mettre fin à leur misère et surtout à les protéger d’un redoublement d’oppression. Or, dans la lutte, l’expérience leur apprend que les capitalistes utilisent leur hégémonie sur l’État pour défendre contre eux leur hégémonie de classe. Les ouvriers se voient donc contraints de participer à la lutte politique. [...] La puissance de la classe ouvrière se compose donc de ces trois facteurs essentiels : le nombre et l’importance économique, la conscience de classe et le savoir, l’organisation et la discipline. [...] Le révisionnisme, quand il cherche à persuader les travailleurs de tout attendre de la sympathie que la bourgeoisie éprouve soi-disant à leur égard, ruine la conscience de classe si péniblement acquise et fait le jeu de la classe possédante. Car, si l’on enseigne aux ouvriers qu’ils ont plus à espérer de la bonne volonté ou de l’esprit éclairé de la bourgeoisie que de leurs propres forces, ils seront d’autant moins enclins à former des organisations puissantes. [...] Mais les personnes, qui ont une activité au sein du pouvoir d’Etat, n’emploient pas celui-ci uniquement dans l’intérêt de la classe dirigeante, dont elles sont les mandataires, mais aussi dans leur propre intérêt immédiat. Le pouvoir d’État au service de la bourgeoisie acquiert une certaine autonomie et, du coup, semble indépendant. La bureaucratie est une classe spécifique, aux intérêts bien particuliers, qu’elle cherche même à faire valoir contre la bourgeoisie. Cette indépendance, bien entendu n’est qu’une apparence fallacieuse. [...] En Allemagne, le gouvernement des junkers [aristocrates] s’accommode d’une bureaucratie, qui s’enrichit à ses dépens, parce qu’il a besoin contre la classe ouvrière d’un pouvoir d’Etat puissant. [...] Au cours de ces luttes, les syndicats ne se posent nullement en adversaires du capitalisme, mais se situent sur le même terrain que lui. Ils ne combattent pas le fait que la force de travail est une marchandise mais, au contraire, cherche à en obtenir le prix le plus élevé possible. Les syndicats ne peuvent en effet abolir le règne du capitaliste à la fabrique - conséquence naturelle de ce qu’il est maître de la marchandise qu’il a achetée et en dispose à ses fins propres - mais seulement mettre un frein à l’arbitraire patronal, lequel n’est qu’une excroissance, qu’un abus. Leur tâche ne déborde pas le cadre du capitalisme, ils ne vont pas au-delà. » [21]

1912 : Conférence de Prague qui marque la scission définitive entre mencheviks et bolcheviks. - Controverse au sein du SPD, qui se nourrit des riches expériences de lutte du début du XX° siècle :

« Le camarade Kautsky qui conteste tout ce que je viens de dire s’oblige ainsi à rompre des lances avec une autre contradictrice que moi : la réalité. [...] En 1900, c’est la grève de masse des mineurs de Pennsylvanie qui, selon les camarades américains, a fait davantage pour la diffusion des idées socialistes que dix ans d’agitation ; [...] en 1902 celle des mineurs en France, en 1902 encore celle qui paralyse tout l’appareil de production à Barcelone, en solidarité avec les métallurgistes en lutte, en 1902 toujours, la grève de masse démonstrative en Suède pour le suffrage universel égalitaire, la même année en Belgique encore pour le suffrage universel égalitaire également ; [...] en janvier et avril 1903, deux grèves de masse des employés de chemin de fer en Hollande, en 1904 grève de masse des employés des chemins de fer en Hongrie, en 1904 grève démonstrative en Italie pour protester contre les massacres en Sardaigne, en janvier 1905, grève de masse des mineurs dans le bassin de la Ruhr, [...] en 1905 encore grève de masse des travailleurs agricoles en Italie, en 1905 toujours, grève de masse des employés de chemin de fer en Italie, en 1906, grève de masse démonstrative à Trieste pour le suffrage universel égalitaire au Parlement régional, grève couronnée de succès, en 1906, grève de masse des travailleurs des fonderies de Wittkowitz (Moravie) en solidarité avec les 400 hommes de confiance licenciés pour avoir chômé le 1er mai, grève couronnée de succès ; [...] en 1910, grève de masse à Philadelphie, en solidarité avec les employés des tramways en lutte pour le droit de coalition ... » [22]

« Comment, comme ce fut presque toujours le cas au cours de l’histoire de la civilisation, une petite minorité d’exploiteurs a-t-elle pu imposer sa domination à une grande masse populaire exploitée ? [...] Le pouvoir spirituel est le pouvoir le plus important dans le monde humain. [...] Grâce à l’Ecole, l’Eglise, la presse bourgeoise, elle empoisonne sans répit les grandes masses du prolétariat avec les idées bourgeoises. [...] Un petit nombre de personnes bien organisé est toujours plus fort qu’une masse importante mais dépourvue d’organisation. Cette organisation de la classe dominante est le pouvoir d’Etat. [...] Elle est en quelque sorte une gigantesque pieuvre dont les tentacules très fines, mises en mouvement par le cerveau situé au centre, pénètrent dans tous les coins et recoins du pays ; elle constitue un organisme cohérent face auquel les autres hommes, quel que puisse être leur nombre, ne sont que des atomes impuissants. [...] Si le prolétariat veut conquérir le pouvoir d’Etat, il doit vaincre le pouvoir d’Etat, la forteresse où s’est retranchée la classe possédante. Le combat du prolétariat n’est pas simplement un combat contre la bourgeoisie, pour le pouvoir d’Etat en tant qu’objet, c’est aussi un combat contre le pouvoir d’Etat. [...] le contenu de cette révolution, c’est l’anéantissement et la dissolution de l’Etat par ceux du prolétariat. » [23]

Dans ses réponses, Kautsky ne discernait aucun changement de tactique : « Jusqu’à présent, ce qui opposait les sociaux-démocrates aux anarchistes, c’était que les premiers voulaient s’emparer du pouvoir d’Etat et les seconds le détruire. Pannekoek, lui, veut les deux. Mais encore une fois, malheureusement, il n’explicite pas davantage sa position. [...] Et, au cours de ce processus, le but de notre combat politique demeure le même qu’il était auparavant : nous emparer du pouvoir d’Etat en conquérant la majorité au parlement et assurer la prééminence du parlement sur le gouvernement.  » [24]. - Rosa Luxemburg finit d’écrire L’accumulation du capital où elle donne les arguments les plus féconds sur les contradictions qui vont agiter le « vieux » capitalisme [25] :

« Le capitalisme se présente à son origine et se développe historiquement dans un milieu social non capitaliste. En Europe occidentale, il baigne d’abord dans le milieu féodal dont il est issu - l’économie de servage dans la campagne, l’artisanat de corporation à la ville - puis, une fois la féodalité abattue, dans un milieu à la fois paysan et artisan, où par conséquent l’économie marchande simple règne dans l’agriculture comme dans l’artisanat. En outre, le capitalisme européen est entouré de vastes territoires où se rencontrent toutes les formes sociales à tous les degrés d’évolution, depuis les hordes communistes de chasseurs nomades jusqu’à la production marchande, paysanne et artisane. [...] Le capital ne peut se passer des moyens de production ni des forces de travail de ces sociétés primitives, qui lui sont en outre indispensables comme débouchés pour son surproduit. Mais pour les dépouiller de leurs moyens de production, leur prendre les forces de travail et les transformer en clients de ses marchandises, il travaille avec acharnement à les détruire en tant que structures sociales autonomes. Cette méthode est du point de vue du capital la plus rationnelle, parce qu’elle est à la fois la plus rapide et la plus profitable. Par ailleurs elle a pour conséquence le développement du militarisme. [...] L’impérialisme est l’expression politique du processus de l’accumulation capitaliste se manifestant par la concurrence entre les capitalismes nationaux autour des derniers territoires non capitalistes encore libres du monde. [...] Avec le degré d’évolution élevé atteint par les pays capitalistes et l’exaspération de la concurrence des pays capitalistes pour la conquête des territoires non capitalistes, la poussée impérialiste, aussi bien dans son agression contre le monde non capitaliste que dans les conflits plus aigus entre les pays capitalistes concurrents, augmente d’énergie et de violence. Mais plus s’accroissent la violence et l’énergie avec lesquelles le capital procède à la destruction des civilisations non capitalistes, plus il rétrécit sa base d’accumulation. L’impérialisme est à la fois une méthode historique pour prolonger les jours du capital et le moyen le plus sûr et le plus rapide d’y mettre objectivement un terme. Cela ne signifie pas que le point final ait besoin à la lettre d’être atteint. La seule tendance vers ce but de l’évolution capitaliste se manifeste déjà par des phénomènes qui font de la phase finale du capitalisme une période de catastrophes. [...] Le capitalisme est la première forme économique douée d’une force de propagande ; il tend à se répandre sur le globe et à détruire toutes les autres formes économiques, n’en supportant aucune autre à côté de lui. Et pourtant il est en même temps la première forme économique incapable de subsister seule, à l’aide de son seul milieu et de son sol nourricier. Ayant tendance à devenir une forme mondiale, il se brise à sa propre incapacité d’être cette forme mondiale de la production. [...] A un certain degré de développement, cette contradiction ne peut être résolue que par l’application des principes du socialisme, c’est-à-dire par une forme économique qui est par définition une forme mondiale, un système harmonieux en lui-même, fondé non sur l’accumulation mais sur la satisfaction des besoins de l’humanité travailleuse et donc sur l’épanouissement de toutes les forces productives de la terre. [26]


Sur le site :

-  Première partie - L’envol : 1881 - 1913
-  Deuxième partie - L’épreuve : 1914-1915
-  Troisième partie - Des bricoleurs à l’assaut des nuages : 1917-1919
-  Troisième partie (bis) - L’hôtesse allemande : 1918
-  Quatrième partie - Y a-t’il une cuisinière dans l’aéronef ? : 1920-1921
-  Cinquième partie - Le crash énigmatique : 1921-1923

[1] Pour l’introduction, on peut consulter avec profit : CILIGA Ante, Dix ans au pays du mensonge déconcertant, Champ Libre, 1977 ; CHALAMOV Varlam, Récits de la Kolyma, Verdier, 2003 ; SERGE Victor, Mémoires d’un révolutionnaire et autres écrits politiques, Robert Laffont Bouquins, 2001 ; BROUÉ Pierre, Communistes contre Staline, Fayard, 2003.

[2] Cf. BARON, S.H., Plekhanov - The Father of Russian Marxism, Londres, 1963.

[3] V. LENINE, Que Faire ?, p. 238 des Œuvres choisies, sinon T. 5

[4] Cf. pp. 130 et 209, in LENINE, Que Faire ?, des Œuvres choisies, sinon T. 5.

[5] « 5 000 marins russes étaient morts, 6 000 faits prisonniers ... Les Japonais sauvèrent les marins russes et la paix, conclue tout de suite par le tsar, fit libérer les prisonniers. Ceux-ci rapatriés à Cronstadt, l’île-arsenal située à 30 km de Petrograd, formèrent un noyau dur pour la révolution de 1917. » Alain GUILLERM, Rosa Luxemburg. La rose rouge, Jean Picollec, 2002, p. 109.

[6] Cf. les photos pp. 65-103 de l’ouvrage collectif dirigé par LÖWY Michael, Révolutions, Hazan, 2000.

[7] LUXEMBURG Rosa, Œuvres I, Maspero, 1976, pp. 114-115, 146, 150, 153-155, 161.

[8] Voir MARIE Jean-Jacques, Le Dimanche rouge, Larousse, 2008, et COQUIN François-Xavier, 1905, La Révolution russe manquée, Éditions Complexe, 1985.

[9] TROTSKY Léon, 1905, Éditions de Minuit, 1976, p. 75

[10] Cf. HOUGH Richard, La mutinerie du cuirassé Potemkine, Robert Laffont, 1962 ; et le film d’EISENSTEIN Sergueï, Le cuirassé Potemkine, DVD MK2, 2008.

[11] Sur cette organisation unitaire nouvelle du prolétariat, on pourra consulter l’outil majeur d’Oskar ENWEILER, Les Soviets en Russie, Éditions Gallimard, 1972.

[12] TROTSKY Léon, 1905, ibid, p. 99-100 ; « Il y avait un délégué par groupe de 500 ouvriers. Les petites entreprises industrielles s’unissaient pour former des groupes d’électeurs ... » (note de bas de page)

[13] TROTSKY Léon, 1905, ibid, p. 59

[14] Cf. SOUVARINE Boris, Staline, Éditions Gérard Lebovici, 1985, p. 94 ; COQUIN F.-X., ibid., p. 145 : « L’arrestation, début décembre, des leaders du soviet de Saint-Péterbourg, puis celle des insurgés de Moscou inaugurent une chasse aux suspects sans précédent dans le pays : en un mois, de la mi-décembre à la mi-janvier, on ne compte pas moins de 1 700 arrestations dans la seule capitale et le nombre total des personnes incarcérées ou déportées dépasse 50 000 à la mi-avril. Au point qu’il faudra renforcer de simples étudiants le corps des magistrats pour tenter de décongestionner des prisons surpeuplées. »

[15] TROTSKY Léon, 1905, ibid, pp. 222-225 et 385.

[16] LENINE, Les enseignements de l’insurrection de Moscou, Prolétari n°2 d’août 1906, p. 566 des Œuvres choisies, sinon T. 11.

[17] LENINE, Rapport sur la révolution de 1905, rédigé en janvier 1917, p. 773 et 779 des Œuvres choisies, sinon T. 23.

[18] LENINE, Lettres de Loin, publié dans la Pravda de mars 1917, p. 23 et 24 des Œuvres choisies, sinon T. 23

[19] Existe-t-il un travail d’ensemble sur cette fraction ?

[20] Il est, d’ailleurs, un des inspirateurs du Lénine de L’État et la Révolution.

[21] PANNEKOEK Anton, Die taktischen Differenzen in der Arbeiterbewegung, Hambourg, Erdmann Dubber, 1909, in BRICIANER Serge, Pannekoek et les Conseils ouvriers, EDI, 1969, p. 54, 58, 66, 78, 80.

[22] PANNEKOEK Anton, « La théorie et la pratique », Neue Zeit, 1910, in Socialisme : la voie occidentale, PUF, 1983, p. 204-205.

[23] PANNEKOEK Anton, « Action de masse et révolution », Neue Zeit, 1912, in Socialisme : la voie occidentale, PUF, 1983, p. 300-302.

[24] KAUTSKY Karl, « La nouvelle tactique », Neue Zeit, 1912, in Socialisme : la voie occidentale, PUF, 1983, p. 371 et 384.

[25] Et ceci deux ans avant le premier conflit mondial, dans la lignée des travaux de Marx : « Lorsqu’au mois de janvier dernier, après les élections au Reichstag, je me préparai à achever, du moins dans ses grandes lignes, ce travail de vulgarisation des théories économiques de Marx, je me heurtai soudain à une difficulté inattendue. Je ne parvenais pas à exposer d’une façon suffisamment claire le processus de la production capitaliste, dans ses rapports concrets, ainsi que ses limites objectives historiques. En examinant la chose de plus près, je m’aperçus qu’il ne s’agissait pas là d’une simple question d’exposition, mais d’un problème qui, au point de vue théorique, touche au contenu du deuxième tome du Capital de Marx, et qui, en même temps, est en rapports étroits avec la politique impérialiste actuelle et ses racines économiques. (p. 18, in LUXEMBURG Rosa, Œuvres III, L’accumulation du capital, tome I, Maspero, 1972)

[26] Cf. pages 40, 43, 111-112 et 129-130, in LUXEMBURG Rosa, Œuvres III, L’accumulation du capital, tome II, Maspero, 1972.