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GUESDE Jules ( 1845 - 1922 )
Social-démocrate français
[8 septembre 2006] : par jo

Républicain sous l’Empire, éxilé après la Commune. Gagné au marxisme, il publie le journal L’Egalité après son retour en France (1876).

Il entre en contact avec Marx, qui rédigera le préambule théorique du P.O.F. (Parti Ouvrier Français), fondé en 1880. Guesde se présentera alors comme le défenseur de la “ligne révolutionnaire marxiste” ; cette prétention n’était guère justifiée, comme le laisse entendre Engels dans cette lettre écrite adressée à Bernstein :

« Certes, Guesde est venu ici quand il s’est agi d’élaborer le projet de programme pour le Parti ouvrier français. En présence de Lafargue et de moi-même, Marx lui a dicté les considérants de ce programme (...) certains points nous les avons introduits ou écartés, mais combien peu Guesde était le porte-parole de Marx ressort du fait qu’il y a introduit sa théorie insensée du “minimum de salaire”. Comme nous n’en avions pas la responsabilité, mais les français, nous avons fini par le laisser faire ... » (lettre du 25 octobre 1881, cité dans Le mouvement ouvrier français, Tome II, Maspéro).

Cependant, les militants du P.O.F., comme les membres du Comité révolutionnaire central (animé par Edouard Vaillant) jouent un rôle important dans le réveil du mouvement ouvrier après la Commune. La création de la Fédération nationale des syndicats ou de la Fédération nationale des Bourses du travail (ce qui ne diminue en rien le travail inlassable de l’anarchiste Fernand Pelloutier) leur doit beaucoup, car les anarchistes jusqu’en 1894 se préoccupent surtout de “propagande par le fait” : assassinats ciblés de dignitaires, par exemple !

Dans le mouvement socialiste de la fin du XIX° siècle, il combat la participation à des gouvernements de coalition avec la bourgeoisie.

Le P.O.F. sera l’une des principales composantes de l’unification socialiste de 1905 qui aboutit à la création de la S.F.I.O.

Guesde parle aussi de « l’action syndicale qui se meut dans le cercle du patronat sans le briser, est forcément réformiste, dans le bon sens du mot (...) Même quand une grève est triomphante, au lendemain de la grève les salariés restent des salariés et l’exploitation capitaliste subsiste. C’est une nécessité, une fatalité que subit l’action syndicale (...) C’est le parti socialiste qui est le seul révolutionnaire, parce que seul il permet en s’attaquant à l’Etat, de toucher à la propriété. » (congrès SFIO de Limoges - 1906 - , cité dans JP Hirou, Parti socialiste ou CGT ? , p. 129)

Néanmoins, il se rallie à l’Union Sacrée en 1914 et devient ministre d’Etat. Il sera, bien sûr, très hostile à la Révolution russe.

Ces multiples trahisons lui vaudront cette lettre bien sentie de la part de Trotsky, à l’occasion de son expulsion :

« A Monsieur le Ministre Jules Guesde, Ministre d’État (...) Avant de quitter le sol français, assisté du commissaire de police, personnifiant les libertés à la garde desquelles vous veillez au sein du Ministère national, je crois de mon devoir de vous exprimer quelques pensées qui ne vous serviront probablement à rien à vous, mais pourront du moins servir contre vous. En m’expulsant de France, votre collègue M. Malvy n’a pas eu le courage de me dire les motifs de cette mesure. De même, un autre de vos collègues, le Ministre de la Guerre, n’a pas trouvé bon d’indiquer les causes de l’interdiction du journal russe Naché Slovo, dont j’étais un des rédacteurs et qui, pendant deux ans, a supporté toutes les tortures de la censure, fonctionnant sous le couvert de ce même Ministre de la Guerre (...) Est-il possible pour un socialiste honnête de ne pas lutter contre vous ! Vous avez transformé le parti socialiste en un chœur docile accompagnant les coryphées du brigandage capitaliste, à l’époque où la société bourgeoise - dont vous, Jules Guesde, vous étiez un ennemi mortel (...) Et vous avez cru, vous avez espéré que le prolétariat français qui, dans cette guerre sans idée et sans issue, est saigné à blanc par le crime des classes dirigeantes, supportera silencieusement jusqu’au bout ce pacte honteux passé entre le socialisme officiel et ses pires ennemis. Vous vous êtes trompé. Une opposition surgit (...) l’opposition révolutionnaire avance pas à pas et gagne chaque jour du terrain (...) Quant à nous, nous resterions les mêmes ennemis jurés de l’Allemagne dirigeante que nous sommes maintenant, car nous haïssons la réaction allemande de la même haine révolutionnaire que nous avons vouée au tsarisme ou à la ploutocratie française et si vous osez, vous et vos commis aux journaux, applaudir Liebknecht, Luxembourg, Mehring, Zetkin, comme ennemis intrépides des Hohenzollern, vous ne pouvez pas ignorer qu’ils sont nos coreligionnaires, nos frères d’armes (...) Vous vous consolez peut-être en pensant que nous sommes peu nombreux ? Cependant, nous sommes bien plus nombreux que ne le croient les policiers de tous rangs. Ils ne s’aperçoivent pas, dans leur myopie professionnelle, de cet esprit de révolte qui se lève de tous les foyers de souffrance, se répand à travers la France et toute l’Europe, dans les faubourgs ouvriers et les campagnes, les ateliers et les tranchées (...) Expulsé par vous, je quitte la France avec une foi profonde dans notre triomphe. Par-dessus votre tête, j’envoie un salut fraternel au prolétariat français qui s’éveille aux grandes destinées. Sans vous et contre vous, vive la France socialiste ! » (lettre du 11 octobre 1916, cité dans Rosmer, Le mouvement ouvrier pendant la première guerre mondiale, pp. 228-32).