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CECILE Jean-Jacques : La guerre des robots
Présentation de l’éditeur - Table des matières - Parution : Septembre 2006
[7 avril 2010] : par jo
Les révolutions militaires de demain

Note Smolny :

Le XIX° siècle est dominé par l’ombre de la Révolution française ; la flamme vive d’Octobre 1917 rayonne sur une partie du XX°. Mais le rêve isolé tourne au cauchemar ultra capitaliste (État-patron et dictature sur le prolétariat). Il est remplacé, à l’Ouest, par la liberté de... consommer et les vertiges de la science, une dynamique ayant débarquée en juin 1944 !

Contrôler la mer, le ciel, voire l’espace, voilà ce que s’évertuent à faire depuis les États-Unis avec leur budget armé pharaonique. Désormais, à eux seuls, ils dépensent pour leur défense AUTANT que l’ensemble des autres pays de la planète [1].

Mais comme il faut toujours avoir une guerre d’avance, voici qu’ils sont en pointe sur les robots de combat, dont les drones « Afghans ».

Le XXI° sera-t-il la revanche de l’esclave mécanique, le siècle des avatars du néant, ou celui des ouvriers-paysans [2] sculptant partout un commun possible ?

J.O.


Présentation de l’éditeur :

Nés de la volonté d’économiser les vies des pilotes américains au Viêtnam, popularisés par la Guerre du Golfe, les drones aériens sont l’illustration de la tendance occidentale à envoyer à la guerre le robot plutôt que l’homme.

L’avenir est aux espions automatiques volants, aux robots terrestres ou maritimes. Dans un langage accessible au grand public, Jean-Jacques Cécile éclaire ce futur militaire robotisé en ouvrant au lecteur la porte de ces laboratoires les plus secrets qui font de la science-fiction la réalité de demain. Un document qui fourmille d’informations inédites et nous initie aux révolutions stratégiques en cours.

Indispensable pour comprendre les enjeux de défense et l’évolution des relations internationales et stratégiques.


L’auteur :

Ancien des services de renseignement militaires, qui opéra notamment en RDA durant la Guerre froide, Jean-Jacques Cécile est aujourd’hui consultant en matière de sûreté et de défense et spécialiste des combats asymétriques.


Table des matières :

-  Histoire des robots militaires

-  Les drones de reconnaissance aérienne

-  Les drones aériens de combat

-  Les robots terrestres endossent l’uniforme

-  Le Future Combat System : les drones et les robots du combat blindé

-  Les drones en environnement maritime

-  L’intégration des robots au sein d’un système de combat

-  Robots de science-fiction


Éditions Ellipses Marketing, parution : septembre 2006

ISBN : 2-7298-2889-3

218 pages / 14,5cm x 21cm / 19,50 euros


Bibliographie complémentaire :

— BRET Patrice, L’Etat, l’armée, la science - L’invention de la recherche publique en France (1763-1830), Presses universitaires de Rennes, 2002 ;

— BINDER Patrice et LEPICK Olivier, Les armes biologiques, PUF « Que sais-je », 2001 ;

— COLE Leonard, The Eleventh Plague - The Politics of Biological and Chemical Warfare, Freeman, 1997 ;

— COUTAU-BEGARIE Hervé, L’Amérique solitaire ? - Les alliances militaires dans la stratégie des Etats-Unis, Economica, 2009 ;

— DSI (Magazine) n° 10, "Robotique militaire - La révolution en marche", février 2010 : « Dans une guerre non totale, on respecte l’immunité du non combattant. Comment un robot - nous parlons de machines futures, dotées d’une autonomie croissante - peut-il discriminer un combattant et un non combattant, surtout dans un environnement non conventionnel ? Moyennent une programmation appropriée. Admissible. Mais alors, comment un ennemi pourrait-il ne pas aisément le leurrer, par exemple en agitant un drapeau blanc, ou en prenant l’aspect d’un blessé, pour user ensuite de perfidie ? Y aurait-il perfidie, contre une machine ? [...] La distinction entre l’ami et l’ennemi, ne pouvant se faire sans données codées, rend les machines manipulables par un adversaire qui aurait pénétré les codes. Comment alors garder à coup sûr le robot sous contrôle ? [...] Or, les robots militaires violent forcément chacune des trois « lois d’Asimov » [3] pour la construction de robots sécurisés. Un robot militaire détruit l’ennemi, désobéit à l’homme (ennemi) et préfère sa conservation à celle de l’homme (ennemi). Si l’on se situe à l’horizon de quelques siècles, les scénarios aujourd’hui les plus fantaisistes ne sont peut-être pas les moins rationnels. (pages 32-33) ;

— DAHAN Amy et PESTRE Dominique, Les sciences pour la guerre, Presses de l’EHESS, 2004 ;

— DELBRACCIO Mireille et LABICA Georges (collectif), Friedrich Engels, savant et révolutionnaire, PUF, 1997 :

« L’intérêt de Friedrich Engels pour les questions militaires n’était pas un engouement ludique. S’il se plongea aussi profondément dans l’étude de tout ce qui s’y rapportait à son époque, c’est animé de la même motivation qui poussa Marx à digérer tout ce qui avait trait à l’économie politique : la volonté de servir leur classe adoptive, le prolétariat - Marx, en fourbissant les armes de la Critique [Le sous-titre du Capital est : Critique de l’économie politique.], Engels en se consacrant à la critique des armes. [...] L’intérêt majeur de la pensée de la guerre chez Engels est à chercher ailleurs que dans les recettes proprement militaires, fussent-elles celles de la « guerre révolutionnaire ». Il se situe plutôt dans son traitement des problèmes cruciaux pour le mouvement ouvrier que sont l’attitude face aux guerres non révolutionnaires, l’articulation entre guerre et révolution et la possibilité d’une stratégie de la révolution qui ne dépende pas de la guerre. [...] Avec la folle course aux armaments que déclencha la situation produite par la guerre de 1870, et le formidable accroissement quantitatif et qualitatif des moyens de destruction accumulés par les puissances européennes, toute explosion généralisée au cœur du système mondial devenait de plus en plus porteuse de désastre, plutôt que grosse de révolutions. Autrement dit, même si une telle guerre devait déboucher, à plus ou moins long terme, sur une transformation révolutionnaire, elle aurait été le pire moyen d’y parvenir, au prix d’une terrible hécatombe et d’une gigantesque destruction de forces productives. [...] Pour des raisons déjà expliquées la guerre franco-prussienne et l’écrasement sanglant de la Commune de Paris en 1871, portèrent Engels à apprehender le modèle guerre-révolution, aux conséquences dramatiques et imprévisibles, et à lui préférer de beaucoup la stratégie de l’éclatement de l’armée bourgeoise par l’intérieur. [...] Mais à l’avenir, lorsque les forces de la révolution auront réussi à s’assurer au préalable de la sympathie d’une grande partie des soldats, de manière à compenser leur infériorité militaire, et qu’elles devront engager un combat de rues, au début de la révolution ou au cours de son développement, elles préfèreront sans doute l’attaque ouverte à la tactique passive de la barricade :

« Premièrement, ne jamais jouer avec l’insurrection si vous n’êtes pas absolument décidés à affronter toutes les conséquences de votre jeu. L’insurrection est un calcul avec des grandeurs très indéterminées dont la valeur peut varier tous les jours ; les forces de l’adversaire ont tout l’avantage de l’organisation, de la discipline et de l’habitude de l’autorité ; si vous ne pouvez leur opposer des forces bien supérieures, vous êtes défait, perdu. Deuxièmement, une fois entré dans la carrière insurrectionnelle, agir avec la plus grande détermination et de façon offensive. La défensive est la mort de tout soulèvement armé ; il est perdu avant de s’être mesuré avec ses ennemis. Attaquez l’adversaire à l’improviste, pendant que leurs forces sont éparpillées, préparez de nouveaux succès, si petits soient-ils, mais quotidiens ; maintenez l’ascendant moral que vous a donné le premier soulèvement victorieux ; ralliez ainsi à vos côtés les éléments vacillants qui toujours suivent l’impulsion la plus forte et cherchent toujours à aller du côté le plus sûr ; forcez vos ennemis à battre en retraite avant qu’ils aient pu réunir leurs forces contre vous,e n disant avec Danton, le plus grand maître en politique révolutionnaire connu jusqu’ici : De l’audace, de l’audace, encore de l’audace. » (pages 139-160) ;

— DICK Philip-K, Blade Runner, J’ai lu, 2002 ;

— EDWARDS PN, The Closed World - Computers and the Politics of Discourse in Cold War America, MIT Press, 1996 ;

— HAËNTJENS, Le gouvernement des machines, L’Aube, 2010 ;

— HANDELMAN Stephen et ALIBEK Ken, La guerre des germes - L’histoire vraie du secret le plus terrifiant de la Guerre froide, Presses de la Cité, 2000 ;

— HENROTIN Joseph, La technologie militaire en question - Le cas américain, Economica, 2008 ;

— HEUDIN Jean-Claude, Robots et avatars - Le rêve de Pygmalion, Odile Jacob, 2009 ;

— HEIMS SJ et McKean RN, The Economics of Defense in the Nuclear Age, Harward University Press, 1960 ;

— HORNE J., State, Society and Mobilization in Europe during the First World War, Cambridge University Press, 1997 ;

— JARRIGE François, Au temps des "tueuses de bras" - Les bris de machines à l’aube de l’ère industrielle (1780-1860), Presses Universitaires de Rennes, 2009 ;

— KAPLAN F., The Wizards of Armageddon, Simon and Schuster, 1983 ;

— KRIGE John, American Hegemony and the Postwar Reconstruction of science in Europe, Cambridge, 2006 ;

— La Recherche - Hors série n° 7, avril/ juin 2002 -, « La science et la guerre, 400 ans d’histoire partagée » ;

— LEGUAY Chantal, Les robots - Une histoire de la robotique, Ere, 2005 ;

— LEPICK Olivier, Les armes chimiques, PUF « Que sais-je », 1999 ;

— MILLER Judith, ENGELBERG Stephen et BROAD William, Germes - Les armes biologiques et la nouvelle guerre secrète, Fayard, 2001 ;

— MONGILI A., La Chute de l’URSS et la recherche scientifique - Une science fantôme et de vrais scientifiques, L’Harmattan, 1998 ;

— MOULARD Geneviève et GROZEL Marc, Drones, mystérieux robots volants - Les yeux et le feu du XXIe siècle, Lavauzelle, 2008 ;

— N’DIAYE Pap, Du Nylon et des bombes - Du Pont de Nemours, le marché et l’Etat américain (1900-1970), Belin, 2001 ;

— RASMUSSEN A. et PROCHASSON C., Au nom de la patrie - Les intellectuels et la Première Guerre mondiale (1910-1919), La Découverte, 1996 ;

— SALOMON Jean-Jacques, Le scientifique et le guerrier, Belin, 2001 ;

— SCHWEBER Silvan, In the Shadow of the Bomb : Oppenheimer, Bethe and the Moral Responsilibity of the Scientist, Princeton University Press, 2000 ;

— SINGER Peter, Wired for War. The Robotics Revolution and Conflict in the 21st Century, Penguin, 2009 ;

— SINGH Simon, Histoire des codes secrets, Lattès 1999 ou LGF/Livre de Poche, 2001 ;

— SUSSAN Rémi, Les utopies posthumaines - Contre-culture, cyberculture, culture du chaos, Omniscience, 2005 ;

— TEUGELS Marleen, Armes sales, guerre propre ?, Labor Editions, 2003 ;

— WOOD Gaby, Le rêve de l’homme-machine - De l’automate à l’androïde, Autrement, 2005 ;


Sur le site :

— BENSAUDE-VINCENT Bernadette, Les vertiges de la technoscience - Façonner le monde atome par atome, La découverte, 2009 :

« Depuis la Seconde Guerre mondiale ... dans tous les pays développés, il existe un organe spécifique chargé de définir les orientations, les priorités et les budgets de l’effort national de recherche. La science est une affaire d’Etat. Le rôle clé de la science pour la puissance nationale et le rôle stratégique de l’Etat dans la poursuite de la science sont les deux grandes leçons retenues de la guerre. [...] Deuxièmement, le projet Manhattan démontrait l’efficacité prodigieuse de la collaboration interdisciplinaire en vue d’un objectif bien ciblé. Des chercheurs et ingénieurs généreusement dotés n’ont pas besoin d’être intégrés à l’appareil militaire pour servir le pays. Dès 1944, le président Roosevelt demandait à son conseiller l’ingénieur Vannevar Bush (1890-1974), qui fut la « tête pensante » de l’effort de guerre, de trouver les moyens de pérenniser le miracle de la mobilisation en temps de paix. D’où son rapport précité Science, the Endless Frontier, remis en 1945 et qui va structurer la recherche américaine pendant quelques décennies. [...] On observe en premier lieu une nationalisation de la science. Traditionnellement considérée comme un bien public et sans frontière, la science est désormais un levier de la prospérité et de la sécurité d’une nation. [...] De fait, le modèle américain s’impose par l’engagement des Etats-Unis dans la reconstruction de la science européenne après 1945. Affaiblie par la guerre, la recherche européenne est aidée, réorganisée, pour faire bouclier face à l’URSS. Les Etats-Unis dispensent généreusement leur aide grâce à des bourses et des programmes d’échange. Les bourses Rockfeller permettent de financer des chercheurs, des équipements et des colloques ; et les bourses OTAN offrent aux jeunes chercheurs européens des stages de formation à partir de 1957. [...] Ce petit coup d’œil historique ouvre sur deux réflexions. D’abord, on observe un contraste singulier entre les lendemains des deux guerres mondiales. Alors qu’après la participation de la science à la Première Guerre mondiale, scientifiques et industriels ont fait un effort de « purification » pour surmonter ce que certains considéraient comme une « prostitution de la science à la guerre », après la Seconde Guerre mondiale on s’efforce de maintenir la mobilisation de guerre en temps de paix. [...] De plus, ce que l’on appellera plus tard la « technoscience » semble issu d’un lieu (les Etats-Unis) et d’un temps (la Seconde Guerre mondiale). C’est un modèle local qui tend à devenir global, à la faveur d’une compétition généralisée dont la langue, les règles du jeu sont fixées aux Etats-Unis. [...] Entre les mains des Etats, la recherche est devenue Big Science, avec de gros investisements et de lourds équipements. L’alliance millénaire de la science et de la guerre a été renforcée : non seulement la conception des armes a été confiée à des universités (par exemple le Massachussets Institute of Technology) ou de grands centres de recherche, entièrement dédiés à la science étatique, comme Oak Ridge aux Etats-Unis ou Akademgorodok en URSS ... [...] Aux Etats-Unis, cette politique était arrêtée à l’issue de séminaires intensifs de « brain storming », réunissant pendant des semaines les élites scientifiques et politiques. [« Une illustration, relative aux années 1980 : Henri Ehrenreich, professeur de science des matériaux à Harvard et consultant de la Défense durant plusieurs années, a évoqué devant nous ces séminaires organisés par la DARPA (Défense Advanced Research Projects Agency) et qui duraient trois ou quatre semaines, comme des moments passionnants, où l’on rencontre des gens intéressants et où l’argent coulait à flots pour la recherche. Il avoue qu’il n’adhérait pas à la politique de Reagan mais, à ses yeux, on ne discutait pas politique, exclusivement de problèmes techniques. Pour lui, la science des matériaux est « neutre » [4] Chacun y trouvait son intérêt : les politiques pour mettre la recherche scientifique la plus avancée au service de la puissance nationale, les scientifiques pour débattre de problèmes techniques avec des gens intéressés et obtenir autant de fonds qu’ils désirent. Cette alliance entre science et politique a certes suscité des protestations, aux Etats-Unis comme en Europe. Au plus fort de la Guerre froide, plusieurs mouvements de scientifiques dissidents se sont exprimés à l’échelle internationale, comme par exemple Atoms for Peace (soutenu en France par Frédéric Joliot-Curie), l’appel contre les armes nucléaires signé par Bertrand Russell (1872-1970) et Albert Einstein (1979-1955) en 1955 (qui a abouti à la création du mouvement Pugwash en 1957) et le mouvement Science for the People, issu de Grande-Bretagne. Mais ces mouvements héroïques n’ont pas empêché que, dans l’ensemble des pays industrialisés, la sccience passe sous le contrôle des Etats. » (pages 26/ 32) ;

— GUERET Eric et NOUALHAT Laure : Déchets, le cauchemar du nucléaire - DVD vidéo ;

[1] Page 9 Alternatives Economiques, Hors série n° 7 de décembre 09 ; voir aussi Le Monde, Bilan Géostratégique 2010.

[2] Car que faisons-nous AVEC ces millions de paysans sans terre, ces agriculteurs indiens qui se suicident après avoir été engloutis dans les dettes dues aux OGM ou tous ceux qui se retrouvent dans les bidonvilles ou essaient de se frayer un chemin vers les pays « riches » ... le film de Coline Serreau, Solutions locales pour désordre global, pose, à ce sujet, bien certaines questions !

[3] ASIMOV Isaac (1920-1992), qualifié parfois « d’empereur de la SF » est l’auteur de « trois lois de la robotique », idéales mais discutables, qui ont une certaine influence sur les concepteurs de robots actuels :

1 - Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.

2 - Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.

3 - Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la seconde loi.

[4] Entretien de BENSAUDE-VINCENT Bernadette, HESSENBRUCH Arne et SCHWEBER Sam avec EHRENREICH Henry, 4 octobre 2001.