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MORGAN Lewis Henry ( 1818 - 1881 )
Anthropologue américain
[14 septembre 2006] : par laurence

Avocat, puis politique il s’intéressa aux droits des communautés indiennes et plus particulièrement à un groupe Iroquois sur lequel il publia une étude ethnographique League of the Ho-dé-no-sau-nee or Iroquois (1851). Morgan est souvent considéré comme le précurseur de l’ethnographie de terrain car il a recueilli directement les informations sur ce groupe au cours de visites. Il n’y a toutefois jamais séjourné de façon continue.

Il étudia ensuite plusieurs groupes d’Indiens d’Amérique du Nord et découvrit des similitudes dans leurs schémas de parenté. Il entreprit alors une étude comparative à grande échelle des systèmes de parenté et de leur logique sous-jacente, à l’aide d’un questionnaire envoyé dans les différentes ambassades, colonies, et missions évangéliques. Les résultats en furent publiés dans Systems of Consanguinity and Affinity of the Human Family (1871). Morgan distingue notamment les systèmes descriptifs des systèmes classificatoires, et propose un vocabulaire technique pour décrire les rapports de parenté. Il est ainsi le fondateur des études sur la parenté qui constitue l’un des grands champs de l’anthropologie depuis lors.

Dans Ancient Society, or Researches in the Line of Human Progress from Savagery, through Barbarism to Civilization (1877), il développa une conception évolutionniste selon laquelle toutes les sociétés humaines progressent selon un parcours unique, formé de trois stades successifs : la sauvagerie, la barbarie et la civilisation, chacun divisé en trois sous-stades. Pour lui chaque étape se caractérise par un ensemble de techniques et moyens de subsistance, une organisation familiale, une forme de gouvernement politique et une conception de la propriété. Si ce schéma d’évolution des groupes humains sur une même trajectoire mais selon des rythmes inégaux est partagé pas de nombreux savants de l’époque (Tylor, Frazer ...), Morgan est celui qui a le plus systématisé cette approche. Selon lui c’est une innovation technique qui détermine le passage d’un stade à une autre, pas exemple l’invention de la poterie est le facteur déterminant du passage de l’état sauvage à la barbarie. Le schéma unilinéaire d’évolution en trois stades de Morgan sera repris par Friedrich Engels, Karl Marx (de façon critique dans ses notes), Rosa Luxemburg et Sigmund Freud.

L’évolutionnisme affirme l’unité de l’espèce humaine sur les plans biologiques, intellectuels et psychiques. Le « primitif » est assimilé aux ancêtres des hommes civilisés, il reflète une forme simple d’organisation sociale et de mentalité, qui doit évoluer vers les formes complexes de nos sociétés. Le but de l’anthropologie est alors de trouver les lois qui déterminent le passage d’un groupe d’un stade de société à un autre, les facteurs du progrès humain.

Le postulat d’un progrès des sociétés humaines selon une trajectoire unique a amené à une hiérarchisation des sociétés, des sociétés primitives aux sociétés modernes. Dans ce schéma les groupes humains considérés comme les plus arriérés étaient les Aborigènes australiens. Cette vision ethnocentrique et finaliste des sociétés humaines a été démentie par les études ethnographiques ultérieures, qui reflètent la spécificité de chaque culture et l’incompatibilité d’une évolution linéaire avec la diversité des modes de changement social. Les Aborigènes australiens par exemple associaient un système de parenté extrêmement complexe à des moyens de subsistance et un outillage rudimentaire.

Malheureusement, cette théorie a amplement été détournée par la bourgeoisie impérialiste de la fin du XIXe siècle qui cherchait une légitimation scientifique commode à ses pratiques coloniales.


Oeuvres :

— MORGAN Lewis H., La société archaïque, Paris, Anthropos, 1985 ;


Bibliographie indicative :

— TERRAY Emmanuel, Le marxisme devant les sociétés « primitives », Paris, Maspéro, 1972 ;