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THOMAS Albert ( 1878 - 1932 )
Politicien socialiste français
[8 septembre 2006] : par jo

D’abord député socialiste, il devient ministre de l’Armement (1915-17).

Thomas, membre emminent de la SFIO, porte, de mai 1915 à septembre 1917, une seconde casquette, celle d’organisateur de la production d’armement. En 1915, cette combinaison semblait fort surprenante : “Pacifist becomes producer of guns”, écrit en gros titre le Times qui réalise une interview du ministre en novembre 15. Pourtant, il avait signé le manifeste électoral de la SFIO, où l’on lisait par exemple ceci : « Sous l’oppression chaque jour plus lourde d’un capitalisme de plus en plus puissant, étendant à tous les domaines ses méthodes de concentration (...), qui donc ne sentirait avec nous l’urgence d’une nécessaire transformation sociale ? » (Aux Travailleurs de France, élections législatives de 1914)

Il va donc planifier la mobilisation industrielle et la légitimer. Dans un grand discours prononcé devant la direction et les ouvriers du Creusot, il vante l’étroite collaboration entre l’Etat et les patrons : « Hier, pendant la paix, les industriels multipliaient les reproches à l’égard de l’Etat ; hier, ils s’en allaient isolés, de droite, de gauche, à l’aventure, au hasard de la concurrence. Aujourd’hui ils ont discipliné leurs efforts ; ils ont répondu à l’appel de la nation, ils ont permis cette organisation d’ensemble que les plus audacieux d’entre nous n’avaient pas osé rêver. Il s’est formé dans l’industrie comme une organisation supérieure d’Etat qui a su coordonner toutes les initiatives, sans en étouffer aucune. »

La classe ouvrière doit s’intégrer dans cette fusion Etat-industrie : « Ouvriers, camarades ouvriers, je n’ai rien oublié de mon passé. Demain, lorsque, la guerre victorieuse n’ayant pas aboli toutes les oppositions sociales, vous aurez à faire valoir de nouveau vos droits légitimes, camarades de lutte, camarades d’espérance, vous me retrouverez avec vous pour réaliser l’idéal de justice et de liberté qui fut et qui demeure le nôtre. Mais vous ne serez, nous ne serons vraiment forts, vraiment capables de faire valoir nos droits que dans la mesure où vous vous serez donnés sans réserve pour la grandeur et le salut du pays. » (Bulletin des usines de guerre, 1° mai 1916)

Et, si c’est nécessaire, il sait sermoner les ouvrières (de Schneider, Honfleur, en 1917) : « Brusquement, sans préavis, vous avez suspendu le travail. Avez-vous pensé à la gravité de la faute que vous commettez, avez-vous pensé à l’ennemi qui, lui, n’interrompt pas son labeur ? (...) Pourquoi n’avez-vous pas recouru à la conciliation sans interrompre le travail ? (...) Soyez demain toutes présentes à l’usine. » (in R. Picard, Les Grèves et la guerre, Paris 1917)

En 1930, Thomas, devenu le premier directeur du BIT (1920-1932), écrit à Paul Faure, secrétaire général du PS. Il revient sur “l’économie organisée” et précise que les socialistes doivent mettre l’accent sur les nationalisations.


Œuvres :

— THOMAS Albert, Le Transsibérien, Magellan, 2005 ;


Bibliographie indicative :

— COLLECTIF, 1914-18 , l’autre Front, Cahier du Mouvement Social n° 2 (sur la mobilisation industrielle, Albert Thomas, les munitionnettes de la Seine ...), Editions Ouvrières, 1977 ;

— FRIDENSON Patrick, Histoire des usines renault. Tome 1, naissance de la grande entreprise 1898-1939, Seuil, 1998 ;