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KORNILOV Larv Gueorguievitch ( 1870 - 1918 )
Général russe
[6 juin 2006] : par jo

Ce fils de cosaque sorti du rang se déclare, lors de la révolution de février, « républicain », ce qui lui vaut le mépris de la caste militaire. « C’est un homme au coeur de lion et à la cervelle de mouton », dit de lui le général Alexeiev. En même temps, il remet de l’ordre parmi les troupes, interdisant les meetings, faisant fusiller les déserteurs.

Nommé généralissime par le Gouvernement provisoire de Kerenski, il tente en septembre 1917 de marcher sur Petrograd.

Mais il échoue car Kerenski hésite puis condamne la tentative qu’il a soutenu au départ ; et surtout parce que la population de la ville s’est dressée et que les propres troupes du général passent à la révolution.

En effet, après la révolution de février se succèdent, dans une situation de double pouvoir (entre la Douma / gouvernement et les Soviets) :

— un premier gouvernement « libéral », qui ne dure que deux mois ;

— un socialisme « modéré », qui, jusqu’à l’échec de l’offensive Broussilov (juillet) a encore une certaine autorité, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur car il continue à mener la guerre contre l’autocratie allemande pour protéger la nouvelle démocratie ;

Les quatre derniers mois, le gouvernement Kerenski est en butte aux pressions venant de droite comme de gauche ; cette équipe, obligée de louvoyer en permanence, ne gouvernera plus ... que le palais d’Hiver.

Kornilov mène son coup d’Etat (26-30 août) pour pouvoir continuer efficacement la guerre, alors que les bochéviks exigent la paix.

Et, de « ... même que parmi le prolétariat et la garnison de Pétrograd s’était formée , au début de juillet, une aile impatiente, mécontente de la politique trop circonspecte des bolchéviks, il s’accumula, chez les classes possédantes, au début du mois d’août, des impatiences à l’égard de la politique temporisatrice de la direction cadette ... « Vive Kornilov » devint le mot d’ordre de l’espoir, du désespoir, de la soif de vengeance ... Kornilov ordonna de transférer la division « sauvage » (à trente kilomètres de Pétrograd) ... Pour ce qui est de la division caucasienne, on en parlait, dans l’entourage de Kornilov, très simplement : « Les montagnards, peu leur importe qui massacrer. ». Le plan stratégique était simple. Trois divisions venant du sud devaient être transportées par chemin de fer ... « sitôt informées de désordres commencés à Pétrograd ... » ... La diplomatie alliée participait activement à la mobilisation des forces contre-révolutionnaires. Sir George Buchanan tenait entre ses mains de nombreux fils du complot ... Dès que les troupes de Kornilov approcheront, l’organisation intérieure « doit agir dans la capitale, occuper l’Institut Smolny et s’efforcer d’arrêter les leaders bolchéviks » ... Le complot était mené par des cercles qui sont habitués à ne rien faire sans les éléments de la base, sans la force ouvrière, sans la chair à canon, sans ordonnances, domesticité, greffiers, chauffeurs, porteurs, cuisinières, blanchisseuses, aiguilleurs télégraphistes ... Or, tous ces petits rouages humains, imperceptibles, innombrables, indispensables, tenaient pour les soviets et contre Kornilov. La révolution était omniprésente, enveloppant le complot. Partout elle avait l’oeil, et l’oreille, et la main. » (Trotsky, Histoire de la révolution russe, Tome II, pp. 175, 221-223, 243)

Les divisions cosaques, arrêtées par les cheminots, fractionnées par la propagande et les fraternisations, bientôt se décomposent.

Réfugié dans le Caucase, il se mit à la tête de l’Armée blanche et fut tué au combat.


Bibliographie indicative :

— MALIA Martin, Comprendre la Révolution russe, Paris, Seuil, 1980 ;

— REED John, Dix jours qui ébranlèrent le monde, Paris, Seuil, 1996 ;

— TROTSKY Léon, Histoire de la Révolution russe, Paris, Seuil, 1995 ;

— VOLINE, La révolution inconnue. Russie, 1917-1921, Paris, Verticales, 1997 ;

— WERTH Nicolas, 1917, la Russie en révolution, Paris, Découvertes Gallimard, 1997 ;