SMOLNY... [ http://www.collectif-smolny.org ]
LCS 06f : Albert Mathiez
Boris SOUVARINE - n° 6 - Septembre 1932 / p. 281
[5 janvier 2013] : par eric

La mort d’Albert Mathiez, survenue le 25 février, a frappé de stupeur tous ceux qui suivaient les travaux du maître historien avec l’intérêt qu’ils méritent. Mathiez assumait un labeur énorme et semblait infatigable. L’inachèvement de son œuvre est une perte immense pour la science historique.

Une étude analytique et critique de cette œuvre ne saurait s’improviser. Il y faudra du temps et du recul. En attendant, citons ces lignes de Maurice Dommanget, écrites pour l’École Émancipée du 3 avril :

« Mathiez a enrichi et renouvelé puissamment l’histoire dcela Révolution française, particulièrement dans l’ordre religieux, économique et social. Il a si bien montré le rôle louche et vénal de Danton que des hommes comme Barthou et Madelin sont contraints maintenant de tenir compte de ses travaux. Personne plus que lui n’a cherché à savoir ce qu’était, ce que reprénsentait au juste l’hébertisme, personne n’a étudié d’aussi près les Enragés, Jacques Roux, Varlet, Leclerc d’Oze, et il y a deux ans il nous donnait encore une étude neuve sur un Enragé de l’Orléanais jusqu’ici inconnu : Taboureau de Montigny. Tout ce qui touchait au communisme et au matérialisme du XVIIIe siècle fixait son attention. Et à la Sorbonne, dans son « laboratoire » - comme il disait - il orientait les recherches de ses élèves sur des hommes comme l’abbé Dolivier et d’Holbach.

« En cela Malhiez a rendu de signalés services au prolétariat révolutionnaire. Il n’est pas indifférent, en effet, que les travaux des étudiants portent plutôt sur les combattants de la plèbe ou les pionniers du communisme que sur les sabreurs ou les exploiteurs. D’autre part, c’est en étudiant minutieusement la structure économique et les mouvements révolutionnaires du passé tout autant que ceux du présent que le prolétariat fortifie, précise, nuance son idéologie de classe.

« ...En toute indépendance d’esprit et sans ambition électorale, retardant sciemment sa nomination en Sorbonne, Malhiez donna son adhésion au Parti Communiste, collabora à l’Humanité et à l’Internationale, publia des brochures et fit des conférences sous les auspices du P.C. Il le quitta comme tant d’autres, obéissant au seul dictamen de sa conscience, conservant ses convictions.

« ...Les travailleurs, matière principale et trop longtemps négligée de l’histoire, ont tout à gagner à la recherche et à la proclamation de la vérité historique qu’éclairent si puissamment le principe de lutte de la lutte de classes et les lois du déterminisme économique. Et puisque l’intérêt de classe des prolétaires se confond avec l’étude probe et scrupuleuse du passé envisagée sous cet angle, puissent surgir beaucoup d’historiens comme Albert Mathiez. »