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LIEBKNECHT Wilhelm ( 1826 - 1900 )
Social démocrate allemand, co-fondateur du SPD
[31 août 2006] : par jo

Issu d’une vieille famille de notables et de savants. C’est en faisant ses études à Berlin qu’il eut la révélation du socialisme français ainsi que des écrits de Weitling, de Marx et d’Engels. Expulsé d’Autriche, il décida d’émigrer aux USA pour y fonder une communauté sur le modèle d’Etienne Cabet. En chemin, une rencontre fortuite changea le cours de son destin. Un professeur suisse lui proposa un poste à Zurich. Témoin de la guerre civile en Suisse, il se précipita à Paris à l’annonce de la Révolution de Février.

Après l’échec des différentes insurrections, il débarqua en Angleterre (1850). Pendant 12 ans, il vécut difficilement comme journaliste et précepteur mais noua des liens étroits avec Marx et Engels. Avec l’amnistie de 1862, il retourna en Prusse.

En 1865, il rencontre Bebel dont il devint le mentor politique. En 1867, ils sont élus députés au Reichstag. Grâce à l’entente avec des dissidents du parti lassalien, ils fondent le SDAP à Eisenach. Liebknecht intensifia sa lutte contre le militarisme et l’agitation en faveur de l’AIT.

Dès le début de la guerre de 1870, il dénonça le caractère dynastique du conflit et persuada Bebel qu’ils devaient s’abstenir lors du vote sur les crédits de guerre. Il fut arrêté avec Bebel le 17 décembre et incarcéré jusqu’au 28 mars 1871 :

« La nouvelle de votre libération à Bebel et à toi, ainsi que de celle de Braunschweiger, a été accueillie ici, au Conseil général, avec une grande joie. Il semble que si les Parisiens succombent ce soit par leur faute, mais par une faute due, en réalité, à une trop grande honnêteté. Le Comité central et, plus tard, la Commune, ont donné au malfaisant avorton Thiers le temps de centraliser des forces ennemies : 1. Parce qu’ils ne voulaient pas, les insensés, ouvrir la guerre civile. Comme si Thiers ne l’avait pas déjà ouverte par sa tentative de désarmer Paris par la force, comme si l’Assemblée nationale, convoquée seulement pour décider de la paix ou de la guerre avec les Prussiens, n’avait pas immédiatement déclaré la guerre à la république ! 2. Pour ne pas se donner l’apparence d’un pouvoir usurpateur, ils ont perdu des moments précieux (il s’agissait de se porter immédiatement vers Versailles après la défaite, place Vendôme, de la réaction dans Paris) par l’élection de la Commune, dont l’organisation, etc., a encore pris du temps. De tout le fatras qui te tombe sous les yeux dans les journaux sur les événements intérieurs de Paris, tu ne dois pas croire un mot. Tout est mensonger. Jamais la bassesse du journalisme bourgeois ne s’est mise plus brillamment en évidence (...) Si la révolution en France est temporairement abattue (ce n’est que pour un court temps que le mouvement peut y être écrasé), alors s’ouvre pour l’Europe une nouvelle histoire de guerre venant de l’Est, et la Roumanie y offrira au tsar orthodoxe le premier prétexte. Donc attention de ce côté-là ... (Lettre de Marx à W. Liebknecht, Londres, 6 avril 1871)

Aussitôt libéré, Liebknecht prit la défense de la Commune de Paris avec tout l’enthousiasme dont il était capable, exhortant les travailleurs allemands à la solidarité. Cette attitude lui valut la haine des milieux nationalistes et, en 1872, une nouvelle condamnation à deux ans de forteresse.

Il fut le principal artisan de l’unification avec le parti lassalien (1875, Gotha) qui fonda le SPD. Le programme de compromis fut vivement critiqué par Marx et Engels. Le nom même du nouveau parti les avait irrités sachant que « Social-démocrate » est un terme navrant pour une organisation « dont le programme économique n’est pas seulement complètement socialiste mais directement communiste et dont le but final est la disparition de l’Etat et donc aussi de la démocratie. » (Engels, 1875) La brouille qui s’ensuivit entre eux ne fut que de courte durée, car le succès de cette unification devint rapidement évident.

Cette nouvelle organisation va résister victorieusement à la période d’interdiction de 1878 à 1890. Liebknecht passa quand même treize mois en prison, pour délits de presse et d’opinion, à ce moment là. Mais sa popularité atteignit des sommets et il fut réélu au Reichstag, avec un score de 42 000 voix, ce qui faisait de lui le « premier élu d’Allemagne » (Engels). Il s’installa alors à Berlin pour mieux assumer ses charges de rédacteur en chef du Vorwärts, tout en continuant son rôle d’agitateur.

Il représenta aussi le SPD à tous les congrès nationaux et internationaux, comme à celui de Marseille (1892), ce qui lui valut d’être expulsé de France en raison du contenu antimilitariste de son discours.

Par son exemple personnel de probité, d’abnégation et d’enthousiasme révolutionnaire, il amena de nombreuses personnalités au socialisme et fut le meilleur agitateur politique du parti. Quelques jours après sa mort, son fils Karl adhéra au SPD afin de se consacrer, dit-il, à un « véritable culte du souvenir, dans la même activité incessante et le même esprit d’altruisme ».