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KORNBLUH Joyce : Wobblies & Hobos
Présentation de l’éditeur - Extraits - CD audio 22 titres - Parution : Février 2012
[23 mars 2014] : par sam
Industrial Workers of the World : agitateurs itinérants aux États-Unis (1905-1919)

Note Smolny :

Tous ceux qui s’intéressent à l’histoire populaire des États-Unis, aux mouvements révolutionnaires en général peuvent faire leurs choux gras de ce passionnant recueil ! Si les Hobos (vagabonds du rail) sont relativement connus grâce à Jack London, Upton Sinclair... les ouvrages sur les IWW (Industrial Workers of the World) sont moins nombreux.

Comme la CGT ou la CNT, un syndicalisme de transformation sociale se forme au début du XXe siècle, en parallèle à l’avènement d’un autre organe : le Soviet. De 1905 à 1937, ces deux formes du combat prolétarien vont essayer de transformer la vie. Engloutis par la contre-révolution — démocratique, fasciste et stalinienne —, ces militants courageux, idéalistes et pratiques, nous montrent toujours le chemin...

Sam


Présentation de l’éditeur :

Wobblies & Hobos relate l’histoire des IWW, un syndicat américain fondé en 1905 par des militants radicaux et qui joua un rôle essentiel dans la lutte des classes aux États-Unis, notamment dans l’ouest du pays.

Ils se firent connaître par une virulente campagne pour la liberté de parole, dont un épisode tragique, à Everett, dans l’État de Washington, se solda par de nombreux morts. Les militants des IWW, communément appelés Wobblies, fomentèrent de nombreuses grèves avant et pendant la guerre de 1914-1918, dont celles de Lawrence (1912) et de Patterson (1913), dans l’industrie du textile, furent endeuillées elles aussi par une répression féroce des milices patronales alliées aux forces de police locales.

Les Wobblies organisèrent tant les travailleurs de l’industrie du bois dans les grandes forêts reculées du Nord-Ouest que les journaliers de l’agriculture extensive en Californie et dans le Middle-West. Ils étaient particulièrement bien implantés parmi les mineurs du Montana et du Colorado, et organisèrent de nombreuses grèves dures dans le secteur minier.

Lors de l’entrée en guerre des USA en 1917 contre l’Allemagne et ses alliés, le patronat américain sut convaincre le gouvernement fédéral d’en finir avec les Wobblies. Une vague de répression se déclencha contre eux et des milliers de militants furent emprisonnés pour « trahison » et « sabotage de l’économie en temps de guerre ». Les IWW ne s’en relevèrent pas, même si ce syndicat existe encore de nos jours à l’état groupusculaire.

Les IWW étaient nés en opposition au syndicat confédéral corporatiste, raciste et chauvin, AFL, fondé par Samuel Gompers en 1886. Les Wobblies recrutaient parmi les travailleurs non qualifiés de toute race et de tout sexe : la main-d’œuvre féminine sous-payée du textile, les mineurs et journaliers noirs comme blancs, les immigrés fraîchement débarqués et parlant à peine l’anglais, et surtout les travailleurs saisonniers qui sillonnaient le continent en resquillant dans des trains de marchandise : les vagabonds du rail ou hobos.

Se reconnaissant dans les principes des IWW, les figures de proue se nomment Joe Hill, l’aventurier et chanteur d’origine suédoise qui fut condamné à mort dans l’Utah pour un meurtre qu’il n’avait pas commis, Harry Mc Clintock, troubadour qui deviendra l’un des chanteurs de country music les plus célèbres de son temps, T-Bone Slim, poète ouvrier à qui l’on doit de nombreuses chansons des IWW. Leurs « compagnons de route » se nomment John Reed, Jack London, Upton Sinclair, John dos Pasos, grands écrivains américains des temps héroïques de la lutte des classes aux États-Unis.

Le livre se compose d’une histoire thématique et chronologique des IWW due à la plume de Joyce Kornbluh ; de documents afférents (chansons, poèmes, récits, témoignages d’époque) ; de 110 illustrations (photos, dessins de presse) ; y est inclus un CD qui contient 22 chansons : des blues inédits écrits et chanté par des hobos noirs dont la plupart sont devenus célèbres à défaut de devenir riches (tel Sleepy John Estes) et des chants ouvriers et protest-songs dus à la plume de Joe Hill, de T-Bone Slim ou d’autres, soit dans d’anciennes versions, soit joués par un groupe de blues rock montreuillois : Les Gommards.


L’auteur :

Joyce Kornbluh était une universitaire, spécialisée dans le mouvement ouvrier américain.


Extraits :

En publiant cet ouvrage de référence, nous réalisons un vieux souhait : donner enfin au lecteur français un aperçu de l’histoire des Industrial Workers of the World (IWW). [...] Entre 1905 et 1919, ceux qu’on surnommait les Wooblies fomentèrent de nombreuses grandes grèves, souvent endeuillées par une répression féroce. Ces autodidactes courageux et obstinés ne juraient que par l’affrontement, sans compromission, avec un patronat honni, voué à l’expropriation par la masse des exploités. Ils organisèrent notamment la résistance des journaliers de l’agriculture extensive en Californie et dans le Middle West, des mineurs du Montana et du Colorado, des bûcherons du Nord-Ouest ou des ouvriers du textile en Pennsylvanie et dans le New Jersey.

[...] Pour se renforcer, la classe des pauvres, en bleu de travail ou en haillons, devait s’unir — c’était une obsession stratégique autant qu’un espoir grandiose parmi les militants des IWW. La montée en puissance du prolétariat devait se fonder sur le dépassement de toutes les fausses querelles, attisées par l’ennemi. Aussi les IWW furent-ils une organisation véritablement ouverte à tous.

[...] Cette solidarité de tant de misères, aggravé par une pléthore de préjugés, n’était envisageable que grâce à la mobilité de ceux qui la prônaient. Les hobos, vagabonds du rail qui allaient de ville en ville vendre leur force de travail, constituèrent pour les IWW un précieux vivier d’aventuriers épris de liberté et assoiffés de justice sociale. [...] Ces chevaliers errants en guenilles, méprisés par les repus comme par les résignés, harcelés par toutes les polices et tous les pasteurs, furent les plus enthousiastes propagateurs des idées séditieuses des IWW.

Ces idées se limitaient à quelques principes solides, aisés à mettre en pratique au gré des conflits sociaux. Elles étaient hérités pour une bonne part des préceptes de l’anarcho-syndicalisme européen, notamment ceux de la première CGT — celle de Fernand Pelloutier et d’Emile Pouget —, qui inspirèrent également la CNT espagnole. Elles se résumaient en deux triades consubstancielles : « Éducation, organisation, émancipation » et « Solidarité, action directe, abolition du salariat ».

La conscience de classe, aiguillonnée par l’éducation au sein du syndicat, devait renforcer la solidarité des travailleurs en lutte. L’action directe, dans les ateliers et dans l’espace public, devait façonner, grâce à l’activité de militants dévoués à la base, l’organisation générale de la classe ouvrière. Enfin, l’émancipation, qui naîtrait de la révolte des masses productrices, se concrétiserait par l’abolition du salariat — l’expropriation du capital ne s’accomplissant pas par le biais de l’État, comme le faisait miroiter alors le modèle social-démocrate, mais directement par les producteurs, constitués en entités autogérées et pratiquant l’échange non marchand entre elles, suivant le vieil adage communautaire : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ».

[...] Depuis la fondation des IWW, en 1905, les Wobblies s’opposaient à la guerre sur la base de l’anticapitalisme, mais aussi de l’antinationalisme et de l’antimilitarisme. « Au sens large, proclama l’orateur de rue "Big Jim" Thompson, l’étranger n’existe pas. Nous sommes tous des natifs de cette planète et le fait que nous soyons divisés en entités nationales, à qui l’on enseigne que chaque nation est meilleure que les autres, conduit à des affrontements et à la guerre mondiale. À la place du nationalisme — l’idée que tel peuple est supérieur à tel autre —, nous devrions faire triompher une notion moins étriquée : celle de solidarité internationale. »

[...] Bien que les IWW soient restés ouvertement antimilitaristes, ils ne s’opposèrent jamais officiellement à la mobilisation après l’entrée en guerre de l’Amérique.

Les États-Unis, d’abord résolus à rester neutres, entrent en guerre le 6 avril 1917, aux côtés de l’Entente — France, Royaume-Uni, Russie — et de ses alliés — Belgique, Serbie, Japon, puis Italie, Roumanie, Portugal, Grèce et Chine. La « guerre sous-marine à outrance » décidée par les Allemands qui torpillaient les navires commerciaux neutres, leurs intrigues au Mexique ont précipité les Américains dans l’autre camp. Au printemps 1918, les Allemands dégagés du front de l’Est car les Russes se sont retirés du combat à la suite de la révolution d’Octobre (armistice de décembre 1917 et traité de Brest-Litovsk le 3 mars 1918) peuvent reprendre leurs attaques à l’ouest. Mais, à partir de mars 1918, principalement, les États-Unis envoient en Europe une armée qui, au moment de l’armistice, dépassera deux millions d’hommes. En juillet 1917, les membres du bureau exécutif des IWW, habituellement éparpillés aux quatre coins du pays, se réunirent en urgence au siège à Chicago.

[...] Les réunions demeurèrent dans l’impasse pendant trois jours. Ralph Chaplin, le rédacteur en chef de Solidarity, fut invité à participer à la réunion. Dans son autobiographie, Wobbly, il relata cet échange de vues :

— Si nous nous opposons à la conscription, ils vont nous faire disparaître, dit Richard Brazier [1].

— Ils nous feront disparaître de toute façon, rétorqua Frank Little. Mieux vaut finir dans le feu de la gloire que de céder. Soit nous approuvons le carnage capitaliste, soit nous nous y opposons. Je suis prêt à affronter le peloton d’exécution plutôt que de me compromettre.

Mais se compromettre, c’est bien à quoi se résolut le bureau exécutif. Chaplin fut chargé de rédiger un éditorial de Solidarity dans lequel il conseillerait aux Wobblies de s’inscrire dans les bureaux de conscription en tant que « membre des IWW opposé à la guerre ».

[...] Nombre de Wobblies partirent donc combattre en Europe ou acceptèrent de travailler dans l’industrie de l’armement. En revanche, certains d’entre-eux militèrent contre la conscription, se firent insoumis ou s’exilèrent au Mexique.

[...] Cependant, en tant qu’organisation, les IWW n’organisèrent aucune grève de protestation contre la guerre et consacrèrent leurs efforts à des actions ponctuelles sur les lieux de travail...

(pp. 3 à 5 de l’Avant propos, 205, 208)


L’Insomniaque éditeur, parution le 01/02/2012

ISBN : 978-2-915694-57-4

256 pages/ 16,8 x 24 cm/ 25 euros


Bibliographie indicative :

— BUHLE Paul et SCHULMAN Nicole, Wobblies ! : A Graphic History of the Industrial Workers of the World, Verso, 2005 (305 pages) ;

— CARLSON Peter, Roughneck : The Life and Times of Big Bill Haywood, W. W. Norton Incorporated, 1984 (352 pages) ;

— DESVOIS Francis, Le vagabond en Occident, sur la route, dans la rue - Du Moyen Age au XIXe siècle, L’Harmattan, 2012 ;

— DOREE ROSEN Ellen, A Wobbly Life : IWW Organizer E.F. Doree, Wayne State University Press, 2004 (256 pages) ;

— DUBOFSKY Melvyn, We Shall be All : A History of the Industrial Workers of the World, University of Illinois Press, 2000 (288 pages) ;

— DOS PASSOS John, Devant la chaise électrique - Sacco et Vanzetti : histoire de l’américanisation de deux travailleurs étrangers, Gallimard, 2009 ; USA : Le 42ème parallèle - 1919. La grosse galette, Quarto Gallimard, 2002 ;

— MATTICK Paul, La révolution fut une belle aventure. Des rues de Berlin aux mouvements radicaux américains (1918-1934), L’échappée, 2013 ;

— NOLAN Dean et THOMPSON Fred, Joe Hill, IWW songwriter, Chicago General Membership Branch, Industrial Workers of the World, 1979 (32 pages) ;

— PORTIS Larry, IWW, le syndicalisme révolutionnaire aux États-Unis, éditions Spartacus, 2003 ;

— ROSEMONT Franklin, Joe Hill - Les IWW et la création d’une contre-culture ouvrière révolutionnaire, Éditions CNT-RP, 2008 ;

— SHELDON FONER Philip, Fellow workers and friends : I.W.W. free speech fights as told by participants, Greenwood Press, 1981 (242 pages) ;

— WRIGHT Richard, Une faim d’égalité, Gallimard, 1979 ;


Sur la toile :

— Site officiel des IWW ;

— Documents, Essays and Analysis for a History of the Industrial Workers of the World : un gros dossier sur Marxists Internet Archive ;


Sur notre site :

-  Notices biograhiques :

— HILL Joe ;

— LONDON Jack ;

-  Notices de parution :

— ADAMIC Louis : Dynamite ! Un siècle de violence de classe en Amérique ;

— ZINN Howard, Une histoire populaire des Etats-Unis d’Amérique ;

[1] Wobbly de la première heure, notamment engagé dans l’édition du Petit Livre rouge de chansons des IWW, dont il avait composé et écrit un grand nombre.