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FERRO Marc, BROWN Malcolm, CAZALS Rémy & MUELLER Olaf : Frères de tranchées
Présentation de l’éditeur - Extraits - Parution : Octobre 2006
[25 mai 2014] : par sam

Note Smolny :

Mais où est donc passé le mouvement ouvrier et sa critique de l’impérialisme (cette « ronde de la mort et du négoce », comme disait Conrad) ? Vont-ils encore une fois tuer Jaurès, plus quelques 10 millions de « poilus », plus quelques autres millions de « cassés » (excusez du peu) ?

Non, quelques écrivains, militants, dessinateurs voire historiens essaient encore de dissiper le brouillard idéologique commémoratif... Gloire à eux !!

Sam


Présentation de l’éditeur :

À l’hiver 1914, après plusieurs mois de marche, des soldats se sont trouvés immobilisés dans des tranchées improvisées. De chaque côté, l’ennemi a pris un visage. À la moindre pause, il boit, il rit. Bientôt, d’une ligne à l’autre, on s’envoie chocolat, cigarettes, on partage alcool et bière sans s’occuper de la couleur de l’uniforme, à l’Est comme à l’Ouest. Cette manière d’oublier la guerre, le temps d’un Noël ou d’une fête de Pâques, c’était aussi une façon de l’humaniser quand les ennemis se retrouvaient frères. Mais la guerre ne les a pas oubliés, elle a sanctionné les auteurs, censuré les récits, gommé les souvenirs jusqu’à les réduire à des faits divers, symptômes des malheurs du temps. Les textes de ce livre, rédigés par les meilleurs spécialistes, font à nouveau entendre les raisons et les échos de ce cri poussé contre des offensives inutiles par des combattants valeureux, qui n’en pouvaient juste plus.


Sommaire :

-  « Un joyeux entracte », par Malcolm Brown (traduit de l’anglais par Pierre Guglielmina)

-  « Ici, les Français et les Boches parlent ensemble comme en temps de paix », par Rémy Cazals

-  « Brother Boche », par Olaf Mueller (traduit de l’allemand par Alexandra Cade)

-  « Russie : fraternisations et révolution », par Marc Ferro


Extraits :

« Parmi les nombreuses lettres qui ont été conservées de cette période, la plus célèbre est celle du capitaine RJ Armes du Staffordshire Regiment, écrite la veille de Noël. Elle a été publiée dans une anthologie de textes de Noël qui fut un best-seller en Angleterre et qui a souvent été lue ces dernières années au cours d’offices chrétiens (y compris dans la cathédrale Saint-Paul à Londres) : « Je viens de vivre une des scènes les plus inimaginables qui soient. Ce soir, c’est la veille de Noël et je suis allé dans les tranchées pour faire mon inspection. Le feu de l’ennemi était incessant et les mitrailleuses crépitaient dans notre direction. Puis, vers sept heures, tout s’est arrêté.

J’étais dans mon abri en train de lire un journal et on distribuait le courrier. Le bruit courait que les Allemands avaient illuminé leurs tranchées sur toute la ligne de front. Nous étions en train de nous souhaiter nos vœux de Noël depuis un moment. Je suis sorti et les Allemands criaient « Pas un coup de feu » et l’atmosphère est devenu soudain paisible. Tous nos hommes sont sortis des tranchées et se sont assis sur le parapet, les Allemands en ont fait autant, et tout le monde s’est parlé, dans un anglais approximatif pour les Allemands. J’ai escaladé la tranchée et j’ai parlé en allemand, je leur ai demandé de chanter un Volkslied, ce qu’ils ont fait, puis nos hommes ont très bien chanté, chaque camp applaudissant et encourageant l’autre. J’ai ensuite demandé à un Allemand qui chantait seul d’interpréter un air de Schumann et il a chanté de façon splendide Les Deux Grenadiers. Nos hommes étaient enchantés par sa voix et le spectacle.

Puis Pope et moi avons traversé pour parler avec le commandant allemand. Un de ses hommes m’a demandé mon nom et m’a présenté à son officier. J’ai donné la permission à ce dernier d’enterrer quelques Allemands qui étaient tombés entre nos lignes, et nous nous sommes mis d’accord pour qu’aucun coup de feu ne soit tiré avant demain minuit. Nous avons parlé en anglais, un mauvais anglais, et une dizaine d’Allemands se sont rassemblés autour de nous. J’étais presque à l’intérieur de leurs lignes à un mètre près. Nous nous sommes salués, il m’a remercié de lui avoir permis d’enterrer ses morts ; nous avons déterminé combien d’hommes s’en occuperaient et décidé que le reste des hommes devraient retourner dans leurs tranchées respectives.

[...] C’est bizarre de penser que demain soir nous allons recommencer à nous battre férocement. Si on survit à toute cette affaire, ce sera un souvenir de Noël mémorable. L’Allemand qui a chanté avait vraiment une très belle voix. Je repars faire un tour dans les tranchées pour m’assurer que tout va bien. Bonne nuit. »

[...] Ce n’est pas parce que des socialistes ont rallié l’Union sacrée que Barthas, socialiste et pacifiste avant 1914, doit avoir renié ses positions. Lorsque le député de l’Allier Pierre Brizon [1] justifie à la Chambre, le 24 juin 1916, son refus et celui de ses camarades Blanc [2] et Raffin-Dugens [3] de voter les crédits de guerre, le caporal Barthas est de ceux qui lui écrivent pour le féliciter, qui osent signer de leur nom. Sa première lettre a été vraisemblablement perdue, mais celle du 17 août évoque un échange antérieur :

« Cher Citoyen Brisson,

Je vous remercie des deux brochures que vous m’avez fait parvenir, elles circulent de mains en mains et l’impression produite est énorme. Parfois au carrefour d’un boyau un camarade en donne lecture pendant que deux sentinelles guettent le passage d’un « bouledogue » de nos dirigeants. Comme ces lignes vont droit au cœur de ces hommes qui depuis deux ans entendent enfin pour la première fois des paroles de paix, d’espérance, de foi et de protestation contre le plus grand crime de tous les temps contre l’humanité. [...]

Recevez, cher citoyen Brizon, ainsi que de tous mes camarades nos plus fraternels sentiments de sympathie.

Louis Barthas, Caporal, 296e RI, 15e compagnie. »

[...] Aurait-on assisté à la mise en pratique de l’internationalisme prolétarien ? On sait combien cette position était minoritaire en France avant 1914 ; on connaît l’impuissance de la IIe Internationale à s’opposer à l’entrée en guerre. Les appareils du parti socialiste et de la CGT se rallièrent à l’Union sacrée. Beaucoup d’ouvriers des grandes usines métallurgiques, et autres, n’étaient pas sur le front. L’internationalisme n’a pas provoqué les fraternisations, mais celles-ci ont donné à ces sentiments l’occasion de reparaître et de s’exprimer. La réflexion restait cependant simpliste [4] : les petits contre les grands et les gros ; l’extermination de la classe des travailleurs (ouvriers et paysans) dans une guerre provoquée par les appétits capitalistes.

[...] Camarade ! C’est le mot franco-allemand que l’on prononce lorsqu’on est pris, si bien que « faire camarade » a désigné la reddition. Dans la vie civile, en temps de paix, on a des camarades de classe, de travail, de syndicat ; dans la guerre, des camarades de tranchée ou de combat ; dans les fraternisations, la camaraderie franchit les barrages de fil de fer.

[...] Le cercle qui entourait Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg et qui fut baptisé de manière significative "Groupe international", débuta en 1916 la publication clandestine des Lettres spartakistes appelant à la résistance du prolétariat contre la machine de guerre. Dans la troisième Lettre de mars 1916, le groupe formula douze principes directeurs, dont le premier définissait d’emblée la guerre comme "fratricide" : "La guerre a ruiné les résultats de quarante années de travail de socialisme européen. Elle a réduit à néant l’importance politique de la classe ouvrière révolutionnaire et le prestige moral du socialisme. Elle a fait éclater l’Internationale prolétarienne, conduit ses sections à un combat fratricide et arrimé dans les principaux pays capitalistes les aspirations et les espoirs des masses populaires au navire de l’impérialisme." Lors du congrès général du parti social-démocrate allemand, fin septembre 1916, la représentante du Groupe international tira de ce constat les conclusions suivantes :

"Les prolétaires vivant au-delà de nos frontières sont nos frères, nos camarades ; ils sont plus proches de nous que les classes dirigeantes de notre propre pays, et nous avons davantage d’obligations envers eux qu’envers celles-ci. Nous opposons l’idéologie de l’internationalisme à l’idéologie du nationalisme devant laquelle le parti a capitulé le 4 août. [...] Ma sensibilité d’être humain et de socialiste me fait éprouver autant de douleur et de colère lorsque les soldats français, belges et russes sont assassinés, que lorqu’il s’agit de prolétaires allemands. Le peuple est en détresse - ce sont nos frères que l’on est en train de tuer !" ... » (voir pages 31/ 32 ; 90 ; 170, 173, 218 de la première édition de 2005)


Éditions Perrin, parution le 12/102006

ISBN : 978-2-262-02599-1

324 pages/ 11 x 18 cm/ 8,50 euros


Bibliographie indicative :

— ADAM Rémi, 1917, la révolte des soldats russes en France, Les bons caractères, 2007 ;

— BECKER Jean-Jacques, Le Carnet B. Les pouvoirs publics et l’antimilitarisme avant la guerre de 1914, Éditions Klincksieck, 1973 ; [Le Carnet B est un instrument de surveillance des « suspects », français ou étrangers, sous la Troisième République en France. Créé en 1886 par le général Boulanger, il est progressivement étendu à tous les individus pouvant troubler l’ordre public ou aux antimilitaristes qui s’opposeraient à la mobilisation nationale. Le 31 juillet 1914, à l’annonce de l’assassinat de Jaurès, le gouvernement qui se réunit dans la nuit, craignant des réactions violentes dans les grandes villes, retient dans la capitale deux régiments de cuirassiers en instance de départ pour la frontière. Cependant, rapidement, les rapports qu’obtient le ministre de l’Intérieur Louis Malvy (1875/1949, radical) lui font estimer que les organisations de gauche ne vont pas déclencher de troubles. La direction du Parti socialiste fait ainsi savoir qu’elle n’appellera pas à des manifestations. « L’assassinat de M. Jaurès n’a causé dans les esprits qu’une émotion relative. Les ouvriers, les commerçants et les bourgeois sont surpris douloureusement, mais s’entretiennent beaucoup plus de l’état actuel de l’Europe. Ils semblent considérer la mort de Jaurès comme liée aux événements actuels beaucoup plus dramatiques. » (Xavier Guichard, directeur de la police municipale de Paris, rapport adressé le 1er août 1914 à 10 h 25 au ministère de l’Intérieur.). Alors, le 1er août, afin de ne pas empêcher le ralliement des ouvriers à la guerre par la décapitation des syndicats et rassuré par la réaction des instances nationales de la CGT, le ministre de l’Intérieur décide, dans un télégramme adressé à tous les préfets, de ne pas utiliser le Carnet B. Ce dernier sera abrogé en 1947. Cf. note Wikipedia] ;

— BIANCHI Bruna, La Follia e la Fuga. Nevrosi di guerra, diserzione e disobbedienza nell’esercito italiano (1915-1918), Bulzoni (Rome), 2001 ;

— BONZON Thierry et ROBERT Jean-Louis, « Nous crions grâce », 154 lettres de pacifistes (juin-novembre 1916), Les Editions Ouvrières, 1989 ;

— BOUVIER Patrick, Déserteurs et insoumis : Les Canadiens français et la justice militaire ( 1914-1918), Athéna, 2003 ;

— BRASSEUL Jacques, Histoire des faits économiques et sociaux. 2 - De la Révolution industrielle à la Première Guerre mondiale, Armand Colin, 2007 [Voir notamment le chapitre 6 sur l’impérialisme...] ;

— BROWN Malcolm et SEATON Shirley, Christmas Truce, Pan Books (Londres), 1994 ;

— BUSHNELL John, Mutiny amid Repression, Russian Soldiers in the Revolution of 1905-1906, Bloomington, Indiana University Press, 1985 ;

— CHARLE Christophe, La crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne (1900-1940). Essai d’histoire comparée, Seuil 2001 ; Le siècle de la presse (1830-1939), Seuil, 2004 ;

— COURANT ALTERNATIF, La boucherie de 14-18, Hors-série numéro 19, février 2014 ; [« On croit mourir pour la patrie ... on meurt pour les industriels. » (Anatole France) Un numéro passionnant qui brosse en quelques pages le portrait de résistants à la guerre (Liebknecht, Luxemburg, Monatte, Malatesta), se poursuit par Zimmerwald et les mutins du front comme les grévistes de l’arrière, pour se conclure par les soviets alsaciens !] ;

-  CHUZEVILLE Julien, Militants contre la guerre. 1914-1918 : formation et action du Comité pour la reprise des relations internationales, Spartacus, 2014 ;

— COCHET François, Survivre au front (1914-1918), les poilus entre contrainte et consentement, 14-18 Editions, 2005 ;

— CRONIER Emmanuelle, Permissionnaires dans la Grande Guerre, Belin, 2013 ;

— DUCOULOMBIER R., Régénérer le socialisme. Aux origines du communisme en France (1905-1925), thèse IEP de Paris sous la direction de Marc Lazar, 2007 ;

— FERRO Marc, Des Soviets au communisme bureaucratique, Archives, 1980 ;

— FANTIN Mathieu, Les Poilus parlent aux Boches, les Boches parlent aux Poilus, mémoire de maîtrise Université Toulouse II, 2002 ;

— HADDAD Galit, 1914-1919 : ceux qui protestaient, Les Belles Lettres, 2012 ;

— HAIMSON Leopold and SAPELLI Guilio, Strikes, Social Conflict and the First World War. An International Perspective, Feltrinelli, 1992 ;

— HIRSCHMAN Albert, Défection, prise de parole et loyauté, Fayard, 1995 ;

— JARDIN Pierre, Aux racines du mal. 1918, le déni de la défaite, Tallandier, 2005 ;

— JOLLY Jean, Dictionnaire des parlementaires français de 1889 à 1940, PUF, 2013 ; on peut consultre ces biographies en ligne : http://www.assembleenationale.fr/histoire/biographies/1889-1940 ;

— LUXEMBURG Rosa, La crise de la social-démocratie, Spartacus, 1994 ;

— LOEZ André, 14-18. Les refus de la guerre. Une histoire des mutins, Gallimard, 2010 ;

— MASSON Philippe, Les mutineries de la marine française, Vincennes SHM, 1975 ;

— MILZA Pierre, Les relations internationales de 1871 à 1914 (3e édition), Éditions Armand Colin, 2009 ;

— PANEL Louis, Gendarmerie et contre-espionnage, préface de Jean-Jacques Becker, La documentation française, 2004 ;

— PHIL et CALLENS, Les aventures épatantes et véridiques de Benoit Broutchoux, Le dernier terrain vague, 1980 ;

— RAJSFUS Maurice, La censure militaire et policière : 1914-1918, Le Cherche Midi, 2014 ;

— ROBERT Jean-Louis, Ouvriers et mouvement ouvrier parisiens pendant la Grande Guerre et l’immédiat après-guerre : histoire et anthropologie, thèse Université Paris I, 1989 ;

— ROSMER Alfred, Le Mouvement ouvrier pendant la Première Guerre mondiale, Editions d’Avron, 1993 ;

— ROY Pierre, Pierre Brizon, Pacifiste, Député socialiste de l’Allier, Pèlerin de Kienthal, Editions Créer, 2004 ;

— SACCO Joe, La Grande Guerre. Le premier jour de la bataille de la Somme, Futuropolis/ Arte 2014 ;

— SLATER Catherine, Defeatists and their Enemies. Political Invective in France 1914-1918, Oxford University Press, 1981 ;

— TARDI Jacques et VERNEY Jean-Pierre, Putain de guerre !, Casterman, 2014 ;

— VERMEULEN Coralie, Les Fraternisations pendant la Grande Guerre, mémoire de maîtrise Université de Picardie, 2000 ;

— WILDMAN Alan, The End of the Russian Imperial Army, Princeton University Press, 1980 ;

— WILLIAMS John, Mutiny 1917, Londres, 1962 ; traduit aux Presses de la Cité en 1963 ;

— WOHL Robert, French Communism in the Making (1914-1924), Stanford University Press, 2013 ;

— WOODMAN Richard, A Brief History of Mutiny, Robinson (Londres), 2005 ;


Sur notre site :

— BARTHAS Louis et CAZALS Rémy, Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier ;

— BILAN, De l’Union Sacrée à Zimmerwald - La dernière semaine, Avril - Mai 1936 ;

— Étincelles de la Gauche marxiste russe (1881 - 1923) ;


Sur la toile :

— Voir aussi le blog d’information et de réflexion « Comprendre avec Rosa Luxemburg » qui contient, entre autres gourmandises, la préface de Clara Zetkin sur la « Junius brochure » ;

— 1914 : le début de la saignée (un article de la Revue internationale du CCI) ;

— et Le Collectif de recherche international et de débat (CRID) sur la guerre de 1914-1918, association de chercheurs qui vise au progrès et à la diffusion des connaissances sur la Première Guerre mondiale... ;

[1] BRIZON Pierre (1878-1923) naît dans une très modeste famille d’agriculteurs. Surdoué, il devient professeur de l’enseignement supérieur. Émile Guillaumin, écrivain rural, le décrit ainsi : " C’était un homme d’assez belle prestance, très bien de poil, peu halée, sourire énigmatique, voix de nez caverneuse, plutôt désagréable. Point timide, la parole abondante, il se laissait tout de suite aller à son tempérament d’orateur de réunion publique, utilisant les gros effets faciles. " En avril 1910, Brizon est élu député de l’Allier. Au début de sa carrière, l’enseignant passe de poste en poste car il soutient les luttes ouvrières, rédige des articles dans les feuilles socialistes. Pour avoir exalté, en 1905, les marins du Potemkine, il reçoit une lettre de Bienvenu Martin, ministre de l’Instruction publique, qui lui reproche de n’avoir pas eu « la réserve de langage » imposée aux fonctionnaires. Dans le même temps, il rédige une copieuse Histoire du travail et des travailleurs. À la tribune du Palais-Bourbon, il demande " des retraites pour les travailleurs, la nationalisation des assurances, des mines, des chemins de fer et l’impôt progressif sur les successions et les revenus ". Il souhaite " la réunion du capital et du travail dans les mêmes mains par la socialisation des moyens de production et d’échange des grands domaines, grandes usines, grands magasins mines, chemins de fer ". Les radicaux s’étouffent en entendant ces justes revendications. Réélu en 1914, il dénonce bientôt l’Union sacrée où s’enfonce le Parti socialiste. Il adhère au Comité pour la reprise des relations internationales (CRRI), participe, au printemps 1916, avec Alexandre Blanc et Raffin-Dugens à la Conférence de Kienthal. Favorable à la paix immédiate, Brizon saisit toutes les occasions pour s’opposer aux délires bellicistes. Il bénéficie, même, d’une expulsion temporaire de la Chambre des députés. Battu en 1919, il ne participe pas au congrès de Tours qui voit la naissance du Parti communiste. Il y adhère, mais son exclusion est prononcée en octobre 1922 (Cf. le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier).

[2] BLANC Alexandre (1874-1924) : Cet instituteur est secrétaire de la Fédération du Vaucluse du Parti socialiste SFIO avant 1914. Elu député à plusieurs reprises, il devient en 1915 membre de la minorité socialiste opposée à la guerre. Il participe en avril 1916 à la Conférence internationale de Kienthal, en Suisse, qui regroupe des socialistes internationalistes de divers pays européens. En juin 1916, il est l’un des trois députés socialistes français (avec Raffin-Dugens et Pierre Brizon) qui votent contre les crédits de guerre à l’Assemblée nationale. Ils reçoivent à cette occasion un abondant courrier. En décembre 1920, il participe à la création du Parti communiste lors du Congrès de Tours. Il meurt avant la destruction politique du PC par le stalinisme.

[3] RAFFIN-DUGENS Jean-Pierre (1861-1946) : cet autre instituteur est député socialiste de l’Isère de 1910 à 1919. Il est un militant pacifiste pendant la guerre, refusant de voter les crédits militaires. Battu en 1919, il continue à militer, en rejoignant le PCF en 1920.

[4] Ici, c’est un affront à tous ceux qui essayaient de comprendre et de lutter contre le militarisme et la barbarie capitaliste, surtout si l’on s’en va chercher des arguments du côté de l’histoire économique, qu’à si bien cristallisé Rosa Luxemburg dans sa lumineuse « Brochure de Junius » : "Déjà, depuis les années 1880, on assistait à une nouvelle ruée particulièrement violente vers les conquêtes coloniales. L’Angleterre s’empare de l’Egypte et se crée un empire colonial puissant en Afrique du Sud ; en Afrique du Nord, la France occupe Tunis et, en Asie orientale, elle occupe le Tonkin ; l’Italie s’implante en Abyssinie ; la Russie achève ses conquêtes en Asie centrale et pénètre en Mandchourie ; l’Allemagne acquiert ses premières colonies en Afrique et dans le Pacifique, et finalement les Etats-Unis entrent également dans la danse en acquérant avec les Philippines des "intérêts" en Asie orientale. De ce dépècement de l’Afrique et de l’Asie déroule, à partir de la guerre sino-japonaise de 1895, une chaîne presque ininterrompue de guerres sanglantes, qui culmine dans la grande campagne de Chine et s’achève avec la guerre russo-japonaise de 1904. [...] Dès lors, il était clair pour tout le monde :

1° Que cette guerre de tous les Etats capitalistes les uns contre les autres sur le dos des peuples d’Asie et d’Afrique, guerre qui restait étouffée mais qui couvait sourdement, devait conduire tôt ou tard à un règlement de comptes général, que le vent semé en Afrique et en Asie devait un jour s’abattre en retour sur l’Europe sous la forme d’une terrible tempête ...". Arguments confirmés par maints historiens sérieux, comme Jacques Brasseul !