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GLAT 1965-02b : Encore un bon apôtre
Lutte de Classe - Février 1965 / p. 3 - 4
[25 avril 2015] : par eric

De Monsieur MASSE, Commissaire général du Plan :

Toutes les fois qu’il existe des réserves suffisantes de travailleurs sans emploi relativement bien réparties dans toutes les qualifications et dans toutes les régions, l’offre d’emploi peut se formuler avec précision, avec l’espoir de trouver dans la masse des travailleurs sans emploi, le travailleur de la qualification requise. Au contraire, le plein emploi crée dans la répartition de la main-d’œuvre entre les entreprises et les qualifications, de fortes viscosités et, par conséquent, une mauvaise adaptation des qualifications aux fonctions... Dans ces conditions, le plein emploi n’est jamais l’emploi parfait, le bon emploi...

Bien sûr, l’emploi parfait, c’est plutôt celui où il existe un bon chômage, où les travailleurs sans emploi et sans ressources sont prêts à accepter n’importe quel travail, n’importe quel horaire, n’importe quelles cadences, n’importe quels salaires, dans la région parisienne, le sud-ouest ou le nord, en somme partout où on a besoin d’eux.

Où l’on a besoin d’eux ? Ce n’est même pas tout à fait vrai. La question n’est en effet même pas de savoir quels sont les besoins réels de l’industrie. Officiellement, c’est pourtant toujours l’explication qu’on donne : un secteur manque de commandes, il faut réduire la production et le personnel ; une crise sévit sur le marché international, on licencie avec de bonnes promesses ; là on décentralise, ici on concentre, il faut donc déplacer la main d’œuvre, la faire partir de là où elle n’est plus rentable, la faire aller là où elle sera utile. Dans tout cela, on ne demande jamais l’avis des intéressés. On ne leur demande d’ailleurs pas non plus ce qu’il faudrait produire, ni comment, ni où ; tout le comportement des dirigeants vise à assurer leur domination et pour cela à réduire les travailleurs au rang de robots dociles qui exécutent passivement tout ce qu’on leur ordonne.

La lutte des patrons contre les « viscosités » de l’emploi et pour la souplesse du marché de la main d’œuvre n’est donc en définitive qu’un aspect de leur stratégie de toujours : asservir les travailleurs, les habituer à la passivité pour les décourager par avance de prendre en mains leurs propres affaires.

La riposte des travailleurs doit donc consister à résister à ces manipulations et non à discuter sur les bases patronales pour savoir si la production, la consommation ou les investissements augmentent ou diminuent et de combien.