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GLAT 1965-03e : Syndicalisme et socialisme en Algérie
Lutte de Classe — Mars 1965 / p. 5
[27 octobre 2015] : par eric

À l’occasion du second congrès annuel de l’Union Générale des Travailleurs Algériens (U.G.T.A.), M. Ben Bella a cru bon de prononcer un petit discours destiné à donner des idées aux syndicalistes ; mieux même que des idées, une véritable idéologie.

Reprenant un raisonnement célèbre, celui des staliniens, le gouvernement algérien avertit que le fonctionnement du secteur auto-géré et nationalisé ne doit en aucun cas être freiné par un mouvement de grève, qualifié pour la circonstance de « crime d’État ». En effet, comment envisager seulement qu’il puisse exister des revendications dans une entreprise gérée par les travailleurs ? On ne se révolte pas contre soi-même, c’est clair. Quant au secteur privé et étranger, les mouvements revendicatifs peuvent à la rigueur y être tolérés, mais uniquement si cela ne doit pas gêner la stratégie révolutionnaire du gouvernement socialiste que l’Algérie possède. Serait-ce à dire que cette haute stratégie ménagerait les intérêts privés ? On n’oserait pas le comprendre.

De leur côté, les syndicalistes sont pleins de bonne volonté ; ils ne demandent qu’à encadrer avec compétence la vie économique et politique et à soutenir le parti et le gouvernement au pouvoir. Nul doute qu’ils ne saisissent au vol les allusions clairement exprimées par le gouvernement et ne remplissent le rôle qu’on leur a imparti, grâce aux militants d’élite qu’ils placeront à leur tête en guise de « direction révolutionnaire ». Que l’on compte sur eux pour mater les criminels arriérés qui auraient l’audace de revendiquer une hausse de salaires ou une baisse des horaires, freinant ainsi la marche forcée vers le socialisme.

À propos, qu’est-ce donc qu’un régime socialiste ?