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MÉLIS Jean, dit MITCHELL ou JEHAN ( 1892 - 1945 )
Communiste de gauche belge
[30 octobre 2013] : par philippe

Jean, Baptiste, Albert, Léonard Mélis dit Mitchell (du nom de sa mère), ou Jehan (Labarre ?) est né le 12 novembre 1892 à Molenbeek Saint-Jean (Sint-Jans-Molenbeek), région de Bruxelles. Son père était teinturier-dégraisseur, sa mère s’appelait Isabelle MITCHELL. Il était chef de service du Département de la comptabilité (Current Account Department) à la Westminster Bank de Bruxelles, où il travailla d’octobre 1919 jusqu’à son arrestation en septembre 1942.

Il contribua avec Adhémar Hennaut (1899-1977) à la constitution de la Ligue des communistes internationalistes (LCI), qui avait fait sécession de l’Opposition trotskyste. Selon Hennaut, sa situation financière lui permettait de soutenir fortement le groupement, ce qui permit à son Bulletin de sortir sous forme imprimée.

En désaccord avec les conceptions proches du « communisme des conseils » de la LCI, il anima une fraction qui défendait les positions de la Fraction communiste italienne, dirigée à Bruxelles par Perrone et Verdaro.

Lors de la guerre d’Espagne, la scission était consommée. Il est l’un des principaux artisans de la création de la Fraction belge de la Gauche communiste internationale, qui publie au printemps 1937 la revue mensuelle Communisme. Il fut élu membre du Bureau international des fractions de la Gauche communiste « bordiguiste ». Il se retrouva cependant en désaccord avec Vercesi (Perrone), mais aussi Jacobs (Jacob Feingold), sur la question de l’économie de guerre.

Parallèlement à son activité politique, il eut une longue activité syndicale. Il fut membre du Syndicat des employés, techniciens et voyageurs de commerce de Belgique (S.E.T.V.), c’est-à-dire des VRP, du 29 octobre 1918 à mai 1940, « connu pour ses positions antifascistes » et collaborant à son journal syndical, le Bulletin mensuel des délégués, où il s’occupait de la chronique des banques. Il écrivit, peut-être sous le pseudonyme de R.P. (comme V.R.P.), des analyses sur le problème syndical dans le Bulletin de la LCI.

Ses contributions dans Bilan — mais aussi dans la revue Communisme — ont été nombreuses et portent aussi bien sur la crise mondiale que sur la période de transition du capitalisme au communisme. Le pseudonyme littéraire de Jéhan pourrait bien avoir été le sien, car proche de son prénom Jean. Si ce n’est pas le cas, ce serait celui de Jacob Feingold. Il écrivit aussi abondamment dans sa revue Communisme, soit anonymement soit sous le pseudonyme de La Barre, des articles sur les problèmes du « capitalisme agonisant ».

Dans un témoignage écrit du 30 janvier 1950, Hennaut assurait « qu’en 40-41, j’ai pu constater personnellement qu’il s’occupait toujours activement de (son) groupe », et que lors d’une perquisition en septembre 1942 « il n’y a pas de doute que (sa) documentation et (sa) bibliothèque très fournie sur les doctrines économiques a montré à suffisance aux Allemands à qui ils avaient à faire ».

Il fut arrêté le 10 septembre 1942 par la Gestapo, à son domicile de Schaerbeek (Bruxelles) à la place de son fils unique Robert (28.10.1920- ?), « pour ses opinions politiques ».

Emprisonné à la prison de Saint-Gilles (Bruxelles) jusqu’au 16 mars 1943, il est ensuite enfermé au fort de Breendonk (au sud d’Anvers), transformé en centre de torture et d’exécution par les nazis, jusqu’au 6 mai 1944, puis il est expédié à Buchenwald, du 8 au 23 mai, Dora, du 23 mai 1944 au 15 avril 1945 et Bergen-Belsen, où il meurt le 28 avril 1945, probablement du typhus.

Son fils Robert, typographe, qui était aussi membre de la Fraction belge, fut arrêté par la Gestapo à Bruxelles le 30 avril 1944 et déporté à Buchenwald le 8 mai 1944, sous le matricule 60329, pour être envoyé quelques semaines plus tard à Dora. Il semble avoir survécu à la guerre.

Après 1946, sa compagne française Denise Deschamps (1892- ?), qui devait se marier avec son « compagnon de vie » en 1940, dut se battre jusqu’au début des années 50 pour se faire reconnaître des droits à une pension de veuve de guerre.


Œuvre :

— « Roosevelt au gouvernail », Bilan, n°3, Janvier 1934, p. 99-111 ;

— « Où va l’impérialisme français », Bilan, n°6, Avril 1934, p. 195-203 ;

— « Crises et cycles dans l’économie du capitalisme agonisant », Bilan, n°10 et n°11, août et septembre 1934 ;

— « Problèmes de la monnaie », Bilan n°18 à 20, avril-mai à juin-juillet 1935 ;

— « Problèmes de la période de transition », Bilan n°28, n°31, n°34, n°35, n°37 et n°38, février-mars 1936 à janvier 1937 ;

— Jéhan (Jean Melis), « Le problème de la guerre. Contribution à une discussion », in Cahiers d’étude de la Ligue des communistes internationalistes, n° 2, janv. 1936.


Sources :

— BOURRINET Philippe, Le courant bordiguiste (1919-1999) ;

— Témoignage écrit d’Adhémar Hennaut devant le Commissaire de l’État belge (30 janvier 1950) (dossier de pension de guerre de la veuve Mélis).

— MORELLI Anne, ULB, Bruxelles (communication) ;

— Salud, Prolétarios ! (communication d’archives) ;

— Plaques commémoratives/gedenkplaten 1914-1918 et 1940-1945, Fort de Breendonk.