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MULLER Hermann ( 1876 - 1931 )
Homme d’Etat social-démocrate allemand
[14 mars 2007] : par jo

Fils d’un directeur de fabrique, après des études commerciales et une carrière de journaliste, Hermann Müller fut proposé par Bebel au congrès du SPD (Iéna, 1905) comme membre du “Parteivorstand”, mais sur l’avis de Legien, on lui préféra Ebert, si bien que le parti ne lui confia la direction de la presse et des questions internationales que l’année suivante.

Envoyé à Bruxelles pour rencontrer les milieux de l’Internationale, puis à Paris (28 juillet 1914) pour prendre contact avec les socialistes français, il apprit l’assassinat de Jaurès et, après des débats difficiles, ne put trouver de formule d’entente avec ses interlocuteurs. Il fut menacé d’internement au cours de son voyage de retour et ne put rejoindre la frontière que grâce à la protection d’Henri de Man. Ce voyage, raconté avec précision par Alfred Rosmer (voir pp. 312-327, in Le mouvement ouvrier pendant la première guerre mondiale, Ed° d’Avron 1993), montre la rapidité des évènements, la fragilité d’une Internationale « souple » et les ravages de l’opportunisme, autant en France qu’en Allemagne.

Revenu en Allemagne, il se prononça pour la défense de son pays, tout en cherchant à maintenir des contacts avec l’extérieur. Nommé au Reichstag en 1916, il reçut la mission de conserver au Vorwärts une attitude favorable à la majorité, contre une opposition sans cesse grandissante. Membre influent du Conseil d’ouvriers et de soldats, il se prononça tout de suite pour l’élection d’une Assemblée nationale. Avec Ebert et Otto Wels, ils arrivèrent à remporter une victoire importante lors de l’assemblée générale du cirque Busch.

Le congrès du parti à Weimar le nomma successeur d’Ebert - dont il soutint la politique comme président du Reich - à la direction du parti.

Lorsque Scheidemann eut refusé de signer le traité de Versailles, il dut, comme ministre des Affaires étrangères du nouveau gouvernement, aller à Versailles pour exécuter ce pénible devoir. Nommé chancelier après la tentative de coup d’Etat de Kapp, il ne resta en fonction que deux mois par suite de la perte d’influence du Parti social-démocrate lors des élections de 1920.

Huit ans plus tard, au cours desquels la social-démocratie avait été pratiquement écartée du pouvoir, Müller fut rappelé à la chancellerie à la tête d’un gouvernement qui, outre les partis attachés à la Constitution de Weimar, comprenait la Deutsche Volkspartei. Il obtint la réduction des charges des réparations et l’évacuation anticipée de la rive gauche du Rhin, sans se créer le soutien des éléments nationalistes, de plus en plus hostiles à son égard depuis la mort de Stresemann [1]. Déjà ébranlé par la question des cuirassés de combat (Panzerkreuser) que le gouvernement se montrait disposé à construire, mais que rejetait l’opinion socialiste, le gouvernement de « grande coalition » se trouva acculé, malgré l’opposition des syndicats et du ministre du travail Wissell, à l’augmentation de la cotisation individuelle à l’assurance-chômage. Non sans avoir présenté les conséquences désastreuses que comportait l’attitude de son parti, Müller remit sa démission au président Hindenburg (mars 1930). Cette décision mit fin au dernier gouvernement parlementaire de la République de Weimar. Müller, qui n’avait pris aucun souci de sa santé, mourut un an plus tard.


Source :

— DROZ Jacques, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - Allemagne, Les Editions Ouvrières, Paris, 1990.


Bibliographie indicative :

— BROUE Pierre, Révolution en Allemagne, Editions de Minuit, 1971 ;

— HAFFNER Sebastian, Allemagne 1918, une révolution trahie, Editions Complexe, 2001 ;

[1] Gustav Stresemann (1878-1929), ministre des Affaires étrangères de 1923 à sa mort, qui fit accepter au gouvernement français l’évacuation de la Ruhr et obtint l’admission de l’Allemagne au sein de la Société des Nations.