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PIATAKOV Gueorgui Leonidovitch, dit Kievsky ou Arvid ( 1890 - 1937 )
Bolchevik opposant de gauche
[23 mai 2007] : par jo

Fils d’un important raffineur de sucre d’Ukraine, anarchiste en 1907, bolchevik en 1910. Déporté, évadé, il séjourne au Japon avec Eugénie Bosch puis constitue avec elle et Boukharine le groupe des « communistes de gauche ». Ils publient Kommunist en Suisse, et partant de la théorie de l’impérialisme formulée par Boukharine, s’opposent à Lénine sur la question nationale et l’Etat.

Il regagne Kiev (février 1917) et y présidera le comité du Parti et le Soviet à partir de septembre. Après Octobre, Lénine le fait venir à Moscou pour qu’il contribue (poste de directeur adjoint de la banque d’Etat) à faire sortir l’économie du chaos.

Mais, lors des divergences sur Brest-Litovsk, il fut l’un des principaux partisans de la guerre révolutionnaire. Lorsqu’en mars 1918, les communistes et les SR de gauche décidèrent de remplacer Lénine à la tête du gouvernement, ce fut Piatakov qu’on désigna pour lui succéder.

On l’éloigna de Moscou et on l’envoya dans son Ukraine natale où la situation était critique : les Allemands l’occupaient pratiquement.

Pendant la guerre civile, il montrera ses talents d’organisateur et un réel courage physique : arrêté par les Blancs, il sera sauvé in extremis devant le peloton d’exécution par les Gardes rouges reprenant la ville. Piatakov s’avéra donc très efficace et l’Ukraine devint, pendant une brève période, le bastion des communistes de gauche. Opposant le prolétariat à la nation, Piatakov réclama que les mouvements ouvriers de toutes les nations de Russie fussent soumis au contrôle central de l’IC. Ses thèses furent taxées de « chauvinisme grand-russe » lors du VIII° congrès du PCR.

Ecarté d’Ukraine, il collabora avec Trotsky au sein de l’armée rouge. Si, au début, il appartint à l’ « Opposition militaire », Trotsky sut l’amadouer en lui confiant des responsabilités qui le « forcèrent à passer de la parole aux actes ». Il se distingua notamment en Crimée.

Bien qu’il appartienne à la jeune génération bolchevique (il a 20 ans de moins que Lénine), ses talents d’organisateur en font un responsable important et il est un des six bolcheviques à être cité par Lénine dans son « Testament ».

Après la guerre civile, il déploya ses talents dans l’économie (réorganisation du Donbass [1]), les tâches délicates (il dirigea le procès des SR en juillet 1922 ; il fut envoyé en Allemagne, avec Radek, pour y préparer l’insurrection avec le KPD).

Revenu en URSS, il fut l’un des signataires de la « déclaration des 46 » [2] et devint un des principaux leaders de l’Opposition trotskiste puis Unifiée.

Envoyé en exil politique (Paris, 1927), il prit contact avec des oppositionnels français, s’efforçant de les regrouper.

Il capitula en 1928 et fut nommé adjoint (1930) d’Ordjonikidzé à la tête du Commissariat de l’industrie lourde. En fait, ce fut Piatakov qui organisa les deux premiers plans quinquennaux, se détournant de la politique pour mettre toutes ses capacités au service de la gestion. Il fut pourtant l’accusé principal du second procès de Moscou.


Bibliographie indicative :

— BROUE Pierre, Le parti bolchevique, Editions de Minuit, 1977 ;

— CCI, Les communistes et la question nationale (3° partie), Revue Internationale 42, 3e trimestre 1985 ;

— COLLECTIF, Komintern : l’histoire et les hommes, Editions de l’Atelier, 2001, voir pages 454-455 ;

— HAUPT Georges et MARIE Jean-Jacques, Les bolcheviks par eux-mêmes, Maspéro BS 13, 1969, voir pages 174-179 ;

— Commissariat du peuple de la justice de l’URSS, Le procès du centre antisoviétique trotskiste devant le Collège militaire de la Cour suprême de l’URSS Contre : Y. L. Piatakov, K. B. Radek, G. Y. Sokolnikov, L. P. Sérébriakov, N. I. Mouralov, Y. A. Livchitz, Y. N. Drobnis, M. S. Bogouslavski, I. A. Kniazev, S. A. Rataïtchak, B. O. Norkine, A. A. Chestov, M. S. Stroïlov, I. D. Tourok, I. I. Hrasche, G. E. Pouchine, V. V. Arnold, Poursuivis en vertu des articles 58-1a, 58-8, 58-9 et 58-11 du Code pénal de la RSFSR pour trahison de la patrie, espionnage, diversion, sabotage et actes terroristes Compte-rendu sténographique des débats (23 janvier - 30 janvier 1937), ouvrage en Français, Editeur Commissariat du peuple de la justice de l’URSS, 1937 (603 pages)... élément bibliographique « indicatif » - faut-il le préciser ? - du caractère délibéremment spectaculaire donné à la répression des anciens militants communistes ;

[1] Bassin houiller et région industrielle, aux confins de l’Ukraine et de la Russie, de part et d’autre de l’affluent du Don, le Donetz.

[2] En 1923, la fin de la Révolution allemande ne peut que renforcer l’Etat russe, secoué au même moment par une crise économique dite « crise des ciseaux ». Au cours de l’été, les salariés ne sont plus payés et des grèves sauvages éclatent. Un petit groupe d’opposants, le Groupe ouvrier essaie même d’intervenir dans le mouvement mais il est immédiatement frappé par la GPU ; Miasnikov est arrêté en juin, Kouznetzov et 28 autres communistes en septembre, accusés d’avoir préparé une manifestation de rues. Le groupe « Vérité ouvrière » de Bogdanov est lui aussi frappé et tous ces militants sont exclus du PCR. Le 15 octobre, 46 militants - dont quelques-uns des bolcheviks les plus éminents : Préobrajenski, Ivan et Vladimir Smirnov, Mouralov, Sapronov, Ossinski ... - adressent au Comité central une déclaration sur la démocratie dans le PCR.