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SMITH Adam ( 1723 - 1790 )
Economiste et philosophe écossais
[15 mai 2007] : par jo

Considéré comme le fondateur de la science économique, il étudie à Oxford, puis enseigne aux Universités d’Edimbourg et de Glasgow.

Il est proche des physiocrates François Quesnay et Jacques Turgot, aux contacts desquels il développe une réflexion sur les problèmes économiques de son temps.

Contemporain de la Révolution industrielle anglaise, il considère que la richesse des nations résulte des progrès de la division du travail associés au développement d’un libéralisme économique tempéré. En prenant l’exemple de la manufacture des épingles, il montre comment la division du travail améliore la productivité de celui-ci mais il observe que les effets de la division du travail sont limités par la taille du marché.

Aussi, la richesse des nations (les quelque 1200 pages de son livre phare : Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations) réside dans le libéralisme économique au plan interne (« les individus mus par leurs intérêts personnels se comportent sur un marché concurrentiel dans un sens conforme à la prospérité générale ») comme dans les échanges avec l’extérieur (chaque pays ayant intérêt à se spécialiser dans les productions où il est plus compétitif que les autres, pour lesquelles il bénéficie d’un « avantage absolu »).

Son œuvre influencera toute l’école dite classique. Smith fait l’apologie de la liberté économique dans une perspective utilitariste (le marché, et l’intervention de l’Etat se justifient relativement à l’objectif de croissance de la richesse) ; il montre que le marché guide les individus à la recherche de la satisfaction de leurs intérêts égoïstes vers plus de richesses et vers l’harmonie sociale. Il approfondit la notion de valeur en distinguant valeur d’usage et valeur d’échange.

Les Essais philosophiques d’Adam Smith constituent un élément essentiel de la connaissance de sa doctrine, révélant la dimension humaine personnelle fondatrice de sa pensée économique. Ainsi, dans sa Lettre aux auteurs de la Revue d’Edimbourg, il livre son opinion sur l’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot, et sur l’Essai sur l’Origine de l’inégalité parmi les hommes de Jean Jacques Rousseau, qui viennent de paraître. Ses Essais, loin de constituer un complément à sa pensée économique ou sa vision de l’être humain, peuvent en être considérés comme le fondement philosophique.

Adam Smith fait partie de ces auteurs dont la pensée se trouve résumée en quelques expressions réductrices : "Main invisible" ; "libre-échange" ; "Etat minimal", souvent utilisées pour présenter le contenu de La richesse des nations.

C’est cependant lui qui va poser les fondements théoriques du capitalisme naissant qui s’impose d’abord en Angleterre, puis tout au long du XIX° dans le monde. Mais, l’ennui pour les admirateurs du maître libéral, c’est que les entreprises produisent non seulement de l’acier et du tissu mais un nombre croissant de prolétaires. Ces forçats du capitalisme, réduits par la « main invisible » au salaire minimum.

De nouveaux économistes vont se lever pour faire une analyse critique de cette situation. Au même moment, la classe ouvrière va s’organiser : « En tant qu’idéal d’un ordre social reposant sur l’égalité et la fraternité entre les hommes (...) le socialisme datait de milliers d’années. Chez les premiers apôtres du christianisme (...), lors de la guerre des paysans, l’idée socialiste n’a cessé de jaillir comme expression la plus radicale de la révolte contre l’ordre existant. Mais justement comme idéal recommandable en tout temps et en tout lieu historique, le socialisme n’était que le beau rêve de quelques exaltés [...] Un homme a tiré les dernières conséquences de la théorie du mode de production capitaliste (...) : Karl Marx. Pour la première fois, le socialisme et le mouvement ouvrier moderne se placèrent sur le terrain inébranlable de la connaissance scientifique. » (Rosa Luxemburg, Introduction à l’Economie politique, ).


Oeuvres :

— SMITH Adam, Essais philosophiques, Coda, 2006 ;

— SMITH Adam, Recherche sur la Nature et les Causes de la richesse des nations, Economica, 2000 à 2005 ;

— SMITH Adam, Théorie des sentiments moraux, Paris, PUF, 2003 ;

— SMITH Adam, Essais esthétiques, Paris, Vrin, 1997 ;


Bibliographie indicative :

— BIZIOU Michaël, Adam Smith et l’origine du libéralisme, PUF, 2003 ;

— BRUNO Alain, Adam Smith. Vie, oeuvres, concepts, Ellipses Marketing, 2001 ;

— BUCHAN James, The Authentic Adam Smith. His Life and Ideas, Norton, 2006 ;

— COLLECTIF, Kairos N° 20/2002 : Adam Smith, PU Mirail, Toulouse, 2002 ;

— DERMANGE François, Le Dieu du marché. Ethique, économie et théologie dans l’oeuvre d’Adam Smith, Labor et Fides, 2003 ;

— LANDES David, Richesse et pauvreté des nations, Albin Michel, 2000 ;

— MAROUBY Christian, L’économie de la nature. Essai sur Adam Smith et l’anthropologie de la croissance, Seuil, 2004 ;

— MATHIOT Jean, Adam Smith, philosophie et économie. De la sympathie à l’échange, PUF, 1990 ;

— MICHEA Jean-Claude, Impasse Adam Smith. Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche, Flammarion, 2006 ;

— PICHET Eric, Adam Smith, le père de l’Economie, Les Editions du Siècle, 2003 ;

— ROSANVALLON Pierre, Histoire de l’idée de marché, Paris, Seuil, 1989 ;

— SALORT Marie-Martine, Les Économistes classiques. D’Adam Smith à Ricardo, de Stuart Mill à Karl Marx, Hatier, 1994 ;