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PLEKHANOV Georges ( 1856 - 1918 )
Social-démocrate russe
[21 mars 2006] : par jo

Fondateur du groupe Emancipation du travail où se retrouveront également Paul Axelrod et Vera Zassoulitch, il propage le marxisme en Russie dans une longue polémique contre le populisme des Narodniki dont il était issu. Plekhanov passe 40 ans en exil, surtout à Genève. Théoricien - La conception matérialiste de l’histoire, Le rôle de l’individu dans l’histoire - il traduisit aussi plusieurs livres de Marx et d’Engels en russe. Susceptible, il n’hésitait pas à user de son autorité contre ses adversaires. Il se brouilla ainsi rapidement avec Jogiches et l’isola du mouvement russe à l’étranger.

Fondateur avec Lénine et Martov du journal l’Iskra, il rejoint les mencheviks après le IIe congrès du POSDR. La révolution de 1905 agit comme un révélateur : préférant étudier la révolution depuis la Suisse plutôt que d’y participer, il est renvoyé dans un passé glorieux mais révolu.

Social-patriote lors de la guerre, il est anti-bolchevik en 1917. Ainsi, le 18 octobre 1917, il déclare à Jacques Sadoul : « Il faut non seulement mâter, mais écraser cette vermine, la noyer dans le sang. Le salut de la Russie est à ce prix. » (SADOUL, Notes sur la révolution bolchévique, Maspéro 1971, p. 47).


A l’annonce de sa disparition, LéonTrotsky lui rendit cet hommage lors de la 17e session plénière de la Commission Exécutive Centrale pan-russe, de la 4e convocation du Soviet des ouvriers et des soldats de Moscou, des représentants des syndicats de Moscou, des Comités d’usines et de fabriques et d’autres organisations ouvrières, le 4 juin 1918 :

Camarades nous vivons une époque où la vie d’un seul homme ne semble rien, ou presque, dans le tourbillon des événements. Durant la guerre des millions ont péri et sont morts ainsi que des centaines de milliers pendant la révolution. Dans un tel mouvement, un telle lutte des masses humaines une seule personnalité est insignifiante. Néanmoins même dans une période des plus grands événements de masse, il y a des morts particulières qu’il n’est pas permis d’ignorer par un silence sans y porter attention. Telle est la mort de Plekhanov.

A cette grande réunion, pleine à craquer, il n’y a pas une seule personne qui ne connaisse le nom de Plekhanov. Plekhanov appartenait à cette génération de la révolution russe, à cette étape de son développement où seulement quelques petits groupes d’intellectuels avaient rejoint la lutte révolutionnaire. Plekhanov est passé par « Zemlya y Volia » et « Cherny Peredel » puis en 1883 il organisa avec ses proches collègues, Vera Zassoulitch et Pavel Axelrod le groupe « Emancipation du Travail » qui devint la première cellule marxiste de Russie, quoiqu’au début seulement idéologique. Si il n’y a pas un seul des camarades ici présents qui ne connaisse le nom de Plekhanov, autant parmi nous marxistes de l’ancienne génération il n’en un seul qui n’ait pas étudié les travaux de Plekhanov.

Plekhanov, à la fin de sa vie - 71.8 ko
Plekhanov, à la fin de sa vie

C’est lui qui 34 ans avant Octobre prouva que la révolution russe triompherait sous la forme du mouvement révolutionnaire des ouvriers. Il s’est efforcé de placer le fait du mouvement de classe du prolétariat à la base de la lutte révolutionnaire des premiers cercles d’intellectuels. C’est cela que nous avons appris de lui et cela se trouve non seulement à la base de l’activité de Plekhanov, mais aussi (à la base) de toute notre lutte révolutionnaire. A cela nous somme resté fidèles jusqu’à présent. Dans la suite du développement de la révolution Plekhanov s’écarta de la classe qu’il avait si parfaitement servie dans la période la plus sinistre de la réaction. Il ne peut y avoir de tragédie aussi grande pour un dirigeant politique, qui inlassablement pendant des décennies prouva que la révolution russe ne pourrait se développer et atteindre la victoire qu’en tant que révolution prolétarienne, aucune tragédie ne peut être aussi grande pour un dirigeant que de refuser de participer au mouvement de la classe ouvrière à son étape historique plus cruciale, à l’époque de la révolution victorieuse. Plekhanov se trouva dans une position aussi tragique. Il n’a pas ménagé ses coups contre le pouvoir Soviétique, contre le régime du prolétariat, ni contre le Parti Communiste, auquel j’appartiens ainsi que beaucoup d’entre-vous, tout comme nous lui avons répondu coup pour coup. Et devant la tombe ouverte de Plekhanov nous restons fidèles à notre drapeau, nous ne faisons pas de concession à Plekhanov le « compromis » et le nationaliste, et nous ne retirons pas un seul des coups que nous avons porté, ni ne demandons à nos adversaires qu’ils nous ménagent. Mais maintenant en même temps qu’est entré dans notre conscience le fait que Plekhanov n’est plus parmi les vivants, nous pouvons le sentir à nos côtés avec une hostilité révolutionnaire irréconciliable envers tous ceux qui se mettent en travers de la route du prolétariat, pour cela il faut de la largeur d’esprit, afin de se souvenir de Plekhanov, non celui d’aujourd’hui, contre lequel nous luttions avec fermeté, mais de celui chez qui nous avons appris l’alphabet du marxisme révolutionnaire. Dans l’arsenal de la classe ouvrière, Plekhanov n’a pas seulement donné une simple épée qu’il avait éfilée, mais aussi une lance qui touche impitoyablement son but. Dans la lutte avec nos ennemis de classe et avec leurs mercenaires conscients ou à demi-conscients, comme dans la lutte contre Plekhanov dans la dernière époque de sa vie, nous nous servions et nous nous servirons de la meilleure partie du legs spirituel qu’il nous a laissé. Il est mort, mais les idées qu’il a forgées, à la meilleure époque de sa vie, sont immortelles, comme d’ailleurs l’est la révolution prolétarienne. Il est mort, mais nous, ses élèves vivons et luttons sous l’étendard du marxisme, l’étendard de la révolution prolétarienne. Avant que nous passions aux tâches de notre lutte quotidienne, contre l’oppression et l’exploitation, contre le mensonge et la calomnie, je vous appelle à rendre un hommage silencieusement et solennellement à la mémoire de Plekhanov, et je me lève.