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THOMPSON Edward Palmer ( 1924 - 1993 )
Historien « marxiste » anglais
[21 septembre 2007] : par jo

Edward Thompson, fils de missionnaires méthodistes fit ses études au Corpus Christi College de Cambridge. La Seconde Guerre mondiale les interrompit et il participa avec l’armée britannique à la campagne d’Italie.

Après la guerre, il forma avec Christopher Hill, Eric Hobsbawn, Rodney Hilton, Raphael Samuel, George Rudé, John Saville, Dorothy Thompson, Edmund Dell, Victor Kiernan and Maurice Dobb le Groupe des historiens du PC britannique. En 1952, ils commencèrent la publication du journal Past and Present qui fut pendant des années un centre d’étude de l’histoire de la classe ouvrière.

Déçu par les évènements en Union soviétique et par l’invasion de la Hongrie, il quitta le PC, comme d’autres historiens, en 1956 :

« Sur le plan intellectuel, le solde de 1956 se révéla beaucoup plus positif - et Edward P. Thompson n’y fut pas étranger, lui qui eut un impact si remarquable et que l’ouvrage Arts and Humanities Citations Index (1976-1983) signale comme un des cent auteurs les plus cités du XX° siècle dans tous les champs d’intérêts couverts par cette compilation. Avant 1956, ce militant du Yorshire, brillant, bel homme, passionné et bon orateur, était peu connu hors du Parti communiste, dans lequel il se trouvait depuis son retour de la guerre, et hors de ses cours pour adultes, où ce « type grand et élancé » doté d’une énergie nerveuse communicative expliquait les poèmes de William Blake. Car à l’origine il s’était passionné pour la littérature plutôt que pour l’histoire, bien qu’il ait évolué en marge du Groupe des historiens. C’est 1956 qui fit de lui un historien en titre. Sa gloire ultérieure naquit de The Making of the English Working Class (1963), volcan historique de huit cent quarante-huit pages, qui fut immédiatement reçu comme une œuvre majeure, même dans le monde des historiens professionnels, et qui fascina immédiatement les jeunes de gauche des deux côtés de l’Atlantique ainsi que, peu de temps après, les sociologues et les spécialistes de l’histoire sociale d’Europe continentale. Et ce, en dépit de la période excessivement brève et étroitement anglaise - pas même britannique - dont il traitait [...] Edward possédait effectivement des dons extraordinaire [...] « Son travail associait passion et intelligence, les dons du poète, du narrateur et de l’analyste. Il était le seul historien que je connaisse qui n’avait pas seulement du talent, un style brillant, de l’érudition et un don pour l’écriture, mais qui était un génie au sens traditionnel du mot » [1] [...]

Pour résumer, les fées s’étaient penchées sur son berceau et lui avaient conféré tous les dons possibles, sauf deux. La nature avait oublié de faire de lui un éditeur de talent et de le doter d’une boussole interne. Malgré toute sa chaleur, tout son charme, son humour et sa rage, il manquait d’assurance et il était vulnérable. Comme tant de ses autres ouvrages, The Making, au départ, était le premier chapitre - qui lui avait échappé - d’un court manuel sur l’histoire du mouvement ouvrier britannique de 1790 à 1945. Quelques années à peine après cette publication,il interrompit ses remarquables études sur le XVIII° siècle, commencées après The Making et qui l’avaient temporairement transformé en véritable professeur, ce qui ne convenait pas à son style, pour plonger pendant des années dans un combat théorique contre l’influence du « marxiste » Louis Althusser [2], qui inspirait à l’époque certains parmi les plus brillants de ses jeunes contemporains de gauche.

A la fin des années soixante-dix, il tourna toute son énergie vers le mouvement antinucléaire dont il devint la star nationale. Jamais il ne revint à l’histoire jusqu’à ce qu’il soit trop malade pour faire aboutir ses projets. Il mourut en 1993 dans son jardin du Worcestershire. On ne pouvait en vouloir à un érudit de renoncer à l’écriture pour se concentrer sur la campagne antinucléaire au début des années quatre-vingt, mais l’épisode althusserien ne se justifiait pas aussi facilement. Je lui dit à l’époque qu’il était criminel de se détourner d’une grande œuvre historique, qui pouvait marquer toute une époque, pour une controverse avec un penseur dont l’influence s’éteindrait dans moins de dix ans ... » (in Autobiographie d’Eric Hobsbawm, pp. 255 à 257).

Thompson écrivit un certain nombre d’ouvrages, dont la plupart ne sont pas traduits en français : William Morris, Romantic to Revolutionary (1955), The Making of the English Working Class (1963), Whigs and Hunters (1975), The Poverty of Theory (1978), Writing by Candlelight (1980), Protest and Survive (1980), Customs in Common (1992), Witness Against the Beast (1994) et Making History : Writings on History and Culture (1994).


Œuvres :

— THOMPSON Edward, La Formation de la classe ouvrière anglaise, Seuil, 1988 ;

— THOMPSON Edward, La guerre du blé au XVIIIe siècle, Les éditions de la Passion, 1988 ;

— THOMPSON Edward, L’Exterminisme - armement nucléaire et pacifisme, PUF, 2001 ;

— THOMPSON Edward, Temps, discipline du travail et capitalisme industriel, La Fabrique, 2004 ;


Bibliographie indicative :

— FRIDENSON Patrick, Adieu a Edward Thompson, Le Mouvement social, No. 166 (Jan. - Mar., 1994), pp. 107-110 ;

[1] p. 539 du livre d’Hobsbawm, Proceedings of the British Academy.

[2] Philosophe français (1918-1990), membre du PCF, qui essaya de renouveler l’étude du marxisme, pour en dégager le fond scientifique, contre l’écrasement sous l’idéologie d’État du stalinisme, en publiant par exemple en 1965 Lire « le Capital ».