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1952-08-24 : Marc Chirik à Jean Malaquais
Difficultés financières en exil à Caracas
[20 septembre 2007] : par hempel

Caracas 24 août 1952

(...) Pendant que vous vous taisez et ne donnez pas signe de vie, les choses ici évoluent et pas toujours dans la meilleure direction. Le poste pour Clara lui est offert dans des conditions que nous sommes obligés de refuser. 400 bolivars par mois pour un travail de 8 heure du matin à 5 heure l’après-midi. Ne parlons pas du fait que le salaire est plus que médiocre, mais les heures de travail sont encore ce qu’il y a de plus terrible. Car ce ne sont pas seulement les heures de classe mais même le temps de récréation, elle sera obligée de surveiller les enfants. En somme 8 heures de travail effectives par jour et sans les jeudis. A ce régime Clara ne tiendra pas le coup. Quant au travail chez S., à moins d’un miracle, d’une forte reprise de la marche de son affaire, il ne saurait m’offrir une autre situation que celle d’un ouvrier, avec la solde d’un ouvrier : 450 bolivars par mois. On ne peut rien lui reprocher à S. (car je lui rendrai dans la position d’ouvrier moins de profit qu’un véritable ouvrier professionnel) mais ce salaire est absolument insuffisant, même pour subvenir à mes besoins personnels. Pensez que le moindre petit logement est de 300 bolivars par mois. La situation de S. en ce moment est telle qu’il ne peut même pas me payer çà pour l’instant. Aussi je suis obligé de rester à vivre chez lui puisqu’il ne peut rien me payer.

Drôle de situation ! Pour lui comme pour moi.

Aussi ai-je décidé d’attendre encore quelque temps pour voir si une possibilité quelconque surgit, me permettant de rester ici. Sinon il faudrait que je me décide à rebrousser chemin. Traîner la misère, seul et isolé. Ne pouvoir ni étudier, ni penser. A quoi bon.

Il vaut mieux accepter de mourir un jour comme un homme, que d’être un homme mort dès maintenant. Le jeu ne vaut pas la chandelle.

Je suis anxieux à votre sujet. Aussi je voue pris d’écrire ne serait-ce que 2-3 mots pour nous rassurer. Fraternellement à vous deux.

Votre Marc.