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1894 : Les canuts
Paroles et musique d’Aristide Bruant
[29 septembre 2007] : par jo

Présentation :

Pour un salaire de misère, les canuts - 30000 Compagnons , apprentis et enfants - travaillaient la soie dans des ateliers situés sur les pente de la Croix-Rousse. Cette soie provenait des magnaneries d’Ardèche et des Cévennes, où un personnel essentiellement féminin, les magnanarelles, subissait la même exploitation que les canuts.

La première grande insurrection ouvrière éclate le 21 novembre 1831. Les ouvriers s’arment et s’emparent de leur ville, Lyon. L’Etat envoie alors 26 000 soldats pour remettre de l’ordre...

Chanson écrite en hommage aux canuts, ouvriers tisserands lyonnais, et à leur révolte des années 1831 à 1834, qui fut un des points de départ de l’organisation et de la lutte prolétarienne en France. Elle n’a pas été écrite au moment de la grande révolte de 1831, mais a été créée par Aristide Bruant en 1894, et reprise dans son recueil de 1899, Sur la route.

On peut lire dans l’Anthologie de la chanson française, pp. 383-385 :

« Et si Bruant a pu, parfois, s’approprier quelques chansons traditionnelles au point de les signer lui-même (Sur la route de Louviers, par exemple), rien ne permet d’affirmer sérieusement qu’il ait « emprunté »celle-ci au domaine public.

Par contre il est certain que le thème n’était pas tout à fait nouveau, puisqu’une pièce à succès (Les Tisserands, de Gerhart Hauptmann), créée à Paris, en mai 1893, venait juste de populariser les fameux vers de Henrich Heine :

Nous tissons, nous tissons, nous tissons jour et nuit ?
C’est ton linceul que nous tissons, vieille Allemagne ! »


Paroles :

Pour chanter « Veni Creator »
II faut avoir chasuble d’or.(bis)
Nous en tissons
Pour vous, gens de l’église,
Mais nous pauvres canuts,
N’avons point de chemises.

Nous sommes les Canuts
Nous allons tout nus.

Pour gouverner, il faut avoir
Manteau et ruban en sautoir.(bis)
Nous en tissons
Pour vous, grands de la terre,
Mais nous pauvres canuts,
Sans draps on nous enterre.

Nous sommes les Canuts
Nous allons tout nus.

Mais notre règne arrivera
Quand votre règne finira.(bis)
Nous tisserons
Le linceul du vieux monde,
Car on entend déjà la révolte qui gronde.

Nous sommes les Canuts
Nous n’irons plus nus.(bis)


Bibliographie indicative :

— BRUANT Aristide, Sur la route. Chansons et monologues, Ressouvenances, 1997 ;

— MARC Henri, Aristide Bruant. Le maître de la rue, Editions France-Empire, 1991 ;

— ROBINE Marc, Anthologie de la chanson française, Albin Michel, 1994 ;

— RUDE Fernand, Les révoltes des canuts (1831-1834), La Découverte, 2001 ;


Sur la toile :

— « Du Temps des cerises aux Feuilles mortes », un site consacré à la chanson française de la fin du Second Empire aux années cinquante ;

— Le Chat Noir, propose une « Vaste compilation de textes représentatifs d’une époque où la peur se vainquait par le rire, la dérision. Ce site propose un voyage dans le temps, celui d’une fin de siècle, celui d’un début de siècle, celui d’une intemporalité : la mémoire » ;