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BRUANT Aristide ( 1851 - 1925 )
Ecrivain et chansonnier français
[29 février 2008] : par jo

« La vogue de l’argot, autour des années 1900, correspondit à la vogue des cabarets de Montmartre, où des chansonniers, ouvriers pour la plupart, s’étaient groupés sous le signe de la Muse Rouge. [...] Clovys déclamait Pottier et Gaston Couté. Rictus lui-même, d’ailleurs, disait ses poèmes au Chat Noir en 1897, et le « patoisant » Gaston Couté « montait » parfois sur la Butte pour y réciter, avec l’accent de la Beauce et en costume beauceron, ses chansons « d’un gâs qu’a mal tourné ». [...] Aristide Bruand devait insuffler à cette forme poétique une vie nouvelle et ses chansons argotiques ont retrouvé de nos jours un accueil mérité.

Ancien ouvrier bijoutier, puis employé à la Compagnie des Chemins de fer du Nord, Aristide Bruand fréquente ces guinguettes de Ménilmontant et de Belleville [...] Dans ces cafés de quartier, les ouvriers se retrouvent en famille et chacun pousse sa romance. Bruand prend goût à la chanson, compose lui-même les siennes et se fait une réputation, de 1878 à 1885, avec des refrains dans le goût du café-concert. Mais une fois engagé au Chat Noir, Bruand se transforme et inaugure ses chansons faubouriennes et naturalistes qui devaient être recueillies sous le titre Dans la rue (1889). Quand le Chat Noir « s’embourgeoisa » et que l’équipe de ses chansonniers alla s’installer dans un local plus spacieux, Bruand resta dans l’ancien cabaret qu’il fit sien et baptisa Le Mirliton.

Orné de dessins de Steinlein et de Toulouse-Lautrec, Le Mirliton fut la coqueluche des gens du monde qui y venaient dans l’espoir de ressentir le « grand frisson » et se délectaient des engueulades et des grossièretés du maître de céans. [...] Debout dans la salle, habillé de velours, coiffé d’un chapeau à large bords, Bruand circulait parmi les buveurs de bière, apostrophant les nouveaux arrivants de cette voix que Jules Lemaître qualifiait « d’une voix d’émeute et de barricade, à dominer le rugissement des rues un jour de révolution, une voix superbe et brutale, qui vous entre dans l’âme comme un coup de surin dans la paillasse d’un pante ». Zola a décrit ces soirées au Mirliton dans une de ses pages de Paris, hallucinante et dégoûtée.

Les chansons de Bruand ne sont point des chansons d’atelier, ni des chansons prolétariennes. A part toutefois quelques chansons, comme celle des canuts de Lyon [...] Les personnages qu’il met en général en vedette sont des pauvres diables, des clochards et des pierreuses, des marlous et des gonzesses. Mais des cris de pitié, des complaintes de la détresse des infortunés, des protestations contre les servitudes haussent ces chansons, parfois, au poème social. Il dit le régime inhumain de Biribi, ce bagne militaire d’où Georges Darien avait rapporté en 1889 un livre terrible ... » (Michel Ragon, pp. 138-139)

Ces chansons, qui reflètent l’anarchisme et une certaine réalité sociale de la fin du 19° siècle (Nini-Peau-d’chien, A La Roquette) ; ces complaintes qui disent, dans un argot inimitable, la misère, la révolte et la tendresse au couteau ont été reprises par de nombreux artistes, dont Georges Brassens, François Béranger, Renaud, Marc Ogeret.


Œuvres :

— BRUANT Aristide, Fantaisie triste, autres poèmes et autres chansons, l’Atelier des Brisants, 2000 ;

— BRUANT Aristide, Sur la route. Chansons et monologues, Ressouvenances, 1997 ;

— BRUANT Aristide, PARIS 1900. Cassette, le Livre qui parle, 1989 ;

— Collectif, Aristide Bruant. CD audio, EPM, 2002 ;


Source :

— RAGON Michel, Histoire de la littérature prolétarienne de langue française, Le livre de Poche, 1986, (voir aussi l’intéressante bibliographie pp. 301-309) ;


Bibliographie indicative :

— MARC Henri, Aristide Bruant. Le maître de la rue, Editions France-Empire, 1991 ;

— GODFROY Marion et FAUTRE Stanislas, Bagnards, Editions du Chêne, 2002 ;