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DINGELSTEDT Fedor Niklausévitch ( 1890 - 1937 )
Bolchevik proche du groupe Sapronov
[27 août 2008] : par jo

Fils d’un universitaire d’origine allemande, étudiant en sociologie, au parti en 1910, il est un des quatre militants qui vont gagner aux bolcheviks les marins de Kronstadt : « Fedor Dingelstaed avait été à vingt ans, avec l’enseigne Rochal, Iline-Genevski [1] et Raskolnikov, un des agitateurs bolcheviks qui en 1917 soulevèrent la flotte de la Baltique. Il dirigeait l’Institut des forêts et publiait un livre sur La Question agraire aux Indes. Il représentait parmi nous une extrême gauche voisine du groupe Sapronov qui considérait la dégénérescence du régime comme achevée. Le visage de Dingelstaed, dans sa laideur heurtée et inspirée, exprimait une invincible obstination. « Celui-là, pensais-je, on ne le brisera jamais. » Je ne me trompais pas, il devait suivre sans défaillance les mêmes chemins que Iakovine [2] . » (V. Serge, Mémoires page 671)

Membre de l’Opposition unifiée, il est exclu et déporté, il conduit victorieusement des grèves de la faim à Solovki [3]). Il est exécuté en août 1937 à Vorkouta [4] ou en chemin.


Sources :

— BROUE Pierre, Communistes contre Staline, Paris, Fayard, 2003, cf. p. 370 ;

— SERGE Victor, Mémoires d’un révolutionnaire et autres écrits politiques, Paris, Robert Laffont, Collection Bouquins, 2001 ; cf. pp. 360, 381, 671, 709 ;

— SKIRDA Alexandre, Les anarchistes russes, les soviets et la révolution de 1917, Editions de Paris/ Max Chaleil, 2000 ; cf. pp. 267-271 sur « L’exil et les prisons » ;

[1] Iline-Genevsky A. F. (1894-1941) : Frère de Raskolnikov, journaliste et écrivain, arrêté après la fuite de son frère, il meurt en prison.

[2] Iakovine Grigori Iakolevitch (1896-1938) : Professeur spécialiste de l’Allemagne, membre de l’opposition de 1923, puis de l’Opposition unifiée qu’il tenta d’organiser clandestinement dès 1928. Arrêté, plusieurs fois condamné, un des dirigeants de la grève de la faim de Vorkouta. (Voir V. Serge, pages 433, 671, 692, et Broué, page 380)

[3] Solovki : Perdues dans les brumes de la mer Blanche, situées à 160 km du cercle polaire,les îles Solovki forment un vaste archipel de six grandes îles et d’une multitude d’îlots. En 1920, le nouveau pouvoir soviétique choisit de nouveau les îles Solovki pour ouvrir un camp où seront enfermés en priorité prêtres mais aussi savants, intelligentsia littéraire, puis prisonniers politiques, koulaks, cadres du parti éloignés par Staline à partir des années 1930. Le pouvoir souhaitait créer aux Solovki un camp modèle, pourvu de son théâtre, d’une bibliothèque, d’un journal intérieur, le tout animé et rédigé par les détenus eux-mêmes, mais les conditions de détention, le travail et le climat font bientôt du mot même de Solovki un synonyme d’horreur et de mort. « Détenu à Verkhnéouralsk, Ivar Ternissovitch Smilga disait pourtant : Quand on a de si vastes espaces et tant de steppes à sa disposition, on n’a vraiment pas besoin de la guillotine. » [...] Solovki a plus d’une fois été qualifié de camp immonde, de Guyane arctique, pourrissant d’humidité [...] Mais personne ne nous dit que dans l’enceinte monacale, au début de 1935, les déportés sont les seuls à vivre. Ils sont bien sûr privés de sortir, mais les gardiens le sont de celui d’entrer, sauf une fois par jour pour l’appel. A Solovki, les prisonniers travaillent s’ils le désirent, peuvent se livrer aux activités intellectuelles de leur choix, suivre des cours secondaires ou universitaires, parfois apprendre un métier ou des langues, pratiquer un sport dans la mesure du possible. La seule barrière, terrible il est vrai, est celle du froid. (in Broué, pages 171 et 196)

[4] Vorkouta est une ville minière appelée aussi la « ville de la toundra » et située à 150 km au nord du cercle polaire. Ce fut un des camp du Goulag les plus durs, construit en 1932 et surnommé « la guillotine glacée ». Voir les chapitres XX et XXII du livre de Broué sur la grève de la faim.