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PASCAL Pierre ( 1890 - 1983 )
Membre du Groupe communiste français de Moscou
[28 octobre 2008] : par jo

Normalien, agrégé de russe, séjourne en Russie en 1911, en 1913 puis y revient en 1916 - il ne savait pas qu’il allait y rester dix-sept ans. Il est alors traducteur pour la Mission militaire française (MMF) du général Janin et attaché au Grand Quartier Général russe. Contrairement à la majorité des membres du MMF qui considéraient la Russie avec hauteur, Pascal se montra beaucoup plus proche du peuple russe.

Ce « bolchevik chrétien » - qui conservait sa foi tout en adhérant au communisme - devint secrétaire du Groupe communiste français de Moscou. Ce noyau, qui comprenait Sadoul, Body, Labourde, Barberey, Marchand, Deymes, Guilbeaux, fut créé le 30 août 1918 avec l’aval personnel de Lénine.

Pierre Pascal participe aux 1er, 2ème et 3ème Congrès de l’IC et plusieurs de ses articles publiés dans le Bulletin communiste contribuent à diffuser les idées bolcheviques en France. Devenu un bolchevik irréductible, il s’impatiente de la lenteur avec laquelle se « construit le communisme » et se fait le défenseur de la répression tchékiste.

Employé au ministère soviétique des Affaires étrangères, il est un des collaborateurs proche du ministre Tchitchérine. A l’heure de la NEP, son désenchantement le conduit pourtant vers les anarchistes et les émigrés italiens ayant fui le fascisme.

Il travaille alors à l’Institut Marx-Engels où il commence à traduire les œuvres de Lénine. Resté en contact avec Boris Souvarine et Pierre Monatte, il leur transmet plusieurs articles qui sont publiés dans le Bulletin communiste sous divers pseudonymes ou de façon anonyme dans La Révolution prolétarienne. Surveillé, il n’est pas inquiété car son nom aurait figuré « sur une liste d’intouchables dressée par Lénine peu avant sa mort ? »

Il devient le beau-frère de Victor Serge, par son mariage avec Jenny Roussakova, sœur de Liouba. Serge l’évoque ainsi : « L’homme exemplaire du Groupe communiste français de Moscou, c’était Pierre Pascal. Je l’avais connu en 1919, la tête rasée, une grosse moustache de cosaque, de bons yeux toujours souriants, habillé d’une blouse de paysan et s’en allant nu-pieds par la ville vers le commissariat des Affaires étrangères, où il rédigeait certains messages de Tchitcherine. Catholique ferme et discret, il justifiait par la Somme de saint Thomas son adhésion au bolchevisme et son approbation de la terreur même. Pascal menait une vie ascétique, sympathisait avec l’Opposition ouvrière et les anarchistes. Lieutenant attaché à la Mission militaire française en Russie, chargé du cabinet du chiffre, il avait passé à la révolution en pleine intervention, pour se donner corps et âme. Il en discutait avec Berdiaev [1] la signification mystique, il traduisait les poèmes de Block. Il aimait le peuple russe, son histoire, ses croyances, sa révolution. Il souffrit énormément de la montée du totalitarisme. Je le retrouvai à Paris, en 1936, professeur à la Sorbonne, auteur d’une solide biographie du protopope Avvakum [2], devenu à peu près conservateur. » (page 619, Serge)

Rentré à Paris avec sa femme en mars 1933, au moment de l’arrestation de V. Serge, il tenta vainement de publier dans la NRF un dossier sur ce dernier : André Gide refusa !


Œuvres :

— Bibliographie complète in « Mélanges Pierre Pascal », Revue des études slaves, 1982, dont le Journal de Russie.


Sources :

— BODY Marcel, Au cœur de la Révolution. Mes années de Russie (1917-1927), Éditions de Paris/ Max Chaleil, 2003 ; cf. ;

— BROUÉ Pierre, Histoire de l’Internationale communiste, Paris, Fayard, 1997 ; cf. pages 57-58, 184 et 463 ;

— CACHIN Marcel, Carnets 1917-1920 (notamment les tomes 2 et 3) ;

— GOTOVICH José, Komintern : l’histoire et les hommes, Éditions de l’Atelier, 2001 ; cf. pages 444-446 ;

— VILLE Patrice, Les Groupes communistes français dans la Russie révolutionnaire et la naissance de l’idéologie communiste en France (1916-1921), thèse ; cf. pages 167, 190-192, 435-438, 522, 583, 599-606, 696, 714-717 et 721-735 ;

— SERGE Victor, Mémoires d’un révolutionnaire et autres écrits politiques, R. Laffont Bouquins, 2001 ; cf. 619, 726, 921-922 (note 1), 949 (note 29 et 30), 950 (note 35), 953 (75), 966 (note 44) ;

[1] BERDIAEV Nicolas (1874-1948) : Marxiste convaincu à partir de 1900, il s’en détourne après la révolution d’Octobre 1917. Professeur à l’université de Moscou, il doit fuir la Russie en 1922. En 1924, il transfère à Paris l’Académie de philosophie et de religion qu’il avait fondée à Berlin. Sa philosophie « chrétienne » de la liberté influencera Emmanuel Mounier.

[2] Archiprêtre qui avait été à l’origine d’un schisme au sein de l’orthodoxie russe, le « Raskol » ou Mouvement des vieux croyants. C’est grâce à la complaisance de Riazanov que Pascal put s’engager dans une recherche qui n’avait rien de marxiste.