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VOLODARSKY Moisseï Marcovitch Goldstein, dit ( 1890 - 1918 )
Tribun bolchevik
[16 novembre 2008] : par jo

Issu d’une famille juive pauvre, militant du Bund à 14 ans, agitateur à 18, il participe à « Spilka » (parti social-démocrate ukrainien) dans l’illégalité, rédige des appels clandestins et organise des meetings volants.

Arrêté en 1908 puis en 1911, il emploie son oisiveté forcée à préparer son brevet d’études secondaires. Libéré en vertu de l’amnistie générale de 1913, il part à Philadelphie où il adhère alors au syndicat international des tailleurs. Il participe activement, avec Boukharine, Kollontaï, Tchoudnovski, Trotski au journal Novyï Mir [1] : « J’étais entré dès les premiers jours dans la rédaction de Novyï Mir, quotidien russe auquel, outre Boukharine, collaboraient déjà Volodarsky, qu’assassinèrent plus tard des socialistes-révolutionnaires, aux environs de Petrograd, et Tchoudnovsky, qui fut blessé près de la capitale et tué ensuite en Ukraine. Ce journal devint le centre de la propagande révolutionnaire internationaliste ... » (in Trotski, Ma vie, p. 327).

Après la révolution de Février, il rentre en Russie où, adhérant bientôt au Parti bolchevik [2], il devient un des principaux agitateurs à Pétrograd : « L’usine Poutilov, comptant quarante mille ouvriers, sembla, dans les premiers mois de la révolution, être la citadelle des socialistes-révolutionnaires. Mais sa garnison ne résista pas longtemps aux bolcheviks. A la tête des assaillants, l’on pouvait voir le plus souvent Volodarsky. Juif, tailleur de son métier, ayant vécu des années en Amérique et possédant bien l’Anglais, Volodarsky était un excellent orateur pour les masses, logique, inventif et crâne. Certain accent américain donnait une expression toute particulière à sa voix sonore qui tintait nettement dans des réunions de milliers d’hommes. « A partir du moment où il se montra dans le rayon de Narva - raconte l’ouvrier Minitchev - à l’usine Poutilov, le terrain commença à trembler sous les pieds de messieurs les socialistes-révolutionnaires, et, en quelque deux mois, les ouvriers de Poutilov suivirent les bolcheviks. » (in Trotski, Histoire de la Révolution Russe, p. 470).

Il exprime en juillet la fusion des éléments les plus actifs de la classe ouvrière, se demandant si c’est le parti bolchevik qui les a gagnés ou s’ils se sont emparés du parti pour en faire leur organisation : « Dans les usines, nous jouissons d’une influence formidable, illimitée. Le travail du parti est rempli principalement par les ouvriers eux-mêmes. L’organisation a monté d’en bas et c’est pourquoi nous avons toutes raisons de penser qu’elle ne se disloquera pas. » (idem, p. 281).

Le 28 octobre, John Reed eut un entretien avec Kamenev et Volodarsky. Ce dernier, « un grand jeune homme pâle, à lunettes, au teint maladif, se montra plus catégorique :

— Les lieberdans [3]et les autres conciliateurs sabotent le congrès. S’ils réussissent à en empêcher la tenue, eh bien, nous sommes suffisamment réalistes pour ne pas tout faire dépendre de ça ! » (p. 89).

Cependant, se prononçant contre l’insurrection, il déclarait devant le Comité bolchevik de Petrograd : « Nous devons nous rendre compte que, si nous prenons le pouvoir, il nous faudra réduire les salaires... introduire un régime de terreur... Nous n’avons pas le droit de refuser ces mesures, mais il n’est pas nécessaire non plus de précipiter les évènements. » Et il ajoute : « Seule une explosion révolutionnaire en Occident pourrait nous sauver. » (in Les Bolchéviques et l’Opposition, p. 76). Il résumait en tous cas l’état d’esprit de Piter dans les termes suivants : « L’impression générale est que personne ne brûle de se précipiter dans la rue, mais qu’à l’appel du Soviet, tous seront présents. » (in Trotski, HRR, p. 660).

Jamais recensé par les historiens parmi les communistes de gauche, il est pourtant profondément hostile à la paix de Brest-Litovsk, mais a trop le sens de la discipline pour s’associer à une activité fractionnelle. Il garde le silence jusqu’au 25 février où l’orateur bondit face au SR de gauche Frichman qui dénonce les Bolcheviks comme « traîtres à la révolution » : « Je déclare au nom du groupe des adversaires de la paix : nous acceptons cette paix archi-pillarde, cette paix archi-annexionniste, nous la signons et nous marchons à vos côtés, aux côtés de ceux qui n’ont pas craint d’assumer une responsabilité énorme pour garantir les destins de la révolution [...], nous marcherons en avant sous cette pesante croix sur un chemin semé d’épines vers le socialisme. » (in Les bolcheviks par eux-mêmes, p. 383).

Un appel de Volodarsky, alors Commissaire à l’Information, reflète la double préoccupation du gouvernement ; celle d’autoriser l’expression d’une opposition et en même temps celle de museler la contre-révolution qui pourrait se servir de la presse pour diffuser son venin : « La liberté de critiquer les actes du pouvoir des soviets, la liberté d’agitation en faveur d’un autre pouvoir, nous la donnerons à nos adversaires. Si vous l’entendez ainsi, nous vous garantissons la liberté de la presse. Mais renoncez aux fausses nouvelles, au mensonge et à la calomnie. » (in Broué, Le Parti Bolchevik, p. 113).

Il tombe d’ailleurs sous les balles d’un petit groupe terroriste SR, dirigé par Semenov, le 20 juillet 1918, ceux là même à qui il avait offert la liberté d’expression à condition de renoncer à la violence verbale !


Sources :

— BOFFA Giuseppe, Les bolcheviks et la révolution d’Octobre, Procès-verbaux du comité central du parti bolchévique (août 1917-février 1918), Paris, Bibliothèque socialiste n°4, François Maspero, 1964 ; cf. p. 157 ;

— BROUE Pierre, Histoire de l’Internationale communiste, Paris, Fayard, 1997 ; cf. page 30 sur le PS américain ;

— BROUE Pierre, Le parti bolchevique, Paris, Les Éditions de Minuit, 1977 ; cf. pages 78, 99, 101, 113 et 627 ;

— CARR Edward Hallet, The Bolshevik Revolution, 1917-1923, vol. III, Macmillan, 1953 ; cf. page 143 ;

— GLAD John (éditeur), Conversations in Exile : Russian Writers Abroad, Duke University Press, 1993 ; cf. page 275 ;

— HAUPT Georges et MARIE Jean-Jacques, Les bolcheviks par eux-mêmes, Paris, Maspero BS n°13, 1969 ; cf. pages 381-383 ;

— MARIE Jean-Jacques, Trotsky, Paris, Payot, 2006 ; cf. pages 113, 135-136, 263 ;

— REED John, Dix jours qui ébranlèrent le monde, Paris, Seuil, 1996 ; cf. pages 89, 120 et 123 ;

— TROTSKY Léon, Histoire de la révolution russe [HRR], Paris, Seuil, 1995 ; cf. Tome I p. 470 et Tome II, pp. 279, 281, 447-449 (sur l’agitation moléculaire des anonymes), 456, 524 et 660 ;

— TROTSKY Léon, Ma vie, Paris, Gallimard Folio, 2004 ; cf. pp. 327 et 495 ;

— SCHAPIRO Leonard, Les Bolchéviques et l’Opposition (1917-1922), Paris, Les nuits rouges, 2007 ; cf. p. 76 ;

— SERGE Victor, La Correspondance Internationale : « Le parti SR de Russie au service de la Contre-révolution », 8 mars 1921 ; cf. pp. 136-138 ;

— SERGE Victor, Mémoires d’un révolutionnaire et autres écrits politiques, Bouquins Robert Laffont, 2001 ; cf. pp. 207, 371, 566, 635 [sur le procès des SR], 858 et 941 (note 21)

— WEILL Claudie, Les Cosmopolites, Socialisme et Judéité en Russie (1897-1917), Syllepse, 2004 ;


Sur la toile :

— Voir aussi sur Internet le site marxists.org en anglais : Anatol Lunacharsky, Revolutionary silhouettes, comrade Volodarsky

[1] Novyï Mir (Le nouveau monde) : hebdomadaire des social-démocrates internationalistes, à New York, de 1911 à 1917.

[2] En avril, il est d’abord membre des Mejraiontsy. Au moment des journées de juillet, son discours devant la conférence de l’Organisation Interrayons va peser dans la décision finale de préparer la fusion avec les Bolcheviks.

[3] Appellation péjorative, donnée à l’époque aux représentants des « conciliateurs » et formée des noms de deux leaders mencheviques, Lieber et Dan - Note du traducteur.