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BOUBNOV Andreï Sergueïevitch, « A. Glotov » ( 1884 - 1938 ? )
Communiste de gauche puis second couteau stalinien
[30 avril 2009] : par jo

Andreï Boubnov est né à Ivanovo-Voznesensk, le 22 mars 1884. Il fait ses études à Moscou à l’Institut d’agronomie, c’est alors qu’il rejoint le Parti Ouvrier Social-démocrate de Russie (POSDR) en 1903 où il soutient la fraction bolchevique. Dans les années qui suivent il est arrêté 13 fois. En 1909, Boubnov devient l’agent du Comité central à Moscou mais passe les années suivantes en prison. A sa sortie, il est envoyé pour organiser les travailleurs à Nijni-Novgorod. Il est alors à la rédaction de la Pravda. Il soutiendra la fraction « Otzoviste » qui, avec Alexandre Bogdanov, prônait en 1909 le boycott de la III° Douma.

Pendant la première guerre mondiale Boubnov s’engage contre le conflit impérialiste, puis il est arrêté en octobre 1916 et exilé en Sibérie.

Boubnov revient à Moscou dès les premiers jours de la révolution de février. Il fait partie du Conseil de Moscou et siège au Comité Militaire Révolutionnaire (Cf. Staline, de Boris Souvarine, Champ Libre, Paris, page 167).

En 1918, il est membre de la Fraction de Gauche du parti bolchevik.

Durant la guerre civile, Boubnov rejoint l’Armée rouge sur le front ukrainien. Après la guerre, il fait partie du Comité de Moscou du parti, puis appartient en 1920 au groupe « Centraliste démocratique ».

Ce qui ne l’empêche pas, comme nombre d’opposants, de participer à la répression de Kronstadt : « Le Congrès mobilisa ses membres - et parmi eux beaucoup d’opposants - pour la bataille contre Cronstadt ! L’ex-marin de Cronstadt Dybenko d’extrême-gauche, et le leader du groupe de la « centralisation démocratique » Boubnov, écrivain et soldat, vinrent se battre sur la glace contre des insurgés auxquels en leur for intérieur ils donnaient raison. » (Serge, pp. 607-608)

Le 15 octobre 1923, il signe la « Déclaration des 46 ».

Mais, en janvier 1924, il est récompensé de son soutien à Staline en étant nommé chef du contrôle politique de l’Armée rouge. Il est alors élu au Comité central et nommé Commissaire du peuple à l’éducation (1929-1937).

Envoyé en Chine par l’IC, il est l’un des organisateurs du PC chinois. Il est cependant rappelé à la demande de Jiang Jieshi [1], suite à un incident entre eux.

Il n’obtient jamais la confiance de Staline. Arrêté en 1937, emprisonné sans jugement après le 2ème procès de Moscou, il aurait été fusillé le 1er août 1938 ou plus tardivement selon d’autres sources. Ainsi la note 42 de la page 950, in SERGE Victor, Mémoires d’un révolutionnaire et autres écrits politiques, Robert Laffont Bouquins, 2001 : « destitué en 1938, détenu pendant 18 ans, reparu et réhabilité en 1956 » ; Souvarine signale sa disparition en 1938 mais précise que « disparaître, sous Staline, signifie périr brusquement dans un sous-sol ou dépérir lentement dans un climat insalubre. » (p. 522)


Sources :

— BOFFA Giuseppe, Les bolcheviks et la révolution d’octobre. Procès-verbaux du Comité central du parti bolchévique (août 1917-février 1918), Paris, François Maspero 1964 ; cf. pp. 178-180 [Boubnov est envoyé pour normaliser les rapports avec les cheminots.], 246 et 281-282 ;

— BROUÉ Pierre, Le Parti bolchévique, Paris, Les Éditions de Minuit, 1977 ; cf. pp. 89 [« En 1931, expliquant ce qu’avait été, pour les bolcheviks, la constitution du parti en 1917, Karl Radek devait rappeler qu’il avait « accueilli ce qu’il y avait de meilleur dans le mouvement ouvrier » et qu’on ne devait pas, en faisant comme s’il était sorti tout droit de la fraction de 1903, « oublier les courants et les ruisseaux » qui s’y étaient déversés en 1917. (...) En fait, les évènements qui suivent le VI° Congrès le prouvent avec éclat : la force du parti unifié vient de la fusion totale de ces courants divers autant que de la diversité des itinéraires qui les ont menés, à travers des années de lutte idéologique, à la lutte en commun pour la révolution prolétarienne. La direction élue en août [1917] reflète le rapport de leurs forces. Lénine est élu au Comité central avec 133 voix sur 134 votants, suivi par Zinoviev, 132 voix, Trotsky et Kamenev 131. Sur 21 membres, 16 viennent directement de la fraction bolchevique, y compris le Letton Berzine et le Polonais Dzerjinski. Milioutine, Rykov, Staline, Sverdlov, Boubnov, Mouranov, Chaoumian sont des komitetchiki [hommes du comité, « comitards »] typiques ayant passé autant d’années en prison ou en déportation que dans la clandestinité, n’ayant fait à l’étranger que de brefs séjours ... »], 116-118 [sur les communistes de gauche], 193 [« Le responsable politique de l’armée, Antonov-Ovseenko, est révoqué pour avoir envoyé une circulaire sur la démocratie ouvrière, conforme aux décisions du Congrès, sans en avoir référé préalablement au Comité central. Boubnov, qui le remplace a, lui aussi, signé la déclaration des 46, mais la renie dès cette date ; ainsi Staline fait-il d’une pierre deux coups. »], 378 et 587 ;

— BROUÉ Pierre, Trotsky, réédition Fayard, 2008 ; cf. pp. 248-249 [sur l’Opposition militaire : « ... les communistes de gauche, dirigés par V.M. Smirnov, Boukharine, Piatakov, Boubnov, dénoncent dans sa (Trotsky) politique d’encadrement une compromission avec l’Ancien Régime qui leur semble de mêmes nature et gravité que la « capitulation » devant l’Allemagne à Brest-Litovsk. »], 264, 452, 465, 872 et 1 044 ;

— BROUÉ Pierre, Rakovsky ou la Révolution dans tous les pays, Paris, Fayard, 1996 ; cf. pp. 150 et 437 ;

— BROUÉ Pierre, Histoire de l’Internationale communiste, Paris, Fayard, 1997 ; cf. p. 972 ;

— BROUÉ Pierre, Communistes contre Staline. Massacre d’une génération, Paris, Fayard, 2003 ; cf. p. 365 [« Devenu déciste, il rompt en 1926. »] ;

— FAYET Jean-François, Karl Radek (1885-1939), Biographie politique, Peter Lang, 2004 ;

— International Communist Current, The Russian Communist Left (1918-1930), 2005 ;

— MARIE Jean-Jacques, Cronstadt, Fayard 2005 ; cf. pp. 308, 342 [« A peine le dernier coup de feu est-il tiré que (...) les dirigeants communistes Zatonski, Boubnov et Vorochilov adressent aussitôt à Lénine et au nouveau Comité central un long message satisfait qui évoque d’abord les difficultés énormes « apparemment insurmontables » de l’opération (...) Mais, grâce à l’énergie communicative des communistes, les unités désarmées la veille se sont avancées sur le glace. »] et 462 (note 9) ;

— MARIE Jean-Jacques, Trotsky, Payot 2006 ; cf. pp. 137 et 247 [« Mais l’aventurisme n’est pas réservée à l’Allemagne. Dès la fin de la guerre civile, un groupe de chefs militaires et politiques (Toukhatchevski, Vorochilov, Boubnov, Frounzé) inventent une « doctrine militaire prolétarienne » selon laquelle chaque classe à sa stratégie militaire spécifique ... »] ;

— TROTSKY Léon, Histoire de la révolution russe [HRR], tome II, Seuil 1995 ; cf. pp. 84 [« Entre Pétrograd et l’armée du front se plaçait la province (...) Déjà, à Moscou, le pouls de la révolution battait bien plus faiblement qu’à Pétrograd. Dans une séance du Comité moscovite des bolcheviks, il y eut des débats tumultueux : certains, appartenant à l’extrême gauche du parti, comme, par exemple, Boubnov, proposaient d’occuper la poste, le télégraphe, le central téléphonique, la rédaction de Rousskoïé Slovo, c’est-à-dire de prendre le chemin de l’insurrection ... »], 528 et 585 ;

— TROTSKY Léon, Staline (tome II), UGE 10/ 18, 1979 ; cf. pp. 33, 37, 69, 82, 93-95 [sur la falsification : « Non Staline ne dirigea pas l’insurrection, ni personnellement, ni par l’intermédiaire du « centre ». (...) Dzerjinsky et Boubnov, qui étaient sur la liste du « centre » étaient encore vivants. Dans son fanatisme fractionnel, Dzerjinsky pouvait bien consentir à attribuer à Staline les mérites que celui-ci n’avait pas, mais il ne pouvait s’attribuer de tels mérites à lui-même : c’était au-dessus des ses forces. Dzerjinsky mourut à temps. Une des causes de la chute et de la fin de Boubnov fut certainement son refus de donner un faux témoignage. »], 102 et106 ;

— TROTSKY Léon, Ma vie, Seuil, 2004 ; cf. pp. 463-464 [« Boukharine mena, pendant presque toute une année une lutte acharnée contre Lénine (et contre moi), menaçant de faire une scission dans le parti. Il avait avec lui Kouïbychev, Iaroslavsky, Boubnov et bien d’autres qui sont maintenant les colonnes du stalinsime ... »] ;

— SERGE Victor, Mémoires d’un révolutionnaire et autres écrits politiques, Robert Laffont Bouquins, 2001 ; cf. pp. 209, 607-608, 779, 919 (note 108), 950 (note 42), 960 (note 87) et 974 (note 45) ;

— SERGE Victor, L’an I de la révolution russe, La Découverte Poche, 1997 ; cf. pp. 239-246 [sur les communistes de gauche] ;

— SOUVARINE Boris, Staline, Ivrea 1992 ; cf. pp. 85 [« En 1905, les mencheviks étaient en majorité dans l’organisation social-démocrate de tout l’Empire : 15 000 environ, dont un tiers au Caucase, contre 12 000 bolcheviks d’après Nevski ; Martov accorde un chiffre sensiblement moindre aux partisans de Lénine (Histoire de la social-démocratie russe) et Boubnov, historien le plus récent et peut-être le plus officiel du bolchévisme, les évalue à 8 000. Sur un prolétariat industriel d’environ 3 millions d’individus, les social-démocrates en groupaient donc moins d’un centième, si l’on fait abstraction des intellectuels et selon les plus généraux calculs. »], 128, 167 [« Le conflit relatif à la garnison de Pétrograd servit de prétexte et d’amorce à la première phase du coup d’Etat. Le Soviet nomma le 26 octobre un Comité révolutionnaire militaire et mit les mouvements de troupes sous son contrôle. Trotsky, président des deux organes à la fois, tenait donc en main tous les leviers de manœuvre. De son côté le Comité central bolchéviste avait formé un Bureau politique de sept membres avec mission de diriger le Parti sans formalités ; Lénine et Trotsky en étaient les têtes, Zinoviev, Kamenev, Staline, Sokolnikov et Boubnov les bras. De plus, un Centre militaire de cinq membres : Sverdlov, Staline, Boubnov, Ouritski et Dzerjinski, fut introduit dans le Comité révolutionnaire militaire présidé par Trotsky ... »], 197 [« Le X° Congrès était appelé à départager les groupes antagonistes. Mais il s’en forma plus de deux, à la faveur de la querelle des puissants. A Moscou, on comptera jusqu’à huit tendances. L’opposition presque classique du Centralisme démocratique, représentée notamment par Boubnov, Bogouslavski, Ossinski et Sapronov, estimait que les deux fractions principales traduisaient deux nuances d’« un seul et même groupe d’anciens militarisateurs de l’économie » ; elle ne proposait pour son compte que des mesures pratiques de réorganisation des centres directeurs économiques et syndicaux ... »], 239, 295, 300, 376-378 [conseiller auprès du PC chinois], 401, 433-434, 511 [historien d’Etat], 522 et 541 ;

— WALTER Gérard, Lénine, Marabout 1950 ; cf. pp. 336, 377 et 413 ;

[1] JIANG Jieshi ou TCHANG Kaï-Chek (1887-1975) : Aventurier devenu chef militaire et politique du Guomindang - parti nationaliste chinois fondé par Sun Yat-sen en 1912 puis dirigé par Jiang Jieshi à partir de 1925 -, avec le soutien de l’URSS. Il retourne sa veste et massacre les communistes chinois en 1927. Il gouvernera la Chine jusqu’en 1949, avant de se réfugier à Formose, l’actuelle Taiwan.